Le Débat Autour de Basta F1 en Europe et en France : Restrictions, Alternatives et Implications

Le désherbant Basta F1, à base de glufosinate-ammonium, est au cœur d'un débat houleux en France et en Europe, notamment en raison des préoccupations concernant ses risques pour la santé humaine et l'environnement. Cette situation met en lumière les tensions entre les impératifs agricoles et les exigences de sécurité sanitaire, tout en stimulant la recherche d'alternatives plus durables.

Bouteille de Basta F1 avec un pictogramme d'avertissement

Le Glufosinate-Ammonium : Substance Active et Préoccupations Sanitaires

Le glufosinate-ammonium est la substance active du Basta F1, un herbicide systémique non sélectif. En France, le Basta F1 était le seul produit phytopharmaceutique autorisé contenant cette substance. Cependant, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a précisé que les risques pour la santé humaine liés à l'exposition au glufosinate, une substance classée reprotoxique présumée, ne peuvent être exclus pour la santé des agriculteurs l'utilisant et des personnes à proximité des lieux traités.

Cette classification de "reprotoxique présumée" soulève des inquiétudes significatives quant aux effets potentiels sur la reproduction et le développement. La décision de l'Anses souligne une approche préventive face à ces risques, priorisant la santé publique. Le retrait de l'autorisation de mise sur le marché en France de l'herbicide Basta F1 de Bayer est une conséquence directe de ces préoccupations sanitaires.

Le Retrait de l'Autorisation de Mise sur le Marché en France

Le 24 octobre, l'Anses a pris la décision de retirer l'autorisation de mise sur le marché en France de l'herbicide Basta F1. Cette mesure a des implications importantes pour le secteur agricole français. Cependant, pour permettre une transition progressive, les stocks de Basta F1 pourront être écoulés pendant trois mois par les distributeurs et utilisés pendant neuf mois supplémentaires par les agriculteurs, à partir de la date de la décision. Ce délai vise à minimiser l'impact immédiat sur les pratiques agricoles et à laisser aux agriculteurs le temps de s'adapter à de nouvelles solutions.

Le retrait ne se limite pas au seul Basta F1 ; il concerne également neuf licences d'importation de produits contenant du glufosinate-ammonium. Cela signifie, à terme, la disparition de tous les produits phytopharmaceutiques à base de cette substance du marché français, marquant une étape significative vers une agriculture moins dépendante de ces molécules.

Carte de France avec des zones agricoles et des points d'interdiction de produits phytosanitaires

La Réaction de Bayer et la Controverse sur l'Évaluation des Risques

Bayer, le fabricant du Basta F1, s'est dit « surpris » de la décision de l'Anses. Frank Garnier, président de Bayer France, a affirmé que l'Anses n'avait pas pris en considération « les dernières données disponibles sur le Basta F1, ce qui l'a conduit à surestimer de 300 à 1 000 fois le risque pour la santé humaine ». Il a ajouté : « Nous regrettons la décision de l'Anses qui prive l'agriculture d'une solution de désherbage reconnue utile, voire indispensable par certaines filières, alors même que des études démontrent la sécurité de l'utilisation du produit pour la santé lorsque les conditions d'utilisation sont respectées ». Bayer insiste sur le fait que la sécurité et la santé des agriculteurs et des consommateurs sont « au cœur » de leurs préoccupations.

Cette divergence d'évaluation entre l'Anses et Bayer souligne la complexité des études toxicologiques et épidémiologiques, ainsi que les différentes interprétations possibles des données scientifiques. La question de la prise en compte des "dernières données disponibles" est un point de friction majeur dans ce type de controverse.

Usages du Basta F1 et Son Importance Relative en Europe

L'herbicide Basta F1 est utilisé en pulvérisations sur diverses cultures telles que les vignes, les vergers, les légumes et les pommes de terre. Selon Bayer, son utilisation est relativement peu répandue en Europe. En France, le produit génère des ventes annuelles de 8 millions d'euros, ce qui, bien que significatif, n'en fait pas un produit au volume de ventes comparable à d'autres herbicides majeurs.

Cette utilisation ciblée, notamment pour le défanage des pommes de terre, le rend néanmoins indispensable pour certaines filières agricoles qui l'ont intégré dans leurs pratiques culturales depuis longtemps. La décision de l'Anses intervient alors que le débat fait rage en France et en Europe sur la potentielle dangerosité d'un autre herbicide, le glyphosate, principe actif du Roundup de Monsanto, créant un climat général de remise en question des produits phytopharmaceutiques.

Pesticides : Quand le PROFIT passe avant la SANTÉ PUBLIQUE - Documentaire Monde - AT

Le Défanage des Pommes de Terre : Un Enjeu Particulier

Le Basta F1 joue un rôle crucial dans le défanage des pommes de terre, où il constitue, avec l'herbicide Réglone 2, la base du programme pour la majorité des producteurs. Le défanage consiste à détruire les fanes (parties aériennes de la plante) avant la récolte, afin de maîtriser la taille des tubercules, d'améliorer la conservation et de faciliter la récolte.

Les deux produits sont surtout utilisés en première intervention dans un programme de défanage. Réglone 2 est en particulier intéressant car il détruit bien le feuillage. La perspective de l'interdiction du Basta F1 sur cet usage a des répercussions directes sur les pratiques des producteurs de pommes de terre, les poussant à envisager des alternatives.

Alternatives au Défanage Chimique des Pommes de Terre : Le Broyage Mécanique

Face aux restrictions sur les défanants chimiques, le broyage mécanique apparaît comme une alternative prometteuse. Benoît Houilliez, chef du service pomme de terre à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais, souligne que l'utilisation d'une spécialité chimique peut être remplacée par un broyage mécanique.

Cette technique présente plusieurs atouts : elle permet la réduction de l'IFT (Indice de Fréquence des Traitements) et arrête net le grossissement des tubercules après le passage, un paramètre important pour les producteurs de chair ferme. Le broyage consiste à couper et hacher les fanes, ce qui permet de stopper le développement de la plante et d'initier la maturation des tubercules.

Schéma d'un broyeur mécanique pour pommes de terre

Règles d'Utilisation du Broyeur pour un Défanage Réussi

Pour réussir un défanage par broyage mécanique, il est essentiel de suivre certaines règles. Il est important de laisser entre 15 et 20 cm de tiges après le broyage. En effet, le broyage mécanique sera souvent suivi de l'application d'un défanant chimique et il est nécessaire que la pulvérisation se produise sur des tiges (et non sur la terre) pour générer une bonne destruction finale de celles-ci et pour le détachement des tubercules.

Pour les mêmes raisons, le passage du broyeur devra relever les fanes et aspirer les parties détruites entre les buttes de façon à laisser à l'air libre le reste des tiges. Des déflecteurs à l'intérieur des broyeurs produisent ce phénomène d'aspiration pour projeter les tissus broyés sur l'interrang. Ces précautions garantissent l'efficacité du processus et optimisent les résultats.

Avantages et Inconvénients du Broyage Mécanique

Le broyage mécanique présente des avantages certains. Pour les variétés qui présentent une forte végétation, le broyage en facilite la récolte, et pour celles qui sont très poussantes, le délai entre le défanage et la récolte est réduit.

Cependant, l'utilisation d'un broyeur en lieu et place d'un défanant chimique ne présente pas que des avantages. D'abord, le débit de chantier est beaucoup plus faible, de l'ordre de deux hectares à l'heure contre dix pour un traitement chimique, ce qui peut être un frein pour les grandes exploitations. Le passage du broyeur peut générer des tassements du sol et des buttes. Enfin, il est absolument proscrit si la parcelle n'est pas saine en mildiou. « Quand l'on broie, on crée des portes d'entrées pour la contamination des tubercules par le mildiou », explique le spécialiste de la chambre d'agriculture. En cas de suspicion de présence de la maladie, l'application d'un fongicide à action antisporulante est indispensable.

En conditions sèches, les buttes peuvent se crevasser après le passage d'un broyeur, faisant peser le risque de laisser passer la lumière jusqu'aux tubercules pour y provoquer leur verdissement. Ce phénomène est dépendant également du type de sol. Pour colmater les fissures, il sera possible de rouler les buttes avec des pneumatiques en conditions sèches ou des diabolos en cas d'humidité des buttes.

Défanants Chimiques de Deuxième Passage : Sorcier, Spotlight Plus et Basta F1

Bien que le broyage puisse suffire pour défaner les pommes de terre de consommation sur des parcelles à maturité début septembre et dans des conditions chaudes et sèches, une seconde intervention avec un produit chimique est souvent nécessaire, notamment sur des variétés de chair ferme qui se récoltent plus tôt.

Dans les situations faciles, l'application d'une dose de 0,8 l/ha de Sorcier (pyraflufen-éthyl) ou de Spotlight Plus (carfentrazone-éthyle) est suffisante. En cas de défanage difficile (forte végétation), il faut passer à 1 l/ha de Spotlight Plus ou recourir à Basta F1 à 2,5 l/ha. Le produit Réglone 2 est déconseillé après un broyage. L'utilisation de Sorcier doit se faire avec un adjuvant, ce qui est inclus dans le pack Dolbi de Philagro.

Beloukha : Une Alternative Naturelle et son Profil Environnemental

Parmi les alternatives, Beloukha, un défanant à base d'une substance naturelle, a l'avantage de montrer un bon profil environnemental avec son classement comme produit de biocontrôle. Cette classification indique une orientation vers des solutions plus respectueuses de l'environnement et de la santé.

Cependant, les conditions d'une bonne efficacité sont délicates à réunir et son coût, plus de 100 euros par hectare, est rédhibitoire pour la filière pomme de terre, limitant ainsi son adoption à grande échelle malgré ses atouts écologiques.

L'Avenir du Basta F1 sur les Pommes de Terre et les Implications de la Fusion Bayer-Monsanto

Le produit Basta F1 est promis à une interdiction comme défanant en France à terme, mais une année de sursis a été accordée pour cet usage. Nathalie Adam, ingénieur chez Bayer dans le Nord-Pas-de-Calais, précise : « Notre produit est en cours d’évaluation par l’Anses pour sa réhomologation sur le marché français. Le dossier devait être rendu au printemps 2017 mais l’étude a pris du retard. Les conclusions de l’Anses devraient être connues cet automne. Notre produit devrait conserver la plupart de ses usages sur diverses productions végétales mais pas sur le défanage de la pomme de terre. »

D'autre part, la spécialité de Bayer pourrait faire les frais de la fusion avec Monsanto. On imagine mal que le futur Bayer-Monsanto conserve aussi bien les herbicides totaux à base de glyphosate que ceux composés de glufosinate-ammonium (Basta F1) qui ont plusieurs marchés en commun. La firme devra sans doute vendre ces activités à une autre société, ce qui pourrait entraîner une redistribution des cartes sur le marché des herbicides.

Organigramme simplifié de la fusion Bayer-Monsanto et les produits concernés

Restrictions d'Emploi Existant et Implications pour la Faune Sauvage

Avant même la décision de retrait, Basta F1 faisait déjà l'objet de restrictions d'emploi. Il est interdit sur plants et pommes de terre primeur. Son utilisation comme défanant doit se faire par bande ou par applications ponctuelles dans un objectif de protection de la faune sauvage. Autrement dit, il ne peut être utilisé en plein sur l'intégralité d'une parcelle. Ces restrictions existantes témoignaient déjà d'une prise de conscience des impacts potentiels du produit sur la biodiversité et la nécessité de limiter son usage.

Ces mesures, combinées aux décisions récentes de l'Anses, reflètent une évolution des réglementations phytosanitaires en France, cherchant à concilier les impératifs de production agricole avec les exigences de protection de la santé humaine et de l'environnement. Le cas du Basta F1 illustre les défis auxquels est confrontée l'agriculture moderne pour trouver des solutions de désherbage efficaces et durables, tout en répondant aux attentes sociétales grandissantes en matière de sécurité et de respect de l'écosystème.

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