L'éducation nationale, confrontée à des défis de recrutement et à la nécessité de démocratiser l'accès aux métiers de l'enseignement, a mis en place le dispositif des Emplois d'Avenir Professeur (EAP). Ce programme ambitieux vise à offrir aux jeunes boursiers, inscrits en licence 2 (L2), licence 3 (L3) ou master 1 (M1), une opportunité unique d'entrer progressivement dans le métier d'enseignant. Il s'agit d'un parcours structuré pour le développement des compétences professionnelles et l'acquisition d'une véritable expérience de terrain. Cependant, la mise en œuvre de ce dispositif soulève des questions, notamment concernant le rôle et les responsabilités des EAP, ainsi que l'importance cruciale de l'encadrement par un tuteur. Loin d'être de simples remplaçants, les EAP sont avant tout des apprenants, dont la formation doit être prioritaire et respectueuse des cadres définis par les textes officiels.

Les Objectifs Fondamentaux des Emplois d'Avenir Professeur
Les emplois d’avenir professeur (EAP) sont ouverts à des boursiers, et deux décrets et un arrêté précisent les conditions de leur attribution, de leurs avantages et de leur fonctionnement. L'objectif principal de ce dispositif est de permettre à des étudiants disposant de faibles ressources, qui souhaitent devenir professeurs, de poursuivre leurs études tout en bénéficiant d'une première expérience professionnelle dans le milieu scolaire. Cette première expérience est cruciale, car elle est censée favoriser la compréhension et l’appropriation du métier d’enseignant. Les EAP ont ainsi la possibilité de développer leurs compétences professionnelles et d'acquérir une expérience concrète sur le terrain. Le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, a d’ailleurs souligné la nécessité de bons professeurs, déclarant : « Professeur est un métier de talent, d’excellence ». Ce programme répond à une promesse de campagne de François Hollande, visant à remédier à la crise de recrutement en finançant des études longues et en mettant en place une filière de pré-recrutements dès la licence.
Critères d'Éligibilité et Processus de Recrutement des EAP
Pour pouvoir bénéficier d'un Emploi d'Avenir Professeur, les étudiants doivent être âgés de moins de 25 ans. Cette limite d'âge est portée à 30 ans dans le cas d’une situation de handicap. Le recrutement a lieu auprès des étudiants de L2 ou L3 ou M1. Un décret stipule également que, pour bénéficier de la priorité de recrutement, les étudiants doivent avoir résidé au moins deux ans dans l’une des zones mentionnées (zones sensibles) ou avoir effectué au moins deux années d’études secondaires dans un établissement situé dans l’une de ces zones ou dans un établissement relevant de l’éducation prioritaire. Une commission présidée par le recteur, où siègent des universitaires et des représentants de l’administration, y compris l’enseignement agricole, est chargée de décider de l'embauche. Pour l'année scolaire 2012-2013, 4000 postes ont été proposés dès janvier 2013. Le site ministériel indique comment obtenir le dossier d'inscription.
Le Cadre Contractuel et la Rémunération des EAP
Le contrat de travail des EAP est conclu sous la forme d’un contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE-CUI), un contrat unique d’insertion. Il s’agit d’un contrat à durée déterminée (CDD) d’un an. Pour l’année scolaire 2012-2013, le contrat était d’une durée inférieure, conclu jusqu’au 30 septembre 2013. L'employeur est le signataire de la convention. Les emplois d’avenir professeur offrent aux étudiants concernés un emploi à temps partiel au sein d’un établissement public ou privé, sur une base moyenne de 12 heures par semaine. Les EAP bénéficient d’un revenu moyen de 900 € mensuels, qui correspond au cumul des bourses et de la rémunération du contrat d’avenir. Cette rémunération vise à leur assurer un revenu tout en leur permettant de poursuivre leurs études.
Le Rôle Central du Tuteur dans le Parcours des EAP
Le dispositif des Emplois d'Avenir Professeur repose en grande partie sur l'encadrement par un tuteur enseignant. L’emploi avenir professeur (EAP) bénéficie d’un tuteur enseignant qui « suit et accompagne l’étudiant dans sa formation progressive au métier du professorat, notamment en l’associant à la préparation et à la conduite de séquences d’enseignement, à la gestion de classe et au suivi des élèves ». Chaque tuteur encadre au maximum deux étudiants bénéficiaires d’un EAP. Cette disposition est cruciale pour assurer un suivi individualisé et de qualité. Le tuteur est la pierre angulaire de l'intégration de l'EAP dans l'établissement. Il est responsable de l'organisation des activités de l'EAP, de son emploi du temps, et doit veiller à ce que les missions confiées soient en adéquation avec les objectifs de formation et la préparation aux concours.

Le contrat stipule bien qu'il s'agit d'entrer dans le métier, c'est une formation, pas de remplacer des enseignants. Il est également essentiel que cette expérience ne nuise pas aux études des EAP, qui doivent pouvoir assister à leurs cours universitaires. L'EAP ne dépend que de son tuteur et doit pouvoir aller ailleurs, mais toujours dans un processus géré par le tuteur. Par exemple, le tuteur ne demande pas à d'autres collègues de les prendre en pratique accompagnée. La pratique accompagnée ne signifie pas « on te jette dans le bain, toute seule, comme une grande ». Il est important que le tuteur soit souple concernant l'emploi du temps, en particulier pour permettre à l'EAP d'assister à ses cours et de préparer ses examens. L'administration, intelligemment, n'a nullement intérêt à se montrer esclavagiste, sinon, c'est le dispositif qui capote, et au-delà, c'est le projet "politique". En "échange" de cette souplesse, l'assiduité est demandée à l'EAP, que ce soit dans sa fac ou aux horaires prévus dans l'établissement.
Les Missions des EAP : Entre Formation et Accompagnement
Les missions confiées aux EAP doivent favoriser la compréhension et l’appropriation du métier d’enseignant. Elles doivent se situer dans une logique de formation et être une aide à la préparation du concours et du métier d’enseignant. Leur temps de travail a été fixé par l’arrêté du 18 janvier 2013 à 12 heures hebdomadaires en moyenne. Les EAP n'ont pas le droit d'être seuls avec les élèves, ce qui signifie qu'un EAP ne peut pas "remplacer" un professeur. Cette interdiction est fondamentale et vise à garantir la sécurité et la qualité de l'enseignement. L'idée qu'un EAP remplace un enseignant, alors qu'il n'est pas embauché pour cela, pose des problèmes de principe et peut engendrer des problèmes juridiques.
Dans la pratique accompagnée, l'EAP peut être associé à la préparation et à la conduite de séquences d’enseignement, à la gestion de classe et au suivi des élèves. Il peut également assister à des cours, avant d'en donner. Certains peuvent être affectés à des ateliers de soutien, à l'aide aux devoirs, ou tourner dans les classes comme observateurs, en particulier les L2 qui ne font pas encore de pratique accompagnée. Il est conseillé de les faire bouger (ça se heurtera peut-être au manque de tuteurs, mais enfin, l'esprit est là). Le projet à terme plus ou moins long, c'est celui des EAP, pas des enseignants de l'établissement. Assister à des conseils et aux réunions de parents est également important pour le jour où l'on se retrouve "en responsabilité".
Les Défis et les Dérives Potentielles du Dispositif
Malgré les objectifs louables des EAP, des défis et des dérives potentielles peuvent survenir. L'une des principales préoccupations est le risque que les EAP soient utilisés comme des palliatifs au manque de remplaçants. L'idée qu'un EAP remplace un professeur, surtout s'il n'a pas le niveau d'études ou l'expérience requise, est contraire à l'esprit du dispositif et peut entraîner des problèmes juridiques, car l'EAP n'est pas censé assurer ce type de service. Un EAP qui se retrouverait surchargé de travail ou contraint d'effectuer des tâches non conformes à son contrat pourrait se sentir lésé et, à terme, cela nuirait au dispositif.
Il a été constaté que certains établissements inventent des procédures "à leur sauce", comme des projets "à long terme" pour les EAP, alors qu'ils sont susceptibles de partir à la fin de l'année. Le dispositif ne prévoit nullement qu'ils restent l'année suivante, il est même conseillé de les faire bouger. Il est également demandé principalement aux EAP la ponctualité ; celui qui sèche se met en rupture de contrat et peut être renvoyé sec au bout de 15 jours (période d'essai des EAP) sans besoin d'autre justification.

Un autre point de vigilance concerne la gestion de l'emploi du temps des EAP. Tant que la possibilité de faire 9 heures de manière officielle n'est pas inscrite noir sur blanc, rien n'empêche les chefs d'établissement d'exiger que l'étudiant fasse toutes ses heures. Cela peut compliquer l'organisation des EAP, surtout s'ils doivent faire des allers-retours fréquents entre leur faculté et l'établissement scolaire. La bienveillance est de mise, notamment pour les cours et examens, et il ne faudrait pas se livrer à des calculs "à l'heure près".
Le Suivi et l'Accompagnement des EAP
Le succès des EAP dépend grandement de la qualité du suivi et de l'accompagnement. Des bilans périodiques doivent être réalisés pour évaluer les progrès et ajuster les stratégies d’enseignement. Pour le SNUipp-FSU, les étudiants doivent être associés à la définition de leurs missions et à l’organisation de leur emploi du temps. Des facilités doivent aussi être accordées aux directeurs d’école pour assurer cette nouvelle responsabilité et accomplir ces nouvelles tâches. Il est souhaitable que les tuteurs soient prioritairement des maîtres formateurs ou des titulaires du CAFIPEMF, même si ce ne sera pas possible partout. La priorité doit être donnée à la réussite de l'étudiant, qui doit bénéficier de facilités et de temps pour la préparation et la passation des examens et du concours. L'intégration de ces jeunes futurs enseignants dans le système éducatif est un investissement à long terme qui doit être géré avec soin et rigueur.
Comparaison avec les Cours Particuliers : Une Autre Approche de l'Accompagnement Éducatif
En parallèle du dispositif EAP, l'accompagnement éducatif prend d'autres formes, notamment via les cours particuliers. Des réseaux comme Cours Ado recrutent en permanence des professeurs particuliers pour répondre aux besoins des familles. Ces professeurs peuvent être des débutants motivés et sont amenés à enseigner à des élèves du primaire, du collège, du lycée et du post-bac dans une variété de matières. Les cours se déroulent au domicile de l'élève, dans un environnement familier qui favorise l’apprentissage. Cours Ado assure un accompagnement tout au long de la mission, avec une évaluation personnalisée de chaque élève pour identifier et répondre à ses besoins spécifiques, ainsi que des bilans périodiques pour évaluer les progrès et ajuster les stratégies d’enseignement. Cette approche se distingue de l'EAP par son cadre contractuel, son environnement de travail et sa finalité. Alors que l'EAP est un pré-recrutement dans l'enseignement public, les cours particuliers s'inscrivent dans une démarche de soutien scolaire individualisé, souvent en complément de l'enseignement classique.

Ces deux systèmes, bien que différents dans leur structure et leurs objectifs, contribuent tous deux à l'accompagnement éducatif des élèves. L'EAP offre une formation professionnalisante pour de futurs enseignants, tandis que les cours particuliers apportent un soutien ciblé et personnalisé aux élèves qui en ont besoin.
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