Maîtrise du Désherbage du Colza Face aux Repousses de Céréales et Graminées Adventices

La culture du colza, un pivot dans de nombreuses rotations agricoles, se trouve de plus en plus confrontée à des défis complexes en matière de gestion des adventices, et plus particulièrement des graminées. Si les années 2010 ont été dominées par la question des dicotylédones, la situation actuelle est marquée par la montée en puissance des vulpins et des ray-grass, ainsi que par la persistance des repousses de céréales des cultures précédentes. Ces graminées, envahissantes et difficiles à maîtriser, peuvent limiter la biomasse de la culture dès le début du cycle, impactant la robustesse du colza face aux ravageurs d’automne et entraînant des pertes de rendement significatives. Il n’est pas rare d’observer des parcelles de colza infestées par 100 à 300 ray-grass par mètre carré, et dès cinq repousses de céréales au mètre carré, le rendement du colza peut chuter d’un quintal par hectare.

Champ de colza infesté par des graminées

La levée des ray-grass et vulpins, les principales graminées adventices dans le colza, a plutôt lieu en automne-hiver mais, avec le changement climatique, on constate qu'elles lèvent désormais un peu tout le temps, ce qui complexifie leur gestion et s'ajoute à la montée des résistances. Pour répondre à ce nouveau contexte, le contrôle de ces graminées reste possible tout en préservant le potentiel du colza. Cela nécessite une approche stratégique et combinée, intégrant des leviers agronomiques et une gestion rigoureuse des herbicides.

Stratégies de Désherbage en Pré-levée et Post-levée

Le désherbage de pré-levée est souvent incontournable, notamment dans la gestion des graminées contre lesquelles la post-levée ne suffit pas toujours. Toutefois, de nombreuses questions se posent quant à son efficacité et son positionnement.

L'Importance du Désherbage de Pré-levée

« Mieux vaut maîtriser le ray-grass dès l’implantation, avant qu’il n’exerce une forte concurrence sur le colza à l’automne et ne gêne son implantation, plutôt qu’attendre le mois de novembre », illustre Arnaud Micheneau, ingénieur de développement, spécialiste de la lutte contre la flore adventice chez Terres Inovia. Il conseille ainsi de maintenir, voire de réintroduire un désherbage de pré-levée ciblé dans les situations problématiques. Avec des pressions à 300 pieds, un traitement de pré-levée va donner des résultats d’environ 60 %, avec une grande variabilité selon les conditions, mais ce premier contrôle va éviter que le colza ne soit étouffé et peut même l’aider ensuite à concurrencer les adventices. L’application en pré-levée s’effectue au stade « deux feuilles » pour que la culture soit réellement démarrée. Cette gestion précoce n’est pas impérative sur des pressions faibles.

Dans les herbicides de pré-levée seuls, les chloroacétamides offrent une action contre les graminées : métazachlore, dimétachlore, dmta-P et péthoxamide. Les solutions à base de métazachlore (Sultan, Rapsan, Springbok) ou de dimétachlore (Terox, Colzor Uno) seront privilégiées sur ray-grass. Sur vulpins, il est préférable de rester sur des solutions à base de métazachlore. Le coût sera alors compris entre 30 et 45 euros/ha.

Efficacité des Herbicides de Pré-levée en Fonction des Conditions Climatiques

L'efficacité des herbicides racinaires est fortement influencée par les conditions d’humidité du sol. Lorsque les conditions sont favorables (pluies durant l’été avant les applications, éventuellement pluies après l’application), les essais de Terres Inovia montrent que les infestations de vulpins et ray-grass sont réduites de 50 à 80 %. En revanche, lorsque les conditions sont sèches (avant, comme après l’application), les efficacités décrochent nettement et sont comprises entre 10 et 40 %. Le dépositionnement de la prélevée vers une période plus humide est donc parfois périlleux, surtout pour le ray-grass qui lève très tôt, en même temps que le colza. Au mieux, même si les semis ont été réalisés début août en condition sèche, il est recommandé d’attendre le retour des pluies pour appliquer l’herbicide de pré-levée (rapidement avant les germinations du colza et du ray-grass).

La Réglementation du Métazachlore

Depuis avril 2021, les conditions d’usage du métazachlore limitent cette substance active à une application maximale de 750 g/ha tous les quatre ans ou une application maximale de 500 g/ha tous les trois ans. La détection de substances actives comme par exemple métazachlore, dimétachlore, propyzamide ou de leurs métabolites dans les eaux est préjudiciable à toute la filière colza. Du prescripteur à l’utilisateur, chacun est responsable pour garantir la durabilité de ces solutions hautement stratégiques dans la lutte antigraminées notamment.

Désherbage de Post-levée : Solutions et Limites

L’utilisation de la spécialité Mozzar/Belkar en post-levée a globalement réglé les problèmes de dicotylédones, en particulier les fortes infestations de géraniums et de gaillets. Dans les deux cas, la lutte contre les dicotylédones gagne en efficacité.Si la post-levée précoce maintient un bon niveau d’efficacité contre le vulpin, à condition que l’herbicide soit à base de métazachlore et que l’application soit réalisée début septembre, il en est tout autrement contre le ray-grass. En effet, cette graminée lève très tôt, en même temps que le colza.

Les antigraminées foliaires sont principalement employées contre les repousses de céréales (en application précoce vers 2-4 feuilles du colza) ou de folle-avoine. L’utilisation sur ray-grass et vulpins est une solution, quand elle fonctionne encore. Elle doit être exceptionnelle (rattrapage d’une prélevée défaillante) afin d’éviter que la résistance s’installe. Dans ce cas et pour réduire ce risque, appliquez ensuite un herbicide à base de propyzamide (type Kerb, Ielo, etc.).

La Propyzamide : un Pilier de la Lutte Contre les Graminées

Entre fin octobre et début décembre, la propyzamide est un herbicide connu de longue date pour son haut niveau de performance contre les graminées dans le colza. Avec un mode d’action K1 rarement utilisé dans des rotations colza-blé-orge, la propyzamide s’utilise sur des sols froids. Il est important de faire précéder la propyzamide d’un herbicide de pré-levée pour contrôler les premières vagues de graminées. Sinon les graminées peuvent être responsables de pertes de pieds ou de colzas chétifs.

Cette année, de nombreuses insatisfactions sur l’efficacité de la propyzamide sont remontées. La première question posée est celle de la résistance. Mais dans les faits, aucune population de vulpins ou de ray-grass résistants à la propyzamide n’a été découverte en grandes cultures. Les monitorings réalisés par les firmes vont également dans ce sens. Pour optimiser l’efficacité de la substance active, l’application doit se faire en conditions de sol humide et fraîches (température du sol < 10 °C) sur les mois de novembre (préférentiellement) voire décembre au maximum, et sur des adventices peu développées. Il est préférable d’éviter les applications avant des précipitations importantes pour limiter l’impact sur la qualité de l’eau. Enfin, il faut savoir être patient car l’efficacité de la propyzamide est une course de fond. L’efficacité se juge trois mois après l’application.

Diagramme des modes d'action des herbicides

Restrictions sur l'Utilisation de la Propyzamide

Dans son instruction technique du 27 mai 2021 intitulée “Vademecum du contrôleur”, la DGAL écrit l’instruction suivante : « La dose et le nombre maximal d’applications s’appliquent à toutes les spécialités commerciales dont la composition est strictement identique. Sauf cas particulier (), cet usage cumulé de phytopharmaceutiques contenant une même substance active conduit à un dépassement de la dose maximale d’application autorisée et n’est donc pas permis. Ce qui veut dire qu’il est interdit d’appliquer successivement deux produits à base de propyzamide même si ces produits ont un numéro d’autorisation de mise sur le marché différent (ex : Kerb Flo puis Barclay Propiz).

Gestion Spécifique des Repousses de Céréales

La problématique des repousses de céréales constitue un véritable enjeu. Elles ne sont pas contrôlées par les herbicides de pré-levée et étouffent le colza, le concurrençant. La compétition exercée par les repousses de céréales vis-à-vis du colza augmente avec leur densité. Elle entraîne souvent des pertes de rendement et contre-carre la robustesse du colza face aux ravageurs d’automne. À partir de 5 à 10 repousses/m² une intervention spécifique est souvent nécessaire pour une bonne installation des colzas. Les repousses d’orge d’hiver sont plus concurrentielles que celles de blé.

Quand et Comment Intervenir ?

En cas de concurrence forte et précoce, il faut intervenir rapidement. Les repousses de céréales sont peu sensibles à l’action des herbicides de pré-levée. Les produits antigraminées foliaires présentent une bonne efficacité à partir d’une feuille des céréales. Préférer les produits de la famille de fop pour leur rapidité d’action. Garder les produits de type dimes pour un usage anti-ray-grass ou anti-vulpin. Les produits à base de fop sont une solution économique et efficace.

Voici quelques exemples de produits et de doses conseillés sur une cible de repousses de céréales :

Produit type fop (liste non exhaustive)Dose/ha (dose la plus faible : repousses de céréales avant tallage - dose la plus élevée : ray-grass, vulpin)
Spécialités à base de quizalofop-P-éthyl 50 g/l (Pilot, Coursier…)0,6 à 1,2 l/ha + huile 1 l/ha
Spécialités à base de fluazifop-P-butyl 125 g/l (Fusilade Max…)0,75 à 1 l/ha
Spécialités à base de propaquizafop 100 g/l (AGIL, AMBITION…)0,4 à 0,8 l/ha + huile 1 l/ha

Pour une bonne efficacité, les conditions d’application sont importantes : intervenir à des températures douces et par une hygrométrie supérieure à 60-70 %. Il faut également des conditions poussantes et des plantes réceptives, c’est-à-dire non stressées par un manque d’eau ou des températures élevées. Attention à garder un volume d’eau suffisant pour toucher correctement la cible relativement verticale avec une faible surface foliaire.

Seules les parcelles avec présence de fortes populations de vulpin ou ray-grass (> 20 à 50/m²) nécessitent précocement un anti-graminée de type « dime ». Dans ces cas particuliers, l’objectif est de limiter la concurrence et faciliter le travail ultérieur de la propyzamide (produits type Kerb, Ielo). Dans ces parcelles, l’application « une pierre deux coups” antigraminées/anti-repousses doit être réalisée le plus tard possible si la densité des repousses et des graminées permet d’attendre. On veillera bien-sûr à respecter les conditions d’applications et les doses recommandées.

Produit type dim (liste non exhaustive)Dose/ha (dose la plus faible : repousses de céréales avant tallage - dose la plus élevée : ray-grass, vulpin)
Spécialités à base de cléthodime 240 g/l (Centurion 240 EC, Select…)0,4 à 0,5 l/ha + huile 1 l/ha

Christophe Fusy, d’Alliance négoce (filiale d’Axéréal) dans le Cher, et Philippe Marion, de la chambre d’agriculture de la Marne, insistent quant à eux sur la nécessité d’être réactif et d’intervenir assez tôt : stade 3 feuilles, voire 2 feuilles des céréales en cas de forte infestation, « et ce, quel que soit le stade du colza ». Les deux techniciens recommandent un traitement avec une molécule de la famille des Fop (produits Ambition, Targa, Pilot). « Ces molécules fonctionnent bien dans ce type de situation, explique Philippe Marion. Pour le technicien, la Cléthodime, plus chère, de la famille des Dimes, n’est à utiliser que si l’on vise aussi des graminées adventices résistantes (ray-grass, vulpin), afin de préserver son efficacité sur ces dernières. Dans les situations les plus difficiles, par exemple dans les andains de moissonneuse-batteuse, Christophe Fusy propose une double application d’Ambition à 0,3 l/ha, par exemple.

« Pour éviter d’avoir des repousses, en particulier dans les andains de récolte, il faut absolument vérifier le réglage des moissonneuses, souligne Philippe Marion. Ensuite, il est bon de déchaumer le plus tôt possible après la moisson. »

La nutrition foliaire du colza avant l'hiver par Eric Soulier, Yara® France #RendezvousTerrain

Approches Agronomiques pour une Gestion Durable

Outre les interventions herbicides, plusieurs leviers agronomiques sont actionnables pour gérer les graminées dans le colza. Ces méthodes s'inscrivent dans une démarche de gestion durable, visant à réduire la pression des adventices et la dépendance aux produits phytosanitaires.

La Rotation des Cultures

Le premier levier agronomique reste la rotation avec un choix judicieux des cultures. « Introduire dans la rotation une culture de printemps voire, encore mieux, deux, va réduire la pression des adventices car leurs dates de levée sont décalées » pointe Fanny Vuillemin. Les « vraies » cultures de printemps doivent être privilégiées : maïs, tournesol, voire sorgho ou soja, semés en avril - mai, et non les cultures semées un peu plus tôt, en mars, comme l’orge de printemps, la lentille ou le pois chiche, car la rupture sera moins marquée avec ces dernières. Introduire ces cultures de printemps a aussi l’avantage de laisser le sol nu à l’automne, si un couvert n’est pas mis en place, et rend ainsi possible la réalisation de déstockage/faux-semis.

De plus, une étude réalisée sur les données d’enquêtes du Service de la Statistique et de la Prospective montre qu’en céréale d’hiver ou en colza, les IFT, indicateurs indirects de la pression de la flore adventice, sont réduits lorsque la succession des cinq précédents comporte au moins deux cultures de printemps par rapport aux rotations de cultures d’hiver. La plateforme Syppre Berry a montré cet impact de deux cultures de printemps sur la réduction des vulpins. Par contre, ils repartent lorsque la rotation fait ensuite se succéder 4 cultures d’hiver. « Il est possible alors de diversifier les modes d’action des herbicides, et donc de réduire la pression de sélection des graminées résistantes », pointe Fanny Vuillemin.

Le Labour et le Faux-Semis

Le labour représente un second levier agronomique intéressant. « C’est assez spécifique aux graminées en raison de leur TAD élevé : leurs graines enfouies perdent au moins 70 % de leur capacité de germination chaque année, un taux plus élevé que celui des dicotylédones qui dépérissent moins vite », détaille l’ingénieure. Le labour a montré son effet nettoyant pour réduire la pression de graminées, mais la pratique doit être mise au regard de ses autres impacts sur la fertilité des sols et leur structure, et le risque de faire remonter des graines de dicotylédones. Fanny Vuillemin le conseille donc uniquement tous les 3 à 4 ans, tout en insistant sur les bonnes pratiques. Notamment le positionnement d’un tel labour : il est déconseillé avant le colza dans les sols argileux même s’il peut prendre place avant cette culture dans les sols limoneux. « Labourer les terres argileuses assèche le profil au détriment d’une bonne implantation du colza, surtout lorsqu’on sème tôt pour les problématiques « insectes ». L’idéal est de positionner le labour avant une céréale ou, encore mieux, avant une culture de printemps », précise-t-elle.

Autres pratiques intéressantes, le déstockage des graines d’adventices et les faux-semis sont aussi à positionner selon la rotation : plutôt entre fin août et début novembre, voire carrément en sortie d’hiver avant une culture de printemps et, en tous cas, jamais avant le colza. Ils s’effectuent en interculture grâce à un travail superficiel juste avant une petite pluie qui favorisera la levée des graminées. Puis celles-ci seront détruites soit avec du glyphosate, soit par un travail du sol par temps séchant afin que les racines laissées à l’air se dessèchent au lieu de se repiquer. « Il est important d’intervenir sur un sol sec et par temps séchant pour éviter de nouvelles levées », insiste la spécialiste. Le faux-semis peut s’accompagner d’un décalage du semis de la céréale à fin octobre-début novembre pour avoir le temps de le réaliser et pour être en léger décalage avec le pic de levée des graminées.

Schéma des pratiques agronomiques pour le désherbage

Mesures Prophylactiques et Gestion des Résistances

Outre les leviers agronomiques, toutes les mesures prophylactiques comptent. C’est le cas avec les bonnes pratiques de récolte : les parcelles les plus sales seront récoltées en dernier pour éviter de disséminer les graines, et la moissonneuse doit être nettoyée à fond ensuite. Certaines pratiques « pompiers » se développent aussi, comme l’écimage des graminées dans les céréales, avec récupération des graines, là encore pour éviter leur dissémination. La récolte des menues pailles, qui contiennent en général beaucoup de graines autres que celle de la culture, contribue aussi à réduire la pression dans les parcelles. Leur broyage immédiat pourrait aussi aider à limiter drastiquement le nombre de graines viables sans avoir de gros volumes de matière récupérée à gérer. « Mais ce dispositif innovant, développé en Australie, est assez bruyant et coûteux », tempère Fanny Vuillemin.

La résistance des vulpins et des ray-grass aux inhibiteurs de l’ALS (sulfonylurées) et de l’ACCase (fop et dime) devient de plus en plus fréquente, note Franck Duroueix, de Terres Inovia. La cléthodime garde son efficacité. Mais des phénomènes de résistance à cette molécule sont constatés. Utilisée sur de nombreuses cultures (betteraves, pois…), elle est parfois la seule solution antigraminée, comme dans le lin. Pour limiter la pression de sélection vis-à-vis des individus résistants, le recours à la propyzamide est essentiel dans les situations de recours aux anti-graminées foliaires.

Intégration dans la Rotation Culturale

La gestion des graminées s’effectue aussi sur la rotation culturale, avec l’introduction de cultures de printemps (maïs, soja…). Les faux semis d’été et d’automne, un labour occasionnel et le décalage des dates de semis de céréales complètent la panoplie. « Le glyphosate demeure un moyen de gestion très efficace en non-labour, rappelle le conseiller de Terres Inovia. »

Programmes Herbicides Intégrés

Des programmes herbicides intégrés sont nécessaires pour une gestion efficace des graminées et des repousses de céréales.Figure 1 >>> Programmes herbicides : comment contrôler précocement les graminées. Gradient d’efficacité et de régularité des solutions herbicide en pré-semis et post-semi prélevée contre le ray-grass. En situation difficile, ces applications de présemis incorporées comme de post semis/prélevée doivent ensuite être complétées en post levée, par une application de propyzamide dans les conditions optimales de ce produit à action racinaire : pour une bonne pénétration dans le sol et réduire sa vitesse de dégradation, donc améliorer son efficacité, ce produit exige une application par temps froid et humide à partir du mois de novembre.

Franck Duroueix préconise l’application de doses modulées, par exemple d’Agil à 0,4 l/ha, de Pilot à 0,6 l/ha, de Centurion 240 EC à 0,5 l/ha (avec huile pour ces produits) ou encore de Stratos Ultra à 1 l/ha avec Dash. La propyzamide (Kerb flo) en post-levée à 1,8 l/ha reste la molécule pivot. Elle donne de bons résultats avec son mode d’action racinaire. Il faut positionner le traitement sur un sol à moins de 10 °C (en novembre) et un peu humide. Trop tard, il perd de son efficacité. Une seule application suffit, mais le produit met trois mois pour agir complètement. La patience est donc de mise pour voir son efficacité finale. La propyzamide n’est pas toujours suffisante seule. Aussi, en moyenne ou en forte pression des graminées (ray-grass, vulpin), la prélevée reste nécessaire.

Gestion des Couverts Végétaux Permanents (CVP)

Les programmes de désherbage automnaux classiques n'ont que peu d'effet sur les couverts permanents. Cela permet de contrôler efficacement les graminées adventives (vulpin / ray grass). Si un glyphosate a été appliqué au plus près de la levée de la céréale, le traitement de pré-levée n'est pas justifié, hors cas exceptionnel. Un traitement basique (défi 3L + compil 0,15 /// ou /// fosburi 0,6L) au stade 1 feuille de la céréale permet d'avoir un spectre d'efficacité assez complet sur la flore adventices.

⚠️ Derrière colza, dans un couvert permanent où les repousses de colza sont importantes, peut être envisagé l'ajout d'un produit type metsulfuron-methyl (Allié à 10 - 15 g) afin d'éliminer définitivement ces repousses au stade 1 feuille de la céréale. Elles auront certainement détoxifié l'application de glyphosate et se seront remises à pousser. Leur élimination est donc importante pour éviter toute concurrence par la suite.

Régulation du CVP à l'Automne

Si l'automne est doux, et que le couvert permanent finit par repartir et ne pas entrer en dormance, une gestion peut être nécessaire selon les possibilités de désherbage. Le but est de laisser le peuplement de la culture se mettre en place correctement sans subir la concurrence du CVP (ombrage essentiellement dans une période ou la luminosité décroit). Les sulfonylurées type Allié sont les plus souvent utilisées. ⚠️ Attention, ces produits mettent souvent 10 à 20 jours avant de montrer des signes d'efficacité selon les températures. Il est donc recommandé d'anticiper : ne pas attendre trop longtemps que le couvert se développe pour agir. L'utilisation de produit de contact type carfentrazone est possible. Dans cette période, il est conseillé d'intégrer les interventions herbicides de sortie hiver habituelles si besoin car la priorité est la maîtrise des adventices dans la parcelle, donc si nécessaire, la destruction du CVP. Il est important de garder en tête que l'on récolte la céréale et non le couvert.

Le tableau ci-dessous d'Arvalis présente la sélectivité sur des couverts de légumineuses sous blé d’une application d’herbicide d’automne ou sortie d’hiver.Sélectivité sur des couverts de légumineuse sous blé d’une application d’herbicide d’automne ou sortie d’hiver (hors inhibiteurs de l'ALS et hormones) - Sélectivité quelques jours après le traitement et en fin de cycle du blé (source : Arvalis, 2020)

L'efficacité des herbicides pour réguler le couvert permanent dépend de plusieurs facteurs :

  • L'espèce choisie comme couvert permanent : le lotier corniculé et la luzerne sont les moins sensibles aux désherbages.
  • L'âge du couvert : plus le couvert est ancien sur la parcelle, moins il est sensible aux herbicides.
  • Les stades du couvert : plus le stade est avancé, moins la plante est sensible. De même, l'entrée en dormance hivernale du couvert doit être prise en compte dans la nécessité ou non de régulation. Dans tous les cas, une adaptation de la dose est à prévoir. Il est indispensable de continuer la surveillance après l'hiver et la régulation du couvert.

Les bases de la gestion pragmatiques du CVP comprennent :

  • Selon les possibilités de semis et pour pouvoir bien implanter la céréale : broyage préalable.
  • Selon la présence ou non d'adventices vivaces, d'adventices jeunes cachées sous le couvert permanent : nécessité de les mettre à découvert pour l'efficacité du désherbage totale avant semis.
  • L'application d'un glyphosate (ou d'un anti dicots si pas de présence de graminées adventives) est nécessaire au plus près de la levée dans la limite de la réglementation en vigueur. La dose doit être raisonnée. Première régulation chimique du couvert permanent.
  • Le désherbage de la céréale (anti graminée et anti dicots d'automne) peut être allégé d'un passage de pré-levée, sauf dans les situations à forte pression graminées résistantes. Ce désherbage permet une régulation supplémentaire du couvert permanent.
  • Si l'automne est doux et qu'il y a une reprise végétative du CVP, une régulation avec quelques grammes d'Allié est suffisante avant l'entrée d'hiver. Attention aux secteurs à tendance océanique : sans dormance du couvert permanent, une gestion rigoureuse doit être entreprise.

Trois points clés à retenir :

  • Point 1 : La régulation du couvert permanent est obligatoire sous peine de diminuer le rendement.
  • Point 2 : La prise en considération du stade des adventices et du couvert permanent pour sa régulation chimique par du glyphosate.
  • Point 3 : Bien surveiller une reprise végétative du couvert permanent à l'automne.

La nutrition foliaire du colza avant l'hiver par Eric Soulier, Yara® France #RendezvousTerrain

Témoignages et Retour d'Expérience

Un agriculteur partage son expérience : « Notre rotation historique comprend beaucoup de colza. Avant, nous n’utilisions pas de produits racinaires type Kerb flo. Les herbicides foliaires suffisaient. Les labours limitaient les repousses de céréales. Les repousses de céréales sont gérées facilement. Sur les parcelles labourées, un traitement à base d’Alabama (200 g/l dimethenamide-P, 200 g/l metazachlore, 100 g/l quinmerac) est suivi d’un Kerb flo (propyzamide). Sur les champs sans labour, je rajoute un traitement avec une cléthodime (Ysor), indispensable pour gérer le ray-grass résistant. J’ai systématisé le traitement au Kerb flo. Je veux pouvoir ressemer des céréales en cas de mauvaise levée du colza, c'est pourquoi j’évite la napopramide en incorporé, non sélective des céréales. Je lui préfère le produit Alabama, en post-levée, au stade rayonnant, quand j’ai la certitude de poursuivre la culture. Avec mon groupe des 30 000 (Ecophyto) et mon Ceta Ucata, nous cherchons à diminuer les doses de produits phytosanitaires, dont les désherbants. Outre son coût, le désherbage mécanique reste compliqué dans mes 200 hectares avec des silex. L’allongement des rotations ne permet pas toujours de garder le même équilibre économique, surtout avec les cultures de printemps. Pour gérer le ray-grass résistant, j’ai introduit le tournesol depuis deux ans, avec des rendements de 25 q/ha contre 30 à 35 q/ha en colza. »

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