La Fabrication du Compost au Cameroun : Enjeux, Méthodes et Perspectives

Le compostage, une pratique ancestrale de valorisation des matières organiques, gagne en importance au Cameroun, notamment face à l'augmentation du prix des engrais minéraux et aux défis de la gestion des déchets. Cette approche écologique répond aux préoccupations de préservation de l'environnement, de valorisation des ressources locales disponibles et de réduction des contraintes financières pour les agriculteurs. Cet article explore les différentes facettes de la fabrication du compost au Cameroun, en se basant sur des expériences concrètes et des études menées dans le pays.

Schéma des avantages du compostage

Les Enjeux du Compostage dans le Contexte Camerounais

Le Cameroun, comme de nombreux pays en développement, est confronté à une urbanisation rapide et à une pression croissante sur ses ressources agricoles. Ces dynamiques posent des défis significatifs en matière de gestion des déchets et de maintien de la fertilité des sols.

L'Impact de l'Augmentation du Prix des Engrais Minéraux

Au Burkina Faso, le milieu agricole fait face à une hausse du prix des engrais minéraux ces dernières années. Cette situation est également pertinente au Cameroun, où les agriculteurs recherchent des alternatives économiques et durables pour fertiliser leurs cultures. L'usage du compost répond à ces contraintes financières, en offrant une solution locale et moins coûteuse. En effet, la dépendance aux engrais chimiques importés représente un fardeau économique pour de nombreux petits exploitants agricoles. Le compost, produit à partir de ressources locales, permet de réduire cette dépendance et d'améliorer l'autonomie des agriculteurs.

La Valorisation des Ressources Locales et la Préservation de l'Environnement

Le compostage s'inscrit dans une logique d'économie circulaire, permettant la valorisation des ressources locales disponibles telles que les résidus de récolte, le fumier et les déchets ménagers fermentescibles. Cette pratique contribue directement à la préservation de l'environnement de plusieurs manières :

  • Réduction des déchets mis en décharge : En détournant les matières organiques des sites d'enfouissement, le compostage diminue la quantité de déchets qui y sont acheminés, prolongeant ainsi la durée de vie des décharges et réduisant les émissions de gaz à effet de serre (méthane).
  • Amélioration de la fertilité des sols : Le compost enrichit les sols en matière organique, améliorant leur structure, leur capacité de rétention d'eau et la disponibilité des nutriments pour les plantes. Cela permet de restaurer des sols appauvris et de favoriser une agriculture plus productive et résiliente.
  • Diminution de l'utilisation d'engrais chimiques : En fournissant une source naturelle de nutriments, le compost réduit le besoin d'engrais chimiques, limitant ainsi la pollution des sols et des eaux souterraines associée à leur usage excessif.

Le Rôle Social et Économique du Compostage

Le compostage peut également jouer un rôle social important en créant des opportunités d'emploi et en renforçant les capacités des communautés locales. Des initiatives comme celles d'Albert COMPAORE de Dream Team Douna/Plantvillage Burkina, qui forme les femmes de la Scoops TIOFALA de Douna, illustrent le potentiel du compostage pour l'autonomisation des femmes et le développement communautaire. Ces formations permettent d'acquérir des compétences pratiques et de générer des revenus supplémentaires.

Parlons environnement : le compostage

Les Méthodes de Fabrication du Compost

La fabrication du compost repose sur des principes simples mais nécessite une compréhension des matériaux et des étapes clés pour obtenir un produit de qualité.

Les Matériaux de Base pour le Compostage

Le tas à composter doit être constitué de matières biodégradables. Pour le compostage, les matériaux de base peuvent inclure :

  • Résidus de récolte : Pailles et tiges de maïs, feuilles, herbes coupées, etc. Ces matériaux apportent du carbone.
  • Fumier : Déjections animales, riches en azote et en micro-organismes, essentiels pour activer le processus de décomposition.
  • Cendre de bois : Apporte des minéraux et contribue à ajuster le pH du compost. Elle peut également être utilisée pour éloigner certains nuisibles comme les termites.
  • Phosphate : Comme le Burkina phosphate, il peut être ajouté pour enrichir le compost en phosphore, un nutriment essentiel pour la croissance des plantes.
  • Matière organique en décomposition : Ajoutée comme source de micro-organismes, elle accélère le processus de compostage.

Les Étapes de Constitution des Couches

Une méthode courante de compostage consiste à superposer différentes couches de matériaux. L'étape de constitution des couches est cruciale pour assurer une bonne aération et une décomposition efficace.

  1. Préparation de l'aire : Cette étape consiste à d'abord arroser l'aire délimitée et déposer des branchages saupoudrés de cendre de bois pour éviter l'attaque des termites. Les branchages favorisent l'aération de la base du tas.
  2. Couche de résidus : Ensuite, déposer sur l'aire une couche de résidus de 25 à 30 cm de hauteur. Ces résidus doivent être bien répartis.
  3. Arrosage et tassage : Arroser et bien tasser la couche de résidus par piétinement. L'humidité est essentielle pour l'activité microbienne, et le tassage permet de compacter les matériaux tout en laissant suffisamment d'espaces pour l'air.
  4. Ajout de fumier ou de compost mature : Ajouter une petite couche de fumier ou de compost plus ancien (compost mûr) qui agit comme un activateur, introduisant des micro-organismes nécessaires à la décomposition.
  5. Ajout de phosphate et de cendre : Déposer une couche de 2 cm de phosphate (par exemple, Burkina phosphate) et une fine couche de cendre de bois. Le phosphate et la cendre enrichissent le compost en nutriments et régulent le pH.
  6. Arrosage général : Arroser cet ensemble jusqu'à ce que l'eau coule. Cela assure une humidité adéquate pour toutes les couches.
  7. Répétition : Répéter la même chose jusqu'à obtenir le nombre de couches voulu. Le tas de compost doit être maintenu à une hauteur raisonnable pour faciliter le retournement et l'aération.

Étapes de fabrication du compost en couches

Le Processus de Maturation du Compost

Selon les substrats et les conditions de production, on obtient du compost mûr entre 2 à 3 mois de compostage. Pendant cette période, des micro-organismes décomposent les matières organiques en un amendement humique stable et riche en nutriments. Le retournement régulier du tas est souvent nécessaire pour aérer les matériaux, mélanger les couches et maintenir une température optimale pour la décomposition. Un compost bien mûr est de couleur sombre, a une odeur de terre forestière et une texture friable.

Le Cas Spécifique de Dschang : Potentiel et Défis du Compostage Urbain

La ville de Dschang, située dans la province de l’Ouest du Cameroun, dans le département de la Ménoua, représente un cas d'étude pertinent pour le développement du compostage urbain. Sa croissance démographique rapide et ses défis en matière de gestion des déchets en font un terrain propice à l'implémentation de solutions innovantes.

Contexte Géographique et Démographique de Dschang

Dschang est une ville de montagnes, bâtie dans la zone dite de basse altitude (1000 à 1600 mètres), sur le versant Sud-est des Monts Bamboutos, socle ancien recouvert de formations volcaniques. La région se situe ainsi dans le domaine subéquatorial : la saison humide s’étend de mars à octobre et la saison sèche de novembre à février, pour des températures variant de 13 à 28°C, et des précipitations moyennes de 1900 mm/an.

Depuis le regroupement en 2007 de la Commune Urbaine et de la Commune Rurale, la ville est passée de 80 000 à 220 000 habitants et d’une surface de 7 km² à plus de 262 km². Son taux d’accroissement est de 5 % par an et sa densité atteint par endroits 250 habitants/km². La ville possède une université renommée au niveau national, qui accueille plus de 16 000 étudiants, ce qui génère une population étudiante importante et des besoins spécifiques en matière de gestion des déchets.

La Problématique de la Gestion des Déchets à Dschang

Depuis 2006, plusieurs études et missions ont été menées par différents intervenants sur le thème de la gestion des déchets à Dschang, afin de proposer des solutions pour son amélioration. Les résultats montrent que, du fait de la faible industrialisation du pays et de Dschang en particulier, les ménages produisent la quasi-totalité des déchets (0,4 kg/j/hab. en milieu rural et 0,6 kg/j/hab. en milieu urbain).

Le ramassage des ordures ménagères (OM) est actuellement assuré par la Mairie : deux bennes à compaction, deux camions entrepreneurs et une tractopelle sont chargés de la collecte en porte à porte dans la zone urbaine ainsi que de l’enlèvement des dépotoirs dont le contenu est versé dans la nouvelle décharge municipale, réalisée en partenariat entre l’ONG ERA-Cameroun et la Commune de Dschang, à 2 Km du centre ville. Cependant, du fait des difficultés techniques rencontrées (pannes, manque d’essence, véhicules utilisés à d’autres fins ou ne suivant pas le trajet indiqué, routes difficilement praticables), à peine 20% du gisement total sont collectés, et moins de 10 tonnes arrivent quotidiennement en décharge.

Comme dans la plupart des villes des Pays en Développement (PED), il n’existe pas à Dschang de filière de recyclage des déchets. En revanche, les besoins de la population sont tels que celle-ci réutilise systématiquement les bouteilles de verre et de plastique et les métaux, matériaux que l’on retrouve en quantité très faible dans les ordures ménagères (OM), si bien que plus de 80% de la masse est composée de matière fermentescible. Cette forte proportion de matière organique biodégradable rend Dschang particulièrement propice au développement du compostage.

Diagramme du flux de déchets à Dschang

Le Potentiel du Compostage à Dschang

La première phase du projet de compostage à Dschang consista en une étude de marché, réalisée sur un échantillon de 200 ménages sélectionnés au hasard dans les 27 quartiers de la ville. Il en résulte que la majeure partie de la population possède des terres cultivables, généralement pauvres, et pour lesquelles elle applique une quantité importante d’engrais chimiques. La plupart des personnes interrogées utilise aussi les résidus de récolte, déjections animales et déchets ménagers, soit épandus directement dans les sillons ou au pied des bananiers, soit gardés dans une fosse ou un sac jusqu’à décomposition suffisante.

Rares sont les cultivateurs familiers avec les méthodes de compostage modernes, mais presque tous comprennent les avantages en matière de restructuration des sols, production saine et de qualité, et économie sur les engrais chimiques. Pour satisfaire à leurs attentes, le compost devrait être vendu en magasin, par sac de 50 kg, à environ 1000 FCFA. Ce prix compétitif par rapport aux engrais chimiques rend le compost attractif pour les agriculteurs locaux.

Compte tenu de ces résultats, le projet de Dschang prendra en compte deux degrés de fabrication de compost, à savoir individuel et artisanal. L’objectif est de traiter dans un premier temps une tonne de déchets par jour, pour atteindre 2 tonnes par jour fin 2010. Ce site sera alimenté par un apport direct des déchets par les ménages des environs (majorité de mini-cités étudiantes) et les déchets qui seront collectés par le personnel dans un rayon de 1 km à l’aide de pousse-pousse et brouettes.

Les activités à mettre en place pour le bon déroulement du projet sur les deux premières années sont décrites dans le planning prévisionnel proposé. Le budget d’un tel projet s’élève à près de 100 000 €. La moitié sera financée par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM), après que ce dernier ait retenu le projet en octobre 2009 dans le cadre de son Programme des Petites Initiatives. La première phase du projet a débuté en mars 2010 avec le recrutement des ressources locales et une première partie du financement accordé par le FFEM.

Le Compostage de Biomasse Spécifique : L'Expérience de Yaoundé avec Pistia Stratiotes

Au-delà des déchets ménagers et des résidus agricoles, certaines biomasses spécifiques offrent un potentiel intéressant pour le compostage, comme en témoigne l'expérience de Yaoundé avec la Pistia stratiotes.

Valorisation de la Biomasse de "Pistia stratiotes"

Dans le cadre de l'exploitation intégrée d'une station de traitement des eaux usées par lagunage à Pistia stratiotes, un essai de compostage de la biomasse végétale produite a été réalisé à Yaoundé (Cameroun). Cette expérience a consisté à y ajouter de la matière organique en décomposition comme source de micro-organismes pour en faciliter la transformation.

La Pistia stratiotes, ou laitue d'eau, est une plante aquatique qui prolifère dans les eaux riches en nutriments, notamment celles issues des eaux usées. Sa capacité à absorber les polluants en fait un candidat intéressant pour les systèmes de traitement des eaux. La biomasse ainsi produite peut ensuite être valorisée par compostage, offrant une solution double : traitement des eaux et production d'amendement organique.

Qualité du Compost Obtenu

Les études menées (Agendia et al., 1997) ont montré que les teneurs élevées en phosphore (P) et azote (N), moyennes en potassium (K) et relativement faibles en métaux lourds (Cd, Pb, Zn) font du compost obtenu à partir de la biomasse de Pistia stratiotes un produit fertilisant de bonne qualité. Cette composition le rend particulièrement adapté pour l'amendement des sols agricoles.

La quantité obtenue en deux mois permet d'associer la croûte de matières organiques formée dans le décanteur-digesteur à la biomasse végétale récoltée dans les lagunes. À partir de la biomasse végétale produite annuellement (44 tonnes), on obtiendrait environ 27 tonnes de compost. Cette production significative souligne le potentiel de cette approche pour une gestion intégrée des ressources, combinant épuration des eaux usées et production de fertilisants organiques.

Cette méthode de compostage de biomasse spécifique, telle que la Pistia stratiotes, illustre la diversité des approches possibles pour la fabrication du compost au Cameroun et la capacité à transformer des "déchets" en ressources précieuses pour l'agriculture. Ces innovations sont cruciales pour développer des systèmes agricoles plus durables et résilients face aux défis environnementaux et économiques.

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