Guide complet sur la bouillie bordelaise et la lutte contre la fusariose

La gestion sanitaire au jardin repose sur une compréhension fine des agents pathogènes et des outils à disposition. Parmi les produits les plus traditionnels, la bouillie bordelaise occupe une place centrale, bien que son usage soit souvent entouré de confusions, notamment en ce qui concerne son efficacité réelle contre certaines maladies complexes comme la fusariose.

Qu'est-ce que la bouillie bordelaise ?

La bouillie bordelaise est composée de sulfate de cuivre additionné de chaux (elle contient 20% de cuivre métal). Le produit se présente sous la forme d'une poudre (ou de micro-granulés) bleu turquoise, à diluer dans de l'eau pour pulvérisation. C'est le cuivre qui lui confère son efficacité à la bouillie bordelaise : il a une action essentiellement antifongique (il inhibe la germination des spores de champignons responsables de maladies cryptogamiques), associée à une action bactériostatique (il limite la prolifération des bactéries) et algicide (toxique pour les algues).

Cette bouillie voisine avec le soufre (qui peut d'ailleurs lui être mélangé) dans la catégorie des fongicides minéraux, par opposition aux matières actives dites "de synthèse", d'obtention plus récente (manèbe, thirame…). A ce titre, la bouillie bordelaise est un traitement toléré en agriculture biologique. Certains prétendent que l'action anti-cryptogamique de la bouillie aurait été découverte par hasard par des vignerons du bordelais qui aspergeaient leurs parcelles d'un mélange de chaux et de sulfate de cuivre pour… rendre les raisins immangeables et dissuader les voleurs !

Schéma illustrant le mode d'action du cuivre en tant qu'inhibiteur de germination des spores fongiques sur une surface foliaire

Usages et applications préventives

La bouillie bordelaise est un excellent fongicide, utilisé pour lutter contre les atteintes causées par des champignons. On peut aussi l'assimiler à un désinfectant, que l'on applique sur les "plaies", anciennes ou fraîches (plaies de taille par exemple), pour prévenir les développements bactériens. Les végétaux qui sont le plus souvent traités à la bouillie bordelaise sont les arbres fruitiers, la vigne, les plants de tomates et de pommes de terre, les fraisiers.

Comme toujours au jardin, mieux vaut prévenir que guérir. Ainsi, chez les arbres fruitiers et la vigne, on pulvérisera préventivement à la chute des feuilles à l'automne, et au printemps, juste avant le débourrement des bourgeons, pour maintenir un état sanitaire satisfaisant. Elle agit en formant une barrière protectrice sur les feuilles et les tiges des plantes traitées. Elle empêche ainsi les spores de germer et de se développer, limitant la propagation des maladies.

Précautions et bonnes pratiques d'utilisation

Ce produit très traditionnel est aujourd'hui un peu controversé, notamment en raison des abus qui ont été constatés sur certaines cultures (vigne notamment). Il ne faut pas perdre de vue que le sulfate de cuivre est toxique, et peut causer de graves brûlures sur certains feuillages.

Règle numéro 1 : ne traiter qu'à bon escient. La bouillie bordelaise n'est pas un traitement universel : bien l'utiliser, c'est d'abord y avoir recours en étant sûr de viser la bonne maladie ! Efficace sur les maladies cryptogamiques et sur certaines maladies bactériennes, elle est en revanche totalement inefficace sur les parasites (insectes, acariens…), les maladies virales, et les maladies fongiques attaquant les racines des plantes.

Règle numéro 2 : traiter dès les premiers symptômes de la maladie. En effet, pour les maladies cryptogamiques, les pulvérisations de bouillie bordelaise ne sont plus efficaces lorsque la plante est trop atteinte. Quand le champignon a profondément envahi les tissus, il est trop tard.

Règle numéro 3 : traiter préventivement… dans une certaine limite ! Les traitements préventifs à la bouillie bordelaise sont recommandés, notamment chez les arbres fruitiers et la vigne. Mais traiter à longueur d'année n'a pas de sens : ceci est inutile et tout à fait néfaste, car les doses de cuivre répandues dans le sol et sur les végétaux peuvent alors être très importantes.

Règle numéro 4 : respecter les dosages. Ce n'est pas en concentrant davantage votre solution que vous aurez de meilleurs résultats. Au contraire ! Vous risquez des brûlures des végétaux et le pouvoir couvrant du produit peut être modifié, d'où une efficacité réduite. Un bon test : si, après pulvérisation, il se forme des gouttes bleues au bout des feuilles, c'est que vous avez surdosé votre bouillie bordelaise.

Règle n°5 : choisir le bon moment pour traiter. Afin d'éviter de brûler le feuillage, on ne pulvérise pas la bouillie bordelaise par forte chaleur ni en plein soleil. On évite aussi les jours de pluie : le produit serait lessivé avant même d'avoir eu une quelconque efficacité.

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La fusariose : une menace différente

La Fusariose est aussi appelée "Flétrissure Fusarienne". C'est une maladie cryptogamique causée par un champignon du genre Fusarium. Les champignons responsables de cette maladie résistent au froid et survivent à l'hiver. Elle est à craindre par temps très chaud, lorsque le thermomètre avoisine les 30°C. La fusariose désigne une infection fongique provoquée par plusieurs espèces de champignons microscopiques. Le Fusarium graminearum et le Fusarium roseum comptent parmi les agents pathogènes les plus répandus dans nos jardins.

La maladie de la fusariose se propage par contamination des racines, puis remonte dans les vaisseaux conducteurs de sève. Cette progression bloque la circulation des nutriments et provoque le dépérissement progressif de la plante. Dans le potager, cette affection touche particulièrement les tomates, courgettes, melons, pommes de terre et légumineuses. Les arbres fruitiers peuvent également développer une fusariose, notamment au niveau du collet.

Les premiers signes d’une fusariose apparaissent généralement par un flétrissement des feuilles aux heures les plus chaudes. Ce symptôme ressemble à un manque d’eau, mais l’arrosage ne permet pas de redresser le feuillage. Sur les légumes du potager, la fusariose provoque des lésions brunes au niveau du collet et des racines. Les tiges peuvent présenter des stries sombres caractéristiques.

Le cas spécifique de la fusariose froide

Il s’agit d’une maladie cryptogamique, c’est-à-dire causée par plusieurs champignons qui touche tous types de culture. Ces derniers appartiennent soit au genre Microdochium, soit au genre Fusarium. La fusariose froide ou hivernale, aussi appelée moisissure rose des neiges (Microdochium nivale), se développe particulièrement dans des conditions d’humidité élevée combinée à des températures modérées à fraîches, entre 0 et 15 °C.

Sur le gazon, la fusariose froide montre des zones circulaires brunes de 5 à 25 centimètres de diamètre. Ces taches peuvent présenter une teinte rosâtre sous la rosée matinale. Les symptômes de la fusariose sur le gazon diffèrent un peu selon la saison : la couleur des taches peut être grise, rose puis rouge-brun (fusariose hivernale), ou jaune à rousse (fusariose estivale). D’une zone de jeu à une autre, la dissémination du champignon s’effectue par le matériel d’entretien, la tonte, le piétinement, les éclaboussures ou les eaux de ruissellement.

Inefficacité de la bouillie bordelaise contre la fusariose

Il est crucial de dissiper une confusion fréquente : la bouillie bordelaise ne présente aucune efficacité contre la fusariose car cette maladie est causée par des champignons différents de ceux sensibles au cuivre. Inutile de traiter avec de la bouillie bordelaise : elle est inefficace contre la fusariose.

Le mode d’action est toujours le même : dès qu’une plante hôte se présente, les champignons pénètrent dans celle-ci par les racines et remontent progressivement vers les tiges. Ils envahissent alors peu à peu les vaisseaux, bloquant ainsi l’activité de la plante. Comme le champignon à l’origine de la fusariose peut rester dans le sol ou dans les débris végétaux d’une année sur l’autre, les méthodes de lutte doivent être strictement préventives.

Stratégies de lutte et mesures prophylactiques

Le traitement de la fusariose repose principalement sur des méthodes préventives car cette maladie reste difficile à soigner une fois installée. Il n'existe pas de traitement curatif efficace à ce jour. Les parties atteintes doivent être supprimées et les plantes trop malades détruites, mais surtout pas mises dans le tas de compost. Il convient de changer de suite la terre qui entourait les plantes détruites.

La rotation des cultures représente la mesure préventive la plus efficace contre la fusariose. Il convient d’éviter de cultiver des plantes sensibles au même endroit pendant au moins quatre années consécutives. Le choix de variétés résistantes ou tolérantes constitue une stratégie préventive durable. L’amélioration du drainage du sol limite les conditions favorables au développement de la maladie. L’apport de compost bien décomposé et de sable grossier allège les terres lourdes.

Pour le gazon, lorsque le climat est favorable au développement du champignon, ce n’est pas une méthode, mais un ensemble de bonnes pratiques qui permet de lutter efficacement contre la fusariose froide. Parmi ces pratiques : désinfecter les outils de coupe après chaque intervention, limiter l’humidité du feuillage à l’aide d’un agent mouillant, et privilégier des formes d’azote à libération lente. L’apport régulier de fer permet de bien assécher le gazon en condition humide, tout en améliorant la résistance au froid. Enfin, le travail du sol permet d’enfouir les débris végétaux contaminés et d’accélérer leur décomposition, réduisant ainsi l'inoculum pour la saison suivante.

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