Spécialisation Économique entre Cueillette et Chasse en Préhistoire : Un Modèle Complexifié

L’étude de la préhistoire, domaine scientifique relativement jeune, a considérablement enrichi notre compréhension des origines de l'humanité et de ses modes de subsistance. Au milieu du XIXe siècle, un nouveau champ d'investigation scientifique a émergé, se penchant sur le passé le plus lointain de l'homme, bien au-delà des cadres historiques immédiats et des récits traditionnels. Comme l'a souligné le préhistorien belge Marc Groenen, cette période a marqué un tournant crucial dans notre appréhension du monde, malgré les débats persistants et les évolutions constantes concernant la datation de la naissance de l'humanité.

Traditionnellement, l'opposition entre chasseurs-cueilleurs et agriculteurs a dominé la pensée en anthropologie sociale et en archéologie préhistorique. Cette dichotomie, popularisée par la notion de « révolution néolithique » avancée par Gordon Childe, suggérait une transformation radicale des structures économiques et sociales. Selon ces idées, le passage d'une économie de chasse-cueillette à une économie fondée sur la domestication des plantes et des animaux aurait permis la sédentarisation, une production alimentaire suffisante pour soutenir des populations élevées et le développement d'inégalités économiques. Cependant, les recherches récentes, notamment celles d'Alain Testart sur les "chasseurs-cueilleurs", remettent en question la pertinence de cette vieille classification, proposant une vision plus nuancée et complexe des économies préhistoriques.

Schéma de l'évolution des modes de subsistance de la préhistoire

Les Chasseurs-Cueilleurs : Au-delà des Stéréotypes Nomades et Égalitaires

Par « chasseurs-cueilleurs », il est d'usage de désigner les peuples qui, au moment de la colonisation, ne pratiquaient aucune forme d'agriculture ni d'élevage, tels que les Aborigènes australiens, les San, les Amérindiens de l'Arctique et du Subarctique, ou encore les Pygmées. La vision classique les dépeint souvent comme des groupes nomades, se déplaçant en fonction du gibier, sans accumulation de biens matériels ni hiérarchies sociales marquées.

Des Exceptions qui Redéfinissent la Règle

Une revue systématique des connaissances sur les chasseurs-cueilleurs a mis en lumière de nombreux cas considérés jusqu'ici comme « exceptionnels » et écartés des théories courantes. Ces exemples, qui constituent une bonne moitié des chasseurs-cueilleurs connus en ethnologie, remettent en cause les idées préconçues :

  1. Sédentarité et vie en village : Contrairement à l'image du nomadisme perpétuel, certains groupes de chasseurs-cueilleurs pratiquaient la sédentarisation, impliquant une vie en village.
  2. Densité démographique élevée : Souvent, la densité démographique de ces peuples était plus importante que celle de leurs voisins agriculteurs.
  3. Hiérarchies sociales complexes : Des hiérarchies significatives, incluant l'esclavage et la différenciation en strates (nobles et roturiers), étaient présentes dans ces sociétés.

Ces caractéristiques se retrouvent typiquement chez les Amérindiens de la Côte Pacifique, ceux de Californie, et les peuples du Sud-est de la Sibérie. Des cas archéologiques comme le Natoufien ou le Jomon sont également énigmatiques. Ces peuples, bien que n'exploitant que des ressources sauvages (non domestiquées) comme les saumons ou les glands, les récoltaient en masse pendant la saison de leur abondance et les préservaient en quantité suffisante pour assurer l'alimentation le reste de l'année. Ils vivaient ainsi sur leurs stocks alimentaires, à l'instar des cultivateurs de céréales.

Le Stockage : Un Critère Plus Pertinent que la Domestication

Ce constat conduit à remplacer l'opposition « domestique/sauvage » par « stockage/non-stockage ». Une grande partie des études vise à préciser les conditions écologiques permettant la mise en place d'une telle « structure techno-économique » fondée sur la récolte en masse de ressources saisonnières mais abondantes, et leur conservation. Au niveau synchronique (anthropologie), il est clair que l'opposition classique chasseurs-cueilleurs/cultivateurs doit être remplacée par une autre plus générale, qui distingue les économies selon qu'elles reposent ou non sur un stockage à grande échelle d'une ressource alimentaire fondamentale et de nature saisonnière.

Au niveau diachronique, les implications évolutionnistes de ce remaniement sont tout aussi claires : il est impossible de s'en tenir à une conception unilinéaire de l'évolution, selon laquelle toutes les sociétés passeraient par les mêmes stades.

Carte des principales régions où des chasseurs-cueilleurs sédentaires avec stockage ont été identifiés

La Révolution Néolithique : Une Transformation Majeure de l'Histoire Humaine

Entre 8500 et 2500 av. J.-C., l'humanité a connu une mutation décisive : le passage d'un mode de vie nomade basé sur la chasse, la pêche et la cueillette à une économie fondée sur la production de nourriture. Cette transition marque l'entrée dans le Néolithique, période que les historiens qualifient de révolution néolithique.

Les Premiers Foyers Agricoles et leur Diffusion

L'agriculture et l'élevage sont apparus d'abord au Moyen-Orient, dans une région appelée le Croissant fertile, autour de 8500 av. J.-C. Ce territoire, qui comprend la Mésopotamie, la Syrie et la Palestine, bénéficiait de conditions climatiques favorables et d'une biodiversité propice à la domestication des plantes et des animaux.

Cependant, cette évolution ne s'est pas limitée au Proche-Orient. Des foyers agricoles se sont développés de façon autonome dans d'autres régions du monde :

  • En Chine, dès 7500 av. J.-C., où le millet et le riz étaient cultivés.
  • En Amérique, entre 3500 et 2500 av. J.-C., avec la domestication du maïs, de la pomme de terre ou du lama.

Ces foyers ont constitué les points de départ d'une diffusion progressive de l'agriculture sur tous les continents.

Vers 6500 av. J.-C., les techniques agricoles ont atteint la Grèce, puis se sont répandues en Europe centrale et occidentale au fil des millénaires. Cette expansion s'est opérée par des migrations mais aussi par des échanges de savoir-faire. On a alors observé des adaptations locales : par exemple, l'introduction du blé et de l'orge dans les plaines européennes ou l'élevage du bétail dans les régions tempérées.

Conséquences Économiques et Sociales de l'Agriculture

L'apparition de l'agriculture et de l'élevage a transformé progressivement la vie des communautés humaines :

  • L'agriculture a fixé les populations, qui ont abandonné le mode de vie nomade et se sont sédentarisées.
  • Le travail en continu et la spécialisation des tâches sont apparus.
  • La production excédentaire a permis le stockage et l'échange.
  • Ces évolutions ont favorisé la natalité et l'accroissement de la population, malgré un taux de mortalité élevé.
  • De nouvelles formes de hiérarchies sociales sont apparues, avec une répartition différenciée des ressources.

L'agriculture est ainsi devenue le socle de sociétés plus complexes, annonçant l'émergence des premiers États puis des premières civilisations. Elle a également amorcé la naissance d'un rapport d'exploitation de la nature par l'Homme, avec déboisements et espaces artificialisés, à l'origine de progrès technologiques et du développement économique.

Comment le Néolithique a-t-il façonné le destin de l’Humanité ? [QdH#70]

Le Mode de Vie des Chasseurs-Cueilleurs : Une Organisation Sociale et Économique Adaptée

Les chasseurs-cueilleurs sont des individus qui subsistent grâce aux produits de la récolte, de la chasse et de la pêche. Leur vie est intrinsèquement liée à leur environnement naturel.

Organisation Sociale et Flexibilité

Leur organisation sociale est principalement structurée en petites bandes mobiles de quelques dizaines d'individus, généralement apparentés. Ces groupes présentent une grande flexibilité adaptative : ils se scindent ou fusionnent selon la disponibilité des ressources, les saisons ou les événements climatiques.

À la différence des sociétés agricoles ou industrialisées, aucune accumulation de biens matériels n'était possible ni souhaitable dans ce contexte, car la mobilité demeurait le maître-mot. Cette absence de propriété individuelle ou de hiérarchie stricte a conduit de nombreux anthropologues à parler de sociétés relativement égalitaires. Les responsabilités, notamment celles du partage de la nourriture, étaient essentielles à la cohésion sociale, et le prestige s'acquérait surtout par la générosité ou l'expérience, et non par la richesse.

Complémentarité des Tâches et Diversité Alimentaire

Du point de vue économique, la complémentarité entre chasse et cueillette s'est révélée un mode de subsistance stable sur des périodes très longues. Les groupes s'approvisionnaient selon les saisons : chasse d'animaux sauvages, pêche, collecte de fruits, de baies, de tubercules, de graines ou de miel. La diversité alimentaire de ce mode de vie favorisait un équilibre nutritionnel, dans la mesure où la nature le permettait. Les jours de chasse fructueuse alternaient avec des périodes où la cueillette, parfois réalisée par tous, devenait principale. Ce partage des tâches, relativement flexible, tendait à valoriser le rôle de chaque membre dans la survie du groupe.

Les hommes étaient généralement en charge de la chasse et les femmes de la cueillette. Cependant, des travaux conjoints d'ethnologie et de préhistoire ont remis en cause les a priori sur l'inanité du rôle économique et culturel des femmes dans les sociétés paléolithiques. Les recherches sur les Bushmen d'Afrique du Sud ont montré que les femmes, loin d'être passives, jouaient un rôle actif dans la recherche de nourriture, cueillant, chassant à l'occasion, utilisant des outils et portant leurs enfants. Ces études ont conduit les préhistoriens à repenser l'existence des Homo sapiens du Paléolithique supérieur, à récuser les modèles qui situaient la chasse (activité exclusivement masculine) à l'origine des formes de la vie sociale, et à élaborer des scénarios plus complexes et nuancés, mettant en scène la possibilité de collaborations variées entre hommes et femmes pour la survie du groupe. La figure de "Man the Hunter" a vécu, il faut désormais lui adjoindre celle de "Woman the gatherer".

Mobilité et Connaissance de l'Environnement

Le mode de déplacement de ces groupes dépendait fortement du climat et de la topographie. Les chasseurs-cueilleurs adoptaient une stratégie de mobilité qui évitait l'épuisement des ressources sur un même territoire, ce qui favorisait la régénération des espaces naturels. Les parcours étaient souvent circulaires ou saisonniers : des camps de base temporaires étaient établis, autour desquels les excursions quotidiennes étaient menées, et qui étaient déplacés à mesure que les ressources se raréfiaient ou que les cycles écologiques l'exigeaient.

L'un des traits marquants de ces cultures réside dans l'expertise développée en lecture des traces, en orientation naturelle et en connaissance des cycles de vie des plantes et des animaux.

Représentation artistique de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique

L'Importance de la Chasse et de la Cueillette dans l'Hominisation

Les sociétés de chasseurs-cueilleurs sont apparues pendant le Paléolithique ; l'Homme était un chasseur-cueilleur en Europe jusqu'à il y a environ 7 500 ans, au Néolithique. Pendant environ 2 000 ans, chasseurs-cueilleurs et agriculteurs ont cohabité en Europe, puis les premiers ont progressivement disparu.

Le Rôle Central de la Chasse dans l'Évolution Humaine

Mircea Eliade (1980) a souligné que « l'homme est le produit final d'une décision prise "aux commencements du Temps" : celle de tuer pour pouvoir vivre. » Les hominiens ont en effet réussi à dépasser leurs "ancêtres" en devenant carnivores. Pendant quelques deux millions d'années, les Paléanthropiens ont vécu de la chasse. Les fruits, racines, mollusques, etc., récoltés par les femmes et les enfants, étaient insuffisants pour assurer la survie de l'espèce.

La chasse a déterminé la division du travail selon le sexe, renforçant ainsi l'"hominisation", car une telle différence n'existe pas chez les carnassiers et dans le monde animal. L'incessante poursuite et la mise à mort du gibier ont fini par créer un système de rapport sui generis entre le chasseur et les animaux massacrés, une « solidarité mystique » révélée par l'acte même de tuer. Cette « solidarité mystique » avec le gibier dévoile la parenté entre les sociétés humaines et le monde animal. Abattre la bête chassée, ou plus tard l'animal domestiqué, équivaut à un « sacrifice » dans lequel les victimes sont interchangeables.

Le passage de la chasse au petit gibier à la chasse au gros gibier, il y a environ 40 000 à 50 000 ans, a eu un effet énorme sur la formation de l'homme, doublant presque la taille de son cerveau et transformant une race d'australopithèques en Homo erectus. Cela a nécessité la collaboration de petites bandes et le développement de stratégies complexes.

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La Cueillette : Un Apport Essentiel et Souvent Sous-Estimé

Bien que la chasse soit souvent spectaculaire, surtout celle du gros gibier (comme l'éléphant ou la baleine), elle met en jeu un outillage et éventuellement un rituel élaborés. Cependant, dans bien des cas, c'est la cueillette des produits végétaux, activité monotone et répétitive, qui assurait l'essentiel de l'alimentation. Elle était plus importante à la fois par le volume de la nourriture qu'elle fournissait et par son caractère plus assuré, prévisible et régulier. La chasse ne jouait un rôle prépondérant que dans les régions arctiques pauvres en végétation, et son importance diminuait à mesure que l'on se rapprochait des régions tropicales, où la cueillette fournissait près de 70 % de l'alimentation.

Beaucoup pensent que cueillir ou chasser ne nécessite aucune compétence extraordinaire, alors que l'agriculture serait une invention et une révolution majeures. Ils se trompent lourdement. Ils omettent en particulier l'immense apport lié à une double activité nécessitant des qualités aussi diverses, et qui a façonné la division hommes/femmes, donnant une base à la première division du travail de l'histoire humaine. L'activité des chasseurs-cueilleurs a non seulement fabriqué un cerveau capable de réaliser cette activité, mais elle a permis de fabriquer un cerveau capable de réaliser toutes nos activités actuelles.

L'Économie de Partage et le Développement Social

L'économie de partage a nécessité des relations inter-humaines de coexistence collective, de cohabitation, et un « commerce » au sens de relations humaines de plus en plus développées où le groupe a primé sur l'individu. Le développement des capacités du cerveau, permis par les modifications génétiques et physiologiques, a pris son ampleur grâce au changement des mœurs, des modes de vie liés au changement de mode de travail et de partage, c'est-à-dire de l'activité de survie devenue pleinement une activité sociale et collective.

Le travail a commencé avec la fabrication d'outils. Les plus anciens vestiges retrouvés étaient des instruments de chasse et de pêche, servant également d'armes. Ce n'est pas en soi la chasse, ni en soi la consommation de viande qui ont donné l'humanité, mais le développement intellectuel lié à cette activité et surtout la sociabilisation qu'elles ont entraîné. Cela inclut le partage du gros gibier, les stratégies de chasse en commun, le développement de la mémorisation des sites, des outils et des techniques de chasse, le langage pour échanger entre ses acteurs, les récits de chasse, le développement de l'imaginaire lié à la suppression d'une vie animale, le choc psychologique causé par le meurtre, les prières envers les esprits animaux, le parallèle entre familles animales et famille humaine, les représentations d'animaux et de chasse sur bois, sur os, sur les parois des grottes, les partages collectifs de nourriture et récits autour du feu.

Fresque rupestre représentant des scènes de chasse

Le Paléolithique : Berceau de l'Humanité Sociale et Intellectuelle

Si la révolution néolithique a produit notre société actuelle ou ses bases (un univers créé par l'homme, culture et élevage permettant une domination sur la nature, une assurance de survivre, habitat fixe, propriété privée, écriture, État, échanges économiques, argent, etc.), la révolution du Paléolithique (avec le développement des techniques de chasse et de pêche et notamment le développement d'outils liés à ces activités) a produit quelque chose d'encore plus essentiel sans lequel le stade néolithique n'aurait pas été possible : notre propension à vivre en société et notre capacité sociale et intellectuelle, notamment nos échanges, notre langage, notre goût des autres êtres humains, notre volonté de partager avec eux.

La chasse a modifié totalement le fonctionnement de leur cerveau, les zones actives, leurs fonctions comme la conception des hominidés de la vie, de la mort, leur imaginaire, leurs capacités intellectuelles et leurs relations entre eux. L'homme ne fait pas partie des espèces animales qui vivent en groupe d'instinct, et la formation de la tribu est une construction sociale, économique et culturelle qui marque la fondation de l'homme moderne. La tribu est marquée par des signes extérieurs, vestimentaires et corporels, indiquant l'appartenance au groupe. Elle va au-delà du groupe familial et du groupe de chasse, englobant tous ceux avec lesquels les échanges sexuels et mariages sont possibles, et avec lesquels sont organisés en commun la répartition des biens et des outils.

La vie en groupe n'est pas seulement un produit de la nécessité de se nourrir et de se défendre face aux animaux sauvages. Elle ne s'est pas maintenue seulement tant que l'homme avait du mal à subvenir à ses besoins, mais a duré bien au-delà et même s'est continuellement développée du fait même de l'activité humaine. Le passage du ramassage d'animaux morts à la chasse au petit gibier puis à celle au gros gibier a nécessité une activité en groupe puis un partage en groupe.

Des Sociétés Complexifiées : Au-delà des Simplifications

Au Paléolithique, c'est l'ensemble de l'humanité qui subsistait grâce à la chasse, la cueillette et la pêche, témoignant de l'extraordinaire capacité d'adaptation des populations préhistoriques. La maîtrise du feu, le développement des outils lithiques ou osseux, l'habileté dans l'artisanat et la transmission orale des savoirs ont différencié les groupes humains par leurs traditions techniques, parfois sur des milliers de kilomètres.

Un monde du Paléolithique aux dialectiques très dynamiques existait : à la fois masculin et féminin, nomade et campeur, chasseur et cueilleur, appartenant à la nature et déjà commençant à se distinguer d'elle, et surtout à la fois groupe familial et collectivisme plus large. Bien entendu, il n'y a pas eu une seule société de chasseurs-cueilleurs, ni un seul mode de vie correspondant avec une seule manière de s'organiser socialement, une seule civilisation des chasseurs-cueilleurs, pas plus un seul monde du Paléolithique qu'il n'y aura un seul monde agricole du Néolithique, mais un nombre considérable de manières différentes d'organiser la société et de produire des richesses et ensuite de les distribuer.

Cependant, il y a bel et bien un stade d'évolution de la société humaine qui est le stade chasseur-cueilleur aux quatre coins de la planète, et il est déterminant dans la formation de l'homme car c'est à son apparition que naît l'homme. Ce qui caractérise cette étape est son mode de production de richesses qui entraîne un mode de répartition, et ce dernier est le partage collectif au-delà du cercle de famille, le collectivisme. Non seulement à ce stade il n'y a pas d'État, pas de classes sociales, mais il n'y a pas de propriété privée des moyens de production ni de répartition privée des richesses, pas d'accumulation privée.

Le Mythe du "Primitif" et la "Première Société d'Abondance"

Deux remarques viennent contrebalancer l'idée que ces sociétés sont « primitives » parce qu'elles continuent le mode de vie des premiers hommes. D'abord, le fait que l'alimentation est assurée par un travail journalier de quatre ou cinq heures. Les chasseurs-cueilleurs ne s'épuisaient donc pas dans une quête sans fin de la nourriture ; ils disposaient au contraire d'un temps de loisir que beaucoup de sociétés industrielles peuvent leur envier, et ils ont élaboré des rituels et des organisations sociales extrêmement complexes. On a pu parler à leur propos de « première société d'abondance ».

D'autre part, l'adaptation de ce mode de vie apparaît comme particulièrement réussie : il est notoire que ce soit le seul, à la différence de l'agriculture ou de l'élevage, qui se rencontre dans tous les milieux, forêt tropicale ou boréale, déserts arides ou toundra arctique.

Représentation des outils polyvalents des chasseurs-cueilleurs

Les Chasseurs-Cueilleurs Actuels : Héritiers d'une Longue Tradition

L'origine du mode de vie fondé sur la chasse et la cueillette se confond avec les débuts de l'humanité. C'est seulement il y a une dizaine de millénaires qu'apparurent les premières sociétés agricoles et pastorales. Depuis cette époque, l'extension géographique des peuples chasseurs-cueilleurs n'a cessé de se réduire.

Vers 1500 après J.-C., de larges régions du globe restaient peuplées de chasseurs-cueilleurs : l'Afrique équatoriale (Pygmées), l'Afrique du Sud (Bochimans), la totalité de l'Australie (aborigènes australiens), le nord du Japon (Aïnous) et l'Est sibérien, le nord et l'ouest de l'Amérique du Nord (Esquimaux, Indiens du Canada, de la Californie…), le sud de l'Amérique du Sud. L'expansion coloniale de l'Occident devait porter un coup fatal à la plupart des chasseurs-cueilleurs.

Les peuples chasseurs-cueilleurs qui survivent dans les temps historiques apparaissent ainsi comme les héritiers d'une tradition qui remonte aux débuts de la préhistoire, dès le Paléolithique : celle des peuples de l'âge de la pierre. Cela souligne toute l'importance de l'étude des sociétés des chasseurs-cueilleurs pour la connaissance de l'histoire de l'humanité.

Des exemples contemporains de sociétés de chasseurs-cueilleurs incluent les Hadza de Tanzanie, dont la connaissance fine de l'écosystème, la maîtrise de la gestion de l'eau et la pharmacopée traditionnelle sont souvent évoquées comme des exemples de cohabitation respectueuse avec l'environnement. Les Pygmées d'Afrique centrale, installés dans les forêts équatoriales, perpétuent un mode de vie complexe où la chasse au filet et la cueillette s'équilibrent. Leurs acoustique musicale et leur mythologie témoignent de la richesse culturelle de ces sociétés.

Les Inuits ont su s'adapter à l'un des environnements les plus hostiles du globe, l'Arctique, grâce à des techniques sophistiquées de pêche et de chasse au phoque ou au caribou. Chez les Aborigènes d'Australie, diverses traditions orales liées à la « grande randonnée » (walkabout) et à la gestion du feu dessinent un système de connaissance du territoire sur des millénaires. En Amazonie, des groupes tels que les Yanomami ou les Awa maintiennent encore aujourd'hui des pratiques de chasse collective, en utilisant la sarbacane ou le poison, ainsi qu'une connaissance approfondie de la flore.

Cependant, ces sociétés modernes de chasseurs-cueilleurs sont confrontées à des enjeux majeurs : déforestation, appropriation des terres, perte de biodiversité, sédentarisation imposée ou acculturation rapide.

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L'Économie des Magdaléniens : Une Spécialisation Préhistorique

L'économie de subsistance des Magdaléniens, par exemple, reposait sur la chasse et la cueillette. Les grands herbivores constituaient le gibier principal : selon les biotopes, le renne bien évidemment, mais aussi le cerf, le cheval, le bison et l'antilope saïga. En montagne, le bouquetin a également fait l'objet de chasses spécialisées. Ces animaux étaient chassés à la sagaie, lancée à l'aide d'un propulseur. Parfaitement adaptée aux espaces ouverts, cette redoutable arme de jet permettait de gagner en vitesse, en puissance et en précision. L'utilisation de l'arc reste hypothétique pour ces périodes.

La pêche a connu un développement sans précédent il y a environ 13 000 ans, avec l'invention d'une arme dédiée : le harpon. Probablement séché, salé ou fumé, le poisson devait représenter un bon complément alimentaire. La pêche était essentiellement fluviale (saumons et truites principalement). La cueillette est presque impossible à attester pour ces périodes, les aliments consommés n'ayant qu'exceptionnellement laissé des traces.

Le « communisme primitif », qui dérange encore nombre de scientifiques au point qu'ils cherchent à le nier en citant de nombreux exemples pris sur des populations pratiquant l'agriculture ou commençant à la pratiquer ou encore ayant eu le contact avec des populations la pratiquant, est une caractéristique commune de tous les peuples exclusivement chasseurs-cueilleurs. Il est à l'origine des changements radicaux qui ont fait émerger l'humanité. L'homme est un être issu de la collectivité, non seulement de la vie en collectivité, des échanges collectifs sur le plan culturel mais de l'activité vitale organisée de manière collective.

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