Ébénisterie : Modèles, Techniques et Terminologie Essentielles

L'ébénisterie, un art ancestral et une profession utile à la société, représente l'apogée du travail du bois, alliant savoir-faire traditionnel et précision technique. Cet article explore les fondements de l'ébénisterie, de ses origines à ses techniques modernes, en passant par le vocabulaire spécifique qui la caractérise.

Outils traditionnels d'ébénisterie

Les Racines de l'Ébénisterie et de la Menuiserie

L'ébénisterie et la menuiserie sont intimement liées, partageant une histoire riche et une évolution parallèle. Les premiers statuts des menuisiers datent de la fin du XIVe siècle. D’après Roubo, les menuisiers portaient primitivement le nom de huchiers, étant spécialisés dans la fabrication de huches. Ils étaient également nommés lambrisseurs, du mot lambris, et huissiers, du mot huis, qui signifie porte. C’est un arrêt de la Cour du 4 septembre 1382 qui les a autorisés à prendre le nom de menuisiers, parce qu’ils « amenuisent les bois en les rendant plus menus, plus minces au moyen de la varlope, du rabot et autres outils ». Ces artisans faisaient partie de la communauté des charpentiers et étaient placés sous l’autorité du premier charpentier du roi.

Au XVe siècle, le nom de bahutier s’appliquait aux menuisiers qui fabriquaient spécialement des meubles, tels que bahuts, crédences, cabinets, coffres, etc. C'est de cette spécialisation dans le mobilier que l'ébénisterie tirera son essence, se distinguant de la menuiserie générale par son accent sur la finesse, l'ornementation et l'assemblage de pièces de bois précieux pour créer des ouvrages d'ameublement. L'ébénisterie, en somme, est l'art de travailler et d’assembler les bois pour en faire des ouvrages de revêtement et d’ameublements. Un meuble massif est une des réalisations emblématiques de cette discipline.

Le Savoir-Faire de l'Ébéniste

Un menuisier ou ébéniste ne doit pas seulement être l’ouvrier sachant travailler le bois ; pas mal d’autres connaissances lui sont nécessaires. Il doit connaître les premières notions de l’arithmétique, de la géométrie descriptive et du dessin linéaire. C’est là le minimum de ce que doit savoir un menuisier complet. Tout ouvrier travaillant le bois qui ne possédera pas ce minimum de science ne sera jamais qu’un ouvrier fort incomplet, capable seulement des travaux les plus ordinaires. Ses connaissances en dessin ne doivent pas se limiter à des notions générales, à des essais plus ou moins informes. La connaissance des caractères particuliers de chaque style lui sera, du reste, de toute utilité pour mieux interpréter et exécuter les travaux dont les dessins lui auront été remis par l’architecte, assurant ainsi une harmonie esthétique des réalisations.

L'ébéniste est souvent un professionnel qui exerce à son compte un métier manuel, souvent à caractère traditionnel, perpétuant des techniques séculaires. Son activité manuelle ou mécanique nécessite l'acquisition d'un savoir-faire précis et une pratique constante.

Les Matériaux et leurs Caractéristiques

Le bois est bien sûr le matériau central de l'ébénisterie. La partie ligneuse des arbres qui se trouve entre la partie intérieure de l’écorce et le cœur de l’arbre est appelée aubier. Il se convertit chaque année en bois et est remplacé par un nouvel aubier, d’où les couches concentriques que l’on voit dans la section d’un tronc d’arbre. Un bois gardant encore une partie du tronc ou de la branche dans lequel il a été débité et qui touchait l’écorce est également de l’aubier qu’il faut retrancher de la pièce de bois pour pouvoir employer celle-ci.

Chêne, Noyer, Frêne, Hêtre… COMMENT LES RECONNAÎTRE ?

Travailler le bois implique une compréhension de son grain. Le sens du fil contraire à la direction normale est un défi. On travaille le bois à contre-fil quand le tranchant du fer d’un outil est dans une position telle qu’il remonte les fibres du bois et les relève, en les faisant éclater. Cette connaissance est cruciale pour éviter d'endommager la pièce.

Le bois de placage est également très utilisé, consistant en de fines feuilles de bois appliquées par placage sur des supports moins nobles, permettant ainsi de créer des surfaces esthétiques avec des essences rares ou coûteuses.

Outils Indispensables de l'Ébéniste

La panoplie d'outils de l'ébéniste est vaste et spécialisée. On peut citer les outils à fût, servant à corroyer le bois, comme la varlope et le rabot. Le rabot est un outil à fût qui ne diffère de la varlope que par la longueur. Les bouvets, les outils de moulures, des scies de différentes sortes, les ciseaux, les bédanes, les gouges, les serre-joints et les presses, le vilebrequin, les mèches, le plomb, le niveau, sont également essentiels.

  • Outils de coupe et de façonnage :

    • Ciseau à bois et Bédane : Outils tranchants dont on se sert pour travailler les corps durs tels que la pierre et le fer. Ce sont des outils qui servent à fendre ou à trancher le bois.
    • Gouges : Outils qui servent aux menuisiers pour travailler les parties circulaires d’un petit rayon.
    • Scie : Pour couper le bois.
    • Racloir : Lame d’acier dont le tranchant se fait sur les arêtes des champs, au moyen de l’affiloir, après avoir été dressés sur le grès et morfilés.
  • Outils de perçage et d'assemblage :

    • Vilebrequin : Outil de perçage à manivelle.
    • Mèche : Utilisée avec le vilebrequin pour percer des trous.
    • Foret conique ou chanfrein : Outil en acier dont l’extrémité inférieure se termine en cône strié ou en forme de foret et qui sert à évaser les trous par lesquels doivent entrer les vis de façon que la tête ne désaffleure pas la surface ou elle est posée.
    • Serre-joints et presses : Les presses à coller se composent de deux traverses ou bras assemblés à plusieurs enfourchements, et sont indispensables pour maintenir les pièces pendant le séchage de la colle.
    • Étau : Outil en fer forgé qui sert à maintenir les bois sur un établi.
    • Maillet : Sorte de marteau de bois dont se servent les tailleurs de pierre, les charpentiers, les menuisiers, les sculpteurs, etc. ; il varie de forme suivant la profession.
  • Outils de mesure et de traçage :

    • Plomb et Niveau : Pour assurer la verticalité et l'horizontalité.
    • Établi : Sorte de table épaisse, longue et étroite, sur laquelle les artisans de certaines professions exécutent leurs travaux.

Techniques d'Assemblage en Ébénisterie

Les assemblages sont le cœur de l'ébénisterie, le résultat d’opérations faites sur différentes pièces de bois pour les réunir. Un assemblage a l’avantage de conserver aux bois toute leur longueur et par conséquent, toute leur rigidité. Il est utilisé dans les entrejambes de chaises ou de tables.

Exemple d'assemblage à tenon et mortaise

  • Tenon et mortaise :

    • Mortaise : Cavité pratiquée au moyen d’un bédane dans le sens de la longueur et sur l’épaisseur d’une pièce de bois ou de métal pour recevoir le tenon d’une autre pièce qui s’assemble avec la première.
    • Tenon : Extrémité d’une pièce de bois ou de métal, taillée pour entrer dans une ouverture appelée mortaise pratiquée dans une autre pièce à laquelle la première doit être assemblée. Une partie de bois est laissée entre deux mortaises ou depuis la mortaise jusqu’à l’extrémité d’un battant ou d’une autre pièce, pour laisser de la force dans ces endroits. Un tenon court, de forme cubique ou cylindrique, ménagé ou rapporté à l’extrémité de certaines pièces d’un travail, sert à les assembler à une autre.
  • Rainure et languette : Assemblage de deux pièces de bois à rainures et languettes.

    • Rainure : Cannelure à section rectangulaire que l’on pousse avec un bouvet à joindre ou une toupie sur les rives des planches qui doivent être jointes à d’autres sur lesquelles sont poussées des languettes.
    • Languette : Pièce ajoutée à une ou plusieurs autres pour obtenir une largeur déterminée.
    • Rainure à fond arrondi : Rainure dont le fond est arrondi en demi-cercle.
  • Autres assemblages :

    • Assemblage biais : Assemblage dont l’arasement est oblique, mais qui n’est pas d’onglet ou à 45°.
    • Assemblage à entailles : Tringle en bois dur au long de laquelle sont pratiquées des entailles de toute l’épaisseur du bois.

Éléments Architecturaux et Ornementaux en Ébénisterie

L'ébénisterie ne se limite pas aux meubles mais s'étend également à des éléments architecturaux intérieurs, souvent ornés de sculptures et de moulures.

  • Ornements sculptés ou peints : Composés de rinceaux, de fleurs, de fruits, de draperies, de figures d’hommes et d’animaux, etc., ils apportent une dimension esthétique aux ouvrages.

  • Moulures :

    • Moulure cylindrique (Tore) : Moulure de forme cylindrique.
    • Moulure concave (Congé, cavet ou scotie) : Moulure concave en forme de congé, de cavet ou de scotie.
    • Moulures sur bâtis : Les moulures poussées sur les bâtis de portes, lambris, etc.
    • Cymaise : Pièce de bois ornée de moulures et qui forme le couronnement d’un lambris d’appui.
  • Panneaux et lambris :

    • Panneau : Toute partie de panneau qui est réservée sur le nu des bâtis. Les panneaux sont à grand cadre quand la moulure forme saillie sur le nu du bâti ou champ.
    • Lambris : Surface inférieure ou plafond d’une architrave d’un entre-colonnement ; en un mot tout revêtement posé horizontalement dans des édifices ou des pièces élevées pour diminuer la hauteur ou pour marquer les charpentes ; ces lambris ou plafonds sont susceptibles de recevoir des ornements et décoration.
  • Encadrements et huisseries :

    • Encadrements : Encadrements unis ou moulurés des portes, croisées ou cheminées.
    • Imposte : Ouverture ménagée au-dessus d’une porte ou d’une croisée et qui est quelquefois garnie d’un panneau en fer appelé panneau d’imposte. Un panneau d’imposte est généralement assez de jeu pour pénétrer aisément, même quand les peintures sont faites.
    • Huisserie : Désignation générale que l’on donne à l’ensemble des pièces qui constituent un ameublement.
    • Baie : Disposition de l'ensemble des fenêtres d'un édifice.
  • Autres éléments :

    • Chambranle : Encadrements unis ou moulurés des portes, croisées ou cheminées.
    • Montants : Assises en maçonnerie ou pièces de bois placées verticalement et servant de support aux parties horizontales d’une construction ; tels sont les montants verticaux d’une baie qui reçoivent les retombées d’un arc. On donne généralement le nom de montant aux pièces verticales intermédiaires placées entre les montants des rives, et qui viennent s’assembler dans les traverses.
    • Traverses : Traverse basse des châssis de croisées ou de portes, plus épaisse que les bâtis sur lesquels elle flotte extérieurement. Le dessus de la traverse du milieu qui sépare la partie pleine de celle qui est vitrée est appelé hauteur d’appui d’une porte ou d’une cloison vitrée.
    • Rive : La partie la plus étroite d’une pièce de bois. On désigne ainsi le profil, le contour d’une pièce chantournée. Chantourner, c’est couper à la scie la rive extérieure d’une planche selon un profil donné.
    • Corbeau : Construction en saillie sur le nu d’un mur.
    • Architrave, Frise et Corniche : Couronnement d’un ordre d’architecture qui comprend : l’architrave, la frise et la corniche.
    • Tambour : Moulure placée sous le chapiteau d’une colonne ou d’un pilastre.
    • Pilastre : Avant-corps méplat faisant une légère saillie sur le champ ou il est placé et ayant un chapiteau et une base.
    • Châssis : Appareil de fermeture pour croisée et porte.
    • Entretoise : Pièce ou tringle de bois, plus ou moins épaisse, qui sert à appuyer une partie quelconque de menuiserie ou de charpente lorsqu’il y a un vide entre elle et l’objet sur lequel elle doit être posée.
    • Allège : Mur d’appui placé entre les deux tableaux d’une baie de croisée.

La Géométrie et l'Esthétique en Ébénisterie

La géométrie est fondamentale en ébénisterie pour la précision des coupes et des assemblages. La forme de la courbe intérieure d’une voûte ou d’une arcade est un exemple de l'application de principes géométriques. L'épaisseur du bois qui reste de chaque côté d’une rainure ou d’une mortaise est cruciale pour la solidité de l'assemblage.

Principes géométriques en conception de meubles

L'esthétique est également au cœur de l'ébénisterie, une discipline qui concerne le beau. On appelle en particulier Émotion esthétique un certain état sui generis, analogue au plaisir, à l’agrément, au sentiment moral, mais qui ne se confond avec aucun de ceux-ci, et dont l’analyse est l’objet de l’Esthétique, en tant que science. L'ébéniste, par son travail, vise à susciter cette émotion.

Termes Spécifiques et Concepts Clés

  • Angle saillant : Angle saillant formé par la rencontre de deux faces droites ou courbes d’une pièce de bois.
  • Balustre : Barre en bois ou en métal faisant partie d’une clôture à claire-voie.
  • Palier : Espace compris dans un escalier entre le dessus de la marche du bas et le dessus de celle qui est perpendiculairement au-dessus dans la révolution supérieure.
  • Trusquin : Outil à fût dont se servent les ébénistes, les charpentiers et les menuisiers.
  • Décalage : Surface dont tous les points ne sont pas dans un même plan et ne peuvent être touchés par une règle placée dans un sens quelconque.
  • Plan : Projection horizontale d’un objet dessinée sur une surface plane, soit à une échelle déterminée, soit à grandeur d’exécution.
  • Ameublement : Désignation générale que l’on donne à l’ensemble des pièces qui constituent un ameublement.
  • Repères : Signes conventionnels à l’aide desquels on reconnaît l’emplacement que doivent occuper les différentes pièces d’un travail.
  • Pivot : Tige de métal sur l’axe de laquelle tourne une chose destinée à se mouvoir.
  • Éclatement : Lorsque le tranchant du fer d’un outil est dans une position telle qu’il remonte les fibres du bois et les relève, en les faisant éclater.
  • Aubier : La partie ligneuse des arbres qui se trouve entre la partie intérieure de l’écorce et le cœur de l’arbre ; il se convertit chaque année en bois, et est remplacé par un nouvel aubier, d’où les couches concentriques que l’on voit dans la section d’un tronc d’arbre.

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