La complexité du désherbage des céréales à paille ne cesse de croître d'année en année. Cette évolution est le résultat d'une diminution du nombre de spécialités herbicides, de la diversification de la flore indésirable et de l'émergence de résistances aux traitements chimiques. Dans un contexte régional toujours plus difficile (infestations et résistances en hausse), la réussite du désherbage des céréales à paille passe par un ensemble de solutions combinant des moyens agronomiques avec des programmes herbicides.

Désherbage : l’agronomie avant tout !
Les herbicides doivent toujours être considérés comme la dernière étape d’une stratégie de désherbage et non l’inverse. L’expertise de l’agriculteur et sa bonne connaissance de l’historique de chacune de ses parcelles s’avèrent déterminantes pour bâtir la stratégie de désherbage la mieux adaptée. Sa connaissance experte de ses terres et de leur historique est un atout précieux pour élaborer une approche adaptée. Dans un contexte où la résistance des adventices aux herbicides ne cesse de progresser, il est impératif de réfléchir à l'échelle de l'assolement, en prenant en compte l'ensemble des cultures pratiquées dans la rotation.
L'allongement de la rotation culturale, une technique qui consiste à varier les cultures sur une plus longue période, est l'un des leviers essentiels pour réduire la pression exercée par les mauvaises herbes. L'alternance entre cultures d'hiver et de printemps contribue également à perturber le cycle de vie des adventices, limitant ainsi leur propagation. Le décalage des dates de semis est une pratique stratégique pour échapper aux périodes de pic d'infestation. En décalant le semis, les agriculteurs peuvent réduire la densité des mauvaises herbes présentes au moment de la levée des cultures principales.
La technique du faux semis, qui consiste à préparer le sol sans semer de culture, puis à détruire les mauvaises herbes qui émergent, offre un moyen non chimique de réduire la population des adventices. De même, le recours au désherbage mécanique, à travers l'utilisation de machines spéciales, permet de limiter la présence des mauvaises herbes sans avoir recours à des herbicides. Ces solutions, bien qu'efficaces, doivent être envisagées comme des préalables avant de recourir à la voie chimique.
La suppression du labour peut conduire à une évolution rapide et à une spécialisation de la flore quand cette technique est associée à des rotations de cultures d'automne. Le non-labour favorise les mauvaises herbes dont les graines ne sont capables de germer qu'en surface comme le brome ou le séneçon. Le non-labour entraîne une augmentation de la matière organique à la surface du sol qui peut piéger certaines matières actives et limiter ainsi l'efficacité des herbicides racinaires. Il est donc crucial de répartir et d'enfouir au mieux les résidus de récolte afin de limiter ces risques.
La herse étrille, utilisée en agriculture biologique, est polyvalente et s'adapte à un grand nombre de cultures. Constituée de bâtis articulés et indépendants munis de dents longues et souples, elle déracine les plantules aux stades jeunes grâce aux vibrations des dents qui travaillent le sol de façon très superficielle. L'efficacité du hersage est d'autant plus élevée que l'on intervient sur des plantes jeunes.
La clé d'un désherbage efficace : l'analyse préalable des parcelles
Effectuer un état des lieux des parcelles de céréales est la première étape cruciale dans la mise en place d'une stratégie de désherbage efficace. Il ne faut pas négliger cette démarche, car le succès du désherbage réside dans la réduction de la compétition exercée par les mauvaises herbes vis-à-vis des cultures, que ce soit pour l'accès à l'eau, aux éléments minéraux, ou à la lumière. Un sol propre au démarrage de la culture est essentiel pour garantir un rendement optimal.
Pour établir un programme herbicide pertinent, il faut commencer par réaliser un état des lieux précis de la parcelle. Il est impératif de prendre en compte le niveau de salissement de cette dernière et d'évaluer la présence d'éventuelles résistances chez certaines adventices. Il est important de noter que l'émergence de résistances n'est plus limitée aux rotations courtes, comme celles impliquant blé/orge/colza. Aujourd'hui, cette problématique concerne toutes les cultures et toutes les régions.

Actualités et choix des programmes herbicides
Le désherbage des céréales à paille nécessite une attention particulière quant au choix des molécules. Il convient de souligner que les données réglementaires doivent être vérifiées avec précision. Par exemple, concernant la pendiméthaline, le dossier BAROUD SC est strictement identique au PROWL 400.
Le stade "1 feuille" des céréales représente une période cruciale pour le contrôle des graminées à l'automne. Plus spécifiquement, il s'agit d'un moment clé pour gérer les vulpins et les ray-grass, dont la présence peut entraîner une perte de rendement pouvant aller jusqu'à 35 quintaux par hectare. Au-delà du stade "3 feuilles" des céréales, les vulpins et les ray-grass commencent à se développer de manière significative, rendant l'efficacité des herbicides racinaires, tels que le flufénacet, et foliaires, comme le clodinafop, de plus en plus incertaine.
Comment bien associer les graminées ? - Truffaut
Distinguer les graminées au stade plantule
La distinction entre différentes graminées au stade plantule peut s'avérer difficile. Pour le vulpin, on observe une préfoliaison enroulée, une ligule développée et légèrement denticulée sans oreillettes, et un limbe glabre. La gaine est fendue, fréquemment teintée de mauve à la base. À partir de la deuxième feuille, la teinte devient plus terne, vert bleutée. Pour le ray-grass, la ligule est peu développée, mais on note la présence d'oreillettes à partir de la quatrième feuille et une brillance sur la face inférieure des feuilles.
Gestion des dicotylédones et rattrapages
Outre le contrôle des graminées, il est essentiel de ne pas négliger la gestion des dicotylédones dans le désherbage d'automne. En luttant contre la renouée du liseron dans les blés à l'automne, la pression sur des cultures telles que la betterave et le lin textile peut être significativement réduite. En sortie d'hiver, un tour de plaine est essentiel pour évaluer l'efficacité des traitements réalisés à l'automne. Si les résultats ne sont pas satisfaisants et que des dicotylédones persistent, il est nécessaire de planifier un rattrapage ciblé en alternant les modes d'action.
Adaptation aux conditions climatiques et agronomiques
Avec la météo particulièrement pluvieuse de l'automne, il est recommandé d'intervenir en priorité sur les céréales non désherbées avant d'en semer davantage. Sur les parcelles semées avant les pluies, le stade des trois feuilles devrait être atteint, voire dépassé, ce qui réduit la palette de solutions disponibles. C'est le cas du prosulfocarbe, dont les conditions d'usage ont évolué.
Selon les conditions d'implantation, une part significative de graines peut rester en surface. Au-delà de 10 %, il est préférable d'éviter les herbicides racinaires seuls pour limiter les risques de phytotoxicité. Le report sur un antigraminées foliaire peut être envisagé, éventuellement en mélange avec un produit racinaire, tout en gardant à l'esprit que le niveau d'efficacité sera dépendant du statut de résistance des populations présentes.
Pour les parcelles où une intervention a déjà été réalisée en prélevée, la situation est souvent plus confortable. Le désherbage en post-levée est alors à réserver aux parcelles très infestées, et doit être adapté à celui déjà effectué en prélevée pour limiter les risques de phytotoxicité. Enfin, pour les semis tardifs, le décalage de la date de semis constitue un levier robuste. Dans ces situations, une intervention en sortie d'hiver est souvent suffisante, à condition de surveiller l'état de salissement réel de la parcelle.

L'utilisation judicieuse des leviers agronomiques, en amont de tout recours aux herbicides, est un moyen de minimiser l'impact sur l'environnement tout en maintenant des rendements agricoles satisfaisants. L'agriculteur doit exploiter son expertise et sa connaissance des parcelles pour prendre des décisions éclairées, en intégrant systématiquement l'alternance des modes d'action, indispensable pour prévenir ou gérer les phénomènes de résistances.
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