
Le jardinage moderne cherche des solutions écologiques et économiques pour améliorer la fertilité des sols et la santé des cultures. Parmi ces solutions, le Bois Raméal Fragmenté, ou BRF, se présente comme une véritable révolution. Cette technique, venue du Canada, transforme les résidus de broyage de jeunes branches fraîches en un amendement précieux pour le sol. Le BRF, c’est l’art de reproduire la richesse de l’humus forestier directement dans son jardin, son potager ou ses cultures, avec des bénéfices notables en termes de réduction de labour, d’arrosages, d’engrais et de pesticides.
Le concept du BRF est simple mais puissant : il s'agit d'un mélange de copeaux de bois frais qui, en se décomposant, attire une vie microbienne intense, essentielle à la création d'un sol souple, sain, aéré et riche en carbone organique. Cette matière organique, l'humus, absorbe et retient l'eau, offrant un environnement idéal pour des plantes en pleine santé. Cet article explore en profondeur ce qu'est le BRF, ses qualités, ses limites, et les meilleures pratiques pour l'intégrer efficacement dans votre jardin.
Qu'est-ce que le Bois Raméal Fragmenté (BRF) ?

Le Bois Raméal Fragmenté, couramment abrégé en BRF, est un mélange de résidus de broyage de rameaux de bois frais et de jeunes branches. Ces rameaux, avec un diamètre généralement inférieur à 7 cm, sont privilégiés pour leur richesse en éléments nutritifs et leur lignine en formation, plus facilement dégradable que celle du bois mature. On peut les définir aussi avec un diamètre de moins de 7 cm. L’avantage d’une telle jeunesse, moins de deux ou trois années d’existence, est d’avoir des branches encore bien souples, remplies d’énergie, remplies de sucre, de cellulose. Au potager d’Olivier, on ne prend que des rameaux de très petits diamètres, tout juste 1 cm maximum de diamètre, car on ressent qu’ils sont encore très souples, assez verts à l’intérieur, avec une humidité ressentie.
À sa sortie du broyeur, ce broyat est rapidement répandu sur le sol en couche épaisse. Riche en lignine, nutriments, sucres, protéines, celluloses et tanins, il va reproduire le cycle naturellement présent en forêt. En se décomposant, il attire les champignons qui, à leur tour, attirent la pédofaune du sol. Une symbiose se met alors en place. Le cycle de vie de la pédofaune engendre la vie et la mort d’êtres vivants qui restituent à la terre leur eau biologique, ce qui rend la terre souple et toujours légèrement humide. De l’humus se crée : une matière souple, saine, aérée, riche en carbone organique, qui absorbe et retient l’eau. Les champignons créent des réseaux mycéliens qui structurent la terre, tandis que les bactéries et la pédofaune participent à la création de complexes argilo-humiques durables.
Le BRF fait partie de toute cette approche du sol par le carbone. À l’opposé des engrais chimiques qui n’ont pour seul but de nourrir les cultures, ici on va offrir un sacré plat de consistance pour le sol, son activité biologique. Celle-ci est gourmande de matières organiques végétales et animales. Alors vive le BRF pour en emmener. Les champignons vont se régaler de dégrader ce broyat, relayés ensuite par bien des décomposeurs. Au final, c’est de l’humus qui viendra solidifier, renforcer, améliorer le sol. C’est fort intéressant, aussi pour tendre vers un sol éponge meilleur rétenteur d’eau, de minéraux, de fertilité.
Les Qualités Incontestables du BRF
Le Bois Raméal Fragmenté offre une multitude d'avantages qui en font un allié précieux pour tout jardinier soucieux de la santé de son sol et de ses cultures.
Restauration et Enrichissement des Sols
Le BRF restaure les sols de culture épuisés. Votre terre devient fertile, facile à manipuler, souple. Elle ne réclame plus de labourage. Le BRF accélère la constitution d’un humus de qualité : en 10 ans, le taux d’humus peut augmenter de 1 %, là où il faudrait 50 ans avec du compost classique ou encore 80 ans avec du fumier. Cet humus sert de réserve nutritive durable et réduit, voire supprime, le besoin de fertilisation supplémentaire. L’humus formé améliore la rétention d’eau et des nutriments, réduisant les besoins en irrigation et en fertilisation.
Réduction des Besoins en Eau, Engrais et Pesticides
Vos cultures s’épanouissent avec moins - voire plus du tout - d’apport d’eau, d’engrais et même de pesticides. Le paillage BRF limite l’évaporation et retient l’humidité. En effet, les mauvaises herbes et les maladies sont neutralisées dans ce sol. Moins de lessivage des éléments nutritifs. Les légumes ont plus de goût et sont moins sensibles aux maladies. Au-delà de la nutrition, le BRF exerce un effet protecteur sur les cultures. La diversité microbienne qu’il favorise régule naturellement les pathogènes du sol, réduisant l’incidence de maladies comme la fusariose.
Amélioration de la Structure du Sol et de la Biodiversité
Le BRF améliore la structure du sol. Ce dernier devient plus aéré, mieux drainé et capable de retenir l’eau et les nutriments. Il stimule l’ensemble de la vie du sol. Les champignons créent des réseaux mycéliens qui structurent la terre, tandis que les bactéries et la pédofaune participent à la création de complexes argilo-humiques durables. Le BRF est ainsi un amendement (matière riche en carbone et peu concentrée en minéraux essentiels) et non un engrais. Le BRF va enrichir votre sol en carbone, en matière organique, et favoriser une vie intense dans le sol. Il s’inscrit naturellement dans une approche de jardinage respectueuse de l’environnement.
Augmentation des Rendements et Réduction du Travail
Avec un sol noir, grumeleux et riche en humus, vos cultures potagères et fruitières se développent plus sainement et avec des rendements accrus (2 à 7 fois plus dans certaines cultures). Cette approche implique aussi moins de travail du sol, moins de désherbage, et une réduction des traitements chimiques. Le BRF valorise les déchets verts locaux tout en réduisant la dépendance aux intrants extérieurs.
Les Limites Potentielles du BRF et Comment les Gérer
Bien que le BRF soit une technique aux multiples avantages, il est important de prendre en compte certaines de ses limites et de savoir comment les prévenir ou les gérer.
Risques de Dérives Environnementales
Le BRF peut entraîner des dérives : coupes massives d’arbres verts en forêt, nombre croissant de broyeurs en déchetterie… Cela pourrait toutefois être évité : les broyeurs peuvent être achetés dans le cadre d’une association de jardiniers, les entreprises peuvent louer leur broyeur, les élagueurs peuvent fournir des copeaux de bois. Le BRF ne peut être composté. Il est conseillé d’alterner les apports de BRF avec d’autres matières organiques pour maintenir l’équilibre nutritionnel du sol.
Le Phénomène de la "Faim d'Azote"

Une des problématiques les plus souvent évoquées avec l’utilisation du BRF est la "faim d'azote". La décomposition du BRF mobilise temporairement l’azote minéral du sol, créant une compétition nutritionnelle avec les cultures. Ce phénomène, appelé faim d’azote, peut provoquer un jaunissement des feuilles et un ralentissement de la croissance pendant 6 à 12 mois.
Cette faim d’azote a lieu en surface du sol, en début de dégradation car les bactéries et micro-organismes qui décomposent la matière organique carbonée prélèvent l’azote présent en surface du sol, sous sa forme minérale, pour l’utiliser comme « carburant » en quelque sorte dans leur processus de décomposition. L’azote prélevé n’est donc plus disponible en surface pour les jeunes plantes cultivées qui peuvent montrer des signes de carences comme le jaunissement du feuillage, des baisses de rendements les premiers mois après la mise en place du paillage de BRF ou encore des difficultés à croître.
Cependant, pas d’affolement outre mesure avec la faim d’azote, car elle ne se produit qu’en surface, cela ne dérangera donc pas les plantes vivaces déjà bien installées. Et pour ne pas en subir les effets au potager où cela peut poser problème, il suffit d’anticiper l’installation de son paillage de BRF pour que celui-ci soit déjà bien décomposé au moment où on devra y installer les jeunes et fragiles plants potagers !
Comment prévenir la faim d'azote :
- Période d'application : Privilégiez l’automne pour réaliser cet apport. Si vous déposez ce BRF au printemps, le risque de générer une faim d’azote est non négligeable. Vos cultures risquent de vous montrer par leur jaunissement et leur faible croissance, qu’elles ne sont pas d’accord pour partager le sol avec un apport récent de BRF.
- Association avec des légumineuses : L’association avec des légumineuses constitue la solution la plus naturelle. Semer du trèfle, de la luzerne ou des pois avant ou avec l’apport de BRF compense naturellement la mobilisation d’azote.
- Apport d'azote complémentaire : Sinon, il vous faudra équilibrer vos apports de BRF avec des apports bien plus azotés. On pensera au sang séché, une poignée au mètre carré. Au printemps, on peut apporter de l'azote en arrosant à l'urine ou au purin d'ortie.
- Compostage du BRF : Si vous redoutez la faim d’azote, vous pouvez composter en tas votre BRF sur une zone hors potager. Les champignons iront chercher l’azote sur une parcelle non cultivée. D’ici quelques mois vous aurez un compost très stable, qui pourra améliorer la fertilité physique de votre sol.
- Épaisseur de la couche : En saupoudrant simplement ce BRF en surface en couche très fine (1 cm), sans le mélanger à la terre, le manque d'azote n'est pas à craindre.
Problèmes liés aux Nuisibles et aux Maladies
Notre expérience a prouvé que certains ravageurs appréciaient tout particulièrement ce paillis chaud et humide. Le BRF peut temporairement abriter des limaces ou des rongeurs, comme tout paillage organique. Maintenez une zone dégagée autour des jeunes plants et surveillez l’évolution.
Vous veillerez alors à ne pas mettre cette couche épaisse de BRF trop près du tronc des arbres, arbustes, et plus généralement des collets des végétaux afin de permettre leur respiration. Pour les arbres notamment, vous pourrez laisser un espace d’environ 30 cm entre le tronc et votre paillage épais de BRF. Vous pouvez aussi, selon les dimensions des arbres à pailler, installer cette couche épaisse de BRF uniquement en cordon tout autour de l’arbre sur la ligne d’égouttement de celui-ci.
Le broyat d’acacia semble tenir à distance les limaces. Alors que si le BRF est constitué avec d’autres espèces forestières, comme tout autre paillis, les mollusques semblent en revanche l’apprécier.
Production et Approvisionnement en BRF
Obtenir du BRF de qualité est une étape cruciale pour garantir son efficacité dans le jardin. Plusieurs options s'offrent aux jardiniers.
Production à Partir de Vos Déchets de Taille
Comment faire et avoir du BRF (bois raméal fragmenté) sans broyeur de végétaux TUTO FACILE
Entre novembre et mars, vous avez effectué la taille de vos arbres et arbustes. Que faire de tous ces déchets de taille ? Brûler le bois mort et récupérer les cendres pour enrichir les cultures. Et le bois vert ? Conservez pour le BRF tous les rameaux de bois verts et les jeunes branches de feuillus, de moins de 7 cm de diamètre. Privilégiez les bois nobles : chêne, châtaignier, érable, hêtre, acacia… Évitez les grosses branches et le bois des résineux : pin, épicéa, thuya…
Broyer les branches avec un broyeur adapté, de préférence en automne ou hiver. Broyez-les et récupérez à la sortie du broyeur dans un grand sac ou une bâche. La production de BRF nécessite un broyage rapide après la taille, idéalement dans les 72 heures pour préserver la fraîcheur des rameaux. N’attendez pas pour l’utiliser au jardin ou au potager ! On conservera ainsi toutes les molécules précieuses pour la vie du sol. C'est toujours mieux d'utiliser rapidement les tailles d'arbustes : broyer le bois tant qu'il est frais : au maximum 15 jours - 3 semaines après la coupe.
Acquérir un Broyeur
Si vous avez des volumes énormes à broyer (supérieur à 3 mètres cubes sur l’année), il vous faudra un gros broyeur thermique. Sans quoi vous y passerez des journées et des journées avec un broyeur électrique. Si vous avez des volumes conséquents, mais raisonnables (2 à 3 mètres cubes sur l’année), un broyeur électrique de milieu de gamme pourra suffire. L’avantage sera un coup modéré, un bruit bien moins conséquent.
Pour un broyeur électrique amateur, le diamètre des branches fera 3 cm au maximum pour ne pas dépasser les limites de la machine. Si vous n’avez pas la possibilité d’en produire vous-même, de nombreux moyens existent pour en trouver, louer ou acheter à plusieurs notamment.
Récupération auprès de Professionnels et Collectivités
Vous pouvez récupérer auprès d’élagueurs professionnels soit des rameaux de bois, soit des copeaux de bois. Étant donné qu’ils payent une taxe pour pouvoir se débarrasser de leurs déchets de taille dans les déchetteries, ils sauront tout à fait disposés à vous les céder gratuitement. N’hésitez donc pas à prendre contact avec les élagueurs de votre commune. Pour les jardiniers ne disposant pas d’équipement, plusieurs solutions d’approvisionnement existent. Les services municipaux, les élagueurs et les paysagistes produisent régulièrement du broyat, bien que sa composition puisse varier. Il est conseillé de vérifier l’origine et la fraîcheur du matériau avant utilisation.
Mais un inconvénient revient souvent, celui d’avoir un broyat de bois anciens plutôt que du vrai BRF. Il faut être conscient que ces matériaux ne sont pas garantis être issus de tailles de jeunes branches. De ce fait, ils seront peut-être plus difficilement assimilés par votre terre.
Choix des Essences pour le BRF
Le choix des essences d'arbres pour le BRF est un facteur important pour son efficacité et pour éviter certains désagréments.
Les Essences Idéales
Il est vivement recommandé de privilégier les essences feuillues locales pour la production de BRF. Les rameaux d’érable, de chêne, de frêne ou de bouleau offrent une composition équilibrée en cellulose et lignine. On peut broyer tout ce qui nous passe sous la main ! Des feuillus en tout genre, érables, chênes… des haies à entretenir. Ces jeunes rameaux concentrent 75% des nutriments de l’arbre et possèdent une lignine moins polymérisée.
Les Essences à Utiliser avec Prudence

- Résineux : Évitez les grosses branches et le bois des résineux : pin, épicéa, thuya… Les résineux peuvent représenter jusqu’à 15% du mélange sans poser de problème majeur. Au-delà, leurs composés allélopathiques risquent d’inhiber la germination et la croissance des légumes. Ils contiennent des composés allélopathiques (qui inhibent en partie la croissance des végétaux). De plus, il est vrai les essais en régénération forestière avaient donné de moins bons résultats (dans l'ensemble) avec les résineux. Néanmoins, il est important de noter que les BRF de résineux ne sont pas acidifiants, comme le montrent tous les résultats expérimentaux.
- Bois riches en tanins : Il existe une hypothèse selon laquelle il faut éviter les bois riches en tanins (chênes, châtaigniers…). L’hypothèse ici est que les tanins contenus dans le bois inhibent le développement des végétaux… Il est vrai que certains effets dépressifs des BRF peuvent être attribués à des blocages liés aux tanins, mais là encore rien ne valide cette hypothèse de manière concluante.
- Noyer : Le noyer contient en effet une substance toxique : la juglone. Cependant, l’agroforesterie sous les noyers se fait depuis 2000 ans et l’impact sur les cultures est même plutôt positif ! La sensibilité à la juglone semble variable suivant les plantes. L’OMAFRA (Canada) propose une liste de plantes tolérantes et sensibles à ce composé.
- Bois traités chimiquement : Évitez les bois très durs ou traités chimiquement. Ils se décomposent lentement et peuvent introduire des produits toxiques.
En attendant d’en savoir plus, mon invitation est, dans la mesure du possible, de mélanger les essences disponibles, ce qui rejoint finalement un conseil maintes fois formulé par le Pr. Lemieux.
Méthodes d'Application du BRF dans le Jardin
Le débat est souvent houleux et animé entre les différents défenseurs du BRF. Certains préconisent de le déposer en paillage, d’autres de l’incorporer au sol. Comment s’y retrouver ?! Nous pouvons déjà dire qu’un sol ne ressemble pas à un autre.
Paillage en Surface (la méthode privilégiée)
Après quelques années d’expérimentations, de nombreux jardiniers, dont moi, utilisent à présent le BRF uniquement en paillage, sans l’incorporer au sol. Bref, imitons simplement la nature, et laissons le Bois Raméal Fragmenté en surface, sans l’enfouir. Juste après le broyage, épandez sans attendre le BRF sur votre sol de culture en couche épaisse d’au moins 3 cm. Étalée en surface, même 1 ou 2 cm peuvent suffire.
L’apport en couverture, soit à l’automne, soit en paillage lorsque les cultures sont déjà en place et le sol réchauffé, est très bénéfique pour le sol (la terre devient rapidement noire, grumeleuse et grouillante de vie avec notamment la présence de nombreux vers de terre) et les cultures (elles s’y développent en général parfaitement ; on peut également constater que le mildiou ou l’oïdium est beaucoup moins fréquent et virulent sur une planche de culture paillée avec du BRF).
Précisons d’entrée qu’un paillage avec des matériaux ligneux, comme l’est le Bois Raméal Fragmenté, peut tout de même entraîner une légère faim d’azote. Mais elle durera alors seulement quelques jours à quelques petites semaines… alors qu’elle peut durer plusieurs années lorsque le bois est enfoui.
Intégration Superficielle (avec précautions)
Sur un sol compact, il convient de décompacter la surface puis d’incorporer le BRF sur les trois premiers centimètres avant d’ajouter une couche de paillage. En février, griffez légèrement le sol pour incorporer le BRF à la terre de surface.
En intégrant votre BRF, vous accélérerez les processus de valorisation, mais dans le même temps, vous augmenterez la faim d’azote sur les premiers mois. Vous perdrez aussi l’effet protecteur d’un paillage contre trop de soleil ou trop de pluie. Et vous aurez besoin de mécanisation pour enfouir le BRF même si on peut se débrouiller avec un simple croc.
Mon expérience personnelle (Au potager d'Olivier) : Le broyat et le BRF font partie de la folle diversité d’amendements et paillages que je peux amener au potager. Néanmoins, j’en use avec parcimonie et délicatesse. Je suis conscient que cet apport est fort carboné, surtout le broyat. D’ailleurs j’utilise différemment le broyat et le BRF. Le broyat est destiné uniquement au paillage, mais pas prioritairement le paillage de cultures potagères. J’ai vraiment peur d’une trop forte faim d’azote et d’un humus généré trop stable, trop difficile à décomposer pour être rapidement disponible pour les racines des plants de légumes. Avec le broyat, je paille avant tout mes allées de potager pour mieux gérer l’enherbement. Je paille également le sol aux pieds de mes arbres fruitiers pour préserver une belle humidité. Le BRF, lui, est utilisé exceptionnellement au potager, tous les 3 ou 4 ans. Également pour relancer l’activité biologique sur une nouvelle parcelle. Avec un sol très compact, argileux, peu actif biologiquement, je prends le temps de décompacter les 20, 30 premiers centimètres (grelinette, croc). J’intègre ensuite sur les premiers centimètres de sol une bonne épaisseur de BRF (3cm environ). J’en mets aussi une petite épaisseur supplémentaire en paillage. Le tout est de laisser ce mélange oxygéné, en aérobie. Hors de question de marcher sur la parcelle par la suite. Tout cela est réalisé à l’automne et rendez-vous au printemps suivant pour cultiver ! J’ai eu quelques échecs avec ces apports par manque d’intégration dans le sol et un manque d’humidité. Le BRF ne s’est pas bonifié et le sol non plus.
Calendrier et Dosage du BRF
L’application du BRF doit être faite avec discernement pour maximiser ses bénéfices et éviter les inconvénients, notamment la faim d’azote.
Période Idéale d'Application
L’automne est une belle période pour tailler, broyer et épandre votre BRF. Plutôt le début d’automne quand l’activité biologique est encore bien active avant les grands froids. La période d’application du BRF influence directement son intégration dans l’écosystème du sol. Il est conseillé de l’épandre entre septembre et février, lorsque l’activité biologique reste suffisante pour amorcer la décomposition avant l’hiver. Autrement dit, le paillage de BRF sera épandu :
- Soit à l’automne, rapidement après le broyage ;
- Soit en couverture du sol, au printemps, lorsque la terre est déjà réchauffée. Mieux vaut éviter de couvrir le sol en hiver, voire en début de printemps, lorsque la terre est encore froide…
- Soit en paillage de cultures déjà en place. Je préfère cette façon de procéder à la précédente. Les problèmes de limaces et de rongeurs seront alors moindres. Et le sol se réchauffera plus facilement.
Quantité et Épaisseur

Une couche de 3 à 5 cm, soit environ 30 à 50 litres par mètre carré, constitue un apport optimal. Cependant, l'épaisseur recommandée varie en fonction du type de sol :
| Type de sol | Épaisseur recommandée | Volume nécessaire pour 100 m² | Période idéale d’apport | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Sol lourd (argileux) | 1-2 cm | 1 à 2 m³ | Automne ou printemps (sol réchauffé) | Ajouter compost si le BRF est frais pour éviter la faim d’azote |
| Sol moyen / limoneux | 2-4 cm | 2 à 4 m³ | Automne ou printemps | Peut être combiné avec un paillage de déchets verts |
| Sol léger / sableux | 4-6 cm | 4 à 6 m³ de BRF | Automne ou printemps | Sol chaud et bien drainé, paillage efficace pour limiter l’évaporation |
Si le broyat est épandu tardivement, peu de temps avant la mise en place de vos cultures, ou en paillage des cultures déjà en place, apportez du compost préalablement à l’épandage. Les plantes cultivées auront ainsi à disposition de l’azote rapidement assimilable. Une couche trop épaisse (plus de 5-7 cm) peut créer un effet de fermentation et ralentir la décomposition. Préférez des couches fines et régulières pour laisser l’air et l’eau circuler.
L’incorporation régulière de BRF transforme progressivement la structure et la fertilité du sol. Sur les sols déjà riches en matière organique, il peut s’avérer utile de modérer les apports de BRF pour éviter un déséquilibre. Une application tous les 3 à 5 ans suffit généralement à maintenir la fertilité.
Cultiver sur un BRF : Conseils Pratiques
La technique du BRF étant relativement récente, les avis sont partagés quant à la mise en place des cultures.
Première Alternative : Apport de BRF Tous les Ans
Certains sèment et plantent directement dans un BRF en première année et apportent un complément en couverture chaque année. Cette première alternative présente pour intérêt de maintenir le sol couvert en permanence. Mais la terre pourra avoir du mal à assimiler ces apports répétés de matériaux ligneux (en tout cas en terre lourde ou en climat plutôt froid).
Deuxième Alternative : Utilisation sur un Cycle de 4 Ans
D’autres, dont je fais partie, penchent plutôt pour une utilisation évolutive :
- En première année : Plantez les plants élevés en pépinière.
- En deuxième année : Le broyat est en principe déjà en grande partie « digéré » par le sol. Semez alors les grosses graines. Recouvrez le semis d’un compost bien mûr. Un paillage avec des matériaux moins ligneux (donc plus faciles à digérer pour le sol) comme du foin, des tontes et des déchets verts du jardin ou de cuisine, peut parfaitement être envisagé.
- En troisième année : Il est normalement parfaitement décomposé (le substrat est alors bien fin). Semez les petites graines. Recouvrez le semis d’un compost bien mûr. Là aussi, n’hésitez pas à pailler avec des matériaux « verts ».
- Quatrième année : Laissez éventuellement au repos.
- Cinquième année : Renouvelez la couverture.
- Sixième année : Vous planterez à nouveau… Et recommencez le cycle.
Les sols recouverts de BRF conviennent à la plupart des légumes qui se repiquent (tomates, aubergines, choux…), qui se plantent (pommes de terre) ou aux semis à grosses graines (fèves, betteraves, potirons, courgettes, haricots…). Pour les semis plus fins, soit on attend que le BRF soit entièrement décomposé (ce qui ne se produira peut-être qu'à la saison suivante), soit on écarte le BRF pour faire apparaître la terre et semer.
Je tiens ici à préciser que tous mes essais de cultures de pommes de terre avec une couverture de Bois Raméal Fragmenté se sont avérés désastreux. Ceci que ce soit en première, deuxième ou troisième année après l’apport…
Précautions pour les Semis
Peut-on mettre du BRF juste avant les semis ? Il vaut mieux laisser le BRF se décomposer quelques semaines avant les semis. S’il est trop frais, il peut temporairement capter l’azote du sol et gêner la levée des graines. En cas d’épandage en surface, vous pouvez semer immédiatement en écartant le paillis.
Autres Utilisations du BRF dans le Jardin
Vous disposez de quantités importantes de Bois Raméal Fragmenté ? Profitez-en…
Au Verger ou pour Vos Plantes Ornementales

Comme pour le potager, utilisez ce broyat de jeunes branches pour pailler vos différentes cultures. Non seulement, il couvrira et protégera ainsi le sol, mais, en se décomposant, il l’enrichira durablement. Et vos fruitiers ou autres plantes ornementales bénéficieront alors d’une nourriture abondante et équilibrée. N’hésitez pas là aussi à apporter d’abord une couche de compost.
Au potager d’Olivier, le broyat est destiné uniquement au paillage, mais pas prioritairement le paillage de cultures potagères. Il paille avant tout ses allées de potager pour mieux gérer l’enherbement. Il paille également le sol aux pieds de ses arbres fruitiers pour préserver une belle humidité.
Intégration dans une Butte Vivante ou une Couche Chaude
Le BRF constituera une excellente première couche de vos buttes-lasagnes. Le Bois Raméal Fragmenté s’intégrera parfaitement à une butte vivante. Incorporez-le à vos buttes de préférence juste après le broyage. Il chauffera alors parfaitement, activant ainsi le processus de décomposition de la butte.
À défaut de fumier frais de cheval, ce broyat de jeunes branches le remplacera avantageusement pour la constitution d’une couche chaude. Mais pour que le Bois Raméal Fragmenté puisse chauffer correctement, utilisez absolument un broyat fraîchement broyé (quelques jours).
Utilisation dans le Compost
Le Bois Raméal Fragmenté, étant constitué de jeunes branches, est un matériau plutôt équilibré entre matières azotées et matières carbonées. On estime un rapport carbone/azote (C/N) supérieur à 30 (plus si les branches sont un peu plus âgées). Aussi, de par une teneur en carbone élevée, ce broyat sera bienvenu dans un compost (pour lequel on manque fréquemment de matériaux ligneux, indispensables à la bonne évolution d’un compost).