La culture des rosiers modernes, véritables joyaux de nos jardins, repose sur une technique ancestrale aux implications techniques majeures : le greffage au collet. Cette pratique permet non seulement de multiplier fidèlement des variétés hybrides aux qualités esthétiques et olfactives exceptionnelles, mais aussi de les doter d'une vigueur exceptionnelle en les associant à des racines robustes. Comprendre le point de greffe, son rôle et les méthodes pour le manipuler est essentiel pour tout jardinier souhaitant garantir la pérennité et la santé de ses rosiers.

Comprendre le rôle du point de greffe
La majorité des rosiers actuels comportent un point de greffe que de nombreux jardiniers examinent avec méfiance lorsqu'il s'agit de l'enterrer. Les rosiers actuels sont souvent greffés. Une variété choisie pour ses caractéristiques esthétiques (beauté de la fleur, abondance de la floraison, parfum…) est greffée sur un porte-greffe résistant, ce qui permet d'obtenir des plantes offrant toutes les qualités requises pour être appréciées des jardiniers. Le porte-greffe permet de mieux résister au froid, à l'humidité ou à un sol bien spécifique (pH acide, sol argileux…) ainsi qu'à diverses maladies.
Le point de greffe qualifie la partie où le greffon a été fixé sur le porte-greffe. On le reconnaît au bourrelet qu'il forme sur la tige. Sur les rosiers classiques, il est situé un peu au-dessus du collet (partie correspondant au point de jonction entre les racines et la tige). Les branches se forment toujours après le point de greffe, mais parfois il arrive que le porte-greffe reprenne le dessus ; des branches sortent alors sous le point de greffe. Ces rejets, appelés gourmands, doivent être surveillés car ils risquent de pomper l'énergie du rosier au détriment de la variété greffée.
Plantation : Faut-il enterrer le point de greffe ?
Le jardinier se trouve parfois fort dépourvu devant le point de greffe au moment de la plantation d'un rosier. Tout dépend en fait de la région et de l'époque de plantation. Dans les régions douces et en sol humide, le rosier sera planté avec un point de greffe apparent. Inutile de l'enterrer. Partout ailleurs, il est préconisé d'enterrer le point de greffe, sur environ 2 cm de profondeur afin de le protéger du froid et d'éviter que le porte-greffe ne produise des gourmands.
Des buttages seront réalisés chaque semaine durant les deux premiers mois pour maintenir le point de greffe enterré. Dès le printemps, la butte de protection pourra être ôtée. D'une manière générale, si votre sol retient l'humidité en excès, pensez à assurer un bon drainage avant la plantation et préférez couvrir le point de greffe avec un épais paillage de feuilles mortes pour éviter que des maladies cryptogamiques ne s'attaquent à cette partie sensible, surtout si elle est constamment baignée de boue.
La technique de l'écussonnage : Multiplication et vigueur
Contrairement au bouturage, l'écussonnage permet de croiser les qualités du porte-greffe avec celles du greffon. La greffe en écusson, inventée en 1849 par un Lyonnais, Jean-Baptiste Guillot, consiste à implanter sur un rosier porte-greffe l'œil que vous aurez prélevé sur le rosier que vous souhaitez multiplier. Cette opération, qui, si elle n'est pas toujours couronnée de succès, mérite d'être tentée puisqu'elle permet d'associer à la résistance d'un porte-greffe donné des qualités ornementales du greffon.
La greffe en écusson tire son nom de la forme particulière de la partie d’écorce portant l’œil qui, ainsi prélevé, a quelque ressemblance avec un écu d’armoirie. La soudure des deux individus ainsi mis en contact se fait par prolifération des deux couches de cellules jeunes situées entre le bois et l’écorce. Pour réussir, il faut travailler sur des sujets bien en sève, utilisant des greffons bien aoûtés, c’est-à-dire dont la tige, bien que juvénile, a un tissu suffisamment solide.
Comment greffer un rosier ? 🌹
Le processus technique étape par étape
L'opération se déroule durant la période de montée en sève, entre mi-juillet et mi-septembre, août demeurant le mois le plus indiqué. Sur le porte-greffe, et sans entamer le bois, pratiquez une incision en T au niveau du collet sur toute l'épaisseur de l'écorce (comptez 2 cm pour la barre horizontale de votre T et 3 cm pour la coupe verticale). À l'aide d'un greffoir, soulevez ensuite les bords de l'entaille pour y insérer votre greffon. Enfin, rabattez l'écorce autour du greffon. Ligaturez sans trop serrer avec un bout de raphia ou une bandelette spéciale afin que le greffon adhère à son porte-greffe.
Le jour du greffage et uniquement ce jour, faites une entaille en forme de T juste au-dessus du collet. La lame doit être enfoncée jusqu'au bois. Lorsqu'il est bien enfoncé, coupez le bord de l'écusson qui dépasse, qui est la partie tenue. Après 3 semaines, le pétiole tombe en laissant une marque verte, signe que le greffon est vivant. C’est au printemps qui suit que l’œil débourre. À ce stade, il est important d'ôter votre ligature afin de ne pas étrangler la tige lorsque le nouveau rameau aura atteint 5 cm. En février ou mars, taillez le porte-greffe à environ 3 cm au-dessus du greffon.
Le choix stratégique du porte-greffe
Le porte-greffe est l'intermédiaire entre le rosier et le sol. Au palmarès des porte-greffe, on trouve les Rosa canina, Rosa laxa et Rosa multiflora.
- Rosa canina (églantier commun) : Il reste le plus facile à trouver. Il est utilisé en tant que porte-greffe pour les rosiers pleureurs ainsi que les rosiers tige. Il offre une bonne résistance au froid et aux sols calcaires, bien que son enracinement soit parfois jugé médiocre.
- Rosa coriifolia var. froebelli (surnommé ‘Laxa’) : Pour buissons et grimpants. Il présente peu d’épines, est vigoureux et offre une bonne compatibilité avec les sols lourds et calcaires, bien qu'il soit sensible à la sécheresse.
- Rosa multiflora : Il donne des rosiers vigoureux ayant une longévité moyenne. Il est particulièrement adapté aux sols normaux ou acides.
Comparaison avec les autres méthodes de multiplication
Si l'écussonnage est la technique la plus fréquente, d'autres méthodes existent selon les besoins des professionnels et des amateurs. Le bouturage est surtout employé pour les rosiers paysagers (rosiers arbustifs et rosiers couvre-sol) ainsi que pour les mini-rosiers. La bouture herbacée est prélevée sur un sujet sain, trempée dans une hormone de bouturage, et placée dans un substrat composé d'un mélange de sable et de tourbe.
La multiplication végétative in vitro est une méthode peu utilisée pour des raisons de coûts de revient trop importants. Des bourgeons sont prélevés sur des pieds-mères sains et déposés stérilement sur un milieu nutritif gélosé. Après plusieurs repiquages et sous l’action de différentes hormones, les bourgeons axillaires se développent pour obtenir une touffe de jeunes pousses. Enfin, le greffage par incrustation sur racine est parfois pratiqué par les professionnels en avril, sous un abri chauffé, pour gagner du temps.
Enjeux et suivi professionnel
Avant de vous être vendu, un rosier doit être multiplié et élevé. Dans les pépinières, comme chez Lens Roses, le greffage est un moment clé. Le bois à greffer est récolté pendant le mois de juillet, conservé au réfrigérateur à basse température et forte humidité afin de rester frais. Après le greffage, la plante passe l'hiver tranquillement. Au printemps suivant, le porte-greffe est taillé juste au-dessus de l’œil pour stimuler le développement du nouveau rejeton.
Cette jeune pousse est ensuite pincée plusieurs fois pour favoriser une ramification à la base. Ce travail demande précision, savoir-faire et, surtout, une année de plus avant d'arriver dans vos jardins. Pour les rosiers achetés en pots, six mois de plus sont encore nécessaires. Chaque année, les jardiniers assurent des relevés de terrain dans la roseraie au mois de juin pour vérifier la qualité des plants. En respectant ces étapes, le greffage demeure un moyen efficace et respectueux de l’environnement pour obtenir des rosiers vigoureux, résistants et esthétiquement parfaits.
