La biochimie est une discipline primordiale qui constitue l'un des fondements de l'aromathérapie. Les plantes fabriquent des substances pour se protéger du soleil ou des prédateurs, pour communiquer, pour se reproduire, etc. Il y a, parmi ces substances, des grandes familles chimiques que nous utilisons pour pouvoir trier les toxiques ou les remèdes. Les plantes contiennent généralement une multitude de substances actives ce qui leur confèrent une activité principale et des activités secondaires. Par ailleurs, du fait de la multitude de principes actifs, il est parfois difficile d’imputer l’effet de telle ou telle molécule présente à l’activité qu’on observe lors de la consommation de celle-ci.

Les bases de la classification biochimique
Certains opposent phytothérapie (thérapie par les plantes), gemmothérapie (thérapie par les bourgeons) et aromathérapie (thérapie par les huiles essentielles). L’aromathérapie et la gemmothérapie sont en fait des disciplines de la phytothérapie. Une chose importante à dire à propos de la phytothérapie en général mais encore plus à propos de l’aromathérapie est que la plante fabrique ses « défenses » et « remèdes » en fonction du milieu dans lequel elle grandit. On aura ainsi une toute autre composition chimique et donc une toute autre indication pour un romarin provenant de Corse, un romarin provenant de Provence ou encore un romarin provenant du Maroc.
Pour être sûr, il faut dans un premier temps s’assurer que le fabricant fait analyser ses produits puis demander le bulletin d’analyse afin de s’assurer que les principales molécules recherchées sont bien présentes en quantité suffisante et qu’il n’y a pas de molécules toxiques pour le patient que l’on cherche à traiter.
Les grandes familles chimiques : Terpènes et Terpénoïdes
Les terpènes sont également appelés isoprénoïdes. Ce sont des molécules polymères de l’isoprène (à 5 atomes de carbones), ceci veut dire que plusieurs isoprènes ont été attachés ensemble comme des perles sur un collier. Elles sont ensuite réorganisées pour former une multitude de molécules différentes, la plupart ont une structure cyclique ou polycyclique. L’unité « monoterpène » correspond à une molécule à 10 carbones composée de 2 isoprènes.
Les Monoterpènes
Les monoterpènes activent le système lymphatique et possèdent un effet stimulant surrénalien remarquable. Les huiles essentielles riches en monoterpènes s’oxydent relativement vite et se conservent très mal. Les monoterpènes sont les molécules les plus répandues dans les huiles essentielles. Ils sont produits par de nombreuses plantes, en particulier les conifères.
- α- et β-pinène : présents dans le pin sylvestre, citron, sapin baumier, épinette noire, genévrier, ciste ladanifère.
- Limonène : C'est le terpène le plus largement répandu. Il se trouve dans de nombreux agrumes (Citrus).
Les Sesquiterpènes
Les sesquiterpènes agissent doucement et sont généralement bien supportés. Les huiles essentielles riches en sesquiterpènes possèdent un effet décongestionnant et drainant du système lymphatique. Ils sont présents en faible quantité dans les plantes, sauf dans le bois des arbres.
- β-caryophyllène : anti-inflammatoire, le plus courant.
- Zingibérène : issu de la voie du phénylpropane, on le trouve dans le gingembre et le curcuma.
Les terpénoïdes sont formés par l’ajout d’un groupe fonctionnel supplémentaire sur le squelette carboné du terpène (alcool, aldéhyde, cétone, etc.). Cette grande famille est donc composée de molécules très volatiles jusqu’à de très grosses molécules comme le caoutchouc.
Reconnaître les terpènes
Les Phénols : Puissance et Prudence
Les huiles essentielles appartenant au groupe des phénols sont dotées de redoutables propriétés désinfectantes et antibiotiques. Les phénols stimulent les défenses immunitaires et l’irrigation sanguine. Ce sont les molécules aromatiques les plus puissantes anti-infectieuses du monde des essences. Elles détruisent directement les germes infectieux en s’attaquant à leur membrane cellulaire. Elles sont antibactériennes à large spectre d’action, antivirales, antifongiques et antiparasitaires.
Le carvacrol est la molécule la plus puissante suivie du thymol puis de l’eugénol. Attention, ces molécules sont très agressives sur la peau et les muqueuses. Il est souvent indispensable de les diluer largement dans de l’huile végétale. Les huiles essentielles riches en phénols sont délicates à utiliser et on doit impérativement respecter les précautions d’emploi et les doses recommandées. Elles ne doivent pas se prendre en voie buccale sur de longues durées et sont déconseillées aux personnes très réactives et sensibles.
Les Alcools et Monoterpénols
Les monoterpénols comptent parmi les substances actives les plus appréciées en aromathérapie. Ce groupe biochimique possède un pouvoir anti-infectieux puissant à large spectre d’action. Les monoterpénols sont également connus pour leurs vertus tonifiantes et euphorisantes, et par leur effet comme tonique nerveux général.
- Exemples : Néroli (Citrus aurantium ssp amara), Lavande vraie ou fine (Lavandula angustifolia), Marjolaine (Origanum majorana).
Ces alcools ont des propriétés anti-infectieuses mais moins puissantes que les phénols. Ils ont toutefois une action non négligeable sur de nombreuses bactéries pathogènes, des virus et certaines mycoses. Peu de toxicité, d’une manière générale, lorsque l’on respecte les doses et usages recommandés.
Les Oxydes, Aldéhydes et Cétones
Les Oxydes
Les oxydes possèdent une action expectorante, anti-infectieuse et décongestionnante ORL. Les plantes à oxydes aident aussi à diminuer la prise de cortisone et d’antibiotiques.
- Exemple : Niaouli (Melaleuca quinquenervia CT cinéole).
Les Aldéhydes
Les aldéhydes sont anti-infectieux à large spectre d’action. Ne pas appliquer les huiles essentielles appartenant au groupe des aldéhydes pures sur la peau et les muqueuses. Les aldéhydes ne doivent être employés qu’en dosage très faible.
Les Cétones
À faible dose, les cétones ont une activité anti-inflammatoire et cicatrisante. Les cétones sont aussi expectorants et décongestionnants du système bronchique. À fortes doses, les huiles essentielles cétoniques deviennent neurotoxiques et peuvent, par conséquent, déclencher des crises d’épilepsie.

Esters, Coumarines et Acides : La douceur et l'action ciblée
Les Esters
Les esters ont une activité sédative et calmante. Les huiles essentielles riches en esters sont généralement bien supportées. L’équilibre général dépend de l’équilibre vagosympathique. Les esters interviennent en tant que calmants, régulateurs, rééquilibrants.
Les Coumarines
Les coumarines ont un puissant effet sédatif. Ne pas s’exposer au soleil après l’emploi des huiles essentielles contenant des coumarines. Même à faibles doses, elles peuvent provoquer des réactions de photosensibilité excessive.
Les Acides
Les acides, en particulier l’acide salicylique, ont des activités anti-inflammatoires et antalgiques importantes. Les salicylates bloquent, en effet, les terminaisons biochimiques responsables des inflammations et des douleurs.
Vers une nouvelle approche de la prescription
Le système de classement courant des molécules d’huiles essentielles est faux ; on classe les molécules juste par des infimes parties de celles-ci qui se ressemblent. On se prive de beaucoup d’huiles essentielles efficaces et sûres en les classant avec d’autres huiles essentielles dangereuses. On tente d’expliquer l’effet thérapeutique des huiles essentielles par leurs composants, alors que l’on sait depuis longtemps maintenant que la totalité est bien plus que la somme des parties.
Il nous faudra, pour avoir une chance d’être justes, non pas retourner à la prescription d’huiles essentielles plutôt que de molécules, mais évoluer vers la prescription d’huiles essentielles plutôt que de molécules. Il est primordial, d’une part de connaître le pourcentage de molécules dans une huile essentielle donnée, d’autre part de spécifier, avec précision, les doses qui seront appliquées comme la durée du traitement.
Le chémotype (CT), c’est-à-dire la spécificité biochimique qui se caractérise pour chaque huile essentielle par la molécule aromatique prépondérante, est un outil essentiel. Curieusement, cette dernière peut varier pour une même espèce de romarin (Rosmarinus officinalis) en fonction du terroir d’origine de la plante, de la météo, notamment, ce qui aura des répercussions sur les propriétés thérapeutiques de l’huile essentielle. Outre le romarin, le thym et le lavandin ont des huiles essentielles très variables chimiquement. La lecture des étiquettes s’impose donc !
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