L'art du compostage en tas : Guide complet pour transformer vos déchets en or noir

Créer un tas de compost est une pratique respectueuse de l'environnement et très bénéfique pour tout propriétaire de jardin ou de terrain. Elle transforme les déchets organiques en un amendement de sol riche et dense en nutriments, souvent appelé « l'or du jardinier ». Le compostage en tas permet de fabriquer du compost en grande quantité pour les grands jardins produisant beaucoup de déchets verts. Il demande toutefois un certain travail : superposition de couches, arrosage, aération du compost.

Schéma illustrant la structure en couches d'un tas de compost idéal

Le compostage en tas représente la technique la plus simple et naturelle pour transformer vos déchets organiques en un amendement riche pour le jardin. Cette méthode, particulièrement adaptée aux grands espaces, permet de traiter gratuitement de grandes quantités de matières organiques sans nécessiter d’équipement spécialisé. Nul besoin d’équipement de pointe pour produire son compost ! Un grand tas dressé au fond du jardin fera fort bien l'affaire.

Les fondamentaux biologiques du compostage

Pour réussir, il faut comprendre les besoins des micro-organismes qui travaillent pour vous. Le processus repose sur quatre piliers essentiels :

  • Matériaux riches en carbone (« Bruns ») : Ceux-ci sont généralement secs, ligneux et se décomposent plus lentement. On y trouve les feuilles mortes, la paille, le foin, la sciure de bois ou du broyat sec.
  • Matériaux riches en azote (« Verts ») : Ceux-ci sont généralement frais, humides et se décomposent rapidement. Il s'agit des déchets de cuisine, des tontes de gazon, des mauvaises herbes ou des déjections animales (pures).
  • Eau (humidité) : Essentielle à l'activité microbienne.
  • Air (oxygène) : L'aération est cruciale pour la décomposition aérobie.

Le succès du compostage en tas repose sur l’équilibre entre les matières riches en azote et la matière carbonée. Tendre vers un équilibre carbone/azote est la clé. En moyenne, le compost doit être composé de deux tiers de matière fraiche, humide, contre un tiers de matière sèche (plutôt carbonée).

Choisir l'emplacement et préparer le terrain

L’emplacement du tas de compost détermine largement le succès du processus de décomposition. Privilégiez un endroit à mi-ombre, ni trop exposé au soleil qui dessècherait rapidement les matières, ni trop à l’ombre où l’humidité stagnerait. La proximité de la maison facilite les apports quotidiens de déchets de cuisine.

Le compostage en tas est à favoriser dans les grands jardins. On considère qu’il est vraiment intéressant lorsque le terrain fait plus de 1000m2 afin d’avoir suffisamment de matière pour l’alimenter. Si la végétation est très dense à l’endroit choisi, vous pouvez désherber un peu afin que le tas ne soit pas envahi d’orties et de chiendent au bout de quelques mois (ou mettre une bonne couche de carton).

Vue aérienne d'un jardin avec un emplacement idéal pour un tas de compost à mi-ombre

Il faut aussi penser à son utilisation. Au quotidien, les déchets issus de la cuisine s’amassent rapidement. Le compost doit donc être placé à une distance raisonnable de la maison afin que les allers-retours avec le tas ne deviennent pas une corvée.

Mise en œuvre : La construction du tas

Pour constituer mon tas de compost, j’utilise la matière organique du jardin : branches, feuillages, tonte ; et celle de la cuisine sauf viande, poisson et huile. Commencez par une couche de base de « bruns » volumineux : déposez une couche de 4 à 6 pouces (10 à 15 cm) de bruns grossiers comme des brindilles ou des copeaux de bois au fond. Ces branchages assurent la bonne aération du tas par le dessous et évitent la putréfaction des matières en contact direct avec le sol.

Suivez avec une couche plus épaisse de « bruns » pour couvrir les verts. Au fur et à mesure que vous ajoutez des couches, humidifiez-les avec de l'eau jusqu'à ce qu'elles soient humides mais non détrempées. Un tas de compost efficace adopte une forme trapézoïdale ou conique de 1,5 à 2,2 mètres de côté pour une hauteur de 1 à 1,5 mètre. Ces dimensions garantissent la montée en température nécessaire à la décomposition tout en facilitant les retournements.

La réalité du terrain : Théorie vs Pratique

Bon, tout cela c’est la théorie. En pratique, n’importe qui peut composter en tas, et n’importe où. La montée en chaleur n’est pas indispensable du tout. Si le tas est trop petit, il ne s’effectuera pas réellement de montée en chaleur et le compostage risque de prendre plus de temps.

Guillaume : « je ne suis pas un mordu de compost. Mais par la force des choses on se retrouve toujours à avoir un petit tas de compost quelque part. Pour ma part, je réalise souvent plusieurs petits tas de compost à droite à gauche dans le jardin. Je m’en sers à tout stade : du compost très jeune, très grossier, au compost très mûr que j’ai « oublié ». Avec plusieurs petits tas un peu partout, pas de montée en température, mais une certaine praticité : on est jamais très loin de la poubelle ! Je précise que je fais mon compost… « n’importe comment » ! En plein vent et plein soleil, là où ça m’arrange. On obtient toujours du compost à la fin. »

Gestion et entretien du compost

L’aération du tas de compost conditionne l’activité des micro-organismes aérobies responsables de la décomposition. Retournez et mélangez régulièrement : utilisez une fourche de jardin pour retourner votre tas toutes les une à deux semaines, ou au moins une fois toutes les quelques semaines. Ce geste est très rapide à faire. Il suffit de le décaler d’un mètre à côté en tirant la matière afin de remettre au centre les végétaux non compostés.

02 Technique de compostage en tas avec adjonction du Burkina phosphate

Si le tas commence à avoir une odeur déplaisante, pas de panique ! C’est généralement dû à un excès d’humidité, cumulé à un surplus d’azote. Retournez le compost en y ajoutant de la matière sèche et votre problème devrait se réguler rapidement. Trop sec ? L'activité ralentira ou s'arrêtera. Trop humide ? Il peut sentir mauvais et devenir visqueux.

La montée en température et la gestion des graines

Un tas de compost sain et actif chauffera, atteignant parfois 40-70 °C (100-160 °F). Cette chaleur indique une décomposition rapide et aide à tuer les graines de mauvaises herbes et les agents pathogènes. Si vous faites seulement un ou deux apports par semaines sur votre tas, il vous sera difficile de garantir la chaleur nécessaire à la destruction des graines.

Si vous utilisez ce compost pour vos semis ensuite, vous aurez une sacrée corvée de désherbage dans vos godets. Le compost maison non chauffé est donc à favoriser pour amender le sol (sous un paillage pour éviter la levée des adventices), pour les arbres et arbustes.

Utilisation au potager

Au bout de quelques mois de repos et de patience, le tas de déchet se transforme peu à peu en terreau humifère riche pour nos plantes potagères. Une fois que le tas semble mûr, que la température est descendue, qu’il est sombre et sent l’humus, il est temps de s’en servir.

  • Pour les cultures en pleine terre : déposez sur vos planches 2 à 3 kilos de compost par mètre carré.
  • Pour les bacs et jardinières : mélangez 40% de compost avec de la terre végétale pour obtenir un substrat riche et drainant.
  • Pour le verger : ajoutez un bon seau à la plantation et/ou tous les ans au pied de vos fruitiers.

Peut-on utiliser du compost qui n’est pas mûr ? Oui tout à fait, c’est même un cadeau que vous faites à la vie du sol ! Le compost 100% mûr ne nourrit que quelques bactéries. Tandis que si vous mettez du compost qui n’est pas mûr, le reste de matière pourra nourrir les vers de terre et autres microorganismes du sol.

Illustration d'un jardinier incorporant du compost mûr dans une planche de culture

Conseils pour les situations particulières

Pour de très grosses quantités, le jardinier peut aussi transformer son tas en andin. Il s’agit d’un tas, fait sur la longueur. Un peu sous la forme d’un Toblerone, qui sera ainsi plus facile à retourner qu’un énorme tas de 3 m de haut !

Pensez à recouvrir systématiquement les déchets de cuisine (surtout la viande et le poisson qui sont à éviter) par de la matière carbonée. Recouvrez les déchets, cela évitera d’attirer les déconvenues. En plein été, lors des sécheresses notamment, laissez les déchets quelques jours. Ces derniers ont tendance à attirer les rongeurs, les mouches et les oiseaux. Un composteur en silo ou en fut pourra être mieux protégé si vous avez des problèmes d’envahisseurs au potager.

Pour activer plus rapidement la décomposition de la matière, vous pouvez la broyer à l’aide d’une tondeuse ou d’un broyeur. Certains préconisent aussi l’ajout d’orties (fraîches ou en purins) pour accélérer le processus. En cas de pluies fréquentes, n'hésitez pas à couvrir votre tas avec une bâche perforée pour éviter le lessivage des nutriments.

Gardez à l'esprit que le compostage en tas n’est pas très compliqué. Le jardinier apprend au fur et à mesure de ses essais et de ses erreurs. Un compost est toujours une histoire d’équilibre. N’attendez plus pour démarrer votre propre potager.

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