Prêt pour une prairie fleurie colorée ou une récolte abondante dans le potager ? Réalisez un faux semis cette année et déjouez les mauvaises herbes ! La méthode du faux semis est une astuce utile pour réduire la pression des mauvaises herbes, constituant un moyen écologique de lutter contre elles. Cette technique déconcertante de simplicité permet de limiter l'invasion des mauvaises herbes dans les plates-bandes que l'on souhaite ensemencer. C'est une ruse de Sioux qu'il est nécessaire de planifier, car elle implique d'anticiper les semis deux à trois semaines à l'avance.
« L'art de la guerre consiste à soumettre l'ennemi sans combat. » C'est un peu le cas du faux semis, qui tend à favoriser le développement des herbes indésirables pour mieux les étouffer dans l'œuf. Un astucieux stratagème que n'aurait pas, en son temps, renié Sun-Tzu pour qui « tout art de la guerre est une duperie ».

Le Principe du Faux Semis : Stimuler la Germination Naturelle
La méthode consiste à préparer le sol comme si vous alliez semer, mais vous le laissez ensuite en jachère pendant un certain temps. En travaillant le sol, vous activez les graines de mauvaises herbes qui vont alors commencer à germer et à se développer, car elles sont maintenant en contact avec l'air et la lumière du soleil. La création d'un faux lit de semences stimule la germination naturelle des mauvaises herbes. Vous pouvez ensuite les enlever facilement, sans perturber le sol, et sans avoir recours à des pesticides chimiques.
Vous pouvez utiliser cette méthode avant le semis. Par exemple, avant de semer vos légumes préférés dans le potager ou de créer une prairie fleurie. Si vous en avez la possibilité et le temps, il est recommandé de le faire. En effet, il est plus facile d'éliminer les mauvaises herbes avant l'ensemencement que d'essayer de les supprimer après. La semence a maintenant pris une bonne avance sur les mauvaises herbes ! Semer après avoir appliqué la méthode du faux semis permet d'obtenir une prairie fleurie plus diversifiée et une récolte plus riche dans le jardin potager.
Préparation du Sol pour un Faux Semis Efficace
Pour réaliser un faux semis, vous pouvez suivre les mêmes étapes que pour un lit de semence ordinaire. Les légumes de votre potager poussent mieux en plein soleil, dans un endroit abrité, loin des arbres, des arbustes et de toute autre végétation dense. Presque toutes les cultures ont besoin d'environ 6 à 8 heures de soleil.
Vous êtes en train de poser les fondations de vos faux semis. Crachez ou labourez le sol à une profondeur de 15 à 20 centimètres. Labourez le sol en quelque sorte. Cette opération permet d'éliminer les mauvaises herbes présentes et d'assurer une bonne aération. Il est conseillé de commencer à préparer le terrain en juin ou en juillet.
Les sols sablonneux et les sols limoneux sont faciles à travailler. Si vous avez un sol argileux lourd, commencez à travailler le sol après quelques pluies. Utilisez un râteau ou une fourche pour niveler le sol. Si tout se passe bien, vous avez maintenant une surface lisse. Un sol bien nivelé est important pour garantir un bon ensemencement et une bonne germination.

Accélérer la Germination des Mauvaises Herbes
Après bêchage ou griffage, la terre est ratissée, émiettée et arrosée, sans qu'aucun semis ne soit effectué. Cette étape n'est pas nécessaire, mais elle accélère le processus. La combinaison de la lumière, de l'air (chaud) et de l'eau accélère la levée des mauvaises herbes. Il est difficile de dire exactement quelle quantité d'eau est nécessaire, cela dépend en effet du sol, des conditions météorologiques et de l'exposition du lit de semences au soleil.
Irrésistiblement, après quelques jours de latence, les premières graines d'herbes sauvages vont lever et se développer. Après deux à trois semaines, la plupart du potentiel germinatif du sol s'étant exprimé, il ne reste plus qu'à sarcler ces plantules indésirables. Un geste à effectuer avec beaucoup de délicatesse afin de ne pas remuer à nouveau le sol et de favoriser ainsi la germination d'autres graines en dormance. Ensuite, vous pouvez enlever les plantes indésirables en les binant légèrement. Si nécessaire, vous pouvez répéter cette opération une fois. Lorsque vous commencez à semer, nous vous recommandons de ne pas retourner le sol, car de nouvelles mauvettes herbes réapparaîtront.
La Crypto-banque de Graines du Sol : Un Enjeu Fondamental
Il y a dans le sol des milliers de semences végétales en dormance. En effet, afin de favoriser la survie de l'espèce, toutes les graines d'une même génération ne germent pas spontanément dès la saison suivante. Bien sûr, celles qui restent en latence à la surface du sol sont rapidement enterrées par les accumulations de sédiments et de matières organiques et doivent attendre, parfois très longtemps, les conditions favorables à leur germination. C'est ainsi que le bêchage, ou n'importe quel travail du sol préparatoire au semis, donne à des centaines d'entre elles la possibilité de s'épanouir, en leur faisant regagner la surface.
Cette "banque de graines" souterraine est un réservoir de biodiversité, mais aussi la source potentielle de futures infestations d'adventices. Comprendre son fonctionnement et sa composition est essentiel pour une gestion efficace des mauvaises herbes.
Comment lever la dormance des graines (partie 1 la théorie)
Concurrence Déloyale : L'Impact des Mauvaises Herbes sur les Cultures
Une fois qu'elles ont germé, ces plantules adventices entrent très vite en concurrence avec celles que le jardinier s'échine à faire lever. Non seulement en termes d'espace et de lumière, puisqu'elles ont tendance à étouffer les fleurs et les légumes naissants, mais aussi en termes d'eau et de nutriments.
C'est particulièrement le cas avec les semences à germination longue, comme la carotte, le persil, le céleri, le panais, le poireau ou la ciboulette, qui laissent tout le temps aux herbes indésirables, plus promptes à se développer, d'occuper le sol avant qu'elles n'apparaissent. C'est aussi le cas des plantes à faible développement, comme la mâche, qui sont facilement sujettes à l'étouffement.
Surveillance Rapprochée et Stratégies de Désherbage
Voici pourquoi les semis sont toujours surveillés de près par le jardinier, et régulièrement suivis d'un désherbage attentif et minutieux, de manière à extraire les plantules importunes et laisser toute la place aux cultures anthropiques. En effet, les légumes et les fleurs soumis à une concurrence non régulée des herbes indésirables produisent et fleurissent moins, quand ils ne disparaissent pas purement et simplement, noyés dans la masse.
La capacité à germer dans le temps comme dans le sol et la production de graines par pied renforcent le pouvoir de nuisibilité des mauvaises herbes. Avant de désherber, savoir à qui on a affaire se révèle bien utile, c’est une question de stratégie. Ce qui compte : bien cerner la période de levée de l’adventice ainsi que le stade où il faudra agir pour la détruire.

Les Matières Organiques et la Dispersion des Graines d'Adventices
Vulpin, brome, fétuque, pâturin… les graines de la famille des Poacées résistent bien dans les effluents d’élevage et les composts de déchets verts. L’azote fourni par le fumier composté favorise la germination estivale des graines d’adventices produites après l’apport du fumier. Les plantules seront ensuite détruites lors de la préparation du sol pour les semis d’automne.
Des chercheurs des centres Inra de Dijon et de Versailles-Grignon se sont intéressés au devenir des graines d’adventices présentes dans les effluents d’élevage et les composts de déchets apportés aux cultures. Les scientifiques ont mis en évidence que les matières organiques d’origine animale étaient celles qui renfermaient le plus de graines susceptibles de germer (jusqu’à 85 graines par kg de matière sèche).
Au total, une vingtaine d’espèces végétales ont été identifiées dans ces matières organiques : la majorité appartenait à la famille des Poacées (brome, fétuque, ivraie, pâturin et autre pied-de-coq…). On y trouvait également du trèfle et du blé tendre. Ces graines parviennent à résister dans le transit intestinal des animaux. Elles peuvent également être présentes dans les pailles des litières ou venir de la dispersion par le vent sur les lieux de stockage des effluents.
Le point sensible de ces matières organiques n’est pas tant la quantité de graines d’adventices qu’elles contiennent, mais la quantité d’azote qu’elles apportent et qui est susceptible de modifier le cycle de vie des adventices étudiées.

L'Impact de l'Azote et du Labour sur la Dynamique des Adventices
Les chercheurs ont simulé les effets de l’épandage de fumier composté, sur la dynamique d’adventices de la famille des Poacées, telles que le vulpin des champs. Ces simulations ont montré que dans les parcelles agricoles dépourvues d’adventices, l’apport de fumier composté peut être une source d’adventices. Par contre, dans les parcelles déjà infestées par des adventices, l’apport de fumier peut avoir un effet bénéfique.
En effet, l’azote apporté par le fumier composté favorise la germination estivale des graines d’adventices produites après l’apport du fumier. Or, les opérations culturales (travail du sol, traitements herbicides) pour préparer le sol au semis des cultures empêchent les jeunes plantes de terminer leur développement et de se reproduire à leur tour, contribuant à la diminution de l’infestation.
Par ailleurs, le fait d’enfouir le fumier par un labour réduit considérablement les effets sur les adventices : l’augmentation de l’infestation dans les parcelles initialement propres devient alors négligeable. En effet, le labour enfouit l’essentiel des semences à une profondeur où elles peuvent difficilement lever.
L’ensemble de ces travaux amène à considérer différemment les matières organiques d’origine végétale ou animale en termes de risque de développement des adventices. D’un côté, le stockage en fosse des lisiers dépourvus de litière prévient la dégradation des graines ; de l’autre, la montée en température des composts urbains favorise la dégradation des graines déjà peu présentes à la base.
Comprendre le Cycle de Vie des Mauvaises Herbes pour une Meilleure Gestion
Quand lèvent les mauvaises herbes ? En connaissant bien leur cycle, la rotation est optimisée en conséquence pour casser les cycles biologiques. La grande majorité des graines lèvent dans les premiers centimètres du sol. À 5 cm maximum, elles sont vite activées dès que les conditions climatiques sont réunies. Les levées souvent homogènes sont plus faciles à détruire.
Certaines graines lèvent profondément, au-delà de 10 cm : c’est le cas de la folle avoine. Le labour n’est pas très efficace sur cette mauvaise herbe. D’autres témoignent de plus de faculté d’adaptation. Ainsi, si la profondeur de germination optimum du vulpin se situe autour de 1,5 cm, des graines lèvent encore à 12 cm.
La viabilité d’une graine est caractérisée par le Taux annuel de décroissance dans le sol ou TAD. Il exprime le pourcentage de graines du stock d’une espèce qui se dégrade au bout d’une année d’enfouissement dans le sol. Les graminées ont des TAD élevés, donc sont vites dégradées. Le brome a même un TAD proche de 100 % ! Les dicotylédones ont par contre une plus longue durée de vie, surtout pour celles qui lèvent en été comme les renouées, amarantes. Une graine de coquelicot pourrait encore être viable au bout de 40 ans ! Cette caractéristique de l’adventice est encore plus dommageable si la plante a une forte aptitude à produire des graines.
Néanmoins, toutes les graines viables dans le sol ne lèveront pas forcément. Se greffe aussi la notion de dormance, propre à chaque espèce. Quant au germe, il rencontre de nombreuses barrières à franchir. Il faut qu’il puisse sortir de terre.
Comment lever la dormance des graines (partie 1 la théorie)
Production de Graines et Seuils de Nuisibilité
La grenaison, liée à une espèce, fluctue selon les conditions pédoclimatiques de la parcelle. Un coquelicot sur chaume produit 20 000 graines par pied. En couvert spontané, il multiplie par deux sa productivité avec 40 000 graines par pied !
De nombreux travaux ont permis d’établir pour les principales adventices le nombre de pieds/m² à partir duquel une chute de 5 % du rendement est observée. Une folle avoine a un seuil de 10 pieds/m² dans le nord et de 15 à 20 dans le sud. La reconnaissance de la graminée est plus facile à son stade 3 à 4 feuilles.
Il est crucial de connaître ces seuils de nuisibilité pour prendre des décisions éclairées concernant le désherbage. Agir avant que l'infestation n'atteigne ces niveaux critiques permet de préserver le rendement des cultures.
