Le maraîchage fait pleinement intervenir le corps du maraîcher. L’intensité, la répétition et la nature des gestes amènent des désagréments et peuvent conduire, à terme, à des blessures. Il existe aujourd’hui des techniques pour mieux sentir son corps en action et chercher des façons efficaces - c’est-à-dire confortables - de travailler. Comprendre la mécanique humaine est le premier pas vers une meilleure prévention.
La mécanique corporelle et le trépied vertébral
La construction vertébrale répond à une véritable logique mécanique avec 3 courbures naturelles de la colonne. Elle est constituée de 33 ou 34 vertèbres (selon les individus) empilées et amorties par les disques en cartilage. Les noyaux dans les disques assurent la mobilité de la colonne (flexion, extension, rotation). Des muscles retiennent les vertèbres entre elles, ce qui nous évite de tomber en avant. Cela veut dire aussi que nos muscles sont en permanence sollicités. Cette construction s’appelle le trépied vertébral. En posture debout, il faut chercher un bon aplomb.

Cette pratique corporelle, inventée par Moshé Feldenkraïs dans la deuxième moitié du XXe siècle, est une approche du geste. Initialement conçue pour la rééducation, cette méthode est aussi utilisée pour les professionnels exerçant une activité physique de haute intensité : athlètes, musiciens, danseurs… et maraîchers ! En pratique, cette méthode se décline en séances individuelles où le praticien guide la personne vers des gestuelles inhabituelles et plus efficaces ou en séances collectives où le praticien conseille oralement les membres du groupe afin de trouver les gestes les plus adaptés.
Équipements de protection et prévention des troubles musculo-squelettiques
Au-delà des postures et des gestes, d’autres actions peuvent être mises en place afin d’améliorer le confort au travail. « 90 % des maladies professionnelles du maraîchage biologique sont des troubles musculosquelettiques, notamment du dos et des poignets », a souligné Thierry Robic, conseiller à la MSA, lors des portes ouvertes organisées par la Station expérimentale en maraîchage biologique de Bretagne Sud.
Plusieurs équipements individuels permettent de limiter les risques : plaquettes en mousse à glisser dans le pantalon au niveau des genoux, plateau en mousse sur lequel on s'agenouille, ergo-siège qui soulage genoux, pieds et dos, siège assis-debout, sécateurs adaptés à la main de l'utilisateur, sécateurs électriques allégés, couteaux bien affûtés. Le siège maraîcher avec roues et barre anti-basculement est l'outil idéal pour faciliter vos tâches agricoles telles que les travaux en serres, les récoltes, le désherbage et l'entretien des plants en pépinière. Fabriqué avec une structure en acier thermolaqué, ce siège roulant est conçu pour résister aux conditions exigeantes des environnements agricoles. Sa finition thermolaquée assure une protection durable contre la corrosion, prolongeant ainsi la durée de vie du produit. Équipé de deux roues en mousse de 280 mm de diamètre et de 90 mm de largeur, ce siège offre une excellente mobilité sur divers types de terrains. La barre anti-basculement intégrée assure une stabilité supplémentaire, réduisant le risque de chutes lors des déplacements. Livré en kit, ce siège maraîcher est facile à assembler, vous permettant de l'utiliser rapidement après réception.
L'innovation par l'usage : le projet du Charimaraîch
L’idée de construire un chariot enjambeur de rang a été initiée par un site internet russe qui présente différents modèles de chariots similaires. Ce modèle V.1 a été réalisé chez Nicolas et Samuel Fromont, maraîchers en bio depuis près de 5 ans sur une petite surface en Meuse. Le but était de construire un outil léger pour faciliter le travail manuel sur les planches : plantation, désherbage et récolte.

Le groupe de maraîchers s’est retrouvé chez Nicolas et Samuel pour échanger pendant une demi-journée autour de la version V.1. Ils ont refait des essais au champ pour voir les inconvénients de ce chariot. Ils ont discuté des réglages à apporter et des accessoires à ajouter. La ferraille a été commandée en commande groupée pour réaliser deux exemplaires de Charimaraîch V.2.
La version V.2 est plus évoluée : tous les accessoires du chariot sont amovibles et leur position sur le châssis est réglable. Le châssis peut être retourné et les fourches emmanchées à l’envers, ce qui lui permet au cadre d’être positionné à près de 1 m de hauteur. L’amovibilité des accessoires fait de cet outil un véritable couteau suisse maraîcher ! Le chariot peut donc se métamorphoser et s’adapter à une intervention particulière en quelques minutes. Gain ergonomique considérable : la mobilité des accessoires permet un changement de position du passager en cours de travail pour reposer certains muscles de son corps.
La construction de la troisième version a été faite dans un atelier mis à disposition par Sébastien Kany. Cette version du Charimaraîch est plus petite (1 place, 80 cm) et est plus évoluée : elle ne possède plus qu’une roue à l’avant, qui est une roue jockey de carriole. Les roues arrières sont fixées au châssis via une fourche de vélo, ce qui lui donne plus de résistance par rapport à une fourche construite en profilé en T. Anaïs et un autre maraîcher ont mis au point un accessoire supplémentaire destiné à soutenir un corps humain allongé. Le dispositif est composé de deux tubes ronds horizontaux qui viennent en appuis sur les anches et le buste du passager.
La mécanisation avancée et la robotisation
À chaque étape, de la plantation à la récolte, le maraicher utilise des outils pour l’aider dans ses tâches. Le type d’outil, leur format et leur ergonomie peuvent être régulièrement réinterrogés, que ce soit pour des outils manuels ou tractés. Des entreprises d’outillage se sont développées sur ce concept, comme Terrateck ou Cecotek pour les outils manuels.
La robotisation est une autre piste. Les essais menés depuis trois ans par la station sur le robot Oz montrent que celui-ci permet une gestion des adventices aussi efficace qu'un itinéraire classique et qu'il diminue le temps de désherbage manuel. « Vu l'investissement qu'il représente, utiliser le robot seulement pour le binage n'est pas suffisant », estime Maët Le Lan, responsable de la station.
Autre solution présentée : l'automoteur Toutilo, qui enjambe les planches ou buttes, sur lequel une ou deux personnes peuvent s'allonger pour désherber, récolter… et qui peut être équipé de différents outils. « La pérennité de la ferme était mise à mal après ma blessure au ménisque en 2018, mon orthopédiste me déconseillait de travailler à genou », se souvient Adrien Poirrier, producteur d’une quarantaine de plantes aromatiques à Sixt-sur-Aff. Désormais, les planches permanentes sont plantées et désherbées à l’aide de l’outil. « Je plante mes planches de 50 m en ¼ d’heure, contre 1,5 heure avant ». Cette rapidité d’exécution est aussi appréciée quand les fenêtres météo sont courtes pour le nettoyage autour des plants.
#Tut’Oz - 2017 - Guidage laser du robot de désherbage Oz
« Les options sont nombreuses. Il est possible d’ajouter une large gamme d’outils ou des caméras de guidage, capables de suivre un cordeau pour des planches bien droites », ajoute Mickaël Bourcier, technico-commercial pour la société distributrice Kabelis. « Le système Stop & Go permet de marquer automatiquement des arrêts dont la fréquence et la durée sont réglables. C’est utile pour des travaux de récolte ». Le fabricant Toutiterre répond aux demandes des producteurs. « Il serait utile de prévoir un porte-benne pour qu’un seul opérateur puisse étaler un paillage, type miscanthus », fait part Adrien Poirrier.
Stratégies globales de gestion de l'exploitation pour le bien-être
L’ensemble de cet article, des explications, des photos et des plans livrés sont accessibles à tous. Ces travaux bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National, par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires.
En maraîchage sur petites surfaces, les outils peuvent être adaptés pour un meilleur confort de l’utilisateur. Grâce à des investissements bien réfléchis ou même à l’auto-construction d’outils simples et facilitateurs, il est donc possible d’optimiser ses itinéraires techniques et de se ménager à la tâche au quotidien. Un Carrefour des Savoirs Faire Paysans a mis en avant des témoignages de producteurs biologiques sur le sujet lors du salon La Terre est Notre Métier à Retiers.
L'ergonomie ne se limite pas aux outils portés. En 2017, la station a testé un prototype de tunnel mobile de 20 m x 7,80 m, mis au point avec la société Debernard. « Un tunnel mobile pourrait permettre à moindre coût de désintensifier les rotations, d'installer un engrais vert et d'économiser l'eau », ont souligné les expérimentateurs. Cette approche systémique permet de réduire la pénibilité globale en diversifiant les rotations et en facilitant les interventions sur les cultures, prouvant que la conception de l'espace de travail est aussi déterminante que la posture elle-même. Chaque amélioration technique, qu'elle concerne le matériel de récolte ou la gestion des structures de culture, contribue à la pérennité de l'activité du maraîcher sur le long terme.
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