
Le lierre grimpant (Hedera helix), plante ligneuse, rampante ou grimpante, est l’une des plantes les plus communes en ville comme à la campagne. Il se rencontre également sous le nom de lierre commun. Cette plante est si répandue qu'elle est à la fois familière et pourtant assez méconnue dans ses spécificités. Ses lianes peuvent atteindre jusqu'à 30-50 m de long avec des racines crampons, se fixant à divers supports verticaux comme les pignons de maison, les murets, les ruines ou les arbres. Les feuilles, simples, vertes foncées, luisantes, coriaces et persistantes, sont triangulaires à 3-5 lobes sur rameaux stériles et ovales sur rameaux fertiles, pointues au sommet sur les rameaux fructifères. Le lierre fleurit en septembre-octobre, avec des fleurs jaune-verdâtre disposées en ombelles. Malgré son aspect décoratif, le lierre est une plante toxique dont toutes les parties, des feuilles aux baies, contiennent des substances potentiellement nocives.
Les Composants Toxiques du Lierre et Leurs Effets
Le lierre grimpant contient des principes actifs, principalement des saponines, des savons naturels appelés hédérasaponines, similaires à celles trouvées dans le marron d'Inde ou le petit-houx. Ces saponosides ne se limitent pas aux baies ; toute la plante (feuilles, tiges, racines) en contient. Le fruit du lierre, de la taille des myrtilles, est hautement toxique. L’ingestion de 2 ou 3 baies suffit à déclencher des symptômes chez un enfant. Chez les jeunes enfants ou les animaux de compagnie, la curiosité est la principale cause d’une intoxication par les plantes.
Symptômes d'Intoxication par le Lierre
Les premiers signes d’intoxication par le lierre comprennent une sensation de brûlure dans la bouche et une hypersalivation. En cas d’ingestion plus importante, l’intoxication évolue vers des symptômes digestifs ou émétiques, tels que des nausées, des vomissements, de la diarrhée, des douleurs abdominales, et parfois des brûlures. Dans de rares cas, des délires et des convulsions, voire un coma et un décès, ont été recensés. Les enfants qui consomment des baies de lierre grimpant présentent des symptômes d'intoxication similaires. Les saponosides sont les principaux responsables de ces effets.

Réactions Cutanées au Lierre
Rien que le contact avec la plante peut provoquer des irritations chez les personnes sensibles, voire des œdèmes. Les feuilles fraîches peuvent entraîner des problèmes de peau, notamment des dermatites de contact avec des éruptions cutanées, des rougeurs, une peau enflée et des cloques. La prise ou la manipulation de lierre grimpant peut entraîner une allergie, en particulier après une exposition massive ou répétée. Les tiges du lierre sont coriaces et allergisantes, à éviter donc si l'on a un terrain allergique.
Lierre et Santé Reproductrice
Le lierre grimpant contient également une substance, l’émétine, qui peut provoquer des contractions de l’utérus. Cette propriété rend le lierre potentiellement dangereux pour les femmes enceintes.
Usages Médicinaux du Lierre et Précautions
En phytothérapie, le lierre grimpant est utilisé pour dégager les voies respiratoires et apaiser la toux. On utilise essentiellement les jeunes feuilles et le bois des vieux troncs, qui servent à la fabrication d’extraits normalisés. L’Agence européenne du médicament considère les extraits de lierre grimpant « d’un usage médical bien établi comme expectorant en cas de toux productive (grasse) ».
Le lierre grimpant est surtout utilisé sous forme d’extraits qui entrent dans la composition de produits de phytothérapie. Leur posologie est calculée en fonction de leur concentration en principes actifs. En France, plusieurs sirops à base de lierre grimpant sont commercialisés pour la toux grasse de l’adulte et l’enfant de plus de 2 ans.
Contre-indications et Mises en Garde
Cependant, il est crucial de noter les contre-indications. Les personnes qui souffrent d’ulcère ou de brûlures d’estomac peuvent voir leurs symptômes aggravés par la prise de produits à base de lierre grimpant. L’Agence européenne du médicament déconseille l’usage des extraits de lierre terrestre chez les enfants de moins de deux ans. Une toux qui persiste ou qui récidive chez un enfant âgé de deux à quatre ans exige une consultation médicale rapide avant l’administration de tout traitement. Il est également rappelé que la cueillette sauvage comporte des risques et que l’usage du lierre est strictement réservée aux herboristes avertis.
Le Lierre, une Plante Incomprise
Malgré sa toxicité, le lierre grimpant est souvent considéré comme un "bourreau des arbres", une réputation qui n'est pas toujours justifiée. L'hedera, aussi commun qu’il puisse paraître, est en réalité assez méconnu. Il pousse sur les terrains légers, frais ou même calcaires, et s'adapte à des orientations ensoleillées, à mi-ombre ou à l'ombre.
Un Ami des Arbres et de la Faune
Le lierre n’est pas un parasite. Il n'exerce aucune concurrence sur la pollinisation. Au contraire, il peut même exister une certaine symbiose entre le lierre et les arbres qu'il colonise. Il fournit une protection contre le froid et les intempéries en hiver, et de l'humidité en été. Sur les arbres, il grimpe jusqu’à 20 m de hauteur et peut devenir centenaire si personne ne vient l’éliminer. Les merles et grives mangent les arilles de ses baies sans problème, et les herbivores finissent par s'immuniser contre les effets toxiques de son feuillage, comme les chevreuils et les lièvres qui le broutent sans inconvénient.
Lierre grimpant : ce que vous ignorez-
Un Excellent Couvre-Sol
En tant que couvre-sol, le lierre présente également un grand intérêt. Il couvre rapidement le sol d’un lacis de rameaux et produit de nombreuses racines adventives. Il habille joliment un vieux mur ou un tronc mort et peut donner un côté romantique au jardin.
La Fumée des Plantes Toxiques : Un Danger Sous-Estimé
Outre les risques liés au contact direct ou à l'ingestion, il est important de considérer les dangers potentiels associés à la fumée de certaines plantes. L'article se penche spécifiquement sur la question de la fumée de lierre, mais il est pertinent d'étendre la discussion à d'autres plantes toxiques dont la combustion peut libérer des composés dangereux.
Le Lierre et la Fumée : Un Risque Non Négligeable
Bien que la fumée du lierre ne soit pas aussi fréquemment abordée que celle d'autres plantes, il est crucial de se rappeler que les saponosides présents dans toutes les parties de la plante peuvent potentiellement être libérés lors de la combustion. L'inhalation de fumée de matière végétale inconnue ou potentiellement toxique est toujours à proscrire. Les symptômes pourraient être respiratoires et liés aux irritations des voies aériennes causées par les composés volatils.
L'If : Un Exemple de Danger par la Fumée
L'if, un arbre régulièrement utilisé en tant que haie dans les jardins et traditionnellement planté dans les cimetières, est un exemple frappant de plante dont la fumée est dangereuse. Toutes les parties de l'if sont toxiques, à part la partie rouge du fruit, mais la graine, qu'on retrouve dans le fruit, l'est. Il faut aussi éviter de faire brûler le bois, car les composés toxiques peuvent être libérés dans la fumée. En cas d’ingestion ou d’inhalation trop importante du pollen, on peut présenter des symptômes cardio-respiratoires, un ralentissement du pouls, voire une paralysie respiratoire. Cet arbre est extrêmement dangereux pour les animaux, et particulièrement les chevaux, que quelques baies peuvent suffire à tuer.

Le Sumac Vénéneux : Un Cas Classique de Toxicité par la Fumée
Le sumac vénéneux (Toxicodendron pubescens Mill. ou Rhus Toxicodendron L.), aussi appelé “lierre empoisonné” ou “poison ivy”, est une plante dont toutes les parties sont irritantes. Il est déconseillé de le toucher et même de le brûler, car l’inhalation de la fumée pourrait endommager les poumons. La fumée dégagée par la combustion du sumac vénéneux est très toxique et peut provoquer des lésions pulmonaires graves. Le responsable est une résine, aussi appelée urushiol, qui provoque une réaction allergique extrêmement irritante (dermatite de contact) et peut entraîner, dans les cas graves, des lésions bulleuses.
Précautions Générales Concernant la Fumée des Plantes
De manière générale, il est fortement déconseillé de brûler des plantes dont on ne connaît pas la toxicité ou de celles répertoriées comme dangereuses. Les composés toxiques peuvent devenir volatils sous l'effet de la chaleur et être inhalés, entraînant des irritations des voies respiratoires, des réactions allergiques, et des symptômes systémiques plus graves en fonction de la plante. La prudence est de mise pour éviter toute exposition à la fumée de matière végétale inconnue, surtout lors du débroussaillage mécanique où des projections de fragments de plante dans les yeux peuvent être source de sérieux problèmes oculaires.
Autres Plantes Toxiques et Leurs Dangers
Le lierre n'est qu'une des nombreuses plantes qui, malgré leur beauté, peuvent présenter un danger pour l'homme et les animaux domestiques. La nature regorge de spécimens magnifiques mais dont la manipulation ou l'ingestion exige une grande prudence.
Le Laurier Rose
Le laurier rose est une plante commune dans de nombreux jardins. Cependant, toutes ses parties sont toxiques. L'ingestion peut entraîner des troubles cardiaques graves.
L'Aloès Véra
L'aloès véra est connue pour ses vertus cosmétiques avérées. La plupart de la plante est saine. Le problème est l’aloïne, qui est juste en dessous de la peau de la feuille. L’intérieur de la peau de la plante peut irriter la peau en cas de contact.
Le Muguet
Le muguet, trouvable en forêt et dans de nombreux jardins, est entièrement toxique. Des vomissements répétés, des diarrhées parfois hémorragiques et des douleurs abdominales peuvent survenir. Des troubles nerveux peuvent apparaître : convulsions, mouvements incoordonnés, tremblements. Toutes les parties de la plante, y compris l’eau dans laquelle elle repose, sont concernées.

Le Lys
Le lys, symbole de la royauté, est un danger mortel pour les chats, chez qui il peut provoquer de graves insuffisances rénales. Toutes les parties de la plante (tige, bulbe, fleurs, feuilles, et même l’eau du vase) peuvent être un problème.
La Berce du Caucase
La berce du Caucase a l’air inoffensive, mais sa sève est photosensibilisante et peut provoquer de graves brûlures cutanées en cas d'exposition au soleil après contact.
Le Dieffenbachia
Le Dieffenbachia, une très jolie plante d’intérieur, est toxique. Rien que toucher les feuilles ou la tige peut provoquer des irritations chez les plus fragiles. Si une partie de la plante est mâchée, voire ingérée, elle peut entraîner des irritations de la bouche et de la gorge, des nausées, des vomissements ou des douleurs abdominales. Ces cas sont rares, la plante ayant un mauvais goût amer.
Le Ficus Caoutchouc
En cas de contact avec les yeux, le ficus caoutchouc peut provoquer des brûlures ou des inflammations. Si une partie de la plante est mâchée, voire ingérée, elle peut entraîner des irritations de la bouche et de la gorge, des nausées, des vomissements ou des douleurs abdominales. En cas de maladie respiratoire ou d’allergie déjà présentes, un ficus peut exacerber les symptômes, voire provoquer des crises d’asthme.
Le Croton
Le croton, une très jolie plante colorée, est de la famille des euphorbiacées, dont le latex est très mauvais pour la peau. Un suc dans l’œil peut entraîner de très graves irritations.
La Clématite des Haies
La clématite des haies (Clematis vitalba), très répandue en France, est également connue pour ses effets cutanés toxiques. Le suc et plus généralement la plante appliquée sur la peau peuvent provoquer des irritations, des vésicules, voire des ulcérations. Ses feuilles fraîches peuvent provoquer des réactions cutanées.
Le Tamier Commun
Le tamier commun, ou l'Herbe aux femmes battues, est une jolie liane grêle, volubile et vivace. Ses fruits vénéneux, brillants et généreux, passent du vert au rouge à maturité. Toute la plante est toxique.
La Douce-Amère
La douce-amère, appartenant à la famille des solanacées, produit des petits fruits ovoïdes et brillants, d'abord doux puis amers, qui sont toxiques. Les intoxications chez les adultes sont rares, mais le risque est plus grand chez les enfants qui peuvent prendre ces fruits pour des bonbons.
L'Euphorbe des Bois
L'Euphorbe des bois est fréquente en Bretagne. Les jardiniers, promeneurs et enfants qui manipulent cette plante sans gants en sont les victimes les plus fréquentes. Par précaution, il suffit de se laver soigneusement les mains après toute manipulation.
Le Datura
Originaire d’Amérique centrale ou du sud, le Datura est aujourd'hui présent en Bretagne. Feuilles, fleurs et graines sont toxiques et peuvent entraîner la mort par ingestion. L’arrachage, sans gants, peut provoquer des irritations de la peau. Le débroussaillage mécanique est à prohiber car des projections de fragments de plante dans les yeux peuvent être source de sérieux problèmes oculaires.
Prévention et Réaction en Cas d'Intoxication Végétale
La connaissance des espèces végétales à risques est la première règle pour éviter l’intoxication aux plantes. Il est crucial de prendre des précautions simples pour minimiser les dangers.
Mesures Préventives
- Identification des plantes : Garder les étiquettes d’identification des plantes bien visibles avec le pot, en cas de mâchonnement ou d’ingestion.
- Protection des enfants et animaux : Garder toutes les plantes d’intérieur toxiques hors de la portée des enfants et des animaux domestiques.
- Aménagement du jardin : Éviter de planter des espèces reconnues comme dangereuses dans le jardin. Si cela n’est pas envisageable, surveiller les jeunes enfants en permanence et les sensibiliser aux dangers des plantes.
- Information : Ne pas hésiter à demander de l’aide au magasin de vente pour connaître les variétés de plantes toxiques ou potentiellement dangereuses.
- Protection personnelle : Lors du jardinage, il est nécessaire de porter des gants de protection et de se laver les mains après chaque contact avec une plante.
Conduite à Tenir en Cas d'Intoxication
En cas d’ingestion d’une plante toxique, de troubles digestifs, ou de tout autre symptôme suspect, il faut agir rapidement.
- En cas d'ingestion : Enlever rapidement les restes de la plante toxique de la bouche de la victime ; puis rincer sa bouche avec de l’eau claire, autant de fois que nécessaire.
- En cas d'intoxication cutanée : Retirer les vêtements contaminés de la victime ; puis, pendant 15 minutes au minimum, laver la peau envenimée à l’aide d’un savon et de l’eau tiède.
- En cas d'irritation oculaire : Rincer abondamment l’œil avec de l’eau tiède ou une solution de sérum physiologique pendant 15 minutes au minimum. L’œil indemne doit être lavé en premier, suivi de l’œil affecté. Les paupières doivent rester grandes ouvertes durant le nettoyage en utilisant des doigts propres.
- Appeler les secours : Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à appeler les secours (centre antipoison ou services d'urgence) avant de donner un médicament quelconque à une victime, ou d’appliquer quoi que ce soit sur une peau intoxiquée. Il est important d'essayer d'identifier la plante responsable pour faciliter le diagnostic et le traitement.
La vigilance est de mise face à la richesse et la diversité du monde végétal, car ce n’est pas parce que c’est naturel qu’il n’y a pas de risque.
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