La vie de Nathan/Neuschem WALTER, né en 1899 dans une famille juive polonaise à Lubien, un village de la province de Varsovie alors sous domination de l'Empire russe, fut tragiquement interrompue en 1944 dans le contexte effroyable de la Shoah. Son parcours, de son arrivée à Paris en 1913 avec ses parents à son arrestation et sa déportation, est une illustration poignante de l'intégration d'une famille immigrée dans la société française et des persécutions qui ont marqué le XXe siècle. Cet article explore sa biographie, les traces qu'il a laissées, et ce qui subsiste aujourd'hui de sa mémoire.
Premiers Pas en France et Intégration Sociale
Arrivé à Paris en 1913 avec ses parents, David Enoch WALTER et Chawa RAUF, Nathan/Neuschem WALTER s'installe avec eux dans un appartement du Marais, quartier emblématique de la capitale française. La famille, originaire du Royaume de Pologne, s'intègre progressivement au tissu social parisien. Comme ses parents, Nathan/Neuschem WALTER obtient la nationalité française en 1925. Il est important de noter la complexité de son prénom, les sources françaises présentant diverses formes de son prénom yiddish-polonais telles que « Neuschein », « Neuschien », « Neucheim », « Neuchem », « Neuchen » et « Neuschem », mais deux sources attestent de l'usage d'un prénom français : « Nathan ».

Ses parents, David Enoch et Chawa, s'étaient mariés civilement le 15 juin 1895 à Kolo, après une cérémonie religieuse la veille. David Enoch, né le 30 mai 1873 à Lubien, et Chawa, née à Kolo en juillet 1871, s'installent à Paris avant la Première Guerre mondiale. En 1946, David WALTER déclarera être arrivé en France via l'Angleterre et parler quatre langues : anglais, polonais, français et yiddish, témoignant de son parcours international. La famille WALTER réside pendant vingt-huit ans dans le même logement, au troisième étage d'un immeuble du 4e arrondissement, un appartement modeste composé de deux pièces habitables, d'une cuisine et d'une petite entrée. Ce quartier, où vivaient de nombreux immigrés juifs d'Europe orientale, était parfois désigné, dans des textes empreints de xénophobie, comme le « ghetto » parisien. Les autorités municipales dénonçaient l'insalubrité de ces immeubles, et le logement des WALTER se trouvait dans l'îlot insalubre n° 2 en 1910.
Premières Années de Mariage et Parcours Professionnel
L'histoire du premier mariage de Nathan/Neuschem WALTER présente des zones d'ombre, jusqu'à son divorce en 1937. Il épouse Micheline Rachel BARUCH, née à Paris le 21 mai 1905. Le couple se marie religieusement à la synagogue parisienne de la rue des Tournelles, un lieu de consécration partagé vingt ans plus tôt par les parents de Micheline, Jean BARUCH et Dora WINISKI. Le mariage religieux de Nathan/Neuschem WALTER est une attestation unique de sa pratique religieuse. Jean BARUCH, originaire du Royaume de Varsovie, arrive en France vers 1896 et exerce le métier de tailleur.

La naturalisation française est une démarche importante pour la famille. Jean BARUCH dépose sa demande en 1911, tandis que David Enoch WALTER et son épouse Chawa font de même le 16 décembre 1924. La motivation de Nathan/Neuschem WALTER pour solliciter sa propre naturalisation en janvier 1925 est le souhait « d’accomplir son service militaire sous nos drapeaux ». Le dossier de naturalisation révèle que David Enoch WALTER travaille comme « mélangeur de produits chimiques » à la Société Industrielle des Téléphones, puis, vers 1926, pour la « Compagnie de caoutchouc manufacturé ‘Dynamic’ ». Jean BARUCH est tailleur à façon, et Nathan/Neuschem WALTER est alors « représentant de commerce chez son beau-père ».
Le parcours professionnel de Nathan/Neuschem WALTER est marqué par une évolution. En 1928, il est employé par Jacques WACHHOLDER, fabricant de maroquinerie. Il est possible qu'il y travaille comme ouvrier, vendeur ou représentant. En 1931, il est toujours « employé de commerce », domicilié avec ses parents. L'entreprise de Jacques WACHHOLDER fait faillite en mai 1935.
La Vie Sous l'Occupation et l'Arrestation
En 1936, Nathan/Neuschem WALTER, désormais prénommé « Nathan », habite au 73 avenue de la République, et exerce la profession de « maroquinier ». Il semble partager son logement avec un ami et collègue, Chana SACKMANN, également maroquinier. En 1938, il figure sur les listes électorales du 11e arrondissement, domicilié boulevard de Belleville. Il est alors divorcé de Micheline Rachel BARUCH, la demande de divorce ayant été déposée par l'épouse. Des transactions immobilières concernant une maison à Garges-lès-Gonesse impliquent la famille de son époux en 1926 et 1932, durant la période de séparation du couple. Parallèlement, Micheline « Walter née Baruch » entreprend des démarches pour une activité commerciale autonome, s'inscrivant dans le commerce de « bimbeloterie divers ».

En 1940, Nathan/Neuschem WALTER perd sa mère et participe comme soldat à la bataille de France. Répertorié en tant que « Juif » dans les fichiers du régime de Vichy, il se remarie en mars 1942 avec Cécile/Cypora TYSZLER. Elle aussi est fichée comme « Juive », née à Varsovie et ayant perdu ses parents à Paris en 1940. Pendant l'occupation nazie, Nathan/Neuschem WALTER est recruté à la SNCF en tant que cantonnier auxiliaire, un recrutement qui daterait de juillet 1942. La nuit du 29 juin 1944, Nathan/Neuschem WALTER et Cécile/Cypora TYSZLER sont arrêtés à leur domicile parisien par la police française, avec le concours probable de membres de la Milice française.
Déportation et Tragédie
Le couple est emporté dans le convoi n° 77, qui transporte 1 306 personnes entassées dans des wagons à bestiaux partis de la Gare de Bobigny. Après un voyage long et éprouvant, ils arrivent à Auschwitz-Birkenau dans la nuit du 3 août 1944. Cécile/Cypora TYSZLER est sélectionnée pour le travail, immatriculée au camp, puis transférée à Kratzau. Elle sera libérée en mai 1944 par l'armée soviétique et retournera en France. Le sort de Nathan/Neuschem WALTER, quant à lui, s'achève dans l'horreur du camp d'extermination.

L'Héritage Mémoriel : Une Plaque à la Gare de Lyon
Aujourd'hui, la SNCF s'intéresse au sort de son ancien agent. Nathan/Neuschem WALTER est intégré dans la politique mémorielle dédiée aux cheminots victimes de la Seconde Guerre mondiale. Une plaque commémorative, portant son nom, est apposée dans le hall 1 de la Gare de Lyon à Paris. Cette inscription est, à ce jour, la seule mention mémorielle librement accessible dans l'espace public, rendant hommage à sa mémoire et rappelant le sacrifice des cheminots durant ce conflit.
Shoah : les oubliés de l'histoire - Seconde Guerre Mondiale - Documentaire HISTOIRE - AT
L'histoire de Nathan/Neuschem WALTER, bien que tragique, est celle d'une vie marquée par l'intégration, la guerre et la persécution. La plaque à la Gare de Lyon est un symbole tangible de la reconnaissance de sa contribution et de son sacrifice, une trace persistante dans la mémoire collective.
La Commission Internationale des Pyrénées : Un Exemple de Coopération Transfrontalière
Au-delà de l'histoire individuelle, le contexte historique dans lequel s'inscrit la vie de Nathan/Neuschem WALTER est celui d'une Europe en mutation, marquée par les guerres et les bouleversements politiques. La Commission internationale des Pyrénées, créée en 1875 à l'initiative du duc Decazes, ministre des Affaires étrangères français, illustre la complexité des relations internationales à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, notamment entre la France et l'Espagne.
Genèse et Missions de la Commission
La Commission internationale des Pyrénées fut établie pour examiner les problèmes à l'origine des conflits transfrontaliers entre la France et l'Espagne. Son champ de compétence s'est élargi au fil du temps pour englober l'ensemble des questions litigieuses touchant la frontière, d'une mer à l'autre. L'organisme était composé de huit membres, chaque délégation étant présidée par un diplomate de rang de ministre plénipotentiaire, appuyé par des fonctionnaires représentant les ministères de l'Intérieur, des Finances et de la Marine.

Les premières années furent marquées par des sessions rapprochées afin de régler les affaires initiales. Les neuf sessions de 1876-1877 portèrent sur des incidents tels que la poursuite du navire "Saint-Pierre" par les douanes de Fontarabie, entraînant la saisie de sa cargaison d'alcool, et la saisie du bateau "La Gracieuse" par les autorités espagnoles. Ces affaires soulevèrent la question de la démarcation des eaux dans la baie du Figuier. Les sessions ultérieures abordèrent des sujets variés, allant de la création d'un parc à huîtres à la définition d'un projet de règlement de la pêche côtière, en passant par l'entretien de l'île des Faisans et la santé du bétail.
Évolution et Travaux
Avant 1914, les délégations furent renforcées par des représentants des ministères de l'Agriculture, de la Guerre et des Travaux Publics. Le rythme des réunions s'espça, passant à deux sessions annuelles à la fin du XIXe siècle. Les travaux de la commission furent interrompus durant la Première Guerre mondiale, et seules trois sessions eurent lieu entre les deux guerres.
Le fonds d'archives de la Commission, conservé au ministère des Affaires étrangères, comprend des éléments sur sa genèse, son fonctionnement et son personnel. Il inclut également des volumes et des liasses de correspondance des présidents et membres, ainsi que les procès-verbaux des séances entre 1876 et 1928. Des dossiers thématiques relatifs aux affaires traitées par la Commission, organisés en deux grands ensembles : la Bidassoa et la frontière terrestre, complètent ce fonds.
L'étude de la Commission Internationale des Pyrénées met en lumière les enjeux de la gestion des frontières et la nécessité d'une coopération entre États pour résoudre les différends et organiser la vie commune dans les régions frontalières.
Parcours de Résistants et de Civils dans la Drôme et le Vercors : Témoignages de Courage face à l'Occupation
La période de la Seconde Guerre mondiale fut marquée par des actes de résistance et de courage de la part de nombreux individus, civils et militaires, qui luttèrent contre l'occupation nazie. Les parcours de Pierre Rangheard, Claude Falck, Jean Veyrat, Geneviève Gayet, Henri Pierre Grouès (l'Abbé Pierre) et Jacques Paul Carminati, bien que divers, témoignent de cet engagement.
Pierre Rangheard et Claude Falck : Militaires Engagés
Pierre Rangheard, officier français de l'armée de terre, s'illustra dès l'établissement de l'Armée d'armistice dans le réseau CDM (Camouflage du matériel) à Lyon. Il rejoignit ensuite le Maquis du Vercors, où il commanda la compagnie responsable de l'équipement et des munitions, organisant les dépôts. Claude Falck, ingénieur, s'engagea dans la Résistance à Grenoble après l'occupation de la zone "libre". Il prit part aux combats dans le Vercors, commandant la section du génie. Il fut déclaré "Mort pour la France".

Jean Veyrat et Geneviève Gayet : Acteurs de la Résistance Civile
Jean Veyrat, cheminot à Grenoble, entra rapidement dans la Résistance sous le pseudonyme de Raymond. Il fut un organisateur des maquis de l'Isère, assurant l'habillement, l'équipement et le ravitaillement des maquisards. Il participa à une mission cruciale de récupération de plans des défenses côtières allemandes. Geneviève Gayet, secrétaire, participa à des rassemblements de protestation et assura des transports de documents pour la Résistance. Après une arrestation et une évasion, elle rejoignit le Vercors.
Henri Pierre Grouès (Abbé Pierre) : Un Combat Humanitaire et Résistant
Henri Pierre Grouès, prêtre catholique, s'engagea dans une lutte humanitaire et résistante à Grenoble. Il recueillit des enfants juifs, leur fournit de faux papiers et organisa des filières d'évasion vers la Suisse. Il aida également les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) et créa des bulletins de liaison destinés aux cadres du maquis. Par la suite, il fonda le mouvement Emmaüs, dédié à la lutte contre l'exclusion.
Shoah : les oubliés de l'histoire - Seconde Guerre Mondiale - Documentaire HISTOIRE - AT
Jacques Paul Carminati : Victime de la Répression
Jacques Paul Carminati, bûcheron, rejoignit la compagnie Goderville en 1943. Il fut arrêté par les Allemands lors d'une visite à sa famille et fusillé le 5 août 1944. Sa mort fut un traumatisme pour sa famille, et une stèle commémorative rappelle son sacrifice, ainsi que celui de quatre autres maquisards.
Ces parcours, parmi tant d'autres, illustrent la diversité des engagements et des sacrifices consentis durant cette période sombre de l'histoire. Ils rappellent l'importance de la mémoire pour honorer ceux qui ont lutté pour la liberté.
Eugène Vigo dit Miguel Almereyda : Un Révolutionnaire et un Dandy à l'Aube du XXe Siècle
L'ouvrage "Révolutionnaire et dandy" d'Anne Steiner offre une plongée fascinante dans la vie d'Eugène Vigo, dit Miguel Almereyda, journaliste et photographe, figure emblématique des luttes politiques et sociales de la "Belle Époque". Son parcours, de l'anarchisme au socialisme, de l'antimilitarisme virulent au pacifisme, et finalement à un patriotisme teinté d'opportunisme, révèle les paradoxes et les tourments d'une époque tumultueuse.
Un Agitateur Brillant et un Polémiste Infatigable
Eugène Vigo, devenu Almereyda, fut un agitateur brillantissime, un orateur écouté et un polémiste aux arguments percutants. Il s'attaqua non seulement à Clemenceau, mais aussi à tous ceux qui rallièrent les gouvernements Millerand puis Aristide Briand. Son parcours illustre les glissements idéologiques et les ruptures décisives qui caractérisèrent cette période. Il connut la prison à plusieurs reprises, de la Petite Roquette à la Santé, avant de mourir à Fresnes en 1917, à 34 ans, dans des circonstances jamais élucidées, officiellement qualifiées de "suicide".

L'Évolution Idéologique et les Luttes Politiques
Issu de l'anarchisme, Almereyda évolua vers le socialisme. Son antimilitarisme virulent se mua en pacifisme, puis, au début de la Première Guerre mondiale, il proclama "Notre guerre" dans son journal. Il fut souvent la cible de calomnies et subit de nombreuses condamnations. L'ouvrage d'Anne Steiner retrace les fils des associations politiques et la vie des journaux auxquels il contribua, tels que "La Guerre sociale" et "Le Bonnet rouge".
La Précision Sociologique et le Style Narratif
Anne Steiner, en tant que sociologue politique, analyse avec acuité les associations politiques et la vie des journaux de l'époque. Elle dépeint un tableau magistral de l'histoire politique, en s'appuyant sur des recherches approfondies. La biographie d'Almereyda est présentée comme un thriller, portée par des formules percutantes et le contexte historique de l'époque. L'auteur met en lumière la cruauté de l'illégalisme au quotidien, la rage vécue et les humiliations subies, rendant ainsi les parcours des uns et des autres plus fluides et logiques.
Un Parcours Personnel Marquée par la Misère et la Révolte
Le personnage d'Almereyda subit autant son destin qu'il l'accomplit, marqué par une enfance ballottée, un père mort et une mère promise à la folie. Arrivé à Paris à seize ans, en pleine affaire Dreyfus, la misère, l'illégalisme et la malchance le conduisirent à la Petite Roquette. Il y développa une révolte profonde, s'affirmant dans une position où la somme des joies procurées par la propagande anarchiste dépassait la somme des ennuis qu'elle engendrait.
L'Engagement Antimilitariste et la Création de Journaux
La Ligue antimilitariste fut un carrefour d'apprentissages pour le jeune Vigo, qui devint Almereyda, "l'éphèbe aux yeux de gazelle". À travers "Le Libertaire" et les universités populaires, il se forma et se protégea auprès de Fernand Desprès. Devenu un brillant agitateur, son intelligence vive, son sens de la dialectique et la clarté de ses refus suppléaient les théoriciens de l'époque. L'Association internationale antimilitariste des travailleurs (AIA) fut créée, abritant également d'autres organisations.
"L'Affiche rouge", un manifeste violemment antimilitariste, envoya nombre de ses signataires en prison. Des amitiés se consolidèrent, notamment avec Gustave Hervé. Almereyda reprit la bataille journalistique avec "La Guerre sociale", un journal qui connut un succès financier grâce à la qualité des articles et à la mise en page d'Almereyda, qui "manie la titraille comme de la dynamite".
La Cible de Clemenceau et les Grèves
Clemenceau fut la cible de tous les journaux d'opposition pour sa répression des luttes sociales, qu'il s'agisse des revendications des cheminots, des postiers ou des mineurs, ainsi que de l'insurrection du Midi viticole et de l'affaire des sablières de Draveil. Les grèves étaient nombreuses et dures, nécessitant vigilance et énergie. L'anticolonialisme, avec la dénonciation des pratiques de l'armée au Maroc et le bombardement de Casablanca, valut les plus fortes condamnations.
Le Bonnet Rouge et la Fin Tragique
La dernière étape journalistique d'Almereyda fut "Le Bonnet rouge", une revue d'avant-garde dont il fut le rédacteur en chef. En 1914, le journal devint un quotidien proche de Caillaux. Le pacifisme intransigeant se convertit en patriotisme, tandis que les expédients peu contrôlés et les dérives occasionnelles se multipliaient. Les besoins et les goûts de luxe d'Almereyda, associés à des douleurs physiques chroniques, conduisirent à une addiction croissante à la morphine. L'éloignement du travail collectif, une jeune maîtresse et l'isolement marquèrent cette période. L'ouvrage d'Anne Steiner offre ainsi une reconstitution magistrale d'une trajectoire complexe, éclairant les dilemmes et les luttes d'un homme pris dans les tourbillons de son temps.