Les interventions en milieux périlleux, qu'ils soient naturels ou artificiels, requièrent des compétences et des techniques spécifiques que les moyens traditionnels des sapeurs-pompiers ne peuvent pas toujours couvrir. C'est dans ce contexte que le Groupe de Reconnaissance et d'Intervention en Milieu Périlleux (GRIMP) prend toute son importance. Constitué de sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, le GRIMP est formé pour opérer dans des situations où la hauteur, la profondeur ou d'autres risques liés au cheminement rendent les méthodes classiques inadaptées, insuffisantes ou dangereuses. Cette spécialité élargit considérablement les capacités d'intervention des services d'incendie et de secours, leur permettant de faire face à un éventail de scénarios complexes.

Les enjeux d'une formation uniforme en Belgique
En Belgique, la question de l'harmonisation des méthodes d'entraînement et d'intervention GRIMP est un sujet d'actualité. Jusqu'à présent, il n'existait pas de formation uniforme dédiée au sauvetage en hauteur. Cette absence d'uniformité pose des défis significatifs, en particulier pour les équipes composées de membres issus de différentes provinces. Maurice Levaux, du service d’incendie d’Aywaille et chef de file du groupe de travail GRIMP du Centre de connaissances pour la Sécurité civile, souligne que "chacun dispose de bases différentes. Chacun utilise ses propres techniques et ce n’est pas toujours simple." Cette diversité des approches, bien que pouvant offrir des avantages en termes de variété de compétences, peut aussi compliquer la coordination lors d'interventions critiques, notamment pour une équipe USAR (Urban Search and Rescue) où l'interopérabilité est primordiale.
Le groupe de travail, composé de spécialistes du terrain, est donc chargé de l'élaboration d'une nouvelle formation uniforme. L'objectif est de s'assurer que, même si les hommes maîtrisent des techniques différentes, chacun puisse s’appuyer sur des connaissances de base communes. Cette standardisation vise à optimiser l'efficacité et la sécurité des opérations de sauvetage en hauteur.
Comparaison des méthodes de sauvetage lors d'exercices pratiques
Du 16 au 19 avril, le groupe de travail GRIMP a organisé un exercice majeur à Aywaille. Cet événement visait à tester et à comparer différentes méthodes et techniques de sauvetage en collaboration avec des spécialistes du GRIMP. L'objectif était d'aboutir à la mise sur pied d'une formation uniforme, spécifiquement axée sur les interventions GRIMP effectuées par les services d'incendie et la Protection civile.

Pendant cet exercice, trois méthodes de sauvetage différentes ont été soumises à une évaluation rigoureuse :
- La méthode IRATA : Principalement utilisée par le secteur privé et axée sur le secteur industriel, cette méthode est reconnue pour sa robustesse et sa rigueur en matière de travaux sur corde.
- La méthode Alpi Secours : Orientée vers le secteur sportif, elle met l'accent sur l'agilité et l'efficacité dans des environnements naturels et montagnards.
- La méthode GRIMP enseignée en France : Spécifiquement conçue pour les services de secours, elle intègre les spécificités des interventions d'urgence et des contraintes opérationnelles rencontrées par les sapeurs-pompiers.
Des sapeurs-pompiers de Charleroi, Liège, Gand, Anvers et Zaventem, parmi d'autres, ont participé à cet exercice. Ils ont eu l'opportunité de comparer des éléments très pratiques, tels que l'utilisation d'une ou de plusieurs cordes pendant les exercices réalisés en conditions réelles. Maurice Levaux a souligné que cet exercice de quatre jours permet de tester concrètement certains points abordés lors de discussions préalables. L'objectif est de comparer les différentes manières de travailler et les méthodes existantes dans le domaine du sauvetage en hauteur afin de dresser une liste des meilleures pratiques en la matière.
La collaboration trans-organisations : l'exemple EDF et GRIMP
La coordination entre différentes entités est essentielle dans le domaine des interventions en milieu périlleux. Un exemple pertinent de cette collaboration a eu lieu le 18 décembre 2014, avec un entraînement commun entre le Groupe de Recherche et d’Intervention en Milieu Périlleux (GRIMP) du SDIS de Haute-Corse et des agents EDF, sur les hauteurs de la commune de Castirla. Cet entraînement spécifique s'inscrit dans le cadre d'exercices planifiés annuellement avec « EDF hydraulique », mobilisant des moyens sapeurs-pompiers spécialisés, des moyens plus classiques du risque courant, et bien sûr des agents d'EDF.
Ce travail en commun permet aux agents d’EDF d’apporter leur grande capacité d’expertise aux pompiers chargés de mettre en œuvre les techniques d’intervention et de sauvetage les mieux adaptées à la configuration des sinistres. De même, d'autres équipes, comme celle de sauvetage en eau vive (SEV), sont mises à contribution, comme ce fut le cas lors d'une manœuvre à Francardo, pour tester la coordination CODIS / EDF au titre du secours à personne.
L'entraînement à Castirla a débuté par un briefing de Monsieur Marc Cauvin, responsable EDF, qui a exposé les dangers de l’électricité haute tension et les mesures de sécurité autour des pylônes et câbles. Deux exercices de sauvetage ont ensuite été réalisés sur pylône. Deux scénarios avaient été établis pour évaluer les capacités opérationnelles des acteurs : le premier impliquait un « Lignard » faisant un malaise sur une échelle perchée à une quarantaine de mètres avec un secours par l'extérieur, tandis que le second consistait à faire descendre le « lignard » par l'intérieur du pylône. Le retour d'expérience a confirmé le parfait déroulement des plans, contribuant à la réussite de cet exercice, particulièrement formateur tant pour les instructeurs que pour les personnels engagés, qui ont ainsi pu affiner leurs techniques de sauvetage. Des exercices de plus grande ampleur sont régulièrement programmés, incluant les services EDF, le Groupement Hélicoptère de Haute-Corse et le GRIMP, comme ceux réalisés sur les sites éoliens de Balagne et du Cap-Corse, et une future manœuvre sur le site de la nouvelle centrale EDF de Lucciana.
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Définition et missions du GRIMP
Le Groupe de Reconnaissance et d’Intervention en Milieu Périlleux (GRIMP) est une composante essentielle des services d'incendie et de secours, spécialisée dans les interventions où les moyens traditionnels sont inopérants. Les membres du GRIMP, reconnaissables à leurs tenues souvent rouges et noires, sont formés pour des missions qui dépassent le cadre des opérations courantes. Lorsqu'ils mentionnent des termes techniques comme « on va faire une PRM sur tyro avec la Ferno en utilisant un Protrac’ », cela indique leur niveau de spécialisation.
Le GRIMP intervient pour la reconnaissance et le sauvetage dans des milieux naturels et artificiels qui présentent des risques liés à la hauteur, à la profondeur ou à la complexité des chemins d'accès. Sont exclues de leur champ d'application les opérations relevant du secours en montagne, du secours spéléo et des opérations réalisables avec le Lot de Sauvetage et de Protection Contre les Chutes (LSPCC), qui relèvent d'autres spécialités.
Les emplois au sein du GRIMP
La spécialité GRIMP comprend trois emplois distincts, chacun avec des responsabilités et des exigences de formation spécifiques :
- Le sauveteur GRIMP : Il est le premier maillon opérationnel. Ses missions incluent la réalisation de reconnaissances et/ou de sauvetages, ainsi que l'équipement des sites d'intervention. Pour devenir sauveteur GRIMP, une formation de 80 heures minimum est requise, dispensée soit au centre de formation national à Florac en Lozère, soit dans le centre zonal dont dépend son département.
- Le chef d’unité : Ce rôle implique la conduite et la coordination des interventions sur le terrain. Le chef d'unité assure la direction technique des opérations et joue également un rôle crucial dans la formation des sauveteurs.
- Le conseiller technique : Il est responsable de la prise en compte des activités départementales liées à la reconnaissance et à l'intervention en milieu périlleux. Il conseille le Directeur départemental du SDIS et est en charge de l'organisation de la formation des personnels de la spécialité.
Composition et entraînement d'une unité GRIMP
Une unité GRIMP est généralement composée de cinq spécialistes : le chef d’unité et quatre équipiers. Tous doivent être inscrits sur la liste d’aptitude opérationnelle. Pour maintenir cette aptitude, chaque membre doit effectuer au minimum dix entraînements collectifs de 4 heures effectives, judicieusement répartis sur l’année. Ces entraînements doivent inclure au moins un exercice de nuit et les personnels doivent satisfaire aux tests annuels tels que définis par le Guide National de Référence GRIMP. Cette rigueur assure un haut niveau de compétence et de réactivité des équipes.
Spécialisation en Intervention en Site Souterrain (ISS)
Dans certains départements, les activités en milieu souterrain sont très populaires, que ce soit pour le loisir ou pour l'évaluation des risques. Bien que ces activités présentent des risques mesurés lorsqu'elles sont réalisées selon les règles édictées par le ministère chargé des sports, elles peuvent malheureusement être à l'origine d'accidents nécessitant l'intervention des services d'incendie et de secours.
Pour répondre à ce besoin spécifique, une formation dédiée, l'Intervention en Site Souterrain (ISS), a été créée. Cette formation permet aux personnels du GRIMP d'intervenir dans des contextes souterrains particuliers, caractérisés par des conditions difficiles d’accès, de mise en œuvre de matériels ou de techniques de progression et de sauvetage spécifiques. D'une durée minimale de 48 heures, la formation ISS s'effectue à l'ECASC (ECole d’Application de la Sécurité Civile). Elle inclut l'apprentissage de la topographie, de la spéléologie, des modes de communication spécifiques aux environnements souterrains et des techniques de secours en puits.
La médicalisation des interventions GRIMP
La prise en charge médicale des victimes est un aspect crucial des interventions GRIMP. La médicalisation peut être envisagée sous deux aspects :
- Personnel médical non spécialisé GRIMP : Si le personnel médical n’est pas inscrit sur la liste annuelle départementale d’aptitude opérationnelle GRIMP, il est alors pris en charge par l’équipe GRIMP. L'équipe est responsable de son acheminement en toute sécurité jusqu'à la victime et de son évacuation.
- Personnel médical spécialisé GRIMP : Si le personnel médical est formé à la spécialité GRIMP et inscrit sur la liste d'aptitude, il peut alors accéder à la victime par ses propres moyens, en utilisant les techniques et le matériel spécifiques au GRIMP. Cette approche garantit une intervention médicale plus rapide et autonome dans des milieux complexes.
Diversité des missions du GRIMP
Contrairement à une idée reçue, les sites d’intervention et les missions confiées aux équipes GRIMP ne se limitent pas nécessairement aux falaises ou aux points situés à des hauteurs vertigineuses. La polyvalence est une caractéristique fondamentale de cette spécialité. Une situation en apparence simple, comme un premier étage d'une maison avec une victime de très forte corpulence rendant son transport par l'escalier trop dangereux ou impossible, nécessitera l'intervention d'une équipe spécialisée pour la descendre dans les meilleures conditions.
Au quotidien, le GRIMP se déplace pour un large éventail de situations :
- Un randonneur avec une entorse à la cheville dans un sentier difficile d'accès.
- Un grutier ayant fait un malaise à son poste de travail en hauteur.
- Un chien de chasse tombé ou coincé dans une cavité.
- Un âne tombé dans une piscine.
- Des brancardages difficiles dans des environnements complexes.
- Parfois même des missions de dépollution de décharges sauvages ou de recherche de personnes disparues dans des zones escarpées.
En somme, toute situation nécessitant du matériel et des techniques spécifiques pour l'accès, le sauvetage ou l'évacuation relève du champ d'action du GRIMP.

Les phases générales des opérations GRIMP
Quelle que soit la nature de l'intervention, la marche générale des opérations GRIMP se décompose en sept phases distinctes et essentielles pour garantir la sécurité et l'efficacité :
- La reconnaissance : Cette phase initiale consiste à évaluer la situation, identifier les risques, déterminer le nombre et l'état des victimes, et planifier l'intervention.
- Le sauvetage : Une fois la reconnaissance effectuée, les sauveteurs mettent en œuvre les techniques et le matériel appropriés pour atteindre la victime et la sécuriser.
- La mise en place des dispositifs : Il s'agit d'installer les ancrages, les cordes, les systèmes de mouflage et tous les équipements nécessaires à l'opération de sauvetage.
- La mise en œuvre des dispositifs : Cette étape correspond à l'exécution de l'opération de sauvetage proprement dite, avec le déplacement de la victime et des sauveteurs.
- Le démontage : Une fois la victime évacuée et la mission accomplie, tous les dispositifs sont démontés de manière sécurisée.
- La sécurisation du site : Il s'agit de s'assurer que le site d'intervention ne présente plus de danger pour quiconque.
- Le reconditionnement : Le matériel est vérifié, nettoyé et reconditionné pour être prêt pour la prochaine intervention.
Ces phases sont complétées par sept manœuvres spécifiques qui représentent des techniques d'intervention courantes : le secours paroi, la poulie de renvoi mobile sur tyrolienne, la poulie de renvoi mobile sur point fixe, le train de poulies sur corde tendue, la technique d’évacuation en façade et le secours ravin.
Le GRIMP, bien qu'il suscite souvent l'admiration, est avant tout composé d'hommes et de femmes qui, la plupart du temps, effectuent des missions opérationnelles classiques comme des milliers d’autres collègues. Ils ont simplement choisi une spécialité du monde pompier qui élargit leur éventail de capacités et de connaissances pour mieux et plus servir la population.
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