La mise en place d'une mesure de protection juridique pour un majeur, telle que la tutelle ou la curatelle, implique une gestion des biens et une prise en charge des affaires de la personne protégée. Ces démarches, souvent confiées à un tuteur ou un curateur, qu'il soit un proche ou un professionnel, engendrent des coûts qui peuvent varier considérablement. Il est essentiel de comprendre la structure de ces frais, notamment ceux liés à l'intervention du notaire dans certaines situations, pour anticiper et gérer au mieux ces dépenses.

Les Certificats Médicaux et Frais Associés
Dans le cadre d'une mesure de protection, l'établissement de certificats médicaux est souvent requis. Le certificat médical circonstancié, nécessaire pour évaluer la situation d'une personne à protéger, a un coût de 192 € TTC (160 € hors taxe). Il est important de noter que ce certificat n'est pas remboursé par la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM). De même, lorsque le médecin expert se rend au domicile du majeur à protéger pour réaliser une expertise, des frais de déplacement peuvent être facturés. L'ensemble de ces frais est à la charge de la personne protégée.
Dans certains cas spécifiques, des avis médicaux peuvent être demandés. Par exemple, lorsqu'une personne protégée doit intégrer une maison de retraite ou un Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD), un avis médical de non-maintien à domicile est requis, dont le coût s'élève à 25 €.
Cependant, il existe des exceptions. Si le certificat médical circonstancié est demandé par le procureur de la République ou le juge des tutelles, son coût peut être pris en charge au titre des frais de justice du tribunal. De même, si un médecin mandaté par le tribunal établit un certificat de carence parce qu'il n'a pas pu s'entretenir avec le majeur à protéger, une indemnité forfaitaire de 30 € lui est versée.
Les mesures de protection juridique pour une personne majeure
Participation de la Personne Protégée aux Frais de Gestion
Les règles de participation de la personne protégée aux frais de gestion varient en fonction de la nature du mandataire.
Gestion Assurée par un Proche
Lorsque la mesure de protection est exercée par un proche, elle est généralement bénévole. Néanmoins, la personne protégée peut être amenée à participer aux frais, selon un barème proportionnel à ses revenus annuels. Ce barème se décompose en plusieurs tranches, avec un pourcentage prélevé qui augmente avec le revenu, mais aussi un montant maximum de participation annuel cumulé.
Tableau : Participation de la personne protégée (Gestion par un proche)
| Tranche de revenu annuel | Pourcentage prélevé | Montant maximum dans la tranche | Montant maximum cumulé annuel |
|---|---|---|---|
| Entre 0 € et 12 499 € | 0 % | 0 € | 0 € |
| Entre 12 499 € et 21 876,40 € | 10 % | 938 € | 938 € |
| Entre 21 876,40 € et 54 691,00 € | 23 % | 7 547 € | 8 485 € |
| Entre 54 691,00 € et 131 258,40 € | 3 % | 2 297 € | 10 782 € |
Exemples de calcul de participation :
Revenu de 20 000 € : La personne se situe dans la 2ème tranche. La participation est calculée comme suit : (20 000 € - 12 400 €) * 10 % = 760 €. Divisé par 12 mois, cela représente 63 € par mois.
Revenu de 47 000 € : La personne se situe dans la 3ème tranche. La participation se calcule en deux étapes :
- 2ème tranche : (21 622 € - 12 400 €) * 10 % = 922 €. Divisé par 12 mois, cela représente 77 € par mois.
- 3ème tranche : (47 000 € - 21 622 €) * 23 % = 5 837 €. Divisé par 12 mois, cela représente 486,41 € par mois.
- Participation totale mensuelle : 77 € + 486,41 € = 563,41 € par mois.
Revenu de 119 000 € : La personne se situe dans la 4ème tranche. Le calcul est le suivant :
- 2ème tranche : (21 622 € - 12 400 €) * 10 % = 922 €. Divisé par 12 mois, cela représente 77 € par mois.
- 3ème tranche : (54 052 € - 21 622 €) * 23 % = 7 459 €. Divisé par 12 mois, cela représente 621 € par mois.
- 4ème tranche : (119 000 € - 54 052 €) * 3 % = 1 948,44 €. Divisé par 12 mois, cela représente 162,37 € par mois.
- Participation totale mensuelle : 77 € + 621 € + 162,37 € = 860,37 € par mois.
La rémunération maximale annuelle du mandataire, qu'il soit un proche ou un professionnel, ne peut excéder 10 651,78 €.
Indemnité Complémentaire pour Missions Complexes
À titre exceptionnel, le mandataire peut solliciter une indemnité complémentaire pour l'accomplissement de missions particulièrement longues ou complexes. Cela peut concerner, par exemple, le règlement d'une succession, le suivi de procédures judiciaires ou administratives, la vente d'un bien du majeur protégé, ou la gestion de conflits familiaux. Cette indemnité est également à la charge du majeur protégé et est fixée par ordonnance du juge ou délibération du conseil de famille. Le taux peut varier, par exemple, 12 x 12,02 € (soit 144,24 €) pour les premières heures, puis 15 x 12,02 € (soit 180,30 €) à partir de la 15ème heure consacrée à ces missions.
Le juge ou le conseil de famille, après avis du procureur de la République, peut allouer cette indemnité complémentaire au mandataire judiciaire. Le mandataire doit présenter sa demande, accompagnée des justificatifs nécessaires, au juge des tutelles ou au conseil de famille, en justifiant du caractère exceptionnel de la charge de travail et de l'insuffisance des sommes perçues.
Exonération Exceptionnelle de Participation
Dans des situations exceptionnelles et temporaires, le préfet peut accorder une exonération, partielle ou totale, du paiement de la participation de la personne protégée si celle-ci a contracté des dettes importantes avant l'ouverture de la mesure de protection. Dans ce cas, la participation est alors prise en charge par la collectivité publique.
Rémunération du Mandataire Judiciaire Professionnel
La rémunération d'un mandataire judiciaire professionnel est calculée en fonction de plusieurs éléments : la charge de travail liée à l'exécution des mesures, le lieu de vie de la personne protégée, les ressources de la personne protégée, et un éventuel financement public subsidiaire dont les règles varient selon le type de mandataire (associatif, individuel).
Les ressources de la personne protégée prises en compte pour le calcul de sa participation sont les suivantes :
- Revenus bruts et bénéfices (à l'exclusion des rentes viagères et des revenus de certains placements).
- Produits et plus-values des livrets, plans et comptes d'épargne.
- Revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale.
- Dispositifs d’intéressement, de participation et d’épargne salariale, certains bons ou contrats de capitalisation et placements (assurance-vie).
- Allocation aux adultes handicapés, le complément de ressources et la majoration pour la vie autonome.
- Allocation de solidarité aux personnes âgées.
- Allocation relative au minimum vieillesse.
- Revenu de solidarité active (RSA).
- Prime d’activité.

Le Rôle du Notaire dans la Désignation d'un Tuteur et les Frais Associés
Le notaire joue un rôle crucial dans la désignation d'un tuteur, notamment pour un enfant mineur, afin d'assurer la sécurité juridique de cette démarche.
Désignation d'un Tuteur pour un Enfant Mineur
Lorsqu'un couple souhaite anticiper l'avenir et désigner un tuteur pour leur enfant en cas de décès, plusieurs options s'offrent à eux, impliquant souvent l'intervention d'un notaire.
Désignation par Testament : La désignation d'un tuteur peut être formalisée par un testament. Pour être valable, ce testament doit respecter les conditions de forme et de fond nécessaires. Le testament peut être authentique (reçu par deux notaires), olographe, mystique ou international. La forme du testament authentique est généralement privilégiée pour sa sécurité juridique. Un testament laissé chez un notaire est enregistré dans un fichier national, garantissant sa prise en compte.
Désignation Spéciale par Acte Notarié : Une autre possibilité est la désignation par déclaration spéciale contenue dans un acte notarié ordinaire. Cette démarche ne requiert pas les formalités strictes du testament authentique. La nomination par déclaration spéciale est révocable librement.
Il est important de noter que ces deux formes de désignation (testament et déclaration spéciale) sont exclusives. Une désignation effectuée sous une autre forme serait nulle.
Qui Peut Être Désigné Tuteur ?
Le tuteur peut être un membre de la famille proche, un ami de confiance, ou même une personne extérieure. Il est essentiel de discuter en amont avec la personne pressentie, car elle peut refuser cette responsabilité. Il est également possible de prévoir un tuteur principal et un tuteur de substitution, ou encore un tuteur pour la personne de l'enfant et un autre pour la gestion de ses biens.
Le Cas du Divorce
En cas de divorce, si un parent décède, l'autorité parentale revient au parent survivant. Cependant, il est possible pour un parent de souhaiter que la gestion des biens transmis à son enfant soit confiée à une autre personne que l'ex-conjoint.
Les Frais Notariaux Liés à la Désignation d'un Tuteur
Les interventions du notaire sont soumises à des tarifs réglementés, fixés par arrêté, notamment les tarifs S1 et S2. Ces tarifs ont été modifiés, avec une baisse moyenne de 2 % de leurs montants depuis le 1er janvier 2021. Le tarif du notaire peut être fixe ou proportionnel aux capitaux en jeu, dépendant du nombre d'unités de valeur affecté à chaque acte ou d'une grille tarifaire. Depuis le 26 février 2016, le notaire peut accorder une remise plafonnée à 10% sur ses honoraires, à condition qu'elle soit appliquée à tous les clients de l'étude.
Le Rôle du Notaire dans le Règlement de Succession
Le notaire est un acteur incontournable dans la gestion d'une succession. Son rôle est étendu et comprend la collecte et l'analyse des documents, la coordination de l'évaluation de l'actif et du passif, et la mise en œuvre des dernières volontés du défunt. Il interroge notamment le Fichier National des Contrats d’Assurance-Vie (FICOVIE) et le Fichier des Comptes Bancaires (FICOBA) pour identifier les contrats et comptes détenus par le défunt.
Composition des Frais de Succession
Les frais de succession sont composés de plusieurs éléments :
- Émoluments du notaire : Sa rémunération légale, fixée par la loi.
- Débours : Les frais engagés par le notaire pour le compte du client (par exemple, honoraires d'un commissaire-priseur).
- Droits de succession : Taxes reversées par le notaire à l'administration fiscale. Ces droits varient selon le lien de parenté et la valeur des biens.
- Honoraires : Peuvent être facturés pour des prestations non comprises dans la nomenclature légale.

Obligation du Recours au Notaire pour une Succession
Le recours à un notaire n'est pas toujours obligatoire pour une succession. Il est requis dans les cas suivants :
- Présence de biens immobiliers dans la succession.
- Valeur brute de la succession dépassant 5 000 €.
- Présence d'un enfant mineur ou d'un majeur protégé.
- Existence d'un testament ou d'une donation au dernier vivant.
Dans les successions simples, où les héritiers sont d'accord sur la répartition des biens et en l'absence de biens immobiliers, le recours au notaire n'est pas systématique. Toutefois, le notaire peut être mandaté pour des démarches spécifiques comme la recherche de contrats d'assurance-vie ou la réalisation de la déclaration fiscale dans certains cas.
Changement de Notaire en Cours de Succession
Il est possible de changer de notaire en cours de succession, mais cette démarche peut entraîner des coûts supplémentaires et un retard dans le règlement de la succession.
Le Contrôle et l'Approbation du Compte de Gestion
En matière de tutelle et de curatelle renforcée, le tuteur ou le curateur doit établir un compte de gestion, sauf dispense du juge. Ce compte est ensuite contrôlé et approuvé par une personne désignée, souvent un membre de la famille (subrogé tuteur, co-tuteur, etc.) ou un professionnel qualifié.
Rémunération du Professionnel Chargé du Contrôle
La rémunération du professionnel chargé du contrôle du compte de gestion est également calculée selon un barème proportionnel aux revenus et au patrimoine de la personne protégée, avec des tranches et des pourcentages spécifiques. Des majorations peuvent s'appliquer en fonction du patrimoine financier.
Tableau : Rémunération du professionnel chargé du contrôle du compte de gestion (extrait)
| Tranche de revenu annuel | Pourcentage prélevé | Montant maximum dans la tranche HT | Montant maximum cumulé annuel HT | Montant maximum cumulé annuel TTC |
|---|---|---|---|---|
| Entre 0 € et + patrimoine disponible supérieur à 35 000 € | Forfait : 30 € | 36 € | - | - |
| Entre 12 499 € et 21 876,40 € | 0,8 % | 37 € | 45 € | 54 € |
| Entre 21 876,40 € et 54 691,00 € | 0,9 % | 84 € | 122 € | 146 € |
Des majorations s'appliquent si le patrimoine financier est compris entre 50 000 € et 200 000 € (30 %, plafonnée à 100 €) ou s'il est supérieur à 200 000 € (75 %, plafonnée à 200 €).
Indemnité Complémentaire pour le Contrôle
À titre exceptionnel, le professionnel qualifié peut demander une indemnité complémentaire s'il justifie que sa mission de contrôle et d'approbation des comptes implique des diligences particulièrement longues ou complexes. Cette indemnité est à la charge du majeur protégé et est fixée par le juge ou le conseil de famille, sur présentation d'un relevé des heures travaillées au-delà des diligences normales.
En conclusion, les frais liés à la tutelle et à la protection juridique peuvent être complexes. Il est primordial de bien comprendre les différentes composantes de ces coûts, qu'il s'agisse des certificats médicaux, de la participation de la personne protégée, des indemnités exceptionnelles, ou des interventions du notaire dans certaines démarches, afin d'assurer une gestion transparente et appropriée des affaires des personnes sous mesure de protection.