L'entretien d'un jardin propre sans efforts excessifs est le rêve de chaque jardinier. Il est frustrant de voir des herbes indésirables supplanter les belles plantes disposées avec amour et harmonie, ou déranger les précieux légumes. Pour soulager ce jardinier, trêve de produits chimiques et dangereux pour l’environnement. Ils ont laissé leur place à des solutions modernes et réfléchies qui imitent les processus de la nature, une approche connue sous le nom de biocontrôle ou de gestion intégrée des adventices.

Les désherbants de biocontrôle : principes et fonctionnement
Depuis le 1er janvier 2019, date d’entrée en vigueur de la loi Labbé, les pesticides de synthèse sont interdits à la vente pour les particuliers. Ils sont remplacés par des produits appelés « de biocontrôle », c’est-à-dire des produits composés de substances naturelles. Ils sont repérés par la mention « EAJ », Emploi Autorisé dans les Jardins, pour les différencier des produits autorisés pour les professionnels.
Ces désherbants naturels sont constitués de diverses substances issues du monde végétal ou de la fermentation :
- Acide pélargonique : un acide gras végétal issu notamment des géraniums de balcon, les pélargoniums, mais aussi du tournesol, du colza ou encore du rosier.
- Acide caprique : acide gras que l’on peut trouver notamment dans le lait de chèvre et dans le lait de coco.
- Acide caprylique : autre acide gras présent dans l’huile de coco et dans l’huile de palme, ainsi que dans le lait maternel.
- Acide acétique : un produit issu de la fermentation naturelle de sucres, comme ceux contenus dans les fruits ou l’amidon de maïs.
Les produits de biocontrôle utilisent les mécanismes naturels pour défendre les plantations contre leurs agresseurs, qu’il s’agisse de maladies, de bactéries, de champignons ou de parasites. Concernant l'acide acétique, il possède une action corrosive due à son pH très bas sur les tissus vivants. Il détruit la membrane protectrice présente sur les feuilles et toutes les parties aériennes, provoquant à court terme la déshydratation des tissus de la plante et l’impossibilité de poursuivre la photosynthèse. Malgré son agressivité, il se dégrade totalement dans le sol, libérant seulement des molécules d’eau et d’oxygène, ce qui le rend inoffensif aux doses indiquées par les fabricants.
Protocoles d'application pour une efficacité optimale
Pour une bonne efficacité, ces produits doivent être appliqués tous les printemps, afin que le stock de graines de ces indésirables diminue. Le moindre manquement met à bas tous les efforts accomplis les années précédentes. Ces produits peuvent être vendus dans des pulvérisateurs gradués, prêts à l’emploi, mais existent également sous forme concentrée, en tubes pré-dosés, à diluer dans de l’eau. Ces derniers sont plus économiques et plus pratiques pour les grandes surfaces.
Agissez un jour ensoleillé et sans vent, sur des plantes sèches. La pluie diluerait et disperserait le produit, qui serait moins efficace. La température doit être douce, 15° minimum, et le soleil favorise l’action de l’acide. N’hésitez pas à tremper toutes les parties de la plante. Si d’autres plantes, non indésirables, sont à proximité, attention à bien diriger votre jet. Il y a cependant peu de risques pour elles si elles ne reçoivent que des éclaboussures.
- Précautions d’usage : Bien que naturel, ce produit est corrosif. Il est fortement conseillé de porter des gants, des lunettes et des manches et jambes longues lors de l’application.
- Sécurité : Vous interdirez l’accès aux zones traitées aux enfants et aux animaux domestiques jusqu’à leur séchage complet, en moyenne 6 heures. Évitez l’application d’acide pélargonique durant la floraison pour protéger les abeilles.
- Zones d'application : Il peut être employé sur des surfaces non cultivées, le potager est donc à éviter en cours de culture. Il est adapté pour désherber autour des arbres, sur les allées, ainsi que les zones pavées ou gravillonnées.
Désherbant biocontrôle polyvalent avec pulvérisateur prêt à l'emploi 2,5 L | Roundup®
Les désherbants anti-germinatifs et leur action systémique
Un désherbant anti-germinatif agit selon deux modes d’action complémentaires. Le traitement précoce élimine les adventices présentes au moment de l’application, tandis que l’action anti-germinative prévient l’apparition de nouvelles mauvaises herbes.
Les produits racinaires agissent principalement sur les graines en germination par absorption par le coléoptile ou les racines séminales. Ils doivent être appliqués avant la levée des adventices, idéalement sur un sol sans grosses mottes. L’efficacité d’un herbicide de préémergence est dépendante de trois paramètres : la présence d’eau dans les premiers centimètres du sol, la teneur en argile et en matière organique. L’humidité du sol est le facteur essentiel, car seule la partie dissoute dans la solution du sol sera efficace.
Des substances comme le diflufénican et l’iodosulfuron méthyl sodium forment une barrière chimique dans les premiers centimètres du sol. Cette barrière intercepte les graines en germination et bloque leur développement. Le iodosulfuron-méthyl-sodium se fixe dans le sol et est ensuite véhiculé dans la plante par systémie. Le diflufénican est absorbé par le tissu foliaire des jeunes feuilles, provoquant une chlorose prononcée qui s’étend avec la croissance.
L'importance de la méthode d'application
Les herbicides systémiques pénètrent et migrent dans la plante. Avec ce type de produit, il faut chercher les conditions favorables à une pénétration rapide : forte hygrométrie (supérieure à 60-70 %), températures clémentes (5 à 25°C) et sol humide. À l'inverse, les produits de contact sont très peu mobiles dans les plantes et agissent « là où ils tombent ». De ce fait, plus la cible est couverte, meilleure est l’efficacité du traitement. Avec ces produits, la qualité de pulvérisation est un facteur déterminant.
Il est nécessaire de pulvériser les produits racinaires sur un sol frais qui permettra la circulation du produit jusqu'aux racines. Plus la teneur en argile ou en matière organique est élevée, plus les molécules d’herbicides sont retenues par le sol, ce qui nécessite une attention particulière au dosage.

Alternatives complémentaires : désherbage mécanique et culturel
L’utilisation de produits désherbants n’est pas la seule méthode pour se débarrasser des plantes indésirables ; elle peut être un complément à un jardinage responsable.
Le désherbage thermique
Le désherbeur thermique à gaz ou électrique fait subir aux herbes adventices une chaleur intense qui fait éclater les cellules des plantes, les faisant mourir en quelques jours. Pour une efficacité optimum, il est utilisé lorsque la plante est jeune. Un bon coup de chaud suffit à endommager le végétal sans agression brutale.
Le désherbage manuel et le faux-semis
Le désherbage manuel est plus efficace si le sol est humide, ce qui aide à retirer la totalité du système racinaire. L'automne est également une bonne période pour désherber, surtout dans les régions à hivers doux. Le faux-semis est une méthode couramment employée : au printemps, travaillez légèrement votre terre. Les graines vont être activées par l’air et la lumière et vont germer rapidement. Vous n’aurez plus qu’à passer le sarcloir sur la surface pour que celle-ci soit dégagée.
Couverture du sol et gestion durable
C’est sur un sol laissé nu que se développent majoritairement les plantes indésirables. Une fois le désherbage réalisé, il est crucial de couvrir le sol :
- Paillage : Il empêche les adventices de pousser en les privant de lumière. Il faut une épaisseur minimale de 15 cm.
- Bâchage : Étalez une bâche, des cartons ou des tapis durant plusieurs mois pour obtenir un sol meuble et propre.
- Engrais verts : Plantez moutarde, trèfle ou phacélie dès qu’une surface est libre.
- Plantes couvre-sol : Dans les massifs, installez des géraniums vivaces, santolines ou lierres pour occuper l'espace.
Certains végétaux comme le ciste ou le phlomis émettent des substances qui inhibent la germination, empêchant les graines des adventices de s'installer. Enfin, ne tondez pas votre gazon trop court, car une tonte haute entraîne une concurrence importante entre les graminées et les adventices, limitant le développement de ces dernières.
Le désherbage est une corvée majeure du jardinier, mais ce travail pénible et chronophage est allégé par l’usage de désherbants naturels et de méthodes de gestion durable. Le jardinier éco-responsable veillera cependant à laisser quelques-unes de ces herbes folles, qui enrichissent la biodiversité de son jardin tout en utilisant les outils appropriés pour maintenir l'harmonie de ses plantations.
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