L’art de la frise, qu’elle soit une simple ligne décorative sur un cahier d’écolier ou une complexe gravure sur une pierre runique médiévale, repose sur un principe fondamental : la répétition rythmée d’un motif dans un espace défini. Cette exploration nous mène des salles de classe contemporaines, où le tracé sur quadrillage devient un outil pédagogique puissant, jusqu’aux confins de l’histoire de l’art ornemental scandinave.

La frise comme outil pédagogique : le repérage et la concentration
Dans le cadre scolaire, la réalisation de frises « figuratives » ou géométriques répond à des besoins précis de développement cognitif. Il y a quelques années, une observation sur les réseaux sociaux a mis en lumière l’engouement pour les frises de champignons, réalisées par des élèves sur leur cahier du jour. Ce concept a ouvert la voie à une approche structurée, où la frise n’est plus un simple gribouillage, mais une activité de précision.
La reproduction sur quadrillage est une compétence à acquérir au cycle 2. Elle mêle plusieurs compétences : le repérage et les déplacements sur quadrillage, les tracés à la règle. Mais elle permet aussi d’aborder la symétrie. Pour les élèves de CM1-CM2, par exemple, cet exercice, bien que simple, constitue un travail de soin et de concentration qui fait du bien à tous. La plupart de ces frises sont accessibles dès le CP-CE1, mais, évidemment, pour les plus petits, il faudra plus de guidage et de temps.
La conception technique des modèles
Le choix de conception est crucial pour garantir la réussite des élèves. J’ai fait en sorte que tous les tracés (à quelques exceptions près) se basent sur les noeuds des quadrillages. Placer des points en dehors de ces repères est très difficile pour les élèves de cycle 2 : diviser un carreau en deux (voire quatre) de manière précise implique de maîtriser les mesures en millimètres, ce qui est très délicat en début d’année. J’ai également banni les cercles et les arcs puisque mes élèves ne manipulent pas encore le compas.
Pour créer ces supports, l’outil informatique est omniprésent. J’utilise PowerPoint (comme pour à peu près tout ce que je crée, dès lors que ça a un format fiche, ou page). Il y a des lignes Séyès en fond de page (dans le « masque ») et j’utilise l’outil dessin ensuite. Une frise c’est une seule diapo. Les fichiers proposés ici sont conçus pour être projetés ou imprimés. Pour les adeptes des ateliers autonomes, il est tout à fait possible de plastifier les modèles et de les séparer les uns des autres, pour créer des cartes par exemple.
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Méthodologie et mise en œuvre en classe
La mise en œuvre en classe demande une progressivité rigoureuse. Lors des premières séances, je procède en « pas en pas ». Je projette au tableau un lignage Séyès vierge, sur lequel je viens placer les points en explicitant les déplacements effectués (ex : 3 sauts vers la droite, 2 vers le bas). J’insiste sur les déplacements à faire de nœud en nœud (et non pas en comptant les carreaux comme pour du pixel art) et la nécessité de se déplacer le long des lignes horizontales ou verticales (et donc pas en diagonale).
J’explique que le crayon incarne une petite fourmi qui se déplace sur un filet de pêche : jamais une petite fourmi ne sauterait dans le vide, sinon elle tomberait à l’eau. Je relie les points à la règle devant les élèves afin de reprendre également la technique des tracés à la règle : placement de la règle, position du crayon, etc. Pour des raisons pratiques, j’utilise les crayons Woody (Stabilo). Cela me permet de varier les couleurs afin de décomposer la figure à réaliser en différentes parties.
Une fois la technique de reproduction sur quadrillage maîtrisée (je compte environ 3 séances en pas à pas), je projette directement les modèles de frises géométriques au tableau. Les enfants les reproduisent alors à leur rythme sur leur cahier. On peut donc proposer cette activité en autonomie ou en rituel pour un temps calme.

Personnalisation et créativité dans le motif répétitif
L’intérêt des frises réside aussi dans leur capacité à évoluer. Comme les motifs se répètent sur les frises, j’ai ajouté des petits détails qui différencient les dessins les uns des autres (la position des yeux, la forme de la bouche, l’ajout de cils…). On peut toutefois opter pour la réalisation répétée d’un seul motif si on préfère. Libre à vous de piocher dans les modèles proposés et de les faire tous faire à vos élèves… ou pas !
Enfin, j’aime bien laisser mes élèves personnaliser leurs frises une fois que j’en ai validé la réalisation. Ils les colorient comme ils le souhaitent, et nombreux sont les enfants qui aiment rajouter des petits détails. Cette dimension plastique permet de transformer un exercice rigoureux en une création personnelle, renforçant l’appropriation de l’espace graphique par l’enfant.
Perspective historique : de l’ornemental aux pierres runiques
Si la frise scolaire utilise le quadrillage pour structurer la pensée, l'art ornemental historique a utilisé la courbe et la boucle pour narrer des mythes. Les pierres historiées de Gotland, par exemple, présentent un grand nombre de scènes mythologiques et héroïques. Ces structures, souvent complexes, témoignent d'une maîtrise du tracé qui, bien que différente de celle du quadrillage moderne, partage le même objectif : organiser un espace pour rendre le message lisible et esthétique.
La grande pierre runique de Jelling (Danemark), érigée vers 960-970, marque l'avènement de l'iconographie d'inspiration chrétienne en présentant une scène de la Crucifixion. Dans le domaine de l'art ornemental, les ateliers scandinaves se sont efforcés de combiner le langage du style d'Urnes aux motifs romans jusqu'à la seconde moitié du XIIème siècle. L'iconographie chrétienne a probablement constitué une innovation en Scandinavie même si les motifs chrétiens n'étaient pas inconnus à l'époque viking.

Évolution des styles et pérennité des formes
La comparaison entre les frises contemporaines et les entrelacs médiévaux révèle une constante humaine : le besoin de structurer le vide. Que ce soit par le biais de la contrainte du carreau Séyès (8 mm de côté) ou par les règles strictes de l'art animalier scandinave, la création d'ornements répond à une nécessité d'ordre.
L'évolution des styles, du style d'Urnes vers des influences romanes, montre que l'ornementation n'est jamais figée. Elle s'adapte, tout comme la méthode d'enseignante s'est adaptée au fil des années, passant de la simple géométrie à des thématiques saisonnières (Halloween, vacances, nature). En 2022, une collègue a même pu adapter ces modèles pour une classe ULIS, prouvant que la structure de la frise est un outil universel, capable de s'ajuster à tous les besoins pédagogiques et artistiques, pourvu que la méthode de guidage soit adaptée à l'apprenant.
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