La flore sauvage qui nous entoure recèle des trésors botaniques souvent méconnus. Parmi eux, le genre Geranium occupe une place de choix. Si les fleurs ornementales de nos balcons sont injustement nommées « géraniums », elles sont en réalité des Pélargoniums, membres de la même famille des Geraniaceae mais originaires d'Afrique du Sud. Le terme Geranium dérive du grec geranos, la grue, car les fruits des Géraniacées présentent généralement des pointes qui évoquent le bec d’un oiseau.

Le Géranium à feuilles rondes : Une vie urbaine discrète
Le géranium à feuilles rondes (Geranium rotundifolium) se développe notamment en milieu urbain sur les espaces que nous lui laissons, en l’occurrence ici un sol stabilisé dans la cour d’une maison d’un petit village. Cette plante annuelle se reconnaît à ses feuilles faiblement découpées, molles, très arrondies et marquées de points rouges à chaque sinus. Les feuilles au long pétiole présentent un point rouge à chaque sinus. Ses graines abondantes vont germer à la fin de l’automne pour pousser rapidement dès les premiers rayons de soleil et terminer leur cycle de végétation avant la sécheresse de l’été à venir.
Dans ce sol sableux, à quelques centimètres des pieds de géranium, un Stizus assidu, une femelle, est venu plusieurs jours durant creuser sa galerie quotidienne. L’insecte y a déposé à chaque fois des proies (Orthoptères) et un œuf. Il s'agit d'une annuelle qui fréquente les mêmes lieux que le Géranium mou. Les feuilles de Geranium rotundifolium présentent aussi des feuilles « rondes » palmatifides, mais opposées. Ses pétales ne sont pas (ou très peu) échancrés, avec un bord presque droit. Son coiffeur a un excellent coup de ciseaux : ses poils sont courts, dressés à la perpendiculaire et assez réguliers (parfois surmontés de minuscules glandes rougeâtres) : une jolie brosse !
Diversité et identification des Géraniums sauvages
Il existe en France 27 espèces de Géraniums, le plus souvent nitrophiles (amateurs d'azote). Pour les différencier, il convient de prêter attention à leurs feuilles, à leurs fleurs, à leurs fruits et surtout à leur pilosité.
Le Géranium mou : Le "Hair'Hissé"
Le Géranium mou (Geranium molle) est une annuelle qui aime la chaleur et colonise les cultures, les bords des routes et les terrains vagues. Ses poils sont denses, relâchés, de tailles inégales. Ses petites fleurs affichent cinq pétales échancrés. Ses feuilles douces à silhouette ronde sont souvent alternes, palmatifides, en cinq à sept lobes, chaque lobe étant lui-même divisé en trois à son extrémité.
Le Géranium des Pyrénées : Le "Fi'Hair"
Le Géranium des Pyrénées (Geranium pyrenaicum) est une vivace qui fréquente les décombres, les bords des chemins et les sols enrichis en azote. Ses feuilles opposées ont une silhouette ronde à la base. On peut le confondre avec le Géranium mou ; il s'en distingue par ses fleurs souvent plus grandes (jusqu'à 2cm de diamètre) aux pétales nettement échancrés, deux fois plus longs que les sépales. La pilosité de ses pétioles regroupe des poils minuscules, glanduleux et quelques rares longs poils épars : c'est un coiffé-décoiffé.

Le Géranium luisant : L'Imb'Hair'Be
Le Géranium luisant (Geranium lucidum) est une annuelle qui affectionne les vieux murs. Il dresse des feuilles « rondes » palmatifides, mais leur aspect est nettement luisant et charnu. Elles peuvent rougir avec l'âge. Les pétales de ses petites fleurs ne sont pas échancrés, leur bord est arrondi. Ses tiges et ses feuilles sont presque lisses et glabres, parfois rougeâtres. C'est le chauve de la bande !
Le Géranium découpé : Cut Kill'Hair
Avec le Géranium découpé (Geranium dissectum), une annuelle nitrophile, la silhouette des feuilles change de registre : elles sont très découpées, quasiment jusqu'au pétiole, en des lobes linéaires. Ses petites fleurs font au plus 5mm et sont brièvement pédonculées. Sur ses pétioles et sur ses feuilles, les poils sont hérissés.
Le Géranium colombin : Sup'Hair Man
Le Géranium colombin (Geranium columbinum) est une annuelle qui dresse également des feuilles très découpées, en des lobes linéaires, mais d'une couleur nettement plus glauque que le Géranium découpé. Ses fleurs sont plus grosses, jusqu'à 10mm, longuement pédonculées. Ses poils sont très appliqués sur les pétioles et sur ses feuilles.
L'Herbe-à-Robert : Un classique des jardins
L'Herbe-à-Robert (Geranium robertianum) appartient au clan des Geraniaceae. Elle doit peut-être son surnom à St Robert, évêque de Salzbourg, qui en découvrit les nombreuses vertus médicinales au 8ème siècle. La dentelle de ses feuilles palmatiséquées, pétiolulées, au contour triangulaire est reconnaissable au premier coup d’œil. En situation très exposée, l'Herbe-à-Robert - que certains surnomment la « Fourchette du diable » à cause de ses duos de fruits pointus - pigmente son feuillage tout en dentelle d'une coloration rouge vermillon.
Il existe une espèce très proche, le Géranium pourpre (Geranium purpureum), dont la répartition se concentre au sud d'une diagonale allant de Normandie jusqu’en Savoie. Les fleurs du Géranium pourpre sont plus petites, rose-pourpre vif, avec des anthères jaunes, alors qu'elles sont rouge/orangé chez l'Herbe-à-Robert.
Dossier géranium
Les insectes et les Géraniums : Une symbiose naturelle
Sur les poils de certaines espèces de Géraniums (comme G. robertianum, G. molle, G. rotundifolium et G. dissectum) vivent de minuscules chenilles dont l’aspect rappelle celui des cloportes. Elles appartiennent à une petite espèce de lépidoptère diurne appelée le Collier de corail (Aricia agestis). Ce papillon doit son nom au collier orange bordant ses ailes.
Un autre visiteur assidu est le Brun des pélargoniums (Cacyreus marshalli). Arrivé en France à la fin des années 1990 en provenance d'Afrique du Sud, il est aujourd’hui bien établi. Bien que la législation française le considère comme « nuisible », il n’est pas dommageable pour les jardinières. Ses œufs sont déposés sur les boutons floraux des Pélargoniums.
L'importance de la biodiversité locale
Comme le souligne le projet Flaune, qui met en image la flore de France et les animaux qui gravitent autour, la botanique est une science vivante. À côté du Géranium, on croise d'autres espèces remarquables :
- Digitalis lutea (la Digitale à petites fleurs) : une plante vivace rencontrée en sous-bois.
- Paliurus spina-christi (le Paliure) : un arbrisseau typique des milieux secs de l’Europe méridionale.
- Anacamptis pyramidalis (l’Orchis pyramidal) : une orchidée qui se développe dans les espaces herbeux secs et calcaires.
La préservation de ces espèces passe par une meilleure connaissance des milieux, qu'il s'agisse de vieux murs, de sols stabilisés ou de zones herbeuses. Il appartient à l'utilisateur de ce site de prendre toutes les mesures appropriées de façon à protéger ses propres données et/ou logiciels de la contamination par d'éventuels virus circulant sur le réseau Internet. Le Parc national de la Vanoise s'efforce de maximiser l'exactitude des informations mais ne peut la garantir ni en établir l'exhaustivité.

Les informations publiques figurant dans des documents communiqués ou publiés sont soumises à une réutilisation dans un standard ouvert, aisément réutilisable et exploitable par un système de traitement automatisé. Toute mise à disposition effectuée sous forme électronique en application du présent livre se fait dans ce cadre. Le montant maximum de l'amende est égal à celui prévu par l'article 131-13 du code pénal pour les contraventions de 5e classe lorsque des informations publiques ont été réutilisées à des fins non commerciales en méconnaissance des dispositions légales.
En observant ces « mauvaises herbes », on découvre une élégance naturelle qui n'a rien à envier aux variétés horticoles. Qu'il s'agisse du Myosotis des champs, de la Cymbalaire des murs ou de la Pâquerette, chaque plante apporte sa touche de « swag » - cette allure singulière et raffinée - à nos jardins, transformant le moindre recoin en un spectacle vivant et printanier.