Le Méteil : Une Solution Fourragère et Protéique Stratégique pour l'Autonomie des Élevages

Le méteil, mélange de plusieurs céréales et/ou légumineuses, s'affirme de plus en plus comme une culture d'intérêt stratégique pour les systèmes fourragers, offrant aux éleveurs un levier essentiel pour l'autonomie fourragère et protéique de leur exploitation. Cette culture, appréciée pour sa polyvalence et sa résilience face aux aléas climatiques, permet de diversifier les ressources et de limiter les intrants.

Champs de méteil en pleine croissance

Qu'est-ce que le Méteil ? Définition et Composition

Le méteil est un mélange de céréales (comme le triticale, le blé, l'orge, l'avoine, le seigle) et de légumineuses (protéagineux tels que le pois fourrager, le pois protéagineux, la féverole, ainsi que la vesce). Ces mélanges sont destinés à être récoltés en grain ou en plante entière pour le pâturage, l'ensilage ou l'enrubannage. La récolte en foin est rare dans les zones tempérées mais est pratiquée dans les régions tropicales à saison sèche.

Si ces mélanges associent a minima une céréale et une légumineuse, il n’y a aucun intérêt à ce qu’ils soient composés de plus de 6 ou 7 espèces différentes. La clé de la réussite est dans les fonctions complémentaires des espèces choisies. On trouvera ainsi au moins une espèce pouvant servir de tuteur pour limiter la verse (triticale, seigle…), des espèces productives (avoine, orge, seigle forestier…), des espèces apportant de l’énergie (triticale, blé…) et des protéines (féverole, pois, vesce…).

Grandes cultures - Les méteils en question

Les Atouts Majeurs du Méteil

Le méteil présente de multiples avantages, ce qui explique son regain d'intérêt.

Sécurité et Résilience du Système Fourrager

Le mélange de plusieurs espèces permet une meilleure résistance aux maladies et une adaptation aux conditions météorologiques de l'année. Il y aura toujours une espèce adaptée à la situation, apportant une sécurité au système fourrager. L’adaptabilité et la souplesse de la culture permettent de récolter à des périodes variées selon l’objectif poursuivi. Les créneaux d’implantation, de récolte et les modes de valorisation sont multiples, rendant cette culture globalement peu soumise au stress hydrique si elle est récoltée en fin de printemps.

Autonomie Fourragère et Protéique

Les éleveurs cherchent de plus en plus à assurer l’autonomie fourragère et protéique de leur exploitation tout en limitant les intrants. Dans ce contexte, les méteils présentent des intérêts stratégiques pour les systèmes fourragers. Les légumineuses, grâce à leurs nodosités, ont la remarquable capacité de fixer l'azote atmosphérique. Elles permettent ainsi aux graminées de profiter de cet azote à moindre frais pour le cultivateur. Les méteils sont normalement des fourrages bien équilibrés en azote et en énergie. Ce méteil à base de seigles est productif et bénéficie d'une forte teneur en protéines. L'intégration d'une féverole dans sa composition offre un maximum de protéines.

Diagramme des interactions céréale-légumineuse dans le méteil

Appétence et Valeur Alimentaire

Les mélanges céréales/légumineuses sont exclusivement utilisés pour l'alimentation animale. Pâturés ou récoltés en foin, en ensilage, en enrubannage ou même en grains, ils constituent une source intéressante d'amidon, de protéines et de fibres digestibles. Ils sont par ailleurs très appétants s'ils ne sont pas récoltés trop secs. La valeur alimentaire du méteil dépend fortement de la part de légumineuses dans le mélange. Riches en fibres, ils favorisent la rumination. La qualité du fourrage récolté est fortement liée au stade de récolte pour les fibres et au taux de protéines.

Rusticité et Réduction des Intrants

La rusticité de la culture permet de limiter les interventions dans la parcelle. Le mélange céréales protéagineux présente l'intérêt d'être le plus souvent une culture d'hiver et, ainsi, de ne pas être tributaire des précipitations d'été. C'est pour cela que les méteils sont généralement cultivés en cultures intercalaires, c'est-à-dire entre deux cultures principales. Les apports d'engrais azoté ne sont pas forcément nécessaires, grâce à la présence de légumineuses.

Composition des Méteils : Exemples et Recommandations

La composition des méteils peut varier d'une exploitation à une autre. Il est important de choisir des espèces assurant des fonctions complémentaires dans le mélange. Les céréales comme le triticale et le blé forment les éléments de base du mélange et assurent en grande partie le rendement de la culture. Par ailleurs, ces céréales servent de tuteur pour les légumineuses grimpantes. Les légumineuses apportent aussi de l’appétence au mélange et permettent d'améliorer sa teneur en protéines.

Voici quelques exemples de mélanges ayant fait leurs preuves ou présentant un bon potentiel :

  • Triticale 160 Kg + pois fourrager 25 Kg : Un exemple de mélange qui a fait ses preuves.
  • Orge 80 Kg + pois protéagineux 150 Kg : Un autre qui a un bon potentiel en protéine mais qui attire le gibier et est plus sensible aux maladies.
  • LG RAPIDOR MÉTEIL FÉV : Ce méteil à base de seigles est productif et bénéficie d'une forte teneur en protéines. L'intégration d'une féverole dans sa composition offre un maximum de protéines et le rend moins vulnérable aux attaques de pigeons car elle est moins attractive que les pois.
  • Méteil GEOVERT TPAV : Un mélange prêt à l’emploi de triticale, d'avoine, de pois fourrager et de vesce pour une récolte en ensilage.
  • En plaine : Il est possible de semer 80 kg de triticale + 120 kg de féverole à ajuster en fonction du poids des 1000 grains car très variable pour cette espèce. Viser 25 graines de féverole au m².
  • Pour des mélanges d’hiver avec une forte proportion de céréales (180 à 300 grains/m2) : On privilégiera par exemple des mélanges Triticale-Pois ou Triticale -Avoine-Pois fourrager-Vesce.

Certains éleveurs ne mettent pas de blé, d'autres ajoutent du triticale, de l'épeautre ou des graminées fourragères dans leur méteil destiné à l'ensilage, le plus souvent du Ray-grass d'Italie. Les céréales barbues (certains blés, orge) sont déconseillées en ensilage. Pour une récolte en enrubannage, il est suggéré de diminuer voire supprimer le triticale, d'augmenter l’avoine et d'utiliser un blé sans barbe. Avec cette association, le rendement sera diminué mais l’appétence améliorée, dans ce cas, il est conseillé de passer à 20 Kg de triticale et 80 Kg d’avoine.

Itinéraire Technique : Préparation, Semis et Fertilisation

L'itinéraire technique est détaillé notamment pour les postes de la préparation du sol, du semis et de la fertilisation.

Préparation du Sol

Des nombreux essais et expériences régionales testent depuis plusieurs années la faisabilité et l’intérêt des méteils. Un ou plusieurs faux-semis peuvent s’avérer intéressants pour limiter le salissement avant l’installation du mélange. Il est conseillé de vérifier la disponibilité en P et K du sol avant implantation. Pour leur croissance, les légumineuses sont exigeantes en P et en K.

Outils agricoles pour la préparation du sol

Semis du Méteil

Les méteils à base de blé et de seigle sont semés tôt dans l'automne, en même temps que les orges et avant les autres céréales. La dose de semis ne doit par exemple pas dépasser 300 à 350 grains/m2.Les doses de semis préconisées varient :

  • Pour le méteil LG RAPIDOR MÉTEIL FÉV : Semer en octobre à 100 kg/ha.
  • Pour le Méteil GEOVERT TPAV : Dose de semis de 125 à 175 Kg / hectare selon la date et les conditions de semis.
  • Dose de semis générale : 130 à 150 Kg / hectare selon la date et les conditions de semis.

Il est crucial de ne pas semer trop tôt afin de limiter le développement de la composition avant les risques de gelées de l’hiver, mais également de ne pas semer trop tard afin de garantir une bonne levée des légumineuses. Les dates de semis préconisées dans les caractéristiques principales du produit sont des périodes les plus courantes, il faut dans certains cas les adapter suivant le climat et l'altitude, afin de permettre à la prairie de s'implanter correctement pour pouvoir résister à une période de froid ou de sec.

La profondeur de semis optimale est de 2 à 3 cm. Cependant, si le mélange contient de la féverole, il sera plus prudent d’effectuer le semis en deux passages, la féverole nécessitant une profondeur de semis de 7 à 8 cm pour limiter le risque de gel.

Les espèces du mélange ayant des poids de semences très différents, il faut veiller à bien mélanger les semences avant et régulièrement pendant la phase de semis, pour éviter les risques de sédimentation dans la trémie. Pour les semences certifiées, il est indispensable de conserver l'étiquette de certification avec le numéro de lot.

Fertilisation

Les apports d'engrais azoté ne sont pas forcément nécessaires. En effet, la présence de légumineuses dans le mélange permet d'approvisionner les graminées en azote minéral. Les apports peuvent tout de même être envisagés, notamment au début du printemps avec 30 à 50 unités d'azote minéral. Ils permettent d'obtenir des rendements légèrement supérieurs, de l'ordre de 15 % suivant les cas. Mais attention, une quantité d’azote trop élevée peut entraîner un développement trop important et la verse du mélange au mois de juin. Les exportations de P et K sont importantes du fait d’une récolte plante entière et doivent être compensées dans la rotation.

Récolte du Méteil : Quand et Comment ?

Les précautions spécifiques à prendre lors de la récolte sont précisées aussi bien pour l’ensilage que pour l’enrubannage.

Stade Optimal de Récolte

Le stade optimal de récolte est atteint lorsque la dernière feuille du seigle apparaît (feuille étendard) et AVANT l’épiaison (plantes à environ 70 cm de hauteur). Récoltez en avril pour préserver la qualité du fourrage et permettre de réaliser un semis par la suite. Les mélanges céréales protéagineux sont récoltés au printemps, suivant le stade de la culture. Il est important que graminées et légumineuses arrivent à maturité simultanément. Il faut d'ailleurs prévoir de pouvoir ensiler s'il s'avérait que les différences de maturité devenaient trop importantes et aussi pour éviter le risque de verse.

Dans le cas d'une récolte sous forme de grains, la date de récolte s'avère également difficile à déterminer, comme dans le cas du blé et du seigle, car les espèces ne sont pas mûres au même moment. Il faut donc faire un compromis afin d'avoir un maximum de céréales mûres (surtout dans le cas des céréales tardives comme l'épeautre), et de réduire au minimum les pertes de graines de légumineuses. Les mélanges seigle blé étaient souvent décriés pour la difficulté à trouver une date de récolte correspondant à la maturité des deux espèces.

Techniques de Récolte

Enfin, fauchez LG RAPIDOR MÉTEIL FÉV à plat et à 8 cm de hauteur (pas d'andains). Le rendement espéré est de 4 à 6 tonnes pour une récolte précoce, et 6 à 10 tonnes pour une récolte plus tardive.

Grandes cultures - Les méteils en question

Détermination de la Valeur Alimentaire

Afin de déterminer au mieux la valeur alimentaire de ces méteils, des recommandations sur les bonnes pratiques d’échantillonnage sont fournies. Selon leurs valeurs alimentaires, les besoins des animaux et la stratégie de l’éleveur, ils peuvent constituer un fourrage complémentaire ou principal.

Défis et Précautions

Bien que le méteil offre de nombreux avantages, sa culture présente quelques défis :

  • Synchronisation des Maturités : Cette culture est délicate car il faut que graminées et légumineuses arrivent à maturité simultanément.
  • Désherbage : Il n’y a pas de produits homologués pour le désherbage des mélanges céréales-protéagineux.
  • Coût des Semences : Les semences de légumineuses restent assez onéreuses.

Malgré ces défis, les nombreux essais et expériences régionales confirment la faisabilité et l’intérêt des méteils.

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