Le Nouveau Traité des Arbres Fruitiers de Duhamel du Monceau : Un Pilier de la Botanique et de l'Agronomie au XVIIIe Siècle

L'œuvre monumentale d'Henri-Louis Duhamel du Monceau, intitulée Traité des arbres fruitiers ; contenant leur figure, leur description, leur culture, &c., publiée à Paris chez Saillant & Desaint en 1768, représente l'un des traités les plus importants du XVIIIe siècle consacrés aux arbres fruitiers. Cette première édition est non seulement un témoignage de l'esprit encyclopédique de son auteur, mais également un ouvrage fondamental pour la connaissance et la culture des arbres à fruits, longtemps consulté et admiré pour sa précision scientifique et la beauté de son illustration.

Titre frontispice du Traité des arbres fruitiers

Un Auteur Visionnaire et Expérimentateur

Henri-Louis Duhamel du Monceau (1700-1782) était un véritable esprit encyclopédique, dont la contribution à la science et à la technique fut considérable. Entré à l'Académie royale des sciences en 1738, il se spécialisa à partir de cette date en technique de production sylvicole et agronomique. Son domaine de Denainvilliers, situé dans le Gâtinais, devint une véritable station d'agriculture expérimentale où il mena de nombreuses recherches pour intensifier la production agricole et potagère, inspiré par les méthodes anglaises et flamandes.

Duhamel du Monceau fut un fondateur de l'agronomie moderne. Il fut le premier à décrire les lois de la croissance des plantes, de la formation des écorces et du bois, la manière dont les branches se transforment en racine et réciproquement. Il étudia également le double mouvement de la sève et l'influence de l'air et du sol sur le développement des végétaux. Ingénieur dans l'âme, son goût pour les problèmes concrets, l'expérimentation et la vulgarisation le place au rang des grands savants du XVIIIe siècle, aux côtés de figures telles que Buffon et Lavoisier. Dans son Traité des forêts, il avait déjà employé des méthodes de repiquage et de reboutage pour multiplier les espèces et sauver les forêts, expérimentées longuement dans son domaine familial en compagnie de son frère.

Une Collaboration Fructueuse pour un Ouvrage Essentiel

Le Traité des arbres fruitiers fut rédigé en collaboration avec l'agronome René le Berryais (1722-1807). Cette synergie fut cruciale, l'abbé Le Berriays ayant apporté un peu plus d'un tiers des dessins ainsi qu'une grande partie du texte, faisant de cet ouvrage l'un des plus importants du botaniste. Il fournit des instructions nécessaires et indispensables pour les jardiniers, constituant un complément fondamental à son Traité des arbres et des arbustes qui se cultivent en France, publié à Paris en 1755.

L'importance de cette œuvre réside également dans le travail théorique fondamental de Duhamel du Monceau. Comme le souligne Plesch, « C’est là une œuvre importante, car Duhamel y différenciait soigneusement les ‘espèces’ des Naturalistes, des ‘variétés’, des jardiniers. L’ouvrage fut longtemps consulté ». Cette distinction cruciale a servi de référence et de manuel pour les botanistes et les horticulteurs pendant de nombreuses années.

L'Illustration Exceptionnelle : Un Trésor Artistique et Scientifique

L'édition originale du Traité des arbres fruitiers est ornée d'un très beau frontispice gravé par de Launay d'après De Sève, et surtout de 181 superbes estampes hors texte en premier tirage. Ces gravures à pleine page, finement exécutées sur cuivre par des artistes tels que Martinet, Mesnil, Catherine Haussard, Charles Milsan, et Herisset, sont d'une grande finesse d'exécution. Elles représentent exclusivement des fruits de table, ainsi que de nombreux modèles de greffe et de taille.

Exemples de gravures de fruits et de techniques de greffe issues du Traité

Les dessins originaux sont l'œuvre de Claude Aubriet, successeur de Nicolas Robert pour la collection des vélins du Muséum, de son élève Madeleine-Françoise Basseporte, et de Louis-René Le Berryais. Ces gravures sur cuivre dépeignent les principaux fruits français à maturité, accompagnés de leurs fleurs, et étudiés selon leurs formes, leurs couleurs et leurs saveurs. Dans un souci d'exactitude, les fruits, feuilles et branches sont présentés grandeur nature. Il y est également question des insectes.

L'ouvrage décrit une grande variété et un grand nombre d'espèces de fruits, dont près de 250 sont ainsi détaillées. Parmi elles, 119 variétés de poires, 48 de prunes, 39 de pommes et pas moins de 34 variétés de cerises. Seuls les fruits de table sont la matière de ce traité pratique, les pommes à cidre et les raisins à vin en étant exclus.

Description Bibliophilique de l'Édition Originale

L'édition originale, publiée en 1768 par Saillant & Desaint à Paris, se compose de deux volumes grand in-4.Le premier volume contient : un frontispice, (2) feuillets non chiffrés, xxix pages de préface et table, (2) pages, (1) page blanche, 337 pages, et 62 gravures à pleine page (ou 63 selon les descriptions).Le second volume comprend : (2) feuillets non chiffrés, 280 pages, et 118 gravures à pleine page.Les dimensions d'un exemplaire sont généralement de 325 x 242 mm (ou 336 x 247 mm pour un exemplaire sur grand papier).

Des exemplaires somptueux, de toute rareté, ont été conservés en maroquin rouge de l’époque, ornés d'un triple filet doré encadrant les plats, de dos à nerfs ornés à la grotesque, de pièces de titre et de tomaison en maroquin vert, de coupes décorées, d'une roulette intérieure et de tranches dorées. D'autres reliures de l'époque sont connues, comme le plein veau blond moucheté, avec des dos à cinq nerfs ornés de caissons et fleurons dorés, des pièces de titre et de tomaison de maroquin rouge et blond, des triples filets dorés en encadrement des plats, de larges dentelles dorées en encadrement des contreplats et des doubles filets dorés sur les coupes, le tout avec des tranches dorées. Ces reliures témoignent de la valeur et de l'estime accordées à cet ouvrage dès sa parution.

Des descriptions d'état indiquent que certains volumes ont pu présenter des signes d'usure avec le temps : couverture défraîchie (frottement, manques de cuir, accidents aux coins), rares taches et rousseurs, traces minimes de mouillure à l'extrémité des marges, trous de vers à la marge intérieure aux derniers feuillets, et traces minimes de pliure éparses. Cependant, des exemplaires remarquablement bien conservés sont également répertoriés, « parfaitement conservé dans sa reliure d'origine, signée », et présentant « très bel exemplaire à toutes marges d'une grande fraîcheur » malgré de discrètes restaurations.

Reliure de l'époque d'un exemplaire du Traité des arbres fruitiers

Références Bibliographiques et Son Impact

Le Traité des arbres fruitiers est une référence majeure dans l'histoire de la botanique et de l'horticulture. Il est cité dans de nombreuses bibliographies spécialisées, attestant de son importance et de sa reconnaissance scientifique. Parmi les références bibliographiques notoires, on trouve :

  • Nissen, 550 (Nissen, BBI, 550)
  • Great Flower books, p. 55 (et p. 93)
  • Dunthorne 109
  • Stafleu 1546 (Stafleu & Cowan, 1546)
  • Pritzel, 2466
  • Bib. Plesch 211 (Plesch, 210-11)
  • Brunet II, 871 (« Ouvrage bien exécuté »)
  • Sandra Raphaël, "An Oak Spring Pomona", 28
  • Bogart-Damin et Piron, "Livres de fruits du XVIe au XXe siècle", 32
  • Rahir, "Bibliothèque de l'Amateur", p. 408

Cet ouvrage fut le plus important traité du XVIIIe siècle consacré aux arbres fruitiers et certainement l'ouvrage de botanique le plus accompli sur le sujet de son époque. Il est indispensable et nécessaire aux jardiniers et aux amateurs de jardinage. Il fut longtemps consulté, servant de manuel et de référence pour des générations de cultivateurs et de scientifiques. Le sérieux du texte, allié à la beauté des planches qui reproduisent avec talent et réalisme des centaines de fruits en grandeur nature, en fait une œuvre qui continue de fasciner les amateurs d'art et de science.

Les Espèces Fruitées Étudiées en Détail

Le second volume, en particulier, détaille spécifiquement certaines espèces fruitières avec un nombre impressionnant de planches :

  • Les pêchers (32 planches)
  • Les pruniers (20 planches)
  • Les poiriers (58 planches)
  • Les framboisiers (1 planche)
  • La vigne (7 planches)

Cette répartition montre l'attention particulière portée par Duhamel du Monceau aux fruits de consommation courante en France à son époque. Les gravures, avec leurs nombreuses figures, sont admirablement exécutées, capturant la forme, la texture et les couleurs des fruits à leur maturité.

L'Héritage de Duhamel du Monceau

L'héritage du Traité des arbres fruitiers de Duhamel du Monceau est immense. Il a non seulement fourni un guide pratique essentiel pour les jardiniers de son temps, mais il a également posé les bases de la pomologie moderne. Sa méthodologie rigoureuse, sa distinction entre les espèces des naturalistes et les variétés des jardiniers, et l'exactitude de ses descriptions ont contribué à élever l'horticulture au rang de science. Cet ouvrage reste un témoignage précieux de l'érudition et de la passion d'un homme qui a dédié sa vie à l'avancement des connaissances dans les domaines de l'agriculture et de la botanique. Son travail continue d'inspirer et d'informer, soulignant l'importance de l'observation minutieuse et de l'expérimentation dans la compréhension du monde végétal.

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