
Au cœur du Diois, la gestion de la fertilité des sols est une priorité quotidienne pour de nombreuses exploitations agricoles, notamment celles qui adoptent des pratiques respectueuses de l'environnement. L'enrichissement, la préservation et le respect des sols sont des principes fondamentaux qui guident les actions des agriculteurs. Une des clés de cette démarche réside dans la production d'un compost de qualité, une ressource essentielle pour maintenir la vitalité des terres cultivées.
L'autonomie en fertilisation : une nécessité stratégique
Dans des exploitations comme l'Herbier, l'intégration de l'élevage à l'activité agricole a été motivée par une volonté profonde d'autonomie en matière de fertilisation des parcelles. Cette approche répond à un double enjeu : la difficulté de s'approvisionner en fumier de qualité dans la région et la nécessité de contrôler pleinement la composition et l'efficacité de l'amendement organique utilisé.
Le processus commence par la valorisation de tous les déchets végétaux de l'exploitation. Une fois compostés, ces matières permettent de produire environ 40 tonnes de compost par an. Cependant, cette quantité est souvent insuffisante pour couvrir l'intégralité des besoins, qui peuvent dépasser 100 tonnes de compost annuel pour certaines terres. L'élevage bovin s'impose alors comme une solution complémentaire et durable.
Le troupeau bovin : une source précieuse de fumier

Depuis plusieurs années, l'Herbier gère un troupeau d'une vingtaine de génisses. Le fumier issu de ces animaux est le résultat d'un mélange composté de bouses de vache et de paille de litière. Une fois que ce mélange atteint sa pleine maturité, il représente une production annuelle d'environ 50 tonnes. Cette ressource locale est cruciale pour atteindre l'autonomie souhaitée en matière de fertilisation.
Les étapes clés de la production d'un compost de qualité
La fabrication d'un compost efficace et sain est un processus minutieux qui demande attention et savoir-faire. Le fumier est retiré de l'étable deux fois par an, à des périodes spécifiques : une première fois au milieu de l'hiver, généralement en janvier, et une seconde fois lorsque les vaches sont réintégrées aux pâturages, à partir de la mi-avril.
L'andainage et l'hygiénisation initiale
Le fumier collecté est ensuite disposé dans un champ plat, en veillant à ce qu'il soit suffisamment éloigné des cours d'eau. Cette précaution est essentielle pour prévenir toute contamination par les effluents. L'épandeur joue un rôle crucial à cette étape en aérant une première fois le compost et en formant un andain. C'est au sein de cet andain que les matières entament leur processus d'hygiénisation.
Une élévation rapide de la température est recherchée, idéalement autour de 70°C, dans un délai d'une à deux semaines. Si la température peine à monter, un arrosage du tas est nécessaire pour augmenter son humidité. Par ailleurs, un certain volume est indispensable pour que le tas de fumier atteigne cette température optimale : il doit mesurer au moins 1 mètre de haut sur 2 mètres de large.
Cette montée en température est un mécanisme essentiel pour inhiber la germination des graines d'adventices et éliminer la plupart des agents pathogènes. Cela permet d'enrichir le sol sans introduire un stock de mauvaises herbes qui pourraient s'implanter durablement, un problème déjà rencontré sur certaines parcelles.
Le retournement du compost : aération et homogénéisation
Faire un andain de compost - Mouvement de l'Agriculture Bio-Dynamique
Une fois que la température souhaitée est atteinte, le tas de fumier est retourné. Cette opération garantit que toutes les matières, y compris celles situées à l'extérieur de l'andain, atteindront au moins une fois la température d'hygiénisation. L'expérience montre qu'ignorer cette étape peut avoir des conséquences négatives sur la qualité du compost. Le retournement est également vital pour stimuler l'activité des micro-organismes, qui jouent un rôle fondamental dans la décomposition de la matière organique.
La durée de compostage : jeune ou mûr ?
Un tas de fumier peut être considéré comme composté après deux mois. Cependant, pour obtenir un compost mûr, il est possible de le laisser maturer pendant au moins six mois. Ces deux options conduisent à la production de produits de composition et d'utilisation distinctes :
- Le compost jeune : Il agit directement sur la plante, lui apportant un effet "boost" similaire à un engrais. Il contribue également à enrichir le sol en matières organiques.
- Le compost mûr (ou âgé) : Son action est orientée vers l'amélioration à long terme de la structure et de la qualité du sol. Les matières se libèrent plus lentement, permettant une assimilation progressive par les plantes.
Dans des exploitations comme l'Herbier, ces deux types de compost sont utilisés de manière complémentaire pour agir à la fois sur la plante et sur le sol, optimisant ainsi la fertilité globale des parcelles.
Le compost en biodynamie : une approche holistique

Le principe de la biodynamie repose sur la considération de la terre comme un organisme vivant. Dans cette philosophie, l'importance du compost et d'un processus de compostage de qualité est primordiale. Pour créer les conditions les plus favorables aux macro et micro-organismes responsables du compostage, des préparats spécifiques sont utilisés.
Lors de la première montée en température du compost, un préparât à base de six plantes différentes est inséré. Une partie de cette préparation est pulvérisée, tandis que les cinq autres sont incorporées directement au compost. Cette technique vise à dynamiser le processus et à enrichir davantage le produit final.
Le mélange du fumier avec les déchets organiques de l'Herbier
Au moment de la formation de l'andain, une partie du fumier frais provenant de l'étable est mélangée aux déchets organiques de l'Herbier. Ce mélange comprend des tiges, des feuilles et d'autres poudres végétales, créant ainsi un substrat riche et diversifié pour le compostage.
Les conditions d'épandage pour une valorisation optimale des engrais de ferme
La bonne valorisation des engrais de ferme est étroitement liée aux conditions d'épandage. Chaque type d'engrais organique a des caractéristiques spécifiques qui dictent le moment et la méthode d'application idéaux.
Lisier de porcs : Ce type de lisier contient environ 60% d'azote sous forme minérale, rapidement minéralisable. Il est donc crucial de l'épandre au plus près de la période d'absorption par les plantes. Cela signifie généralement au printemps sur les prairies, fin février sur le blé, et au plus proche du semis pour le maïs, voire au stade 6-8 feuilles avec un équipement adapté. Le lisier, en raison de sa forte teneur en azote ammoniacal, doit être enfoui rapidement ou épandu par pendillards afin de limiter la volatilisation.
Fumier et compost : Pour les engrais de ferme comme le fumier et le compost, dont l'azote est majoritairement sous forme organique, l'apport doit être effectué suffisamment tôt. Cette anticipation permet à la minéralisation de libérer l'azote au moment où la plante en aura le plus besoin pour son développement. Par exemple, l'épandage de fumier de bovins en mars avant le semis du maïs est une pratique courante et efficace.
Il est important de noter que dans le cas d'un épandage entre une culture dérobée et le maïs, l'apport de fumier peut être trop tardif. Une planification rigoureuse est donc nécessaire pour maximiser les bénéfices de ces amendements organiques et soutenir la fertilité durable des sols dans le Diois.