L'art du bonsaï, né de la volonté humaine de recréer en miniature des paysages évocateurs que seule la nature sait façonner, trouve dans les pins des sujets privilégiés. Pour les bonsaïs, les pins sont particulièrement populaires et beaucoup de gens les considèrent même comme les bonsaïs les plus typiques. Si la culture de ces conifères demande une compréhension fine de leur physiologie, elle offre en retour des spécimens d'une longévité exceptionnelle.

Comprendre la nature des pins
La réussite dans l'entretien d'un bonsaï pin repose avant tout sur la connaissance de son espèce. Afin de traiter chaque espèce de pin selon sa nature, il est nécessaire de savoir si elle ne produit qu'une ou deux poussées de croissance pendant la saison de croissance. Les espèces de pin avec une seule poussée de croissance proviennent des montagnes ou sont au moins adaptées aux conditions difficiles et aux courtes périodes de croissance. À l'inverse, les essences à deux poussées permettent des techniques de taille spécifiques.
Le Pin Sylvestre (Pinus sylvestris) occupe une place de choix en Europe. Il pousse dans toute l'Europe et même en Sibérie. Il a de fines aiguilles qui peuvent être légèrement tordues et l'écorce dans la partie supérieure du tronc est souvent rougeâtre. Dans la nature, les sujets âgés ont une allure caractéristique, avec leurs branches étalées à l’horizontale et leur cime aplatie. C’est un bon sujet pour le bonsaï et les spécimens de cette espèce sont de plus en plus répandus en Europe.
Emplacement et exposition
Pour tous les pins, la règle d'or est l'ensoleillement. Placez-les à l'extérieur en plein soleil. Cela aide la première et la deuxième poussée de croissance à se développer et contribue à diminuer la taille de l’aiguille, car les aiguilles s’allongent si l’arbre ne reçoit pas assez de soleil.
Le Pin Sylvestre, bien qu'originaire de zones tempérées, apprécie une exposition plein soleil ; il faut toutefois le protéger des gelées sévères et des vents froids en hiver. Une bonne circulation de l'air est essentielle pour éviter le développement de maladies cryptogamiques.
Maîtriser l'arrosage : l'équilibre vital
L'arrosage est sans doute l'aspect le plus délicat de la culture du bonsaï. Comme tous les pins, le pin sylvestre ne se plaît pas en sol humide. Veillez à ne pas trop arroser, car les pins bonsaï n'aiment pas l'humidité permanente. Un bon drainage est nécessaire.
Si le pin n’est pas très exigeant en eau à l’état naturel, en pot, il est nécessaire de conserver la motte humide même l’hiver. Attention, humide ne veut pas dire détrempée : le pin déteste le sur-arrosage. Surveillez quotidiennement les besoins en eau, mais n’arrosez que si le mélange sèche, modérément en saison de croissance, plus parcimonieusement en hiver. S’il ne pleut pas, arrosez donc tous les 2-3 jours durant la période végétative et tous les jours l’été. L'utilisation d'eau non calcaire, comme l'eau de pluie, est vivement recommandée pour éviter la chlorose.
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Le choix du substrat et le rempotage
Pour le pin, il faut que le mélange soit drainant et durable dans le temps. Les pins ont besoin d’une terre très drainante même si on les trouve parfois dans la nature dans des terres argileuses. L'utilisation de pumice, de pouzzolane, de graviers et d'écorces de pin compostées permet de favoriser l'apparition des mycorhizes. Ces filaments blancs sont en fait des champignons qui vivent en symbiose avec les racines et aident à puiser des nutriments dans le sol.
Le rempotage a lieu au début du printemps, tous les deux à cinq ans selon l’âge et le développement des racines, à inspecter tous les ans. On ne rempote pas les pins s'ils ont été ligaturés la même année. Il est préférable de rempoter juste après que les bourgeons commencent à grossir, mais jamais lorsque les chandelles montent, car vous risqueriez de tuer l’arbre. Ne « tapez pas trop dans les racines » : on ne peigne jamais les racines comme sur un érable, on se contente de gratter le tour sur quelques centimètres et de couper les racines traçantes.
Techniques de taille et mise en forme
La taille permet de structurer l'arbre et de maintenir sa vigueur. Pour les essences de pin à deux poussées de croissance, on peut tailler les chandelles au début de l’été pour produire une deuxième pousse avec des chandelles plus courtes et des aiguilles plus petites.
Sur le Pin Sylvestre, pincez les pousses trop longues juste au moment où les aiguilles commencent à pousser. Supprimez les longs rameaux tout au long de la période de croissance. Sur les pousses plus courtes, éliminez un tiers à la moitié de la nouvelle croissance. En fin d’été ou en début d’hiver, enlevez les vieilles aiguilles et les rameaux en surnombre pour permettre à la lumière de pénétrer jusqu’au centre de l’arbre.
Le pin est un excellent sujet à ligature. Ses branches souples se ligaturent facilement. Elle s’effectue l’automne et l’hiver. Les fils sont enlevés dès qu’ils commencent à s’incruster dans le bois. Le pin sylvestre se prête à tous les styles, excepté la forme en balai. Il est particulièrement réussi dans le style literati, qui correspond bien au port naturel du pin sylvestre à l’état adulte.
Fertilisation et santé de l'arbre
Appliquez l’engrais pour les arbres faibles toute l’année, tant que les températures ne descendent pas trop bas. Sur les arbres sains, du début du printemps au début de l’été, l'engrais organique solide doit être appliqué au moins trois fois à des intervalles de 4 semaines avant la taille des chandelles, puis arrêté jusqu'à ce que la deuxième pousse se durcisse.
Les pins peuvent être affectés par les pucerons, les acariens, les cochenilles ou les chenilles. Parfois, ils sont également attaqués par des maladies fongiques et la pourriture des racines. Pour éviter ces désagréments, il est conseillé de traiter une fois par mois avec un produit à base de cuivre. En cas d'attaque, des pesticides spécifiques doivent être utilisés et il est recommandé de demander l’aide d’un expert dans cette situation, car les pins peuvent mourir rapidement dès le premier signe de maladie.
Les spécificités du Pin des Bouddhistes
Le pin des bouddhistes, originaire d’Extrême-Orient, appartient à la famille des Podocarpacées. À l’état naturel, il peut atteindre 20 m de hauteur. Le feuillage du pin des bouddhistes se compose d’aiguilles persistantes arrondies à leur extrémité, portant une nervure médiane marquée. Contrairement aux pins classiques, il apprécie un substrat acide et bien drainé, souvent composé d’akadama pur.
La taille d’entretien du pin des bouddhistes s’effectue durant la période de croissance, et consiste à pincer les nouvelles pousses. Les besoins en eau dépendent des conditions de culture : les arrosages sont plutôt copieux en été, et réduits en hiver. Il est recommandé d’utiliser de l’eau non calcaire, comme de l’eau de pluie, pour éviter les signes de chlorose. En hiver, ce conifère a besoin d’être protégé contre le gel.
Le Pin Mugo : une alternative pour débutants
Le pin mugo mérite que l’on s’intéresse à lui, c’est certainement le pin le plus facile de culture en bonsaï, il fait naturellement de petites aiguilles et permet de créer des bonsaïs extraordinaires. C’est un arbre de montagne qui pousse en plein soleil et subit des températures parfois extrêmes. Donc en été, ne le protégez pas, laissez-le en plein soleil toute la journée. En hiver, aucune protection particulière, laissez-le prendre le froid et le gel.
Pour le pin mugo, la technique diffère légèrement : nous ne désaiguillons pas, nous ne pinçons pas, nous ne taillons pas les chandelles. Les aiguilles sont ce qui permet à la sève de circuler dans les branches. Plus vous laissez d’aiguilles, plus la photosynthèse est importante, plus l’arbre est fort et plus il va créer de bourgeons. Ce qui fait qu’une branche va créer des bourgeons arrière, c’est sa vigueur et le soleil. Il faut que la lumière puisse atteindre les parties où vous voulez voir apparaître des bourgeons. Pour cela, ouvrez les plateaux et mettez les branches à l’horizontale.

Propagation et multiplication
Les pins peuvent être multipliés à partir de semis ou par greffage. Pour les semis, faites tremper les graines fraîches pendant une nuit avant de les semer. Éliminez celles qui flottent. Placez les semis dehors, exposés aux intempéries, mais à l’abri des oiseaux et des rongeurs ; la germination est rapide si les graines sont fraîches. Le greffage est une technique intéressante pour les cultivars spécifiques, comme le pin blanc du Japon qui est souvent greffé sur les systèmes racinaires du pin noir pour une croissance plus stable.