Pour protéger la biodiversité, les associations et expert.e.s de la conservation font appel à nos sentiments… Et contre toute attente, c’est souvent un ressort très efficace pour préserver les écosystèmes ! C’est le cas notamment avec les espèces parapluies. Au cœur des vastes écosystèmes de la planète, certaines espèces jouent le rôle de parapluies, offrant une protection vitale à une multitude d’autres êtres vivants. La biodiversité est le tissu vivant qui tisse l’équilibre délicat des écosystèmes. Les espèces parapluies, en particulier, agissent comme des gardiens régulateurs. L’équilibre des écosystèmes dépend également de la variété des habitats. La seconde raison de protéger la biodiversité est sa qualité d’allié inestimable dans la lutte contre le changement climatique. Deuxièmement, le phénomène des puits de carbone est sûrement le plus grand rempart naturel face aux changements climatiques. Les récifs coralliens, abritant une variété d’espèces marines, jouent aussi un rôle vital. La biodiversité dans les sols est également cruciale. Joyau de la vie sur Terre, la biodiversité est à l’origine d’une importante variété de services écosystémiques.

Définition et mécanismes de l’espèce parapluie
Une espèce parapluie est une espèce qui vit sur un territoire étendu et riche en biodiversité. En la protégeant, on sauvegarde tout un écosystème. On appelle espèce parapluie une espèce dont le domaine vital est assez large pour que sa protection assure celle des autres espèces végétales et animales peuplant le même territoire. Ce concept désigne les espèces dont la large étendue du territoire suppose la protection d’un habitat important et des êtres vivants qui y habitent. Une espèce parapluie, c’est une espèce dont la protection profite à beaucoup d’autres. Pourquoi ? Parce qu’elle a besoin d’un milieu de vie en très bon état pour survivre. Distinguer des espèces parapluie facilite la tâche, colossale, des conservateurs de la nature : en préservant leur habitat et leurs besoins, on protège une vaste chaîne de vivants. Cela aide aussi à sensibiliser le public et les donateurs aux actions de protection. Mais sur les bords du parapluie, il arrive qu’on se prenne les gouttes. La protection du panda géant de Chine a profité à de nombreuses espèces, mais pas à toutes.
Tigres, pandas, outardes... pourquoi il faut sauver ces espèces « parapluie » #PlanB
Les grands mammifères comme gardiens terrestres
Avec un territoire vital de 312 km2 par individu, l’éléphant joue un rôle capital pour la nature. En dispersant leurs graines lors de ses déplacements, il permet la germination de plus de 100 espèces d’arbres, dont le mukulungu, lui aussi en danger critique d’extinction. Le tigre est une espèce indispensable au maintien des populations de nombreuses autres espèces. La fascination qu’il exerce par son charisme et sa place dans l’inconscient collectif en fait malheureusement l’une des espèces les plus braconnées de la planète. La protection de son habitat permet de préserver ses proies. En le protégeant, on protège aussi le gaur (bovidé sauvage), le porc-épic de Malaisie, le tapir indien et la grande civette indienne. Depuis 2010, le WWF et les gouvernements des 13 pays de l’aire de répartition du tigre travaillent pour doubler la population de tigres sauvages. Principalement herbivore, le koala exerce une influence significative sur la régulation de la végétation. En investissant dans la conservation du koala, c’est l’ensemble de la biodiversité de ces régions qui bénéficie d’une protection accrue. En protégeant le koala, nous préservons bien plus qu’une espèce emblématique.

Le rôle des prédateurs et des espèces spécialisées dans les écosystèmes
Le lynx joue un rôle essentiel pour son environnement car il est le prédateur des chevreuils et des petits rongeurs qui se nourrissent de jeunes pousses d'arbres et de plantes. Il permet ainsi de sauvegarder la forêt et toutes les espèces qui l’habitent. On estime la population européenne de lynx boréal à 9 500 individus et c’est grâce à lui que les sabots de Vénus (plantes) peuvent se reproduire et que la chouette de Tengmalm mais aussi le murin de Bechstein (chauve-souris) sont préservés. Le WWF France s’est mobilisé depuis 2018 pour aboutir à l’élaboration d’un plan de conservation du lynx en partenariat avec la Société Française pour l'Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM). Icône des rivières et des cours d’eau, la loutre d’Europe se révèle comme une espèce parapluie cruciale, contribuant à la préservation des écosystèmes aquatiques. Son rôle en tant que prédateur semi-aquatique la place au sommet de la chaîne alimentaire des cours d’eau. La loutre dont la présence atteste de la bonne santé de l’habitat aquatique. Humble habitant des écosystèmes terrestres, le hérisson fait lui aussi partie des espèces parapluies essentielles pour la biodiversité. Les larves de taupins violacés se nourrissent de restes de cadavres de vertébrés et d’insectes décomposés, participant ainsi au cycle de vie naturel. La préservation des taupins violacés s’étend au-delà de leur propre espèce, agissant en tant qu’espèces parapluies, les taupins protègent l’ensemble de la faune et de la flore dépendante des cavités d’arbres anciens.

Les sentinelles aquatiques et la gestion du bassin Seine-Normandie
En broutant 30 à 40 kilos d’herbe marine par jour, le dugong participe au brassage des fonds marins et contribue à la bonne santé de ces écosystèmes très riches et diversifiés. Les tortues vertes qui y vivent, des poissons comme les napoléons et les bossus dorés ou encore les halophiles, plantes constitutives des herbiers marins, bénéficient de son action. La lamproie de planer et le chabot en sont un bon exemple. Ce dernier est un petit poisson discret, long de 8 à 15 cm, qui vit au fond des rivières où il se fond dans le décor. Il aime les eaux fraîches, rapides et bien oxygénées, avec des fonds de sable et de graviers. Le chabot est aussi très sensible aux obstacles, car il nage peu et se déplace difficilement. Si la rivière est fragmentée (par des barrages ou des seuils), il ne peut pas circuler correctement. C’est pour toutes ces raisons qu’on parle d’espèce parapluie : quand le chabot va bien, c’est généralement que la rivière va bien aussi. Bonne nouvelle : des analyses « ADN environnemental » réalisées en 2024 ont signalé le retour du chabot dans l’Yerres entre Argentières et Pompierre, sur le site Natura 2000 du SyAGE. Des pêches électriques réalisées l’année dernière ont confirmé sa présence. 61 chabots ont été identifiés à Bernay-Vilbert. Sa présence est un signe encourageant : il montre que les efforts d’amélioration de la qualité de l’eau portent leurs fruits et que les zones ou le fonctionnement de la rivière est plus naturel sont autant d’habitats pour cette espèce fragile. En Seine-Normandie, par exemple, pour protéger efficacement la mulette perlière, il faut prendre en compte la diversité et la complexité des écosystèmes qu’elle utilise au cours de son cycle de vie. Les espèces bio-indicatrices permettent de connaître les caractéristiques et le fonctionnement de l’environnement du territoire où elles évoluent, à un moment donné. Leur présence, leur abondance, leur détérioration voire leur disparition sont des indicateurs de l’évolution du milieu naturel du territoire.
Diversité des fonctions écologiques : espèces clés, indicatrices et emblématiques
Au sein d’un écosystème les espèces remplissent diverses fonctions qu’il est difficile de catégoriser. Certaines sont protégées, d’autres font l’objet de régulation au niveau français ou européen. Une espèce « clé de voûte » est selon la définition tirée du Journal officiel, une espèce dont la disparition compromettrait la structure et le fonctionnement d’un écosystème, elle est caractérisée par la qualité, le nombre et l'importance des liens qu'elle entretient avec son habitat et les autres espèces. L’action clef de voûte peut être réalisée de différentes manières. Les espèces aquatiques « indicatrices » sur le bassin Seine-Normandie incluent l’écrevisse à pieds blancs ; la loutre d’Europe ; les odonates aquatiques également appelés libellules (29 espèces dont Oxygastra curtisii, Onychogomphus uncatus, Gomphus simillimus, Lestes virens, Onychogomphus uncatus, Aeshna grandis, Lestes dryas et Lestes virens, Oxygastra curtisii, Somatochlora mettallica et Somatochlora flavomaculata, Coenagrion Mercuriale, Sympetrum Flaveolum et Sympetrum Danae ) ; les amphibiens (tritons, salamandres, rainettes, grenouilles et crapauds), le sonneur à ventre jaune, le pélodyte ponctué, crapaud calamite ; les reptiles (vipère péliade, lézard de souche, tortue …) ; les coléoptères aquatiques (Cordulie à corps fins). Une espèce emblématique est une espèce sauvage, ayant une importance culturelle, religieuse ou économique pour l’Homme dans une région donnée. Ces espèces peuvent être rares ou communes. Les espèces aquatiques « emblématiques » sur le bassin Seine-Normandie : le saumon atlantique, la loutre, l’écrevisse à pattes blanches, la moule perlière (des rivières), le sonneur à ventre jaune (batracien).

Menaces et enjeux de préservation
Les espèces exotiques envahissantes sont des espèces (plantes et animaux) introduites par l’Homme délibérément ou involontairement sur un territoire hors de son aire de répartition naturelle et qui menace les écosystèmes, les habitats naturels ou les espèces locales. Elles présentent une menace pour la biodiversité : prédation, compétition, transmission de maladies, hybridation (croisement) avec les espèces locales, modification des milieux naturels, altération des services rendus par la nature… Elles peuvent également occasionner des impacts négatifs sur les activités économiques (agriculture notamment) voire sur la santé humaine. Les espèces aquatiques « exotiques envahissantes » sur le bassin Seine-Normandie : l’écrevisse à pattes rouges (provenance : USA), le ragondin (rat du Chili). C'est un peu une espèce parapluie. En protégeant le flamant, on protège d'autres espèces moins sexy, moins jolies, comme de petits crustacés ou de petites plantes incroyables que l'on trouve dans les salins. Que fait le WWF pour le dugong ? Soutenez les espèces parapluie. MUTUALISATION DES DONS : protéger l’environnement, c’est protéger la planète et tous les êtres vivants. Cela nécessite d’agir sur tous les fronts - climat, énergie, systèmes alimentaires, forêts, vie sauvage, océans - par des actions de terrain et de sensibilisation du public. Les services de régulation orchestrent l’harmonie des écosystèmes en modérant des phénomènes naturels tels que le climat, l’érosion et les parasites. Au-delà des aspects matériels, la biodiversité offre des trésors non-matériels. Ils englobent la formation des sols, la production primaire assurant la photosynthèse et la génération d’air respirable.
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