Le cyproconazole est un fongicide triazole couramment utilisé dans la protection des cultures. Son efficacité est reconnue contre diverses maladies fongiques, y compris la fusariose. Cependant, l'utilisation de produits phytosanitaires, et en particulier des fongicides comme le cyproconazole, est encadrée par des réglementations strictes visant à limiter les risques pour l'environnement et à prévenir l'apparition de résistances chez les agents pathogènes.

Réglementations et Précautions d'Emploi du Cyproconazole
L'utilisation du cyproconazole est soumise à des restrictions spécifiques pour garantir une gestion durable des maladies et réduire les impacts environnementaux. Parmi les informations réglementaires importantes, il est mentionné que le produit "Contient 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one", une substance qui peut potentiellement être sensibilisante.
Limitation des Applications pour Prévenir la Résistance
Pour éviter le développement de résistances au cyproconazole, une mesure cruciale est la limitation du nombre d'applications. Sur blé, par exemple, le nombre d'applications du produit est limité à "1 application maximum par culture". Cette approche est fondamentale pour maintenir l'efficacité du fongicide à long terme et ralentir l'évolution des populations de pathogènes résistants.
Protection de l'Environnement Aquatique
La protection de l'eau est une préoccupation majeure lors de l'utilisation de produits phytosanitaires. La consigne "Ne pas polluer l'eau avec le produit ou son emballage" est impérative. De plus, il est crucial de "Ne pas nettoyer le matériel d'application près des eaux de surface". Ces pratiques visent à minimiser le lessivage des résidus de fongicides dans les cours d'eau, protégeant ainsi la biodiversité aquatique et la qualité de l'eau.
Pulvérisation localisée d'insecticides / fongicides à l’aide d’un pulvérisateur à dos
Bonnes Pratiques de Protection pour l'Utilisateur
Des informations générales relatives aux bonnes pratiques de protection sont mises à disposition de l'utilisateur afin de garantir sa sécurité. L'utilisation d'un "matériel adapté et entretenu et la mise en œuvre de protections collectives constituent la première mesure de prévention contre les risques professionnels, avant la mise en place de protections individuelles". Il est également essentiel que "le port de combinaison de travail dédiée ou d'EPI doit être associé à des réflexes d'hygiène (ex : lavage des mains, douche en fin de traitement) et à un comportement rigoureux (ex : procédure d'habillage/déshabillage)".
Lors d'une application effectuée à l'aide d'un pulvérisateur à rampe, des équipements de protection individuelle (EPI) spécifiques sont requis :
- Pendant le mélange/chargement :
- "Gants en nitrile certifiés EN 374-3".
- "Combinaison de travail en polyester 65 %/coton 35 % avec un grammage de 230 g/m² ou plus avec traitement déperlant".
- "EPI partiel (blouse ou tablier à manches longues) de catégorie III et de type PB (3) à porter par-dessus la combinaison précitée".
- Pendant l'application :
- Si application avec tracteur avec cabine :
- "Combinaison de travail en polyester 65 %/coton 35 % avec un grammage de 230 g/m² ou plus avec traitement déperlant".
- "Gants en nitrile certifiés EN 374-2 à usage unique, dans le cas d'une intervention sur le matériel pendant la phase de pulvérisation".
- Si application avec tracteur avec cabine :
Ces mesures de protection sont cruciales pour prévenir l'exposition aux substances actives et assurer la santé des opérateurs.
La Montée des Résistances aux Fongicides : Un Défi Constant
Les pathogènes ne se laissent pas faire contre les traitements fongicides, et l'analyse de leurs populations chaque année confirme la progression de leurs résistances. Cette situation est devenue une préoccupation majeure en agriculture, menaçant l'efficacité des stratégies de protection des cultures. La résistance touche diverses familles de fongicides, notamment les triazoles, les SDHI (Inhibiteurs de la Succinate Déshydrogénase) et les strobilurines (QoI).
Résistance de l'Helminthosporiose sur Orge
La situation est particulièrement préoccupante sur orge avec l'helminthosporiose. "Les mutations conférant une résistance aux SDHI de l’helminthosporiose continuent de progresser, notamment la plus fréquente, C-G79R, qui est aussi la plus impactante sur l’efficacité des SDHI", rapporte Arvalis sur la base du réseau d’essais Performance regroupant plusieurs partenaires. En 2019, la totalité des essais analysés présentaient cette mutation. En 2020, "8 essais sur 9 échantillonnés comportaient la mutation C-G79R (= occurrence de 88 % ; 100 % en 2019)". D'autres mutations, moins fréquentes, sont également retrouvées chez l'helminthosporiose.
L’institut technique se préoccupe de l’arrivée du traitement de semences (TS) Systiva sur orge d’hiver. Ce produit systémique contient une SDHI, le fluxapyroxad, et il vise les maladies foliaires jusqu’au printemps (au-delà du stade 1-2 nœuds). Cependant, des observations inquiétantes ont été faites. "Nous avons constaté dans des essais que cette spécialité ne maîtrisait pas l’helminthosporiose et, qu’au contraire, elle la favorise", présente Jérôme Thibierge, spécialiste maladies des céréales chez Arvalis. Une hypothèse avancée est que "Systiva, en éliminant efficacement la rhynchosporiose, libère une niche écologique pour l’helminthosporiose qui peut alors fortement se développer".

Malgré ces préoccupations, "chez les agriculteurs, le produit Systiva ne semble pas très utilisé pour sa première campagne de commercialisation sur orges d’hiver". Cela est en partie dû au fait que "nous ne le mettons pas en avant dans les préconisations avec son surcoût de 40 euros l’hectare par rapport à un TS classique. Nous préférons garder la possibilité de piloter les programmes de fongicides foliaires avec le plus de flexibilité possible en fonction de la présence des maladies", explique Sandie Schapman, conseillère Geda à la chambre d’agriculture de la Marne. De plus, la spécialiste constate "la faible présence d’helminthosporiose ces dernières années". Que ce soit en 2020 et 2021, "le printemps frais et sec n’a pas favorisé ce pathogène". Cependant, "des conditions favorables aux maladies comme une douceur printanière (optimum de développement entre 12 et 16°C) et une forte humidité peuvent faire ressurgir l’helminthosporiose au premier plan".
Pour le moment, "les programmes de traitements se montrent satisfaisants sur le cortège parasitaire de l’orge". La variété d’escourgeon brassicole KWS Faro gagne du terrain et remplace Etincel dans les campagnes. Elle se caractérise entre autres par sa bonne tolérance à l’helminthosporiose. C’est ce que constate notamment Nicolas Jullier, conseiller à la chambre départementale d’agriculture de l’Aisne. Dans le Cher, Mathieu Cloup, du ceta Ucata, remarque que Systiva est très peu utilisé, notamment chez les agriculteurs qui ont recours aux semences de ferme en orge fourragère.
Résistance de la Septoriose sur Blé
Les maladies du blé extériorisent également des résistances aux fongicides, la septoriose surtout. Le phénomène est connu depuis longtemps vis-à-vis des triazoles et il est clairement la cause du déclin de l’efficacité de ces spécialités. La résistance aux SDHI existe aussi : elle est décelée au travers d’analyses en laboratoire des souches de septoriose.
"En 2020, 51 % des populations analysées sont concernées par la présence de souches résistantes CarR contre 36 % en 2019 et seulement 5 % en 2018". Cependant, en 2021, "le taux de souches résistantes est passé à 25 % dont 9 % de souches hautement résistantes aux SDHI". Ces souches sont "un peu partout sur le territoire national mais ces souches progressent moins vite que dans d’autres pays comme la Grande Bretagne ou l’Irlande", souligne Claude Maumené, chargé de mission biocontrôle chez Arvalis et spécialiste des maladies des céréales.

Heureusement, dans les champs français, "ces souches n’ont pas d’impact sur la performance des produits à base de SDHI". Cette différence s'explique par les pratiques agricoles et les conditions climatiques. "Les SDHI ne fonctionnent quasiment plus contre la septoriose en Grande Bretagne et en Irlande. Mais, dans ces pays, la pression en septoriose est plus importante et la pratique d’une double application de SDHI comme Aviator Pro puis Librax dans les programmes fongicides n’était pas rare", souligne Nicolas Jullier. "En France, nous ne sommes jamais partis sur cette stratégie et la pression de sélection de souches résistantes est moindre. En outre, nous restons sur plusieurs années à faible pression maladie."
Dans l’Hexagone, aussi bien sur blé que sur orge, la règle qui prévaut est la limitation à une seule application par saison de produit à base de SDHI, en association avec un partenaire efficace en programme fongicide.
Résistance aux Strobilurines (QoI)
La résistance touche aussi les strobilurines (QoI). Ces fongicides agissent en inhibant la respiration mitochondriale des champignons. L'apparition de résistances à cette famille est également un sujet de surveillance constante, nécessitant une gestion attentive des programmes de traitement.
Stratégies de Gestion de la Résistance
Face à la progression des résistances, diverses stratégies sont mises en œuvre pour maintenir l'efficacité des fongicides et assurer la durabilité de la protection des cultures.
Rotation des Modes d'Action
Une approche clé consiste à alterner ou à associer des fongicides ayant des modes d'action différents. Cela limite la pression de sélection sur les populations de pathogènes, réduisant ainsi le risque d'émergence de résistances. L'association du cyproconazole avec d'autres molécules peut être une stratégie efficace.
Surveillance et Analyse des Populations Pathogènes
La surveillance continue des populations de pathogènes et l'analyse de leur sensibilité aux fongicides sont essentielles. Ces données permettent d'adapter les stratégies de traitement en fonction de l'évolution des résistances et d'identifier précocement les mutations problématiques. Les réseaux d'essais comme celui d'Arvalis jouent un rôle crucial dans cette surveillance.
Utilisation de Variétés Résistantes ou Tolérantes
L'intégration de variétés de cultures génétiquement résistantes ou tolérantes aux maladies est une méthode complémentaire et durable de gestion. La variété d’escourgeon brassicole KWS Faro, par exemple, se distingue par sa bonne tolérance à l’helminthosporiose, réduisant la dépendance aux traitements chimiques.
Pulvérisation localisée d'insecticides / fongicides à l’aide d’un pulvérisateur à dos
Optimisation des Pratiques Agronomiques
Des pratiques agronomiques saines contribuent également à réduire la pression des maladies et, par conséquent, la nécessité d'applications fongicides. Cela inclut la rotation des cultures, une gestion appropriée des résidus végétaux et un semis à des dates optimales. Par exemple, des conditions printanières fraîches et sèches ont montré ne pas favoriser l'helminthosporiose, soulignant l'impact des facteurs environnementaux sur le développement des pathogènes.
Recherche et Développement de Nouveaux Fongicides
La recherche continue est vitale pour découvrir et développer de nouvelles molécules fongicides avec des modes d'action innovants. Cela permet de disposer de solutions alternatives face aux résistances émergentes et d'assurer une boîte à outils diversifiée pour les agriculteurs.
La gestion de la fusariose et d'autres maladies fongiques avec des produits comme le cyproconazole est un équilibre complexe entre efficacité, durabilité et respect de l'environnement. La vigilance face aux résistances et l'adoption de stratégies intégrées sont indispensables pour préserver la santé des cultures et la sécurité alimentaire.
tags: #cyproconazole #sur #fusariose