Feuilles de géraniums trouées : Causes, identification et solutions durables

Les géraniums et les pélargoniums, bien que botaniquement distincts, sont les rois incontestés de nos balcons et jardins. Appartenant à la vaste famille des Geraniaceae, ils offrent une beauté florale et une structure exquise qui en font des variétés iconiques. Cependant, il est fréquent que l’on constate des perforations dans les feuilles, signe d'une agression biologique. Pour protéger ces plantes, il est crucial de comprendre les causes de ces dommages, allant des ravageurs aux maladies fongiques, et d'adopter des stratégies de lutte adaptées.

Géraniums en pot sur un balcon

Identification des ravageurs : Le cas du « Brun du Pélargonium »

Lorsqu'on observe des feuilles de géraniums qui se font « manger » en formant des petits trous, sans voir immédiatement les coupables, il s’agit très souvent des méfaits du Cacyreus marshalli, communément appelé le brun du pélargonium ou brun du géranium. Ce papillon brun, originaire d'Afrique du Sud, est devenu très invasif.

Cycle de vie et symptômes

C’est au cours des périodes de fortes chaleurs que les femelles pondent leurs œufs sur l’extrémité des tiges, mais la période à risque court de mars à octobre. Quelques jours suffisent pour que l’éclosion ait lieu. Les chenilles, petites et vertes, s’installent confortablement dans les boutons dont elles se nourrissent, les creusant et les déformant. Elles mangent aussi les feuilles qui se retrouvent pleines de perforations, et minent les tiges. Une colonisation entraîne de très gros ravages : les plantes ne fleurissent plus, se dessèchent puis dépérissent. Vous pourrez même voir leurs déjections qui noircissent les tiges.

Schéma du cycle de vie du papillon brun du géranium

Espèces touchées

Selon des études scientifiques menées par les chercheurs de l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRA), la chenille de ce papillon ne s’en prend qu’aux pélargoniums non odorants. Les géraniums vivaces, rustiques et originaires de l’hémisphère nord, ne sont pas concernés par ce parasite. En revanche, les sections Ciconium (comme Pelargonium zonale, Pelargonium peltatum ou géranium lierre) sont les cibles privilégiées.

Autres menaces : Gastéropodes et insectes suceurs

Outre les chenilles, d'autres ravageurs peuvent dégrader le feuillage.

  • Limaces et escargots : Soyons bien conscients qu’ils ont un appétit vorace et qu’en quelques heures seulement, ils sont capables de faire de multiples trous dans les feuilles. Le jardinier doit se montrer particulièrement vigilant après une pluie printanière. Ils peuvent être repérés sur les plantes mais aussi sur le sol, à proximité immédiate ou dans les pots.
  • Les Aleurodes : Cette minuscule mouche blanche se déplace en bande. En plus de causer d’importants dégâts, cet insecte est porteur et transmetteur d’un virus s’attaquant aux végétaux. On observe des feuilles collantes et la survenue de la fumagine, une fine poudre noire.
  • Les Pucerons : Ils attaquent le végétal par aspiration de sa sève. Les feuilles deviennent déformées, frisées, maladives, avec un dépôt gluant.

Stratégies de lutte et traitements naturels

Face à ces attaques, il est important de tout mettre en œuvre pour favoriser la bonne santé générale des plantes.

Traitements biologiques

La pulvérisation d'un insecticide biologique à base de Bacillus Thuringiensis (Bt) est recommandée contre les chenilles. Ce traitement ne présente aucune toxicité pour l’Homme, la faune sauvage, les animaux domestiques ou les insectes auxiliaires. Pour les autres nuisibles, la décoction de tanaisie ou le purin de fougères en pulvérisation sur le feuillage sont d'excellents répulsifs.

Barrières physiques et astuces de jardinier

Pour empêcher les limaces et les escargots d'atteindre les géraniums, il est indispensable de poser une protection physique comme une cloche ou un filet. Une poignée de sable autour des pieds de géraniums est également une barrière physique utile. Certains jardiniers utilisent avec succès la cendre de bois tamisée, saupoudrée sur les feuilles pour éloigner pucerons et chenilles.

Un exemple de lutte biologique contre les ravageurs dans les serres municipales de Bergerac.

Maladies fongiques : Mildiou, Oïdium et Pourriture

Parfois, les perforations ou le dépérissement des feuilles ne sont pas dus à des insectes, mais à des champignons favorisés par l'humidité.

  • Le Mildiou : Il se manifeste par des taches foliaires jaunâtres ou brunâtres, souvent entourées d'un halo vert pâle. Une circulation d'air adéquate et une réduction de l'arrosage sont capitales.
  • L'Oïdium : Reconnaissable par une poudre blanche ou grise sur les feuilles. Il est favorisé par une mauvaise aération.
  • La Pourriture des racines (Phytophtora) : Elle provoque le flétrissement des feuilles et le noircissement de la tige. Un drainage efficace (billes d’argile au fond des pots) est la meilleure prévention.

Entretien et prévention pour une vigueur optimale

Pour obtenir une belle floraison, utilisez un engrais adapté, et arrosez régulièrement votre géranium, surtout s’il est placé en plein soleil. Retirez au fur et à mesure les fleurs qui se fanent, car elles demandent de l’énergie inutilement à la plante.

Choisir des variétés résistantes

Patrice Barboutie, responsable de la collection nationale de Pelargonium au Parc floral de Paris, conseille les pélargoniums arbustifs aux tiges moins tendres, qui résistent mieux au brun du pélargonium. Les pélargoniums de senteur (géraniums odorants) sont également épargnés. Enfin, l'hybride Pelargonium Angeleyes Burgundy est reconnu pour sa grande résistance aux maladies et aux parasites.

Vigilance hivernale

Les géraniums en pot que l’on prévoit rentrer avant l’hiver doivent être vérifiés, tout comme les contenants, car les escargots peuvent s’y cacher et passer toute la morte saison bien à l’abri. Une inspection régulière dès le printemps permet d'agir immédiatement avant qu'une simple perforation ne se transforme en une colonisation dévastatrice.

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