Stratégies de lutte intégrée contre le liseron et le pissenlit : comprendre pour mieux maîtriser

Le jardinage, bien qu'il soit une activité apaisante, se heurte inévitablement à la gestion des plantes adventices. Parmi elles, le liseron et le pissenlit occupent une place prépondérante, défiant souvent la ténacité du jardinier. Le liseron est certes une jolie plante qui peut orner de ses fleurs le sol ou les structures sur lesquelles il peut grimper. Mais il est également une plante colonisatrice et envahissante que tout jardinier préfère voir à l’extérieur de son jardin plutôt qu’à l’intérieur ! Comment parvenir à désherber le liseron pour le supprimer ?

La biologie du liseron : une colonisation souterraine

Le liseron déploie des tiges très fines et volubiles sur lesquelles se développent des feuilles en forme de cœur allongé et des fleurs en trompettes blanches ou roses. Ses tiges rampent au sol et le long de tout support, finissant par étouffer celui-ci lorsqu’il s’agit d’une plante. On trouve en réalité deux liserons dans nos jardins.

Le liseron des champs, Convolvulus arvensis, a des petites fleurs de 3 cm de diamètre environ. Souvent rayées de blanc, elles s’affichent en rose plus ou moins pâle. Elles sont photosensibles, ce qui signifie qu’elles ne s’ouvrent que lorsque le soleil est présent durant la totalité de la période de floraison, de juin à septembre. Elles restent au sol, s’étalant sur 3 m et entourant parfois le pied de quelques plantes. Le liseron des champs aime les sols chargés en azote et compacts. Sa croissance est très rapide, tant aérienne que souterraine, et ses graines nombreuses sont très fertiles et légères, disséminées par le vent et par les oiseaux.

Le liseron des haies, Calystegia sepium, présente entre juillet et septembre de grosses fleurs blanches de 3 à 5 cm de diamètre. Ces fleurs ne s’ouvrent pas lorsqu’il fait gris, par contre lorsqu’il fait beau elles restent ouvertes, même la nuit si celle-ci est claire. Les feuilles sont également très grandes, pouvant atteindre 10 cm de large et 15 cm de long. Les tiges rougeâtres et anguleuses, très longues se ramifient mais les tiges secondaires, plus épaisses et courtes, ne portent pas de fleurs. Une fois l’automne arrivé, l’extrémité de ces tiges secondaires va s’enraciner et grossir pour devenir un rhizome, prêt dès le printemps suivant à émettre de nouvelles tiges. Le rhizome du grand liseron est traçant. On le trouve dans les champs, cultivés ou non, dans les vergers, dans les terrains vagues. Il a absolument besoin de lumière et ne tolère pas le sel. Il se plaît dans les sols très frais et riches. Le grand liseron peut également se propager par ses graines viables très longtemps mais le développement de semis spontanés est bien plus rare que l’arrivée de nouveaux plants par développement de rhizomes.

Schéma illustrant le système racinaire traçant du liseron par rapport à la surface du sol

Pourquoi le liseron prolifère-t-il ?

Pourquoi j'ai du liseron dans mon jardin ? Le liseron est une plante qui se plaît dans tous les sols, y compris argileux, et qui résiste tout aussi bien à la sécheresse qu’au froid. Ajoutez à cela la rapidité de sa croissance et sa propension à s’enrouler autour de tout ce qui est à sa portée et vous aurez déjà une bonne idée de la raison pour laquelle il s’installe et prolifère. À savoir : le liseron n’a pas que des défauts. Ses fleurs attirent de nombreux butineurs et ses vigoureuses racines traçantes aèrent le sol à l’instar des vers de terre.

Méthodes de contrôle du liseron

Car malgré ses quelques bénéfices, le liseron est une plaie dès lors qu’il colonise un jardin, et il est fort compliqué de le maîtriser.

Ce qu’il ne faut pas faire

Évitez d’arracher les tiges aériennes du liseron. Composé de rhizomes, son système racinaire aurait tôt fait de développer de nouveaux bourgeons pour remplacer les tiges arrachées. Bêche et motoculteur sont également à laisser dans l’abri de jardin à moins d’une utilisation très fréquente et régulière qui peut à la longue épuiser la plante si elle n’a pas le temps de reconstituer ses réserves entre deux labours. En effet, en sectionnant ces rhizomes, vous ne ferez que les multiplier. Si vous devez absolument bêcher, tournez-vous vers une grelinette ou une fourche-bêche qui ne font qu’aérer ou retourner la terre. Jeter les racines supprimées dans le compost est déconseillé.

Le désherbage manuel

Désherber manuellement le liseron a ses vertus et peut se révéler payant, à l’unique condition d’une régularité et d’une ténacité à toute épreuve… et ce durant plusieurs années. Dès que vous repérez une tige, suivez-la jusqu’à sa naissance et creusez pour extraire le plus possible de racines en même temps que la tige elle-même. Utilisez pour cela une gouge ou un transplantoir. Il est judicieux d’agir tôt au printemps, avant que la plante ne soit très développée et qu’elle ait déjà colonisé une zone du jardin. Grelinette et fourche-bêche sont des outils appropriés dans une zone colonisée. Décompactez le sol et ôtez toutes les racines que vous apercevez en-dessous. Le système racinaire du liseron des champs s’enfonce à environ 30 cm de profondeur, 50 cm pour le liseron des haies.

Priver le liseron de lumière (Solarisation)

Cette méthode consiste à empêcher le processus de photosynthèse du liseron de se faire, privant les racines de ressources. Il vous faut déposer sur la zone entière une bâche totalement opaque et perméable pour laisser pénétrer l’eau. Enterrez les bords sur tout le pourtour pour que les tiges ne s’échappent pas et laissez en place durant au moins 18 mois. Une fois la bâche ôtée, travaillez le sol à la grelinette et ôtez toutes les racines. Certains engrais verts sont très couvrants et peuvent être utilisés pour limiter la croissance foliaire du grand liseron et donc limiter et affaiblir son système racinaire. Vous pourrez notamment semer du ray-grass et du trèfle rouge entre les rangs de légumes ou dans vos massifs.

Créer un massif de plantes vivaces — Meilland Richardier

Le pissenlit : une dynamique de propagation différente

Les pissenlits envahissent votre jardin et vos allées de jour en jour ? Pas de panique. Ces plantes vivaces résistent à toutes les intempéries et leurs graines se propagent très facilement avec le vent. Ceci entraîne leur prolifération rapide dans nos jardins. Pour s’en défaire, il faut absolument arracher leurs racines indésirables.

Pourquoi les pissenlits ont envahi la pelouse ?

Le pissenlit fait partie de ces plantes envahissantes ou herbes folles qui poussent facilement, peu importe les conditions. Il apprécie particulièrement les sols argileux, mal aéré et pauvre en humus. Les gazons tondus courts et épars font son bonheur ! Toutefois, il peut aussi se développer dans des sols plus compacts sans difficulté. Une autre caractéristique qui contribue à la prolifération rapide du pissenlit est le fait qu’un seul coup de vent peut faire voyager les graines du pissenlit sur plusieurs mètres. Ainsi, si votre voisin avait des pissenlits et que le vent les balaye, vous pouvez être assurés d’en voir pousser sous peu de votre côté !

Stratégies d'élimination du pissenlit

Mieux vaut prévenir que guérir : évitez un combat avec les pissenlits et faites en sorte de protéger votre pelouse de leur prolifération.

L’arrachage manuel comme priorité

À l’aide d’une gouge, d’une fourche-bêche ou encore d’un couteau à désherber, arrachez les mauvaises herbes depuis la racine. Pour cela, enfoncez votre outil dans la terre et faites ressortir la plante complète. Assurez-vous de bien arracher la racine dans son entièreté pour éviter qu’elle ne repousse. Le pissenlit possède une racine pivot profonde : si elle casse, la plante repousse presque systématiquement. Le plus efficace est d’intervenir sur un sol légèrement humide.

Méthodes alternatives

  • Eau bouillante : Remplissez une casserole ou une bouilloire d’eau très chaude et faites couler quelques gouttes sur chaque pissenlit. L’eau chaude va permettre d’anéantir la plante sans créer de dommage dans votre jardin. Cette technique est à réserver aux allées dallées.
  • Vinaigre blanc : Dans un diffuseur, mélangez 50 % d’eau et 50 % de vinaigre blanc. Pulvérisez le mélange sur chaque plante. Renouvelez l’opération jusqu’à ce que la plante fane, et retirez la tige.
  • Auxiliaires naturels : Les poules raffolent des pissenlits. Si elles ne vous permettent pas de faire disparaître les pissenlits de votre pelouse, elles sont de vraies alliées pour ne pas les laisser repousser.

Comparaison visuelle entre un pissenlit sain et un pissenlit traité par dessiccation

Les désherbants de biocontrôle : une approche moderne

Depuis le 1er janvier 2019, date d’entrée en vigueur de la loi Labbé, les pesticides de synthèse sont interdits à la vente pour les particuliers. Ils sont remplacés par des produits appelés “de biocontrôle”, c’est-à-dire des produits composés de substances naturelles.

Substances actives naturelles

Ces désherbants naturels sont constitués :

  • D’acide pélargonique : un acide gras végétal issu notamment des géraniums de balcon, les pélargoniums, mais aussi du tournesol, du colza ou encore du rosier.
  • D’acide caprique : acide gras que l’on peut trouver notamment dans le lait de chèvre et dans le lait de coco.
  • D’acide caprylique : autre acide gras qui est présent dans l’huile de coco et dans l’huile de palme.
  • D’acide acétique : un produit issu de la fermentation naturelle de sucres.

Ces produits agissent par contact. Ils détruisent la couche cireuse protectrice des feuilles et provoquent la déshydratation des tissus végétaux. Pour une bonne efficacité, ces produits doivent être appliqués tous les printemps, afin que le stock de graines de ces indésirables diminue. Le moindre manquement met à bas tous les efforts accomplis les années précédentes.

Prévenir la réinstallation par une gestion globale

Le désherbage est la corvée majeure du jardinier, qui passe de longues heures à se battre contre des plantes qui ne sont pas bienvenues. Ce travail pénible et chronophage est heureusement allégé par l’usage de désherbants définitifs de biocontrôle, mais ces derniers ne doivent pas être l'unique levier.

Couvrir le sol

C’est sur un sol laissé nu que se développent majoritairement les plantes indésirables. Une fois réalisé votre travail de désherbage, il est donc crucial de couvrir le sol entre vos plantations. Le paillage est réputé pour empêcher les adventices de pousser, car elles sont alors privées de lumière. Il faut cependant, pour que cela soit efficace, que le paillis soit très épais, minimum 15 cm, et suffisamment dense.

Entretien de la pelouse

Ne tondez pas votre gazon trop court, une tonte haute entraîne une concurrence importante entre les graminées et les adventices qui pourront moins facilement se développer. Une pelouse dense limite naturellement l’apparition des mauvaises herbes. Les professionnels misent sur une aération régulière du sol, un regarnissage ciblé, une fertilisation adaptée et une tonte plus haute, autour de 4 à 5 cm.

Accepter la biodiversité

Le jardinier éco-responsable veillera à laisser quelques unes de ces herbes folles, qui enrichissent la biodiversité de son jardin. Le pissenlit, par exemple, joue un rôle écologique important. À la fin de l’hiver, lorsque la plupart des fleurs n’ont pas encore fleuri, les pissenlits font partie des rares plantes qui permettent aux espèces pollinisatrices de s’alimenter. Ces plantes contribuent donc à permettre aux abeilles et papillons de butiner et contribuent largement à notre écosystème de façon positive.

Infographie montrant le cycle de vie du liseron et du pissenlit et les périodes d'intervention clés

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