La gestion du fumier équin est une problématique incontournable pour les exploitations de la filière équine, qu'il s'agisse de centres équestres professionnels ou de détenteurs privés. Si le fumier est initialement considéré comme un déchet, il devient, avec une gestion appropriée, une ressource agronomique précieuse. À l'heure où les sols agricoles voient leur qualité se détériorer, l'utilisation de fumier équin apparaît comme une alternative durable pour enrichir le sol en matières organiques et en potasse, améliorant ainsi sa structure et sa rétention d'eau.

La production et la nature du fumier
Un cheval produit en moyenne 150 litres de fumier par jour, ou entre 24 et 27 kg de déjections (urine et crottins). La quantité annuelle produite, variant de 5 à 14 tonnes par cheval, dépend étroitement de la litière utilisée. Pour une estimation simplifiée avec de la paille, le calcul est le suivant : quantité de paille consommée multipliée par trois. Le fumier équin est généralement pailleux et considéré par les instances réglementaires comme un produit « très compact, non susceptible d’écoulement ».
Réglementation et cadre légal
Il n'est pas toujours facile de savoir précisément à quelle réglementation les structures équestres appartiennent. Le fumier équin est soumis au Règlement Sanitaire Départemental (RSD), qui s'applique à tous les détenteurs d’équidés dès la possession de trois chevaux pendant plus de six mois. Ce règlement préconise des restrictions en matière d’hygiène et de salubrité pour protéger la santé humaine et l’environnement.
Le stockage en fumière
Dans le cadre du RSD, les fumiers doivent obligatoirement être déposés sur une aire étanche, munie d'un point bas permettant de collecter les liquides d’égouttage vers une fosse. La capacité de stockage doit être calculée en fonction du nombre d'animaux. En règle générale, une fumière doit permettre d'entreposer le fumier pendant au moins deux mois. Il faut prévoir environ 1 m² par cheval et par mois de stockage.
Les distances réglementaires
La fumière doit être installée à au moins :
- 5 m des voies de communication ;
- 35 m de toute source d’eau (puits, rivage, berge) ;
- 100 m des habitations ;
- 200 m des lieux de baignade ;
- 500 m des zones de pisciculture.
La Directive Nitrates
Lorsqu’une exploitation est située en zone vulnérable, la Directive Nitrates vient s’ajouter au RSD. Des mesures spécifiques sont alors imposées, comme la maîtrise de la fertilisation azotée, plafonnée à 170 kg d’azote par hectare et par an dans les zones les plus strictes. Tous les animaux et toutes les terres de l’exploitation sont pris en compte, qu’ils soient situés ou non en zone vulnérable.

Gestion du stockage au champ et épandage
Après au moins deux mois de maturation en fumière, le stockage au champ est autorisé pour une durée maximale de dix mois. Le tas doit être très compact, constitué de façon continue pour limiter les infiltrations d'eau, et ne doit présenter aucun écoulement latéral de jus. Le retour du stockage sur un même emplacement ne peut intervenir avant un délai de trois ans.
Conditions d'épandage
L'épandage est interdit sur sol gelé ou enneigé, ainsi qu'en période de fortes pluies. Il doit respecter les distances d'éloignement citées précédemment (réduites à 35 m des points d'eau). Si l'épandage est effectué sur des terres labourables à moins de 100 m des habitations, il doit être immédiatement suivi d'un labour.
Valorisation agronomique : le fumier au jardin
Le fumier de cheval est une ressource puissante, mais il convient de rester vigilant sur sa composition. Des médicaments chimiques, comme les vermifuges ou les insecticides administrés aux animaux, peuvent être toxiques pour la faune du sol. Bien que les principes actifs se dégradent en quelques semaines, les résidus peuvent persister. Il est donc recommandé d'éviter l'utilisation de fumier frais.
Le compostage comme solution
Le fumier frais doit être stocké pour se décomposer. Au compost, il agit comme un puissant activateur biologique. Pour une utilisation au potager, il suffit d’épandre une épaisse couche de compost, recouverte d'un lit de feuilles mortes maintenues par un filet pour éviter l'envol. Au printemps, un simple griffage suffit avant les semis.
Utilisation en couche chaude
Pour réaliser des semis, on peut utiliser le fumier de bovin ou de cheval pour créer une « couche chaude ». Il faut étendre le fumier sur 30 cm d'épaisseur, le tasser, puis ajouter 10 à 15 cm de terreau. La fermentation dégage de la chaleur, idéale pour protéger les jeunes plants. L'année suivante, ce substrat devenu amendement pourra être enfoui pour fertiliser le sol, améliorant la rétention d'eau et la structure du terrain.

Alternatives et outils de gestion
Pour ceux qui ne peuvent pas valoriser la totalité de leur production, des solutions existent. La plateforme « Val’fumier.fr » permet d'identifier, via une cartographie, des offres de fumier déposées par des structures équines pour des agriculteurs ou des valorisateurs potentiels. La méthanisation est une autre voie de valorisation, où le fumier, mélangé à d'autres intrants, permet de produire du biogaz et un digestat fertilisant.
Enfin, pour les particuliers, le fumier déshydraté en granulés, élaboré par compostage et broyage, constitue une alternative pratique. Il est garanti naturel et dosé pour un entretien régulier du potager (compter 300 à 600 g/m²). Quelle que soit la méthode choisie, la gestion du fumier doit toujours s'inscrire dans une démarche de respect de l'environnement, en évitant tout écoulement dans le milieu naturel et en favorisant le cycle biologique des nutriments.