La question du rempotage, ou repiquage, des semis avant leur installation définitive au potager est un sujet qui divise autant qu'il passionne. Si la tradition horticole le présente souvent comme une étape incontournable, une analyse rigoureuse des besoins physiologiques des plantes permet de nuancer cette pratique et d'optimiser ses méthodes de culture.
Qu’est-ce que le repiquage ?
Le repiquage des semis consiste à transplanter les jeunes plants pour leur donner plus d’espace pour croître davantage. Si vous avez planté plus de graines qu’il ne vous faut de plants, c’est le moment de conserver seulement les plus forts et les plus vigoureux. En plus de leur donner de l’espace, on leur donnera un meilleur accès à la lumière pour éviter qu’ils ne s’étiolent. Pratiqués depuis le néolithique, repiquage, rempotage, transplantation suivent le même principe : déplacer une plante et la changer de milieu de culture. Ce processus permet d'avancer tout le cycle de production. En semant sous abri puis en repiquant, il est possible d’obtenir bien plus rapidement des plantes productives que ne le permettent les semis en pleine terre.

Les fondements physiologiques du stress de transplantation
Bien que très fiable, le repiquage reste un stress pour les plantes. Les racines sont la partie la plus sensible d’un végétal. Durant une transplantation, les plants sont extraits de la terre pour être réimplantés dans un nouveau milieu, ce qui implique nécessairement un passage des racines à l’air libre. En cas de contact prolongé, certaines racines peuvent sécher et mourir. À la plantation, le végétal devra utiliser une partie de ses réserves pour créer de nouvelles racines avant de pouvoir continuer son développement aérien. Un autre facteur de stress peut être la manipulation en elle-même, qui cause des blessures au niveau racinaire. Suivant les plantes, ces blessures vont avoir un impact plus ou moins fort : tantôt sans effet, tantôt provoquant la montaison des plants, ce qui les rend improductifs.
Cela va à l’encontre de la vieille croyance selon laquelle un repiquage est nécessaire pour stimuler le développement des racines, mais c’est bien la vérité. Ce concept ne se confirme pas dans la réalité. Repiquer endommage inévitablement les racines du petit plant et ralentit son progrès. En général, le petit plant récupère éventuellement du choc de repiquage et reprend une croissance vigoureuse, mais parfois ce premier repiquage réduit la productivité du plant tout au long de l’été.
La gestion stratégique du calendrier de semis
Le premier paramètre qui va conditionner la réussite de vos semis, c’est de procéder au bon moment. Il n’est pas rare de voir des jardiniers commencer leurs semis de tomates dès les mois de janvier ou février. Ce qui est un peu aberrant, car avant le solstice d’hiver (fin décembre), les jours n’ont pas encore commencé à rallonger. Pour ceux qui font leurs semis sans éclairage artificiel, je vous déconseille donc de commencer à semer tant que la durée du jour n’atteint pas une dizaine d’heures.
La mise en garde est également valable pour les jardiniers qui sèment avec un éclairage artificiel. Car avec ou sans éclairage, comptez 6 à 8 semaines pour obtenir un plant de tomates prêt à être planté en pleine terre au potager. Un plant semé en janvier passera donc près de quatre mois en godet, ce qui est énorme ! Inévitablement, le jeune plant va finir par manquer de place et de nutriments pour se développer convenablement.
Voici quelques repères temporels :
- Les tomates seront donc à semer 6 à 8 semaines avant la date de plantation.
- Les poivrons, piments et aubergines, ayant un développement beaucoup plus lent que les tomates, peuvent être semés dans le courant du mois de février. Soit un élevage qui s’étale sur 10 à 14 semaines.
- Pour toute la famille des cucurbitacées (courges, courgettes, concombres, melons, pastèques, etc.), il faudra patienter jusqu’en avril, car leur croissance est très rapide. 3 à 4 semaines suffisent pour obtenir un plant prêt à être planté au potager.
Semis de tomates : suivi de la croissance jusqu'à J+21
Le substrat : le couffin des jeunes pousses
La principale caractéristique du terreau à semis, c’est qu’il est très fin. Il ne contient ni fibres ni gros morceaux qui pourraient contrarier la levée des graines ou le développement racinaire des jeunes plants. Il est également capable de conserver l’humidité, tout en étant drainant. Toutefois, le terreau à semis est assez cher. Il est possible d’utiliser du terreau universel, du compost domestique, ou même de la bonne terre de jardin. À noter que le compost maison et la terre de jardin contiennent souvent de nombreuses graines, qui pourraient germer en même temps que vos semis.
J’ai des expériences assez décevantes avec le sable. J’entends souvent qu’il faut en mettre dans les terreaux fait maison. Et pourtant il ne figure jamais dans les terreaux du commerce. Le sable est certes drainant, mais très lourd. Il tasse les autres matières, notamment végétales, les composts, les débris grossiers non compostés. Je préfère des terreaux maisons issus de composts (en prenant garde aux graines) ou simplement des bons terreaux à semis du commerce.
Techniques de repiquage : précision et délicatesse
On procède au repiquage lorsque les plantules ont entre 4 et 6 vraies feuilles. Si vous avez planté plus de graines qu’il ne vous faut de plants, c’est le moment de conserver seulement les plus forts et les plus vigoureux.
- Préparation : Arrosez bien vos semis pour vous faciliter le travail. Utilisez une cuillère pour déterrer vos semis. Les plantules sont délicates comme des bébés, il faut donc y aller très délicatement. Manipulez-les par les feuilles plutôt que par la tige. Évitez de pincer pour ne pas freiner le chemin de la sève dans la plante.
- Choix du contenant : Il faut éviter de prendre de trop grands contenants qui, plutôt que de permettre aux plantules de croître en force, vont les ralentir. Remplissez de terreau d’empotage d’intérieur qui ne contient pas de compost, bien arrosé, et faites un trou pour y placer votre plantule.
- Profondeur : Enfoncez la plante dans le trou jusqu’aux premières feuilles, les cotylédons, et tassez la terre avec vos doigts. Utilisez un arrosoir à jet de pluie pour arroser votre plantule. Évitez les arrosages à jet unique qui feront un trou dans la terre.
- Acclimatation : Conservez les plants que vous avez repiqués à l’abri du soleil direct pendant une journée ou deux pour éviter les chocs. Vous pourrez ensuite les remettre à la lumière.

Éviter le repiquage : l'alternative des semis directs
On peut donc se soustraire au besoin d’un repiquage à l’intérieur en semant les graines dans des pots de taille appropriée dès le départ. De petits pots de 5 cm ou moins conviennent bien pour les végétaux de petite taille ou qu’on cultive dans la maison pendant seulement une courte période, comme les laitues, les poireaux et les alysses, mais des pots de 7,6 cm peuvent être nécessaires pour les tomates et les poivrons, voire même des pots de 10 cm si vous préférez les semer tôt pour obtenir des plants plus développés au moment du repiquage en pleine terre.
Parfois l’espace manque en début de saison et il peut alors être utile de semer dans de tout petits pots pour repiquer dans des pots plus grands plus tard. Évidemment, il peut être plus pratique de semer des graines dans des plateaux ou de petites alvéoles et ainsi économiser de l’espace, quitte à les repiquer dans des pots plus convenables plus tard, mais seulement si vous allez profiter de plus d’espace à ce moment. Bien sûr, si vos semis grossissent au point où ils remplissent leur pot d’origine et qu’il reste encore plusieurs semaines avant que vous puissiez les transplanter au jardin, il est clair qu’il faut songer à les repiquer dans des pots plus gros. Ralentir le développement d’un jeune plant en le conservant dans un pot trop étroit peut sérieusement nuire aux résultats qu’il donnera en plein air.
L'importance de la lumière et de la température
Lorsque les semis manquent de lumière, ou lorsque la durée du jour n’est pas cohérente avec la température, les semis filent. Un semis qui file se reconnaît à sa tige qui s’allonge démesurément jusqu’à plier, voire même casser, car la jeune plante cherche la lumière. Après la levée, déplacez vos semis dans une pièce non chauffée (aux alentours de 10°), sur le rebord intérieur d’une fenêtre bien exposée. Ainsi, les jeunes plantules bénéficient d’une bonne luminosité, et d’une température cohérente avec la durée du jour.
La maîtrise de l’humidité est un autre paramètre essentiel. L'arrosage par capillarité est la méthode la plus facile à gérer et la plus efficace : il suffit de disposer les semis dans un bac qui fera office de réserve d’eau. On pourra ainsi les laisser tremper jusqu’à ce que le substrat soit bien humide. Cette méthode permet d’arroser sans mettre de l’eau partout et sans déranger les graines, le terreau ou les jeunes plantules.
Spécificités des familles botaniques
Certaines variétés de légumes n’aiment pas le repiquage, c’est le cas entre autres des concombres et des courgettes. Pour ces espèces, le semis direct en godet individuel est fortement recommandé pour éviter le choc racinaire. À l'inverse, les tomates, poivrons et aubergines supportent très bien, voire apprécient, un repiquage profond (à collet enterré), ce qui permet de stimuler l'émission de racines adventives le long de la tige enterrée, renforçant ainsi l'ancrage et la vigueur globale du plant.
Pour réussir vos repiquages, rappelez-vous que la profondeur de repiquage va varier. La plupart du temps, un repiquage "collet à terre" convient. Pour les plantes plus sensibles dont le collet risque de pourrir (fraises, betteraves ou salades), il vaut mieux faire un repiquage "collet flottant", c’est-à-dire enfoncer à peine le plant dans le sol.

L'acclimatation finale avant la plantation
Pour acclimater vos plantes, il vous suffit de les habituer progressivement aux conditions extérieures. Par exemple, placez les futurs transplants à l’ombre puis augmentez peu à peu leur exposition pour les accommoder à l’exposition lumineuse de leur place définitive. Sortez vos plants les jours de beau temps, pour qu’ils se familiarisent avec le soleil direct et le vent.
Lors d’un repiquage en pleine terre, la marche à suivre doit s’adapter. Si les racines sont denses et apparentes, n’hésitez pas à casser la motte et démêler délicatement les racines afin d’optimiser leur contact avec le sol et éviter qu’elles ne forment un chignon en se développant. L’installation d’un paillis léger de 5 à 10 centimètres autour des plants conserve l’humidité du sol et limite la concurrence des mauvaises herbes. Les premières semaines suivant le repiquage nécessitent une surveillance attentive de l’humidité du sol. Il est préférable d’arroser une fois par semaine de manière copieuse plutôt que de multiplier les arrosages superficiels.