Détermination de la Composition des Phases et Principes Méthodologiques en Thermodynamique

La thermodynamique est une branche de la physique qui étudie les relations entre la chaleur et d'autres formes d'énergie. Elle est essentielle pour comprendre la composition des phases et les transformations qui ont lieu au sein des systèmes physiques et chimiques. Pour aborder ce domaine complexe, il est nécessaire de le décomposer en plusieurs parties fondamentales. Ces principes permettent de résoudre une multitude de problèmes, allant des calculs d'énergie interne aux déterminations d'enthalpie de réaction.

Système thermodynamique avec échanges d'énergie

Les Fondamentaux de la Thermodynamique : Systèmes et Équilibre

En thermodynamique, tout commence par la définition d'un système. Un système est la partie de l'univers que l'on choisit d'étudier, et tout ce qui se trouve en dehors de ce système est considéré comme le milieu extérieur. L'interaction entre le système et le milieu extérieur est primordiale pour comprendre les transferts d'énergie.

Un système est en équilibre thermodynamique lorsqu'il est simultanément en équilibre thermique, mécanique et chimique. Cela signifie qu'il n'y a pas de flux net de chaleur, de travail ou de matière entre les différentes parties du système ou entre le système et son environnement. Le système peut soit donner, soit recevoir de l'énergie du milieu extérieur. Un principe fondamental stipule que le transfert thermique se fait toujours du corps le plus chaud vers le corps le plus froid. Une paroi est dite diathermane si elle permet les échanges thermiques, tandis qu'une paroi adiabatique ne les permet pas.

Il est important de noter la notion de fonction d'état, qui s'apparente à celle de force conservative en mécanique. Une fonction d'état est une propriété du système qui ne dépend que de son état actuel, et non de la manière dont cet état a été atteint. Des exemples de fonctions d'état incluent la pression (P), le volume (V), la température (T) et l'énergie interne (U).

Les grandeurs clés en thermodynamique sont :

  • Pression (P) : généralement exprimée en Pascal (Pa).
  • Volume (V) : souvent donné en litres (L) ou millilitres (mL), nécessitant une conversion en mètres cubes (m³).
  • Température (T) : toujours exprimée en Kelvins (K) pour les calculs thermodynamiques.Il existe des conversions spécifiques, comme 1 mmHg = 133,322 Pa.

Le Premier Principe de la Thermodynamique : Conservation de l'Énergie

Le premier principe de la thermodynamique est une expression de la conservation de l'énergie. Il stipule que la variation de l'énergie interne (ΔU) d'un système est égale à la somme de la quantité de chaleur (Q) échangée avec le milieu extérieur et du travail (W) effectué par ou sur le système.ΔU = Q + W

L'énergie interne, notée U, est une fonction d'état et est exprimée en Joules.Dans le cas d'une transformation où seul un travail de pression-volume est impliqué, le travail peut être exprimé par W = -∫PdV.Lors d'une détente adiabatique et irréversible d'une mole de gaz parfait, comme dans l'exemple 1, on constate que la quantité de chaleur mise en jeu (Q) est égale à 0. Pour une détente d'une pression de 5 atm à 1 atm, avec une température initiale de 298 K, la température finale du gaz est de 203,0 K. La variation de l'énergie interne du gaz est de -1 184 J.mol⁻¹, et le travail effectué par le gaz est également de -1 184 J.mol⁻¹. La variation d'enthalpie du gaz est de -1 974 J.mol⁻¹. Ces calculs sont basés sur les capacités thermiques à volume constant (Cv = 3/2 R) et à pression constante (Cp = 5/2 R).

Diagramme PV pour une transformation thermodynamique

Enthalpie : Une Fonction d'État Utile

L'enthalpie, notée H, est également une fonction d'état exprimée en Joules et est définie par la relation :H = U + PVLa variation d'enthalpie (ΔH) est particulièrement utile pour les processus qui se déroulent à pression constante.Lors d'un changement d'état, l'enthalpie massique correspond à la chaleur latente, également appelée enthalpie de changement d'état. Par exemple, à 150 °C, l'enthalpie de vaporisation de l'eau est de 2109,2 kJ.kg⁻¹. En supposant que la vapeur se comporte comme un gaz parfait et que le volume molaire du liquide est négligeable devant celui de la phase vapeur, la variation d'énergie interne pendant la vaporisation de 1 kg d'eau à 150 °C est de 1 913,8 kJ.kg⁻¹.

La relation entre ΔH et ΔU est donnée par :ΔH = ΔU + Δ(PV)Pour les réactions impliquant des gaz parfaits à température constante, on peut écrire :ΔH - ΔU = Δngaz RToù Δngaz représente la variation du nombre de moles de gaz au cours de la réaction, R est la constante des gaz parfaits, et T est la température en Kelvins.Par exemple, pour la réaction C₂H₅OH(l) + 3O₂(g) → 2CO₂(g) + 3H₂O(s) à 0 °C (273 K), Δngaz = -1, et ΔH - ΔU = -2,268 kJ. Pour la réaction C₂H₅OH(g) + 3O₂(g) → 2CO₂(g) + 3H₂O(l) à 25 °C (298 K), Δngaz = -2, et ΔH - ΔU = -4,952 kJ.

La Calorimétrie : Mesure des Échanges de Chaleur

La calorimétrie est la technique de mesure des quantités de chaleur échangées lors de processus physiques ou chimiques. Un calorimètre est un appareil conçu pour minimiser les pertes de chaleur avec l'extérieur, se rapprochant ainsi d'un système adiabatique.

Température d'Équilibre Thermique

Lorsqu'on mélange des substances à des températures différentes dans un calorimètre adiabatique, la chaleur se transfère du corps le plus chaud au corps le plus froid jusqu'à ce qu'un équilibre thermique soit atteint. La température finale est la température d'équilibre.Par exemple, si l'on met 2 kg d'eau dans un calorimètre de capacité thermique 732 J.K⁻¹ à 20 °C, et que l'on ajoute 3 kg d'eau à 10 °C, la température du mélange à l'équilibre sera de 14,2 °C. Ceci est calculé en utilisant la capacité thermique massique de l'eau à pression constante, égale à 4,18 J.K⁻¹.g⁻¹.

Capacité Calorifique d'un Métal

La capacité calorifique d'une substance représente la quantité de chaleur nécessaire pour élever sa température d'un degré. La capacité calorifique massique (c) est la capacité calorifique par unité de masse.Dans un calorimètre, la chaleur perdue par le corps chaud est égale à la chaleur gagnée par le corps froid et le calorimètre (en supposant un système adiabatique). Ainsi, Qmétal + Qcalorimètre + Qeau = 0.Pour déterminer la capacité calorifique massique d'un métal, on peut introduire un bloc métallique chaud dans un calorimètre contenant de l'eau. Par exemple, un calorimètre de 209 J.K⁻¹ contenant 350 g d'eau à 16 °C. En y introduisant un bloc métallique de 280 g à 98 °C, la température finale est de 17,7 °C. La chaleur échangée par le métal (QMét), le calorimètre (QCal) et l'eau (QEau) sont reliées par la relation QMét + QCal + QEau = 0. La capacité calorifique massique du métal (CMét) peut être calculée, donnant un résultat de 0,126 J.g⁻¹.K⁻¹, ce qui correspond au plomb (Pb) dans le tableau des capacités calorifiques massiques.Dans un autre exemple, un calorimètre adiabatique contient 1800 g d'eau à 0 °C. En introduisant une barre de cuivre de 1 kg à 100 °C, la température d'équilibre est de 4,78 °C. En tenant compte de la capacité thermique du calorimètre (238 J.K⁻¹), la capacité thermique du cuivre est calculée à 0,39 J.K⁻¹.g⁻¹.

Mesure de la capacité thermique d'un récipient ou calorimètre.

Calorimétrie et Changements de Phases

Lorsqu'un changement de phase (fusion, vaporisation, etc.) a lieu, de l'énergie est absorbée ou libérée sans changement de température. Cette énergie est appelée chaleur latente.Pour calculer la masse de glace à -4 °C qu'il faut ajouter à 1 litre d'eau à 18 °C pour obtenir de l'eau à 10 °C, il faut prendre en compte la chaleur nécessaire pour élever la température de la glace jusqu'à 0 °C, la chaleur de fusion de la glace, puis la chaleur nécessaire pour élever la température de l'eau résultante jusqu'à 10 °C. En utilisant les données CEau = 1 cal.g⁻¹.K⁻¹, CGlace = 0,5 cal.g⁻¹.K⁻¹ et L_Fusion = 334,4 J.g⁻¹, la masse de glace nécessaire est de 86,96 g.

Enthalpies de Réactions : Quantification des Échanges Thermiques en Chimie

Les enthalpies de réactions (ΔH°r) quantifient la chaleur absorbée ou libérée lors d'une réaction chimique à pression constante. Elles sont cruciales pour comprendre la nature exothermique ou endothermique des réactions.

Détermination de ΔH°r par Calorimétrie

La chaleur de combustion peut être déterminée expérimentalement à l'aide d'une bombe calorimétrique.Dans une enceinte adiabatique contenant 700 g d'eau et une bombe calorimétrique vide à 19,23 °C, l'ajout de 200 g d'eau à 50 °C fixe la température à 24,33 °C. Cela permet de déterminer la capacité thermique du calorimètre (enceinte + bombe) à 1283 J.K⁻¹.Ensuite, l'introduction de 0,5 g de naphtalène (C₁₀H₈) et la déclenchement de sa combustion dans la bombe élèvent la température à 28,33 °C. En utilisant la capacité thermique de l'eau de 4,18 J.g⁻¹.K⁻¹, la chaleur de combustion du naphtalène est calculée à -5169,86 kJ.mol⁻¹.

Détermination de ΔH°r par Combinaison Linéaire

L'enthalpie de réaction peut être calculée en utilisant les enthalpies de combustion connues de réactifs et de produits.Pour la réaction 2CO(g) + 4H₂(g) → H₂O(l) + C₂H₅OH(l) à 25 °C, connaissant les enthalpies de combustion du CO(g) (-282,5 kJ.mol⁻¹), de l'H₂(g) (-285,9 kJ.mol⁻¹) et du C₂H₅OH(l) (-1366,4 kJ.mol⁻¹), l'enthalpie de la réaction est de -342,2 kJ.

Loi de Hess : Calcul des Enthalpies de Réaction

La loi de Hess stipule que l'enthalpie d'une réaction est indépendante du chemin suivi, qu'elle se déroule en une seule étape ou en plusieurs étapes. Elle permet de calculer l'enthalpie d'une réaction à partir des enthalpies de formation standards ou des enthalpies de combustion.

  1. Par les enthalpies molaires standards de formation (ΔH°f) :La chaleur de combustion ΔrH°298 de l'acide oxalique solide C₂H₂O₄(s) à 25 °C et à pression atmosphérique peut être calculée en utilisant les enthalpies molaires standards de formation : ΔHf°298C₂H₂O₄(s) = -1 822,2 kJ.mol⁻¹ ; ΔHf°298CO₂(g) = -393 kJ.mol⁻¹ ; ΔHf°298H₂O(l) = -285,2 kJ.mol⁻¹. L'enthalpie de combustion est de 751 kJ.

  2. Calcul de ΔH°f à partir de ΔH°r :Pour l'oxydation de l'ammoniac : 2NH₃(g) + 5/2O₂(g) → 2NO(g) + 3H₂O(g), avec ΔrH°298 = -109 kcal. Connaissant les enthalpies molaires standards de formation de NO(g) (21,5 kcal.mol⁻¹) et H₂O(g) (-58,0 kcal.mol⁻¹), l'enthalpie molaire standard de formation de NH₃(g) est de -11 kcal.mol⁻¹.

Enthalpies de Réaction par les Énergies de Liaisons

Les enthalpies de réaction peuvent également être estimées à partir des énergies de liaison. Cette méthode est particulièrement utile pour les réactions en phase gazeuse. La réaction C₂H₄(g) + H₂O(g) → C₂H₅OH(g) peut être étudiée de cette manière.En utilisant les enthalpies molaires standards de formation (ΔH°f 298C₂H₄(g) = 52,26 kJ.mol⁻¹ ; ΔH°f 298H₂O(g) = -242,4 kJ.mol⁻¹ ; ΔH°f 298C₂H₅OH(g) = -235,1 kJ.mol⁻¹), l'enthalpie de la réaction est de -45,6 kJ.À partir des énergies de liaisons (C-H = -413,8 ; C-C = -347,0 ; O-H = -459,8 ; C-O = -313,5 ; C=C = -611,8 kJ.mol⁻¹), l'enthalpie de la réaction est de -2,73 kJ. La différence entre ces valeurs s'explique par le fait que les énergies de liaison sont des valeurs moyennes et peuvent ne pas refléter précisément l'environnement spécifique de chaque liaison dans une molécule donnée.

  1. Cycle thermodynamique pour l'énergie de liaison C=C :À partir de l'enthalpie standard de formation de C₂H₄(g) (+52,3 kJ.mol⁻¹), on peut déterminer l'énergie de liaison El(C=C). Le cycle thermodynamique implique la sublimation du carbone et la dissociation des liaisons H-H et C-H. L'expression traduisant le cycle thermodynamique est ΔH°f - El(C=C) - 4El(C-H) + 2El(H-H) - 2ΔH°Sub(C) = 0. Le calcul donne une valeur de -605,70 kJ.mol⁻¹ pour E_l(C=C).

  2. Cycle thermodynamique pour l'enthalpie de formation de l'éthanol liquide :Pour calculer la chaleur standard de formation de l'éthanol liquide C₂H₅OH(l) à partir des énergies de liaison (EC-C = -341,9 kJ ; EC-H = -415,9 kJ ; EO-H = -461,9 kJ ; EC-O = -344,0 kJ), des énergies de dissociation (ΔH°dis(H₂) = 432,2 kJ.mol⁻¹ ; ΔH°dis(O₂) = 494,1 kJ.mol⁻¹) et de l'énergie de sublimation du carbone (ΔHSub(C) = 712,2 kJ), ainsi que l'énergie de vaporisation de l'éthanol (ΔHVap(éthanol) = 42,6 kJ.mol⁻¹), l'enthalpie de formation de l'éthanol est de -301,85 kJ. Comparée à la valeur expérimentale de -238,05 kJ.mol⁻¹, la différence est due au fait que les enthalpies des énergies de liaison représentent des valeurs moyennes et non des valeurs précises. Ces valeurs sont déterminées par des méthodes approximatives et reposent sur l'hypothèse que les liaisons chimiques sont semblables, indépendamment de leur environnement dans diverses molécules.

Représentation schématique des énergies de liaison

Loi de Kirchhoff : Dépendance de l'Enthalpie de Réaction avec la Température

La loi de Kirchhoff permet de calculer la variation de l'enthalpie de réaction à une température différente si l'on connaît l'enthalpie de réaction à une température donnée et les capacités thermiques des réactifs et des produits.ΔH°(T₂) = ΔH°(T₁) + ∫(T₁ à T₂) ΔCp dToù ΔCp est la variation des capacités thermiques molaires à pression constante entre les produits et les réactifs.Par exemple, l'enthalpie de formation de NH₃ à 273 K est de -46,6 kJ.mol⁻¹. En utilisant les capacités thermiques des espèces (Cp(H₂) = 27,25 + 0,32.10⁻²T ; Cp(NH₃) = 29,72 + 2,50.10⁻²T ; Cp(N₂) = 27,84 + 0,42.10⁻²T, toutes en J.mol⁻¹.K⁻¹), l'enthalpie de formation de NH₃ à 550 K est calculée à -51,483 kJ.mol⁻¹. Pour la même température, la chaleur de formation à volume constant (ΔU°f(550)) est de -46,910 kJ.mol⁻¹.

Enthalpie de Réaction par Cycle Thermodynamique à Différentes Températures

La combustion totale d'une mole de méthanol liquide dans les conditions standards libère 725,2 kJ selon la réaction : CH₃OH(l) + 3/2 O₂(g) → CO₂(g) + 2H₂O(l) (1).Pour calculer l'enthalpie de cette réaction à 60 °C (333 K), il faut prendre en compte la variation des capacités thermiques avec la température. L'enthalpie de la réaction (1) à 333 K est de -723,34 kJ.Pour calculer la chaleur de cette réaction à 127 °C (400 K) et à pression d'une atmosphère, il faut également considérer les chaleurs de vaporisation du méthanol et de l'eau, car les réactifs et les produits peuvent changer de phase à cette température. Le méthanol bout à 64,5 °C (337,5 K) et l'eau à 100 °C (373 K). Les chaleurs de vaporisation sont ΔH°vap H₂O(l) à 373 K = 44 kJ.mol⁻¹ et ΔH°vap CH₃OH(l) à 337,5 K = 35,4 kJ.mol⁻¹. En utilisant les chaleurs molaires à pression constante des espèces dans leurs différentes phases, un cycle thermodynamique complexe est nécessaire pour déterminer l'enthalpie de réaction à 127 °C.

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