L’heure est encore à la planification du potager pour nombre de jardiniers, débutants ou pas. Ainsi, pourquoi ne pas découvrir la culture sur buttes ? Cette nouvelle façon de jardiner qui a envahi les potagers nous vient directement de la permaculture. Emblème de la permaculture à la française, la culture sur butte est l’une des premières choses auxquelles pensent de nombreux jardiniers en évoquant cette discipline. Mais qu’est-ce que c’est au juste ? Cultiver sur une butte est une technique très prisée en permaculture. Comme indiqué dans son nom, elle consiste à jardiner sur une butte formée avec des matériaux naturels. Quant à la permaculture, il s’agit d’un concept global qui vise à créer des écosystèmes dans sa façon de jardiner.
Dans l’univers de la permaculture, les buttes représentent des oasis fertiles, des écosystèmes auto-suffisants où la nature fait office d’alliée principale. Concrètement, une butte est un aménagement surélevé du sol composé de différentes couches de matériaux organiques. Inspirée par les pratiques de Sepp Holzer, un agriculteur autrichien, cette méthode favorise la fertilité du sol et la croissance des plantes en recréant des microclimats propices.

Les fondements de la culture sur butte
Le principe de buttes est originellement un moyen d’améliorer naturellement, c’est-à-dire sans engrais chimiques, la fertilité d’un sol pauvre en l’enrichissant au moyen de matériaux organiques. Le développement de la permaculture a depuis repris à son compte cette méthode de culture, puis l’a peu à peu complexifiée. De nombreux jardiniers font l’amalgame entre la permaculture et la culture sur butte. Mais le débat est vif entre adeptes et non-adeptes des buttes de culture ; les spécialistes de l’agriculture raisonnée soutiennent qu’un jardinier qui possède un sol suffisamment meuble et riche n’a pas l’utilité de créer des buttes de culture.
La permaculture (qui signifie « culture permanente ») est un concept créé dans les années 1970 en Australie par Bill Mollison et David Holmgren. C’est avant tout une philosophie qui repose sur trois principes éthiques : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’Homme et partager équitablement les ressources. Le jardin en permaculture imite la nature. Il est auto-suffisant et respecte les écosystèmes (biotope + biocénose). Aucun engrais « artificiels » ni pesticides ne sont utilisés en permaculture. Diverses espèces végétales et animales, aussi bien sauvages que domestiques y sont favorisées. L’exposition au soleil, les ressources du sol et en eau y sont optimisées afin d’obtenir un jardin harmonieux, sain, productif et durable.
La terre n’est pas mise à nue, ni labourée. Les plantes et les micro-organismes du sol y permettent la formation de l’humus, le sol devenant auto-fertile. Les engrais chimiques et pesticides n’y sont pas employés, ce qui bénéficie à la faune sauvage et aux auxiliaires des cultures (hérisson d’Europe, coccinelles, syrphes, forficules…).
Quels jardins, quels jardiniers ?
Que vous soyez débutant ou expert, vous pouvez vous convertir à cette nouvelle façon de gérer votre potager ! Notez cependant que cultiver sur une butte n’est pas possible sous tous nos climats. Vous devrez malheureusement passer votre tour si vous vivez dans une région au vent aride. En effet, dans un contexte de climat à fortes chaleurs, l’évaporation sera plus conséquente sur la butte, et sera donc néfaste à vos cultures, en créant un milieu difficile. De même, dans un secteur particulièrement soumis aux vents, les végétaux rehaussés sur la butte seront particulièrement exposés, limitant leur développement !
Les autres, si votre sol est sec ou trop pauvre et que vos fruits et légumes ont du mal à prendre, vous êtes parfaitement indiqué pour essayer cette façon de faire. En effet, vous pourrez cultiver tous types de plantations potagères sur tous types de sol. Cependant, un point crucial si vous souhaitez implanter des buttes dans votre jardin est de vous souvenir que c’est un gros boulot ! Il faut donc parfaitement concevoir votre projet AVANT de vous lancer et dessiner votre jardin en fonction de vos objectifs et de vos usages.
Bref, c’est une technique déconseillée aux débutants et aux particuliers en général à moins d’être guidé pas à pas, mois par mois, dans son utilisation. Vous pouvez bien évidemment les adapter à votre taille, vos objectifs et contextes. Si vous souhaitez y faire des semis directs, il faudra adapter les dimensions pour que la pente de chaque côté de la butte ne soit pas trop abrupte sinon beaucoup de graines semées auront tendance à tomber lors des arrosages ou fortes pluies.
Créer une butte forestière (Permaculture) - Truffaut
Les avantages et inconvénients du système
Le système de buttes est autosuffisant et se régénère de façon autonome. Vous n’aurez plus à labourer la terre ni à ajouter d’amendements organiques chaque année. Dites au revoir au désherbage compliqué. Vous ne vous baissez plus pour jardiner. Vous aurez des cultures plus abondantes. Bon drainage de l’eau et bonne résistance à la sécheresse. Vous aurez plus de surface de culture disponible. La culture sur butte va vous permettre de prolonger votre temps de culture dans votre potager. En effet, cette technique va vous permettre de bénéficier d’un sol mieux drainé et qui se réchauffe plus vite. Au printemps, vous pourrez ainsi commencer plus tôt vos semis en pleine terre grâce à un ensoleillement plus important de votre sol et un écoulement de l’eau de pluie favorisé par la motte de terre.
Cependant, il existe des inconvénients. La réalisation des buttes de culture dans votre potager ou votre serre de jardin va vous permettre de délimiter clairement votre espace de culture. Vous éviterez ainsi d’écraser vos plantations et de tasser le sol de votre jardin lorsque vous effectuerez des actions d’entretien quotidiennes. Pendant certaines périodes estivales, l’arrosage des buttes de culture peut être plus compliqué dû à la sècheresse et à l’évaporation rapide de l’eau sur votre butte. Pour arroser efficacement vos plantations, installez de manière régulière des entonnoirs ou des cônes d’arrosage dans votre motte afin que l’eau puisse accéder directement aux racines de vos plantes.
Les différents types de buttes en permaculture
Il existe moult types de buttes mais elles répondent toutes au même principe : surélever le sol, entre 30 et 50 centimètres de hauteur, en y apportant du compost. Beaucoup préconisent d’enfouir des matières non décomposées, comme des bûches. Notez que cette technique peut déséquilibrer les sols. De manière générale, surélevez la terre avec du compost et du terreau. Les racines de vos plantations s’y enfouiront. Apportez déchets organiques et paille régulièrement pour entretenir la butte.
1. La butte Hugelkultur (La Forestière)
La butte Hugelkultur, dite la butte forestière ou encore la butte auto fertile, permet de minimiser l’arrosage et l’utilisation d’engrais. Cette technique consiste à insérer des troncs d’arbres et des branches de bois dans la terre afin que ces éléments se décomposent lentement. Cette technique permet ainsi de fertiliser sur du long terme votre sol, de 10 à 15 ans. La présence du bois va davantage retenir l’eau et garder un substrat frais. Attention, cela veut aussi dire que ce système de butte n’est pas le plus adapté à un substrat déjà humide, au sein duquel il favoriserait l’apparition de maladies.
2. La butte en lasagne
Les buttes en lasagne consistent à superposer des couches de matériaux organiques tels que des déchets de cuisine, du foin, des feuilles mortes et du compost. Une première couche est constituée de cartons, recouverts d’une couche de fumier. La troisième couche accueille des déchets verts comme les restes de tonte, des adventices ou des feuillages verts. Elle est recouverte par une couche carbonée, composée de paille, de copeaux de bois ou de foin. Par-dessus, la cinquième couche mélange les déchets verts et bruns précédemment cités. Enfin, une couche de terre composée de compost, de sable et de terre de jardin à parts égales. Une fois toutes ces couches empilées, il ne reste plus qu’à arroser l’ensemble, afin de favoriser la décomposition.

3. La butte sandwich de Robert Moretz
Cette butte autofertile a été conçue par un agronome français : Robert Moretz. Tous les apports faits au sol sont contenus entre deux couches de terre, d’où le parallèle avec le sandwich. Pour réaliser ce type de butte, la première étape consiste à creuser sur une profondeur de 30 cm environ. Dans ce trou, insérez un méli-mélo de déchets verts et bruns : petites branches, paille, foin, feuilles mortes, adventices, herbe coupée… Ensuite, arrosez copieusement ce mélange et recouvrez d’une couche de 5 cm de compost. Il ne vous reste plus qu’à refermer le sandwich avec la terre de jardin, préalablement extraite.
Conseils de mise en œuvre et entretien
Avant de créer votre butte de permaculture, prenez le temps de choisir le bon endroit. Notez les plantes indigènes et les animaux présents, la nature du sol, l’orientation du terrain, les vents dominants. Vous devez vous sentir bien sur le site car l’Homme et son bien-être font partie intégrante de ce concept.
- Préparation : Creusez votre future parcelle de culture sur une trentaine de cm. Mettez la terre de côté. Ajoutez couche par couche les éléments organiques. Pensez à alterner les matières carbonées et azotées. Humidifiez entre chaque couche végétale. Recouvrez le tout avec la terre végétale mise de côté.
- Plantation : Les plantes compagnes jouent un rôle essentiel. Les buttes en permaculture offrent un environnement idéal pour la culture d’une grande variété de légumes. Parmi les choix populaires, on retrouve les tomates, les courgettes, les haricots, les courges et les salades.
- Entretien : Il est important de planter tout au long de l’année pour maintenir la terre en bonne santé. Les racines structurent le sol et évitent son érosion. Vous n’avez pas besoin de légumes sur une partie l’année ? Plantez des engrais verts pour fertiliser naturellement le potager et ne pas laisser le sol nu. Pailler sa butte toute l’année est indispensable. Le paillage apporte de la matière organique et conserve l’humidité de la terre.
L'aspect structurel et le coffrage
Pour éviter que la terre ne s’affaisse trop rapidement, renforcez votre butte de la culture avec des planches en bois pour maintenir au maximum la terre. Vous pouvez aussi laisser pousser de l’herbe au bord de votre motte et la couper quand celle-ci deviendra trop envahissante dans votre jardin. Vous pourrez par la suite les réutiliser comme fertilisant pour votre butte de jardin. Vous pouvez aussi réaliser la butte avec coffrage, ce qui consiste à créer des bordures tout autour de votre espace de culture.
Certains jardiniers utilisent des matériaux de récupération. Le top pour le coffrage, c'est en bambou à grosses canes. D'autres utilisent du saule plessé. Personnellement, le moyen le plus économique trouvé fut la récupération de palettes non Europe et non traitées. Les palettes sont remplies par les pierres trouvées en creusant, ce qui crée un emmagasinement thermique très intéressant ainsi qu'une diversité d'habitat pour la faune auxiliaire.

Perspectives sur la pérennité
Dès la première année, la butte se tasse et commence son long processus de décomposition. Pour assurer une certaine fertilité, il faudra veiller à régulièrement rapporter de la matière organique sur la butte. C’est, selon notre expérience, le principal désavantage de la culture sur butte. Cette dernière étant surélevée, elle est beaucoup plus séchante. Cet avantage pour les sols hydromorphes au printemps peut s’avérer contre-productif en été. Les vents et le soleil viennent, malgré le paillage, dessécher toute la surface de la butte.
Sur un sol sableux, les planches à plat fonctionnent mieux, les buttes séchant trop rapidement dès la mi-saison. Sans faire de généralité, si vous avez des étés chauds et secs, ces buttes vont nécessiter plus d’arrosage qu’un potager à plat. Pour les cultures légumières, le sol doit être humide en surface et ce n’est pas toujours évident sur les buttes. On vient alors les pailler copieusement pour limiter l’évaporation, mais à moyen terme, cette pratique peut également poser problème. Une trop grosse épaisseur de paillage filtre les pluies et les arrosages. Ainsi, l’eau peinera à atteindre les racines des plantes. En revanche, si vous avez des pluies régulières, même en été, ces buttes peuvent être une solution pour votre potager.
Il va donc falloir penser à fertiliser au fur et à mesure nos buttes. En principe, les matières utilisées pour concevoir la butte vont permettre aux plantes de pousser, mais il faudra entretenir cette fertilité. En effet, ces zones de cultures sont permanentes, ce qui fait que sans apport, on se retrouve rapidement avec un appauvrissement et des carences. Pensez donc à ajouter des paillages diversifiés au fil de l’année ainsi que des engrais organiques ou du compost. Notamment si vous sentez une baisse de la fertilité au fur et à mesure des saisons.
La butte de permaculture est un espace riche, vivant, productif, équilibré et donc plus résistant aux aléas climatiques. Les combinaisons végétales y sont favorisées afin de recréer des petits écosystèmes. C’est un mode de culture durable qui repose sur des principes ancestraux comme ce qui existait par exemple il y a des millénaires au Mexique pour la culture du maïs. La Milpa était une technique Maya de culture qui consistait à associer le maïs à la courge et au haricot grimpant sans épuiser le sol. Cette technique est toujours utilisée de nos jours. À l’échelle de votre jardin, une butte de permaculture apportera un nouveau milieu pour la faune et la flore sauvages tout en étant productive, auto-fertile. Alors, si votre terrain s’y prête, tentez l’expérience, abandonnez les rangées de légumes traditionnelles et optez pour la butte de permaculture !
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