L’escalade en falaise représente une immersion totale dans un milieu naturel qui, contrairement aux apparences, ne peut être comparé à la sécurité aseptisée des salles d’escalade. Aujourd’hui, l’escalade en falaise est une pratique très répandue. Nous ne comptons plus le nombre de grimpeurs pratiquant à la fois sur les Structures Artificielles d’Escalade (SAE) et sur les Sites Naturels d’Escalade (SNE). Toutefois, nombre de pratiquants pensent qu’il est aussi simple d’aller grimper en extérieur qu’en salle d’escalade. Méfiez-vous, le milieu naturel n’est pas aseptisé malgré l’effort considérable des entretiens des SNE par les différents clubs et fédérations comme la FFME.

La réalité du milieu naturel et la préparation
La transition de la salle vers le rocher demande une adaptation profonde. En salle, vous trouvez les cordes aux pieds des voies et les dégaines qui jalonnent votre montée déjà placées. Les falaises, même équipées, ne le sont jamais à ce point. En général, vous aurez des points d’assurance sans dégaines et un anneau pour passer la corde en haut. Les voies d’escalade outdoor peuvent varier de 10 à plus de 40 mètres de haut, c’est pourquoi il est important de s’équiper avec le matériel adéquat : nombre de dégaines, cordes suffisamment longues, baudriers, casques, nous aborderons le sujet dans la suite de l’article.
Une fois bien équipé, le grimpeur est libre de choisir son mode d’ascension, grimper en tête ou escalader en moulinette. Il ne faut pas négliger le travail de l’assureur qui a toute la responsabilité de son grimpeur entre les mains. Il est donc important d’apprendre à assurer en toute sécurité auprès de professionnels.
L’escalade en moulinette : Définition et sécurité
L’escalade en “moulinette” consiste à avoir la corde préinstallée au sommet. Un relais, constitué de 2 points d’ancrages reliés avec une chaîne, est situé au sommet de la voie, et permet d’y faire passer la corde afin de sécuriser le grimpeur. Dans cette situation, le grimpeur se fait plaisir en escaladant et devra par la suite s’asseoir dans son baudrier pour effectuer la descente. La confiance et la sécurité de tous repose donc sur l’assureur qui a pour but d’assurer la montée et la descente en toute sécurité.
Les cordes étant souvent préinstallées en SAE, si vous avez déjà grimpé dans une salle indoor, vous avez sûrement déjà escaladé en moulinette. Une fois l’apprentissage du double nœud de huit et de l’assurage en 5 temps, il est facile de se faire plaisir. Dans la pratique de l’escalade en moulinette, le risque de chute n’existe plus à condition d’être suivi par votre assureur. Vous avez donc un poids en moins, un sentiment de confiance en plus et vous pouvez vous adonner aux mouvements de l’escalade sans appréhensions. Attention toutefois, en SNE les moulinettes ne sont pas mises en place, il vous faudra un moniteur ou une personne aguerrie pour grimper en tête et installer la corde. En effet, il est nécessaire d’avoir eu un apprentissage de l’escalade en tête et de la manipulation de corde spécifique puisqu’en haut des voies d’escalade, le relais se compose d’un anneau forgé et fermé.

Les spécificités de l’escalade en tête
L’escalade en tête est utilisée lorsque la corde n’est pas préalablement mise en place dans le relais. Il est alors nécessaire pour le grimpeur d’escalader attaché à la corde par un double nœud de huit afin d’accéder en haut de la voie. Dans cette situation, le grimpeur se sécurise au fur et à mesure de l’ascension, lorsqu’il progresse à la verticale grâce aux dégaines. Les dégaines, deux mousquetons reliés par une sangle, permettent au grimpeur de se sécuriser sur les points d’ancrages. Au fil de l’escalade, il clippera la corde dans les dégaines. S’il vient à chuter, l’assureur retiendra la corde grâce au système d’assurage tandis que le grimpeur sera retenu sur la dernière dégaine clippée.
En tête le risque de chute existe, en effet une fois que l’on dépasse l’ancrage où nous sommes sécurisés, le risque de lâcher prise est réel. Vous l’aurez compris, l’escalade en tête nécessite un apprentissage rigoureux pour le grimpeur mais également pour l’assureur qui devra alors distribuer de la corde à son binôme pour l’accompagner et le sécuriser jusqu’au relais, puis lors de la descente. Une fois le sommet de la voie atteint, la moulinette mise en place, l’assureur commencera la descente du grimpeur. Il faudra alors penser à récupérer toutes les dégaines posées lors de l’ascension de la voie. Si vous grimpez fréquemment en salle d’escalade, clipper un relais et une dégaine est sensiblement similaire. Attention toutefois, en SNE cela est totalement différent. Les relais sont composés d’anneaux forgés et fermés. Il est donc impossible d’y clipper quoi que ce soit.
Équipement et normes de sécurité
Si vous pratiquez ou voulez pratiquer l’escalade en falaise, prenez du matériel spécifique de qualité. Il est utile de demander conseil à un professionnel ou bien dans un magasin spécialisé comme Aux Vieux Campeurs, Approach’, Decathlon et bien d’autres, afin que votre matériel respecte les normes en vigueur pour l’escalade. Lors d’une sortie escalade en falaise chez Monde Vertical, tout le matériel est prêté pendant l’encadrement et est à jour de son carnet d’EPI* (Equipement de Protection Individuel). La norme EPI garantit un matériel de qualité, contrôlé et validé par un vérificateur EPI.
Voici la liste du matériel nécessaire aux grimpeurs pour l’escalade en falaises équipées :
- Un baudrier : Élément de sécurité du grimpeur entourant les cuisses et les hanches. Il permet au grimpeur d’être maintenu en sécurité grâce au nœud de huit double, à des longes d’escalade, à des longes de via-ferrata, etc.
- Un casque : Élément de sécurité de l’escalade en falaise. Il permet d’éviter des problèmes quand il y a des chutes de pierres ou des retournées acrobatiques lors de l’escalade en tête.
- Une corde : Élément de sécurité essentiel dans la discipline de l’escalade en falaise. La corde doit respecter la norme EN 892, ce qui signifie qu’elle est dynamique (élastique). Il faut obligatoirement choisir une corde de norme 1 qui correspond aux cordes dites “à simple”. Veillez à la longueur de votre corde, toutes les voies d’escalade en falaise ne sont pas de la même longueur et sont généralement bien plus hautes qu’en SAE !
- Un système d’assurage : Privilégiez un système auto-freinant permettant d’optimiser la sécurité du grimpeur et de l’assureur. Un grand nombre de systèmes d’assurage auto-freinant sont disponibles : le Grigri de Petzl, le Birdie de Beal, le Smart de Mammut, le ATC Pilot de Black Diamond, etc.
- Des mousquetons à vis : Permettent d’utiliser le système d’assurage ou de faire des manipulations de corde. Il en faudra un pour le système d’assurage, un pour la manipulation de fin de voie du grimpeur en tête, et un pour la cordelette en cas de réchappe.
- Des dégaines : Permettent au grimpeur en tête de se sécuriser lors de l’escalade. Avec 15 dégaines vous pourrez grimper en toute sécurité dans presque tous les secteurs d’escalade sportive. La longueur de la voie et la vision des ouvreurs auront un impact sur le nombre de dégaines à utiliser.
- Une longe (“vache”) : Permet au grimpeur en tête de se sécuriser pour effectuer la manipulation de fin de voie. Elle est composée d’une corde dynamique et d’un mousqueton à vis et est fixée au pontet du baudrier.
- Une cordelette : Permet de se sécuriser en cas de réchappe.
- De la magnésie : Elle sera votre meilleure alliée, notamment pendant les journées chaudes ou vous transpirerez des mains. Veillez tout de même à ne pas recouvrir la falaise d’un manteau blanc !
Le relais
Préparation, météo et éthique
Vous êtes bientôt prêt à partir en falaise, encore un petit détail : la météo ! Ce n’est pas comme en salle d’escalade ! Tous les sports de pleine nature ont une variable météo… L’escalade n’y échappe pas. Avant de partir grimper vos falaises préférées, n’oubliez pas de regarder la météo. Que ce soit la pluie, la chaleur ou le vent, plusieurs facteurs peuvent obscurcir votre belle séance d’escalade en extérieur. C’est aussi ça de prendre un professionnel, il s’en occupe pour vous !
La lecture de la voie est une autre différence entre la salle d’escalade et la falaise. Dans le premier cas, des prises de couleurs différentes selon le niveau de la voie sont fixées sur un mur lisse. Peu de difficultés donc. En falaise en revanche, pas de code couleur pour vous indiquer où vous devez vous placer. La lecture en bas de la voie est plus complexe et les débutants ont souvent du mal à repérer toutes les prises. La solution ? Pratiquer encore et encore en commençant au-dessus de son niveau habituel pour s’habituer progressivement à la roche et à ses particularités. Quand vous faites la lecture de votre voie en falaise, n’oubliez pas également de regarder l’espacement entre les points d’ancrage, souvent plus grand qu’en salle et d’anticiper les points de repos naturels bien utiles pour se refaire les bras et étudier la suite de la voie.
Enfin, si la sécurité est très importante dans la pratique de l’escalade en salle, elle l’est encore plus en milieu naturel. N’oubliez pas que vous grimpez sur du rocher, nettoyé mais toujours susceptible de s’effriter. Assureur comme grimpeur doivent donc porter un casque. Celui-ci vous sera également utile en cas de retournement pendant une chute. Les points d’ancrage étant plus espacés qu’en salle, l’assureur doit garantir la sécurité de son grimpeur avant la première dégaine en le parant, pour lui éviter un retour au sol violent en cas de chute et être particulièrement vigilant sur le reste de la voie. Enfin, n’oubliez jamais de faire un nœud de sécurité au bout de votre corde, côté assureur.
La nature n’est pas un simple terrain de jeu. On ne conquiert pas un sommet ni une voie. Ne laisser aucun déchet, cela vaut pour les fruits et légumes. Respectez les interdictions saisonnières indiquées sur site et dans les topo. Ne pas faire de cairns autres que pour indiquer le chemin. Faites-vous le plus petit possible, donc pas de musique et le moins de cris possible dans les essais. Laissez-vous entourer par l’ambiance sauvage des lieux.
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