Vers une Nouvelle Ère : Le Désherbant Monsanto Sans Glyphosate et ses Implications

L'industrie des désherbants, marquée par des décennies d'utilisation du glyphosate et les controverses qui en découlent, est à l'aube d'une transformation majeure. Le groupe chimique allemand Bayer, qui a acquis l'entreprise américaine Monsanto, est en train d'élaborer une alternative au désherbant controversé glyphosate, commercialisé sous la marque Roundup. Cette initiative marque un tournant potentiel, promettant la première innovation industrielle significative du secteur en trente ans.

illustration d'une nouvelle formule de désherbant sans glyphosate

Les Enjeux Autour du Glyphosate : Un Héritage Lourd

Le glyphosate, substance active du désherbant le plus vendu au monde, le Roundup de Monsanto, a été un pilier de l'agriculture moderne pendant plus de 40 ans. Il est commercialisé pour la première fois pour les particuliers et les professionnels par l’entreprise Monsanto. Depuis les années 2000, le glyphosate est fabriqué par un grand nombre de sociétés qui commercialisent de nombreux produits contenant cette substance. En analysant ses seuls aspects économiques et agronomiques, le glyphosate combine de nombreux atouts que l’on peut résumer à une palette élargie d’efficacité, alliée à un faible coût et une facilité certaine d’utilisation. Ces atouts ont été mis à profit dans de nombreuses situations où le glyphosate a permis d’intervenir dans des terrains difficiles, s’est substitué à du travail manuel pénible, a permis de dévitaliser les plantes vivaces et pérennes en fin de cycle, et a remplacé du travail mécanique visant à garantir un bon désherbage. Le glyphosate a été par ailleurs largement utilisé dans certains pays en combinaison avec des plantes OGM, résistantes à cet herbicide.

Cependant, cet herbicide total, utilisé pour détruire ce que l'on appelle communément les mauvaises herbes, est devenu l'objet de vives préoccupations concernant son impact sur la santé et l'environnement. Le 10 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), placé auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a déclaré que le glyphosate devait désormais être classé cancérogène probable pour l’homme. Cette classification a provoqué une onde de choc, alimentant une controverse mondiale.

Au fait, c'est quoi le glyphosate ?

Des Litiges aux Milliards de Dollars

En 2018, Bayer a racheté l'entreprise américaine Monsanto pour 60 milliards de dollars. Ce rachat a confronté le groupe allemand à la controverse entourant le Roundup, considéré par beaucoup comme nocif pour la santé et l'environnement. Bayer s'est vu infliger des condamnations se chiffrant en milliards de dollars, avec des procédures en appel toujours en cours. Fin 2023, l'entreprise indiquait avoir réservé 6,3 milliards pour faire face aux poursuites judiciaires dans ce dossier. À la fin janvier, 54 000 dossiers restaient à régler sur un stock de 167 000 demandes enregistrées. Le patron de Bayer, Bill Anderson, a répété que son groupe voulait accélérer le règlement des litiges liés à l'herbicide.

Malgré ces litiges, l'Autorité européenne de sécurité des aliments de l'Union européenne (EFSA) et l'institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) ont rejeté le classement du glyphosate comme cancérogène probable, provoquant l’ire d’une centaine de scientifiques de renom qui n’estiment pas crédibles leurs conclusions. Les agences européennes d’évaluation ne partagent pas l’avis du CIRC. Ce faisant, le glyphosate se retrouve dans nos aliments comme le lait, la farine, le pain et la bière. Au lieu d’appliquer le principe de précaution pour protéger l’environnement et la santé des gens, l’EFSA et le BfR semblent prendre en compte en premier lieu les intérêts économiques des groupes chimiques. Une centaine de scientifiques, dont la quasi-totalité de l’équipe du CIRC, formulent de graves accusations contre l’EFSA et le BfR, pointant du doigt d’importantes lacunes dans les estimations, des démarches inacceptables d’un point de vue scientifique et l’absence de données.

En 2017, la Commission européenne a proposé de renouveler l’autorisation du glyphosate dans l’Union européenne pour une durée de 10 ans, sur la base des avis des agences européennes. La France s’est prononcée contre cette proposition, avec d’autres États membres. Cependant, les députés français ont refusé, dans la nuit du 28 au 29 mai, d’inscrire dans la loi une interdiction du glyphosate en 2021, pourtant promise par Emmanuel Macron. En effet, alors que l’Union européenne avait décidé de renouveler pour cinq ans la licence de cette molécule en novembre 2017, le président s’était engagé à le bannir en France « dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans ».

infographie sur les litiges liés au glyphosate

L'Avènement d'une Nouvelle Formule : L'Alternative de Bayer

Face à ce contexte tendu, le groupe chimique allemand Bayer développe activement une alternative au glyphosate. "Nous testons déjà la nouvelle substance sur des plantes", a confié son patron Bill Anderson au journal dominical allemand Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. M. Anderson a également annoncé que l'entreprise visait une commercialisation pour 2028. À l'en croire, il s'agirait de la première innovation industrielle du secteur en trente ans. Vu l'historique de cet herbicide et de son propriétaire d'origine Monsanto, on ne sait pas encore si cette nouvelle est réjouissante ou si elle va apporter son lot de nouvelles controverses.

Cette démarche de Bayer s'inscrit dans un mouvement plus large de recherche et développement d'alternatives, motivé par les préoccupations sanitaires et environnementales croissantes.

schéma du processus de développement d'un nouveau désherbant

Les Alternatives Existantes et en Développement

La sortie du glyphosate ne se fera pas par l’utilisation d’une option unique pour tous, ni même d’une option technique unique pour une exploitation agricole ou un système de culture donné. C’est donc plutôt vers l’identification de combinaisons techniques adaptées localement que s’orientent les recommandations. Ceci contribue à la complexité apparente et à la charge mentale, en particulier pendant la phase de transition.

Les collectivités françaises, notamment, ont déjà mis en place des alternatives. Les produits phytosanitaires sont bannis depuis le 1er janvier 2017 des espaces ouverts au public - voirie, parcs, stades, cimetières, etc. Plus de cinq mille communes françaises s’étaient engagées dans des démarches de réduction ou de suppression des pesticides chimiques avant même l’échéance de la loi, selon le guide des solutions publié par le ministère de la transition écologique et solidaire (« Ma commune sans pesticides »). Certaines, comme Versailles (Yvelines), ont découvert que ces méthodes coûtaient moins cher que l’achat des produits, leur stockage et la formation obligatoire du personnel.

Désherbage Mécanique Manuel

Les outils manuels tels que binettes, grattoirs, couteaux désherbeurs, griffes ou sarcloirs nécessitent en général davantage de temps de travail qu'avec un herbicide chimique, mais ils sont incontournables pour atteindre les mauvaises herbes à certains endroits. Des collectivités en profitent pour créer des emplois, à l’image de Versailles, qui embauche du personnel en insertion, en saison de pousse, de mars à octobre environ.

Désherbage Thermique

Le désherbage thermique utilise de l'eau chaude ou de la vapeur projetée sur les herbes non désirées, ce qui stoppe leur activité biologique : elles noircissent et meurent. Certains désherbeurs thermiques produisent aussi de la mousse, composée d’eau, de fibres de noix de coco et d’amidon de maïs. Cette méthode peut se révéler plus efficace, la mousse restant plus longuement que l’eau sur la plante. Il existe aussi des modèles équipés de radiants infrarouges. Enfin, ceux à gaz dégagent une flamme, à passer une à deux secondes sur les herbes. C’est le choix qu’a fait Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle, commune de moins de cinquante habitants, en Corrèze. Sans employé municipal, elle met son désherbeur thermique à la disposition des administrés.

Désherbage Mécanique Électrique

Les désherbeuses mécaniques comportent souvent une brosse ou un balai rotatif, généralement en acier ou en nylon, pour décaper les « zones imperméables, comme les trottoirs par exemple », précise le « kit collectivité, la transition vers le zéro phyto et le développement de la bio locale », publié par les associations Agir pour l’environnement, Bio Consom’acteurs et Générations futures. Les sabots rotatifs servent, eux, à désherber les zones perméables : graviers, sable, etc. Le réciprocateur, qui ressemble à une débroussailleuse, possède deux lames tournant en sens inverse pour désherber au bord de la route sans projection sur les piétons ou sur les voitures. Sont également utilisés, des débroussailleuses classiques, tondeuses, dameuses, bineuses électriques ou encore des jets haute pression (pas en pleine terre) ; s’ils permettent un désherbage plus rapide qu’à la main, ces matériels se révèlent parfois coûteux et bruyants, et consommateurs d’eau et d’énergie.

tableau comparatif des méthodes de désherbage alternatif

Herbicides Naturels

Des acides comme l'acide acétique et l'acide citrique, ainsi que des substances comme les clous de girofle et le gluten de maïs, figurent parmi les herbicides naturels recommandés par une étude sur les méthodes alternatives, commandée par le Parti vert européen. Le guide cite également le cinmethylin, issu d’espèces de sauge, qui supprime un large spectre de mauvaises herbes, ainsi que le lixiviat aqueux de feuilles d’eucalyptus globulus.

Techniques Préventives

Un conseil basique est de nettoyer les outils et machines utilisés, susceptibles de transmettre des éléments pathogènes ou des graines d’herbes non désirées. Refaire les joints et les caniveaux permet également de limiter leur prolifération. Le paillage biodégradable, à l’aide par exemple de copeaux de bois, d’herbe de tonte, de feuilles mortes, empêche la lumière de passer et donc la photosynthèse, notamment sur les plates-bandes des massifs. La ville de Fontainebleau (Seine-et-Marne) place par exemple des cosses de cacao au pied des plants de fleurs saisonnières. Trois avantages : elles empêchent la pousse d’herbes indésirables, l’eau de s’évaporer et la ville sent le chocolat deux semaines durant, au mois de mai.

Gestion Différenciée

Des collectivités choisissent des espèces locales sauvages de plantes adaptées à leur environnement : pâquerettes, pensées, campanules à Paris par exemple, entre autres. De même, des vivaces persistants qui ne nécessitent pas d’engrais ou encore résistent aux maladies permettent de limiter l’entretien des espaces verts. Certaines communes réaménagent l’espace pour limiter la pousse des herbes, ou acceptent la flore spontanée, augmentent la hauteur de tonte, font une fauche annuelle tardive. Des plantes couvre-sol remplaceront avantageusement les surfaces gravillonnées, propices aux herbes spontanées - mais en évitant les espèces envahissantes. Les sentiers passants, déjà dégagés par le piétinement, n’ont pas besoin d’être désherbés. Certaines zones dans les cimetières ou des bandes routières peuvent être engazonnées. L’Isle-d’Espagnac, en Charente, a utilisé de la fétuque pour ses terrains de sport. L’emploi de cette herbe moins gourmande en eau et résistante aux piétinements lui permet de réaliser des économies d’entretien. La ville d’Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), a quant à elle implanté des abris pour les animaux (haies champêtres, nichoirs, etc.), en choisissant des plantes mellifères et en laissant des herbes folles non fauchées au parc de la Doutre.

Au fait, c'est quoi le glyphosate ?

Vers un Avenir Sans Glyphosate : Les Défis et les Perspectives

L’Institut national de la recherche agronomique (INRAE) a remis aux ministres concernés son rapport sur les usages et les alternatives au glyphosate dans l’agriculture française. Ce rapport répond à plusieurs objectifs : analyser les usages du glyphosate, identifier les alternatives possibles avec leurs incidences économiques et organisationnelles ainsi que les difficultés spécifiques à certaines filières ou modes de production. Selon INRAE, « l’adaptation à un arrêt du glyphosate passe et passera par des changements profonds. Le déploiement des pratiques nouvelles doit être envisagé sur toutes les exploitations ».

Le passage à des solutions sans glyphosate représente un défi complexe mais nécessaire. Il implique des changements profonds dans les pratiques agricoles et d'entretien des espaces verts, mais offre la promesse d'un avenir plus sain pour l'environnement et la santé humaine. La commercialisation annoncée par Bayer de sa nouvelle substance en 2028 pourrait marquer un tournant décisif dans cette transition.

Le glyphosate, herbicide le plus vendu dans le monde et classé 'cancérogène probable' par l’OMS, empoisonne l’environnement et nos aliments. Son autorisation dans l’UE s’achève en décembre et son renouvellement est actuellement en discussion. L'utilisation de l'herbicide total comme dessiccant est une pratique perfide où les plantes céréalières sont tuées une semaine avant la récolte en étant pulvérisées de glyphosate. C’est le moment de nous faire entendre auprès des dirigeants européens et de nous assurer que l’autorisation d’utilisation du glyphosate dans l’UE ne soit pas prolongée.

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