Stratégies et outils pour une maîtrise efficace du désherbage mécanique en agriculture

Le désherbage mécanique des cultures passe par un itinéraire technique particulier. Pour se débarrasser efficacement des adventices, le passage d’outils en interrang est à maîtriser. Il est essentiel de rappeler les bases techniques d’un désherbage réussi, à savoir les rotations, l’utilisation de couverts végétaux, et enfin le choix d’outils adaptés. Cet enjeu de bien éliminer la concurrence entre végétaux est crucial pour la culture. « Désherber entre les rangs, c’est facile. Sur le rang, c’est plus dur. Pour autant, c’est essentiel pour laisser la culture exprimer son potentiel », commente Jean-Jacques Le Bris, producteur de légumes à Pleumeur-Gautier (22), et adepte du désherbage mécanique sur ses parcelles menées en bio.

Schéma illustrant le passage d'une bineuse entre les rangs de culture

Les fondements agronomiques du désherbage mécanique

Le retrait progressif des substances actives nous conduit parfois à revenir à des techniques plus ancestrales. En complément ou non du désherbage chimique, le désherbage mécanique peut apporter une solution agronomique efficace et plus rentable. Des solutions pour lutter contre les adventices existaient bien avant l’arrivée des produits phytosanitaires. Elles étaient préventives (travail du sol, rotation ou encore paillage) ou curatives (désherbage manuel, désherbage mécanique). Après la Seconde Guerre mondiale, les herbicides ont rendu le désherbage plus efficace et plus rapide. Leur usage massif montre aujourd’hui ses limites.

Le désherbage mécanique peut être l’une des solutions permettant de réduire les risques liés à l’utilisation de la méthode chimique, notamment en réduisant les IFT (Indice de fréquence de traitement) en supprimant un passage chimique ou encore en réduisant des doses de désherbage. Le choix des outils de désherbage mécanique s'effectue selon les cultures, leurs stades, le type de sol et également les adventices. Certains outils de désherbage mécanique sont complémentaires alors que d’autres ont des actions similaires.

La maîtrise des adventices, et non leur élimination, est recherchée. Autrement dit, on parle de tolérance aux adventices, celles‐ci pouvant être présentes dans les parcelles sans impacter la production des cultures en place à venir. Ces dernières années, le retrait de substances actives s’est accéléré sans que d’autres solutions soient proposées. Cela a parfois conduit à des impasses techniques. Le recours au désherbage mécanique permet de réduire l'impact des substances actives sur l’environnement et d’éviter la pollution des eaux. Selon certains auteurs, deux à trois binages permettraient de gagner vingt unités d’azote, voire plus.

Typologie des adventices et dynamique des populations

Une mauvaise herbe peut être définie comme toute plante indésirable poussant dans une culture. Nous nous limiterons à classer les mauvaises herbes en tenant compte de la façon de les éliminer. Les graines jouent un rôle important. En effet, à l'intérieur de ces graines la plante entière est réduite à un petit noyau produit dans les organes aériens de la plante. Les graines peuvent rester vivantes à l'état inactif assez longtemps puis devenir de nouvelles plantes en présence de certaines conditions environnementales telles que la température, l'humidité, la lumière, certaines substances chimiques contenues dans le sol.

Les plantes dont la viabilité des graines ne subsistent en général qu'une ou deux saisons sont appelées mauvaises herbes annuelles. Les mauvaises herbes pérennes qui peuvent se multiplier et repousser à partir de leurs parties souterraines constituent le second groupe. Une majorité d'agriculteurs reconnaissent que le désherbage est une des pratiques culturales les plus importantes. Lorsque le désherbage s'avère nécessaire, il faut tenir compte de la méthode à suivre et du facteur temps. Les jeunes plants sont évidemment plus fragiles et c'est à ce stade de leur développement que les activités de désherbage sont les plus efficaces.

Travail du sol et préparation du lit de semences

L'objectif principal du lit de semences consiste à placer des graines ou le matériel à planter de façon à favoriser une croissance rapide. Les planches de semis ne devraient pas contenir de mauvaises herbes car elles peuvent ralentir la croissance de la culture. D'ailleurs, lors de la préparation du lit de semences, la terre est tellement retournée que les jeunes mauvaises herbes ont peu de chance de subsister. En fait, la préparation du lit de semences offre la dernière possibilité de traiter la pleine surface d'un champ au cours d'une saison culturale. Après les semis, il est impossible de retourner la terre aux endroits occupés par la culture.

Il existe une opération de travail du sol décisive quant à la profondeur de la couche cultivable et qui est réalisée bien avant les activités de semis : le travail du sol primaire, qui nécessite des charrues ou des cultivateurs lourds. Sous des conditions climatiques européennes, la durée d'une moitié de vie de graines de mauvaises herbes est estimée à un an, sous des conditions de labour normales. Pour nettoyer un champ envahi de mauvaises herbes, un labour profond, retournant correctement la terre, devrait suffire pour détruire la majorité des graines de mauvaises herbes.

Le désherbage mécanique ou alternatif de la pomme de terre - Episode n°1

Panorama des outils de désherbage mécanique

Le désherbage mécanique peut être mis en pratique grâce à un panel d’outils. Certains sont complémentaires, d’autres ont des actions similaires. L’outil parfait et polyvalent n’existe pas encore.

La herse étrille

La herse étrille travaille à environ 2 cm de profondeur (et jusqu'à 4 cm sur une intervention en prélevée) indépendamment des rangs de la culture et permet donc un désherbage sur toute la surface. Ses dents souples vibrent avec l’avancement de l’outil et déracinent les adventices en les arrachant par effet de vibration et d’impact. Ces dents, espacées entre elles de 2 à 3 cm, peuvent être droites ou courbées. Les dents courbées offrent une meilleure agressivité que les dents droites mais sont moins adaptées à des sols très caillouteux. Elle peut s'utiliser en prélevée, puis à partir du stade 2-3 feuilles et jusque assez tard dans la saison sans prendre trop de risques.

La houe rotative

La houe rotative travaille à environ 2 cm de profondeur indépendamment des rangs de la culture et permet donc un désherbage sur toute la surface. Le pouvoir de pénétration de l'outil est élevé ce qui la rend efficace sur sol battant. La houe rotative (ou écroûteuse) est constituée de rouleaux munis de pointes qui piochent, déchaussent, arrachent puis projettent les adventices. L'efficacité du désherbage mécanique avec la houe rotative est liée à la vitesse de passage : idéalement, elle doit être utilisée à une vitesse supérieure à 10 km/h.

La bineuse

Les socs de la bineuse coupent ou déchaussent les racines et peuvent enfouir les jeunes adventices en ramenant de la terre sur le rang. Elle désherbe les inter-rangs de cultures en ligne à écartements plus ou moins grands suivant la précision du guidage. Les différents éléments bineurs sont fixés à une poutre centrale mais sont indépendants et peuvent être réglés à différents écartements. En céréales le guidage est pratiquement indispensable car l'écartement entre rangs est très faible et des dégâts sur la culture peuvent être importants si la machine ne reste pas au bon endroit.

Diagramme comparatif des profondeurs de travail selon l'outil utilisé

Optimisation des interventions mécaniques

Le principe du désherbage mécanique est le même que la lutte chimique : détruire les adventices levées pour éviter la concurrence avec la culture et prévenir la production de semences d’adventices. Cependant, les conditions de passage sont différentes. Le sol ne doit être ni gelé ni trop humide en surface lors du passage de l’outil, et les pluies doivent être nulles ou très faibles les 4 jours suivants.

Grâce aux nouvelles technologies, notamment le guidage, l’utilisation et les performances des outils de désherbage mécanique sont désormais optimisées, capables de s’adapter à un grand nombre de cultures et de situations. Chez Serge Nizan, gérant d’une entreprise de travaux agricoles à Mordelles (35), le désherbage mécanique est pratiqué depuis plusieurs années : « Nous binons 200 ha par an. Équipée d’un tracteur Fendt porte-outil, la bineuse ventrale se met au plus près du rang. Placées entre les roues, les dents de la bineuse se déplacent moins dans l’interrang pour plus de précision ».

Dans certaines conditions, le désherbage mécanique n’est pas aussi efficace que le désherbage chimique : pour éviter le salissement des parcelles, il faut revoir le système de culture dans son ensemble pour essayer de réduire le stock de semences. L’allongement des rotations avec l’alternance de cultures de printemps et d’automne améliore l’efficacité du désherbage mécanique. Pour les passages en céréales par exemple, si les conditions climatiques permettent un passage « à l’aveugle à l’automne, l’efficacité sera accrue. Puis, à la sortie de l’hiver, dès que le sol est suffisamment ressuyé, il faut recommencer le désherbage mécanique. Il faut 2 à 3 jours sans pluie pour éviter le repiquage des plantules.

Intégration des solutions et perspectives

Le choix d'une méthode spécifique de désherbage dépend de plusieurs facteurs tels que la culture, les types de sol et de climat mais aussi du niveau de mécanisation ou du système de production. En général, le désherbage manuel semble la seule solution possible pour les productions de cultures intensives ou maraîchères mais il existe un choix beaucoup plus vaste pour les opérations de plus grande envergure où les tracteurs et les animaux sont disponibles.

La roto-étrille est un outil récent, à mi-chemin entre la herse étrille et la houe rotative. Elle est composée de disques à dents rondes d'un diamètre équivalent à celui d'une herse étrille. Comme il n'y a pas d'effet râteau, il n'y a pas de bourrage à cause des résidents présents à la surface de la parcelle. Le désherbage localisé peut être intéressant en complément du désherbage mécanique et peut permettre une bonne réduction d’intrants. Les essais de désherbage mécanique menés par la Chambre d’Agriculture de la Somme en 2014 et 2016 au sein du GIEE «Développer les pratiques de conduite intégrée en système légumier» a relevé qu’en betteraves, un passage de bineuse en remplacement d’un désherbage chimique permet une baisse d’IFT de 25 % en moyenne et en haricots une baisse moyenne de 30 %.

En somme, le désherbage mécanique n'est pas seulement utile pour lutter contre les adventices, il présente aussi des avantages agronomiques reconnus, tels que l'aération des sols battants, la stimulation de la mobilisation des nutriments et la conservation de l'eau par la rupture de la capillarité. L’avenir de cette pratique repose sur une approche intégrée où le dépistage des champs, les mesures préventives et la précision technologique se conjuguent pour garantir la santé des sols et la viabilité économique des exploitations.

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