L'art du bonsaï vietnamien : Entre tradition ancestrale et création contemporaine

Le bonsaï est l'art de cultiver arbres et arbustes sous une forme naine. L'objectif est de reproduire la nature en tout petit. Différentes techniques doivent être utilisées pour façonner l'arbre ou l'arbuste et faire en sorte qu'il vive aussi vieux que son modèle original. À peu près tous les végétaux peuvent être façonnés en bonsaï, d'une hauteur parfois de quelques cm. Un bonsaï est un arbre miniature planté dans un pot, avec un paysage vivant miniature appelé Hon Non Bô qui imite les paysages vietnamiens traditionnels : îles, montagnes et forêts. Ceci nécessite des mains habiles, de la minutie et un amour pour les arbres. Cet art est originaire du Japon, bien que son histoire soit intimement liée à la culture chinoise et aux influences régionales asiatiques.

Un bonsaï vietnamien traditionnel dans son pot en terre cuite

Les racines culturelles et le village de Triều Khúc

À seulement quelques kilomètres au sud d’Hanoï, le village de Triều Khúc dévoile un trésor culturel rare : ses magnifiques jardins de bonsaïs vietnamiens. Niché dans la banlieue sud d’Hanoï, la capitale vietnamienne, Triều Khúc séduit les visiteurs par son atmosphère paisible et son charme authentique. Autrefois, presque chaque famille du village cultivait des bonsaïs, arbres d’ornement, dans son jardin. La culture des bonsaïs de Triều Khúc à Hanoï dépasse le simple artisanat : elle incarne un art de vivre, un dialogue intime entre l’homme et la nature. L’art du bonsaï représente une source de revenus stable pour les habitants. Certains spécimens, âgés de plusieurs siècles, valent des milliards de dôngs. La valeur d’un jardin de bonsaïs peut rivaliser avec celle d’une maison.

Dans la philosophie vietnamienne, le bonsaï reflète la miniature de la nature, une manière de reproduire en réduction la majesté d’un arbre grandeur nature. Tailler, ligaturer, arroser, observer : chaque geste requiert patience, précision et amour. Le banian, l’arbre sacré des bouddhistes, demeure l’une des variétés les plus prisées. Ses racines aériennes, lorsqu’elles touchent le sol, forment de nouveaux troncs, créant l’impression d’une forêt miniature. Créer un bonsaï demande plus de dix ans de travail avant d’obtenir une forme aboutie. Pour les habitants de Triều Khúc, cultiver un bonsaï, c’est cultiver son esprit. Chaque arbre devient le miroir de la personnalité de son créateur : calme, équilibre, résilience.

Autrefois, eu égard aux chapeaux coniques que l’on y fabriquait, Triều Khúc était sous les noms sino-vietnamiens de Đơ Thao ou de Kẻ Đơ. Mais aujourd’hui, ce n’est plus aux chapeaux que l’on pense, en évoquant Triều Khúc, mais bel et bien aux plantes d’ornement, qui en sont devenues la spécialité numéro un. De nos jours encore, c’est sur les bonsaïs que sont accrochés les turbans de deuil, à Triều Khúc, signe, s’il en fallait un, de la dimension sentimentale qui leur est accordée.

Techniques de création : de l'arbre sauvage à l'œuvre d'art

C’est Nguyên Manh Huy qui a inventé la méthode de transformer des arbres sauvages en œuvres d’art. « Plus il assimile les connaissances, mieux il peut créer une œuvre d’art dans un mini pot. Cela m'a incité à persévérer et m’encourage à transformer des arbres trouvés dans les rues en bonsaïs à haute valeur économique », a partagé Huy avec joie. Actuellement, la culture des bonsaïs à partir d'arbres sauvages comme le fait Huy devient populaire grâce à ses vidéos publiées sur les réseaux sociaux qui attirent un grand nombre de spectateurs. Ses vidéos contribuent à, pour une part importante, à inspirer et à répandre l’art de la culture des bonsaïs, la beauté des plantes et fleurs en pleine nature.

La taille du bonsaï est en elle-même un art. Il faut utiliser des outils adaptés dont des ciseaux spéciaux. Il existe de très nombreuses façons de façonner la silhouette du bonsaï, très codifiées si l'on souhaite respecter les règles traditionnelles. Le bonsaï exige une terre drainante et des pots appropriés à sa taille, de la lumière suffisante, une température favorable au développement de la plante. Pour maintenir les bonsaïs en bonne santé, il faudra choisir des espèces adaptées à la taille forcée, à la culture en pot etc… L'art des bonsaïs consiste à essayer de reproduire à l'identique ce que l'on peut voir dans la nature, en les "sculptant" à l'aide de différentes techniques telles que la taille, la ligature. Un bonsaï est une image miniature de vieux arbres.

Comment ligaturer un bonsaï

Choisir une espèce adaptée à l’art du bonsaï

Toutes les espèces d’arbres ou d’arbustes ne se prêtent pas à la miniaturisation. Certaines supportent mal les tailles répétées, d’autres ont un système racinaire trop important pour survivre dans le peu de terre qu’autorise la culture du bonsaï. Le feuillage a également son importance : les espèces à petites feuilles (ou aiguilles) comme le buis, l’if ou le charme sont plus adaptées à la formation d’un bonsaï harmonieux que celles à larges feuilles, telles que le platane, le marronnier ou le catalpa. La longueur des internoeuds est aussi à prendre en compte : plus les nœuds sont rapprochés sur le rameau, meilleur sera le résultat.

  • Conifères : pin sylvestre, pin noir, pin mugho, pin blanc du Japon, if, épicéa, genévrier, mélèze.
  • Feuillus persistants : buis, houx, cotoneaster, pyrancantha.
  • Feuillus caducs : pommier, prunier, érable du Japon, érable champêtre, hêtre, orme, ginkgo biloba, micocoulier, glycine, forsythia, cognassier du Japon, jasmins, charme.

Le processus de formation : du semis au pot définitif

Un bonsaï est avant tout un arbre. Comme ses grands frères, il est obtenu à partir d’un semis, d’une bouture ou d’un marcottage, et pour gagner quelques années, on peut aussi se procurer un jeune plant dans la nature. Si vous débutez, optez pour l’une de ces solutions qui ne coûtent rien ; vous pourrez vous lancer dans l’achat de jeunes plants chez un pépiniériste lorsque vous vous serez « fait la main ».

Le prélèvement sauvage

Pour un prélèvement sauvage, il faut en principe, en France, obtenir l’autorisation de l’Etat ou de son représentant ; sur un terrain privé, il faut l’accord du propriétaire. Si vous avez accès à un jardin à la campagne, inspectez-en tous les recoins, notamment au pied des arbres et le long des haies. Il y a de bonnes chances d’y trouver un jeune plant, qu’il ne vous restera plus qu’à prélever délicatement, de préférence entre l’automne et le tout début du printemps, hors période de gel.

Le bouturage et le marcottage

Il est également tout à fait envisageable d’obtenir un bonsaï à partir d’une bouture. Avantage de la technique, elle vous donne accès à des essences non spontanées dans la nature ou les jardins, et elle est plus rapide que le semis. Le marcottage se pratique au printemps, et il est assez facile à réussir chez les espèces qui s’y prêtent, notamment les feuillus (la glycine est par exemple une candidate idéale au marcottage). Chez les conifères, il faut compter un à deux ans pour avoir suffisamment de racines.

Le semis

Si le semis est incontournable pour certains arbres (pommiers, orme du Japon, pin noir du Japon), on peut aussi le pratiquer pour de nombreuses autres essences, du moment que l’on est un peu patient : il faut au minimum 5 ans pour obtenir un jeune bonsaï à partir d'un semis. Avantage : cette méthode est économique !

Les soins essentiels : substrat, arrosage et équilibre biologique

Le substrat devra être drainé, aéré et léger. On préférera des apports très réguliers d'engrais organiques à un substrat très nourrissant, afin d'adapter les apports au cycle végétatif de l'arbre. On trouve parfois en jardinerie des substrats spécifiques adaptés aux bonsaïs, importés du Japon (akadama, kanuma…). Ces terres naturelles sont onéreuses : réservez peut-être l'investissement pour plus tard, lorsque votre arbre sera installé dans un vrai pot à bonsaï.

Schéma montrant une coupe transversale d'un pot de bonsaï avec ses couches de drainage

Le pot doit permettre aux racines d'être entièrement recouvertes de terre. Si la couche de terre est trop mince, l'arbre ne pourra pas capter l'eau nécessaire à sa croissance. Enfin, et ce n'est pas le moins important, votre pot doit permettre d'installer un système ou une couche de drainage. L'eau ne doit pas stagner, sous peine de voir les racines pourrir. Votre pot doit être perforé. La taille du pot, sa largeur, entre pour beaucoup dans l’esthétique de votre bonsaï.

L'exemple du bonsaï citronnier et la spécificité des agrumes

Le bonsaï citronnier (Citrus limon) n’est pas une simple espèce, mais une famille riche de nombreuses variétés. Mon exploration de ces arbres a été une véritable révélation lors d’un voyage au Vietnam. Là-bas, une grande diversité d’agrumes est traditionnellement cultivée pour l’art du bonsaï, particulièrement prisée pour la fête du Têt.

  1. Exposition : Le citronnier, comme tous les agrumes, est un gourmand de lumière et un peu frileux. Le bonsaï citronnier exige une exposition maximale au soleil. Protégez impérativement votre bonsaï dès que les températures descendent sous 10 °C.
  2. Arrosage : Arrosez généreusement lorsque la couche supérieure du substrat commence à peine à sécher. Une méthode simple est le trempage : immergez le pot dans l’eau jusqu’à ce que les bulles disparaissent.
  3. Pollinisation : En intérieur, la pollinisation naturelle par les insectes est très difficile voire impossible. Vous devrez polliniser manuellement en utilisant un petit pinceau pour transférer le pollen d’une fleur à l’autre.

La gestion de la croissance et le rôle des hormones végétales

Le développement de l’arbre est, en particulier, piloté par deux phytohormones : l’auxine et la cytokinine. L’auxine qui est produite par les bourgeons terminaux et les jeunes feuilles, favorise l’allongement des pousses et le développement de l’extrémité des racines existantes, en bloquant celui des bourgeons auxiliaires. La cytokinine est générée par l’extrémité des racines. Elle est à l’origine du réveil des bourgeons auxiliaires et dormants.

Lorsque nous taillons les extrémités des branches, nous diminuons la production d’auxine. Lorsque nous rempotons, nous favorisons la division des racines, en augmentant le nombre de leurs extrémités : la production de cytokinine croît. Globalement, la proportion entre auxine et cytokinine s’équilibre, faisant croire à l’arbre qu’il a atteint un stade de maturité. Il développe alors « naturellement » une forme proche d’un arbre mature.

Paysages miniatures : L'élégance du Hon Non Bô

Nous avons déjà vu des paysages miniatures réalistes, mais celui-ci se démarque vraiment des autres. Nous ne connaissons pas le nom de son créateur, mais il s’agit probablement d’un agriculteur de la région de Bac Ninh au Vietnam. Le paysage entoure une cour centrale, faite de briques en terre cuite, où l’on entre par un portail vietnamien traditionnel. La maison est faite de briques avec un toit de tuiles en terre cuite. Regardez comment la peinture est vieillie pour souligner le réalisme.

L'abondance de détails confère un formidable réalisme à ce paysage miniature. Le nom du créateur de ce paysage miniature ne nous est pas connu ; il s’agit sans doute d’un agriculteur de la région de Bac Ninh, mais nous savons que Mr. Toàn (représenté sur la photo) a pris les photos. Gros plan du Bonsaï, une variété de Ficus à petites feuilles. La culture des plantes sous la forme de bonsaïs dure au moins de 5 à 7 ans, voire des dizaines d’années, demande des techniques codifiées. C'est pour cela qu'un bonsaï de belle allure coûte cher, de 200.000 à 300.000 dongs voire des dizaines de millions de dongs. Cette culture est considérée comme un passe-temps pour de nombreux Vietnamiens.

La philosophie de l'imperfection et de la patience

La notion de bonsaï « instantané » est une illusion maintenue par certains démonstrateurs sur les réseaux sociaux, dans les salons ou dans les magazines. Il est bien naturel de vouloir atteindre le plus vite possible un bonsaï aux formes idéalisées qui a même pu être représentée sur un dessin. Cependant l’évolution et les réactions de l’arbre peuvent nous amener sur un tout autre chemin, vers une destination différente. Comment alors ne pas être frustré que notre idéal initial semble impossible à atteindre ?

Une première piste consiste à mesurer le chemin parcouru depuis le début de nos travaux : nous avons parfois tendance à oublier d’où nous sommes partis. La constitution d’un album photographique de l’arbre, depuis le début sa prise en charge, permet de garder mémoire de son évolution. Une seconde piste est plus contemplative : prendre le temps d’apprécier les résultats de chaque étape sur l’arbre et ses réactions pour s’en réjouir ou imaginer un nouveau projet. Enfin, rien n’est plus frustrant que de conserver l’image initiale de la forme que nous souhaitions donner à l’arbre si ce dernier ne nous y autorise pas. Pratiquer un art, n’est-ce pas simplement transmettre une émotion ?

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