Les Enjeux du Compostage : Entre Réduction des GES, Dangers Potentiels et Solutions Innovantes

Le compostage, qu'il soit domestique ou municipal, représente une alternative écologique de plus en plus plébiscitée à l'enfouissement des déchets. Il contribue significativement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et à l'enrichissement des sols. Cependant, cette pratique n'est pas sans risques et soulève des questions, notamment concernant la combustion spontanée du compost, la présence de substances toxiques, et l'impact de certains traitements du bois sur le processus. Cet article explore ces différentes facettes, allant des bénéfices environnementaux aux précautions à prendre, en passant par les innovations dans le domaine des biocarburants.

Le Compostage : Une Alternative Bénéfique à l'Enfouissement

Le compostage offre une solution de gestion des déchets organiques supérieure à l'enfouissement, notamment en ce qui concerne la réduction des gaz à effet de serre. Lorsqu'on composte, les microorganismes tels que les bactéries et les champignons, qui transforment les déchets alimentaires en compost, consomment de l'oxygène. Ce processus de décomposition aérobie est fondamentalement différent de celui qui se déroule dans un site d'enfouissement.

Schéma comparatif de la décomposition aérobie (compostage) et anaérobie (enfouissement)

Dans un site d'enfouissement, la matière organique est compactée puis recouverte, créant un environnement sans oxygène. Cette décomposition anaérobie génère du biogaz, principalement composé de méthane (CH₄). Le méthane est un puissant gaz à effet de serre, avec un potentiel de réchauffement global bien supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de 20 ans. Selon Recyc-Québec, l'enfouissement des matières organiques résidentielles génère plus de 6 % des émissions totales de gaz à effet de serre de la province. En détournant ces matières vers le compost, on diminue donc ces émissions de GES.

Sophie s'interroge sur l'impact du transport des déchets alimentaires vers les centres de compostage municipaux. Bien que le compostage maison soit plus intéressant pour limiter les émissions de gaz à effet de serre car il n'implique pas de transport de matières organiques jusqu'au site de compostage, Recyc-Québec estime que le bilan net d'émissions de GES reste positif, et ce même si cela implique un transport sur de longues distances. Karel Ménard du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets souligne que le compostage municipal comporte des avantages qui vont au-delà de la simple réduction des émissions de GES. Il explique : « En envoyant nos matières organiques au compostage plutôt qu’aux ordures, on obtient du compost qui enrichit les sols. On protège aussi les eaux de surface et souterraines, car l’eau qui percole des matières organiques enfouies entre en contact avec des produits toxiques et peut contaminer ces eaux. »

Dangers Potentiels Associés au Compostage

Malgré ses nombreux avantages, le compostage présente certains dangers qu'il est crucial de connaître pour une pratique sécuritaire et efficace.

Combustion Spontanée dans les Composteurs

La combustion spontanée est un phénomène rare mais potentiellement dangereux dans les tas de compost. Elle peut se produire dans des cas de figure spécifiques, principalement liés à un déséquilibre dans l'humidité et l'aération du tas. Un taux d'humidité trop bas, représentant entre 20 % et 40 % du poids total du compost, peut favoriser la combustion. Outre ce facteur, un bon brassage est essentiel pour éviter les poches trop sèches au cœur du tas, qui sont également susceptibles de combustion spontanée alors que l'intégralité du tas n'y aurait pas forcément été sujette.

Si un feu de compost venait à se déclarer malgré toutes les précautions prises, deux actions conjointes sont préconisées : étaler le tas puis l'humidifier. En effet, lorsqu'une combustion se déclenche au cœur d'un tas, mieux vaut le décompacter avant d'arroser, que de n'arroser qu'en surface, au risque que l'eau ruisselle sans pénétrer en profondeur.

Conseils pour prévenir la combustion spontanée du compost

Odeurs, Gaz Toxiques et Nuisibles

La décomposition des matières organiques dans le compost peut générer des odeurs nauséabondes et, parfois, libérer des gaz toxiques si le processus n'est pas correctement maîtrisé. Une température de 70 °C à cœur est idéale pour tuer les agents pathogènes et les graines indésirables, et le compost, en chauffant, devient littéralement vivant. Cependant, une mauvaise gestion peut entraîner une production accrue de méthane (CH₄) et de composés organiques volatils.

Les restes de viande (crue ou cuite) sont particulièrement dangereux à composter en été en raison de leur décomposition ultra-rapide dès que le thermomètre grimpe. Ils dégagent des émanations détectables à plus de 20 mètres et augmentent l'attractivité du compost pour les rongeurs, blattes ou mouches à viande. Ces nuisibles peuvent introduire des bactéries et des agents pathogènes supplémentaires, posant des risques pour la santé humaine et animale.

La Toxine Botulique et Autres Risques Biologiques

Le compost abrite de nombreux micro-organismes, dont certains peuvent être dangereux. Parmi eux, la fameuse toxine botulique est une protéine dont les propriétés neurotoxiques en font le plus puissant poison connu (40 000 000 de fois plus que le cyanure). Bien que thermolabile, elle est résistante aux acides et aux sucs digestifs. La chaleur amplifie l'odeur dégagée par les matières organiques en décomposition et favorise la prolifération de certaines bactéries et de végétaux toxiques, ainsi que la moisissure des restes alimentaires. Il est donc essentiel de manipuler le compost avec précaution, en utilisant des gants et en évitant l'inhalation de poussières de compost qui pourraient irriter les voies respiratoires.

ERREUR FATALE au jardin : Votre thé de compost est un PIÈGE à bactéries!

L'Essence de Térébenthine dans le Contexte du Jardinage et du Compostage

La question de l'utilisation de l'essence de térébenthine, notamment pour le traitement des bacs en bois d'un potager, soulève des interrogations quant à son impact sur l'environnement et la santé. L'essence de térébenthine est un produit volatil entraînable à la vapeur d'eau de l'oléorésine obtenue au cours d'opérations de gemmage sur les diverses variétés de Pin. Cette oléorésine porte d'ailleurs le nom de "gemme". Elle est composée de colophane, d'essence de térébenthine et d'eau.

Propriétés et Utilisation de l'Essence de Térébenthine

L’essence de térébenthine est beaucoup utilisée dans le traitement du bois. On la retrouve par exemple associée à l’huile de lin pour que celle-ci pénètre mieux le bois. Il est important de noter que l'essence de térébenthine est une huile essentielle. Le terme "pure gemme" indique qu’aucun additif n'a été ajouté à la gemme pour obtenir cette huile essentielle, ce qui est un gage de qualité mais avec un coût plus élevé. Le terme "rectifié" (ou doublement rectifié !) fait référence au processus qui a lieu après avoir purifié la gemme. Il est crucial d'utiliser de l'essence de térébenthine "pure gemme" ou "rectifiée" plutôt que de l'essence à la térébenthine, qui peut contenir des dérivés pétroliers.

Image d'un bac en bois traité à l'huile de lin et à l'essence de térébenthine

Toxicité et Précautions d'Emploi

Bien que l'essence de térébenthine soit un produit naturel, elle est néanmoins toxique. Elle peut entraîner des dermatoses d’irritation et allergiques (eczéma). C'est pourquoi le bois utilisé pour fabriquer un composteur ne doit pas être traité chimiquement. Bien que l'essence de térébenthine soit utilisée dans les jardins biologiques et en permaculture, mélangée avec l'huile de lin pour protéger les bacs en bois, il n'existe pas d'informations précises concernant l'impact direct du mélange lin-térébenthine sur les légumes et la terre. Il est donc recommandé d'exercer une grande prudence et, si possible, de rechercher des alternatives moins controversées pour le traitement du bois en contact avec le potager ou le compost.

Innovations : Vers des Carburants Verts à partir de Déchets Végétaux

La recherche de carburants non polluants est un défi technologique et scientifique majeur de notre époque, visant à réduire notre impact sur le climat et à préparer l'après-pétrole. Une équipe de scientifiques américains a développé une solution prometteuse : utiliser des bactéries Escherichia coli génétiquement modifiées pour convertir la cellulose en différents types de carburants.

Agrocarburants de Deuxième Génération

La question des agrocarburants n'est pas seulement technique, elle est aussi écologique et sociale. L'usage des agrocarburants n'est pas acceptable si leur production entre en concurrence avec la filière alimentaire ou si elle contribue, directement ou indirectement, à la déforestation ou à la suppression d'écosystèmes importants, comme les tourbières. C'est pourquoi les agrocarburants de deuxième génération doivent être synthétisés à partir de déchets végétaux, c'est-à-dire les parties de la plante inutilisées dans l'industrie forestière ou alimentaire.

Ces débris sont cependant difficiles à convertir car ils sont majoritairement composés de cellulose ou d'hémicellulose, et non de sucres simples comme le saccharose de la canne à sucre ou l'amidon du maïs, qui se transforment aisément en éthanol par fermentation. Il est donc nécessaire d'ajouter une étape, à savoir l'hydrolyse de la cellulose ou de l'hémicellulose, qui permet d'obtenir du sucre. Si l'industrie des agrocarburants utilise des déchets végétaux, on peut parler de carburant vert.

La Technologie des Bactéries Génétiquement Modifiées

Les scientifiques ont créé deux lignées de bactéries : l'une capable de convertir la cellulose en sucre et l'autre s'occupant de l'hémicellulose. Ils ont ensuite décliné ces deux types de bactéries afin qu'elles transforment le sucre en trois produits finaux différents : essence, gazole et kérosène. Des tests concluants ont été effectués à partir de panic érigé (Panicum virgatum), une plante à forte teneur cellulosique. Un liquide ionique permettait également de catalyser les réactions et de réduire la concentration de lignine (présente aux côtés de la cellulose et de l'hémicellulose dans la fibre végétale). Ce procédé est prometteur mais nécessite quelques améliorations pour augmenter le rendement, afin qu'il puisse exploiter les déchets végétaux et qu'il n'entre pas indirectement en concurrence avec la filière alimentaire.

Infographie sur le processus de transformation de la cellulose en carburants par des bactéries

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