Greffage de vigne : une technique essentielle pour un vignoble résistant et productif

Vigne greffée avec point de soudure visible

Le greffage de la vigne est une pratique ancestrale qui permet de combiner les qualités de différentes variétés de vignes afin d'obtenir des plants plus résistants et productifs. Que vous soyez un viticulteur expérimenté ou un amateur passionné, maîtriser l’art du greffage vous aidera à améliorer la qualité de vos vignes et à préserver votre vignoble. Cette technique est devenue une pratique courante suite à l’invasion dévastatrice du phylloxéra au 19ème siècle, un petit insecte ravageur qui a décimé une grande partie du vignoble européen, poussant les viticulteurs à adopter des techniques de greffage pour sauver leurs vignes.

Les fondements du greffage de la vigne

Le principe du greffage repose sur l'assemblage de deux parties distinctes : le porte-greffe et le greffon. Le porte-greffe est la partie inférieure, comprenant le système racinaire, souvent sélectionné pour sa résistance aux maladies du sol, aux ravageurs comme le phylloxéra, ou pour son adaptation à des types de sols spécifiques. Le greffon est la partie supérieure, qui donnera la variété de raisin souhaitée, choisie pour ses qualités organoleptiques, sa productivité ou sa résistance à certaines maladies aériennes. Cette union permet de tirer parti des meilleures caractéristiques de chaque élément, créant un plant de vigne hybride plus robuste et adapté à son environnement.

Pourquoi greffer la vigne ?

Le greffage de la vigne est une technique essentielle pour tout viticulteur souhaitant améliorer la qualité et la résistance de son vignoble. Bien que demandant de la pratique et de la patience, cette méthode offre de nombreux avantages et permet une grande flexibilité dans la gestion des cépages. L'une des raisons principales est la protection contre le phylloxéra, un insecte qui a détruit 70% de la production viticole française vers 1880. En utilisant des porte-greffes issus d'hybrides américains résistants au phylloxéra, il est possible de cultiver des cépages européens sensibles à ce ravageur.

Au-delà de cette protection fondamentale, le greffage permet de :

  • Adapter la vigne aux conditions du sol : Le choix du porte-greffe s'adapte aux caractéristiques du terroir. Par exemple, le Fercal convient aux sols calcaires et secs grâce à sa résistance à la sécheresse, tandis que le R110 trouve sa place dans les terrains sableux où ses qualités spécifiques s'expriment pleinement.
  • Modifier l'encépagement rapidement : Le surgreffage est une technique qui permet de changer de cépage sur des vignes déjà en place, sans avoir à arracher et replanter.
  • Réparer des vignes malades ou vieillissantes : Le regreffage en fente offre une solution curative pour les pieds atteints par les maladies du bois, permettant de conserver un système racinaire adulte et fonctionnel.
  • Améliorer la productivité et la qualité : En combinant les meilleurs traits du porte-greffe et du greffon, on peut obtenir des vignes plus vigoureuses et des raisins de meilleure qualité.

Schéma illustrant la composition d'un plant de vigne greffé

Les différentes méthodes de greffage de la vigne

Il existe plusieurs méthodes de greffage, chacune adaptée à des situations spécifiques. Le choix de la période de greffage dépend de la technique utilisée et des conditions climatiques de votre région.

1. La greffe en fente

La greffe en fente représente la technique la plus courante pour les débutants. Cette méthode consiste à fendre verticalement le porte-greffe et à y insérer les greffons préalablement taillés en biseau. Cette méthode est particulièrement adaptée pour le surgreffage des vignes en place. Elle est également très utilisée pour le regreffage en cas de maladies du bois, où elle offre une solution curative pour les pieds atteints.

Le regreffage en fente peut se pratiquer sur des ceps dont le porte-greffe est vivant car seule la partie aérienne est malade ou morte. Cette technique a l’avantage de se pratiquer sur une période plus souple et potentiellement moins occupée, à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Il est cependant conseillé de réaliser cette technique lorsque les risques de refroidissement brutal sont moindres car l'arrêt de la montée de la sève après le greffage est la cause majeure des échecs constatés pour cette technique. Dans le cas de pieds de vigne dépérissant cette technique peut être utilisée, mais il faut agir dès la première année de déclaration des symptômes de feuillage rougissant. Il faut alors veiller à prélever des bois à regreffer sur une parcelle différente, plantée avec des clones non dépérissants. Pour les parcelles atteintes de maladies du bois, il faut veiller à ce que le porte-greffe ne présente pas de nécroses.

Le taux de réussite du regreffage en fente varie de 60 à 80%, pouvant atteindre 90% dans des conditions optimales.

Illustration des étapes de la greffe en fente

2. La greffe à l'anglaise

La greffe à l’anglaise offre une alternative intéressante pour les porte-greffes de petit diamètre. Cette technique nécessite une coupe oblique sur le greffon et le porte-greffe, créant une surface de contact plus importante. Cette technique est souvent utilisée pour la production de plants greffés-soudés en pépinière. La greffe à l’anglaise se pratique généralement en février-mars, avant le débourrement de la vigne.

3. Le greffage par chip bud (greffe en chip-budding ou à l'œil)

Le greffage par chip bud se pratique avec un bourgeon prélevé sur un sarment aoûté. Cette méthode permet de greffer la vigne au moment de la montée de sève, généralement en mars. Cette méthode est particulièrement adaptée pour le surgreffage des jeunes vignes. Pour une greffe en Chip-bud, on réalise une incision de la forme du greffon dans le tronc écorcé du pied à surgreffer, à l’aide d’un couteau spécial (greffoir).

4. Le greffage en T-bud (greffe en T)

Le surgreffage en T-bud ou greffe en T ne peut se faire qu’à une période où l’écorce du tronc secolle facilement, c’est-à-dire vers la floraison, quand la sève monte assez fortement. Dans cette variante, l’incision du tronc prend la forme d’un T : on incise d’abord le tronc sur quelques centimètres de haut en bas, puis on réalise deux encoches perpendiculaires, en soulevant l’écorce.

Château de la Mole I Greffage en Chip-bud au domaine de la Mole

Le surgreffage : une solution économique et rapide

Le surgreffage est une technique qui permet de changer de cépage sur des vignes déjà en place, sans avoir à arracher et replanter. Cette technique permet de modifier l’encépagement d’un vignoble en une seule année et donc de ne perdre qu’une seule récolte. Sur ce point, il présente un sérieux avantage sur la restructuration par arrachage-replantation qui entraîne la perte d’au moins trois récoltes (davantage si l’on souhaite un repos du sol assez long).

Autres avantages : le palissage est conservé et le système racinaire étant préservé, les premières années de production ne donnent pas forcément du vin « jeune ». Ce changement rapide de cépage est un moyen d’être plus réactif vis-à-vis de la demande du marché et de tester assez vite les potentialités d’un cépage sur ses terroirs.

Le coût du surgreffage varie de 1,35 à 2,05 euros par pied en prestation. Cette solution reste moins onéreuse qu’un arrachage-replantation complet. Le coût d’un surgreffage réalisé en prestation de service est variable suivant la quantité de pieds à surgreffer et peut varier de 1,35 à 2,05 € HT par pied. Les travaux de préparation et d’entretien sont à la charge du viticulteur. Même en tenant compte des primes à l’arrachage, le surgreffage s’avère en moyenne moins cher. Les formalités administratives sont proches de celles d’un arrachage-replantation.

Préparation et conservation du matériel végétal

Pour que le surgreffage réussisse, il faut prélever de bons porte-greffons et bien les conserver jusqu’à l’opération de greffage. Les greffons sont récoltés un mois avant la campagne de greffage. Les longs rameaux (parfois une douzaine de mètres) de porte-greffes sont récoltés dans les vignes mères. Ce sont des hybrides américains résistants au phylloxéra.

On peut sélectionner les sarments porte-greffons en hiver, au moment de la taille, avant les pleurs de la vigne dans tous les cas. Mieux vaut éviter les sarments portant des bourgeons cotonneux car ils se dessècheront plus vite. Et choisir des sarments assez rectilignes, d’1m environ et de diamètre uniforme. Ensuite, ces porte-greffons doivent être conservés en fagots, à l’abri du froid, du vent et de la lumière : idéalement dans des sacs, dans une chambre froide. Les greffons se stockent en chambre froide à 3°C avec 95% d’humidité.

Avant de prélever les greffons, mieux vaut vérifier que les sarments porte-greffons sont bien verts et que les bourgeons qui serviront de greffons sont bien frais. On peut en couper quelques-uns pour contrôler qu’ils sont bien verts et non cotonneux.

La préparation des greffons nécessite une attention particulière. Il faut tremper les sarments dans l’eau pendant deux jours avant utilisation. La découpe inférieure, en V biseauté sur une hauteur de 2 à 3 cm, est réalisée à l’aide d’une machine à découper les greffes. Cette opération peut se faire à la main également, mais le geste est assez technique. Les greffons ainsi préparés sont conservés le temps du chantier de greffage dans une boîte hermétique, enveloppés dans un mouchoir humide. La qualité du biseau conditionne la réussite de la soudure entre le greffon et le porte-greffe.

Les outils nécessaires au greffage

Le matériel nécessaire au greffage comprend des outils spécifiques et de qualité. Un greffoir bien aiguisé, une scie, un sécateur et un couteau fin d’un millimètre d’épaisseur constituent l’équipement de base. L'hygiène joue aussi un rôle important dans le processus de greffage. Des outils propres et désinfectés limitent les risques d'infection pour les plants.

Le prélèvement des yeux peut se faire à l’aide d’une lame spéciale - greffoir - ou grâce à une pince mise au point par Worldwide Vineyards. Pour la découpe et l'assemblage des greffons et porte-greffes, des machines à greffer sont utilisées, assurant précision et efficacité.

Les étapes clés pour un greffage réussi

Pour réussir vos greffes de vigne, il est essentiel de suivre quelques conseils clés. Tout d’abord, choisissez judicieusement votre porte-greffe en fonction de votre type de sol et de sa résistance aux maladies locales. Cette sélection minutieuse assurera une base solide pour votre nouvelle vigne. Ensuite, veillez à utiliser du matériel végétal sain, tant pour les greffons que pour les porte-greffes. La maîtrise de la technique est également primordiale. Avant de vous attaquer à vos précieuses vignes, entraînez-vous sur des sarments de rebut. Cette pratique vous permettra d’affiner vos gestes et d’acquérir la confiance nécessaire.

Préparation du porte-greffe et du greffon (exemple de la greffe en fente) :

  • En février : prélever des greffons sur de beaux ceps. Les bois prélevés doivent être d’un beau diamètre afin d’avoir suffisamment de réserves.
  • En mars, 2 à 3 jours avant la greffe : préparer une cuvette autour du pied de vigne et couper (à la scie et à quelques centimètres au-dessus du sol) juste sous le point de greffe, afin de "laisser pleurer" le porte-greffe pour ne pas engorger le greffon à venir. Ameublir la terre autour du pied afin de faciliter le buttage de la greffe qui aura lieu lors du greffage.
  • Le jour de la greffe : préparer les greffons. Découper des bois en tronçons de 2 yeux. La découpe inférieure, en V biseauté sur une hauteur de 2 à 3 cm, est réalisée à l’aide d’une machine à découper les greffes ou à la main. Les greffons ainsi préparés sont conservés le temps du chantier de greffage dans une boîte hermétique, enveloppés dans un mouchoir humide.

Réalisation de la greffe :

  • Fendre le porte-greffe verticalement à l’aide d’une hachette et d’une massette.
  • La zone fendue est ensuite entourée et serrée avec de la ficelle de chanvre ou de jute (dégradable).
  • Écarter la fente à l’aide d’un tournevis plat ou d’une petite lame et insérer un greffon sur un des deux côtés de la greffe. Les cambiums - zones périphériques du bois vivant où sont présents les vaisseaux de l’année, situées juste sous l’écorce - du porte-greffe et du greffon doivent coïncider sur la partie externe du pied de vigne. Le bourgeon du bas du greffon est orienté vers l’extérieur du tronc, les hormones du bourgeon facilitant la soudure avec le bois juste en dessous.
  • Une fois inséré, le greffon est mis en compression au niveau de la fente en tapotant dessus avec un petit marteau. D’où l’intérêt de ceinturer préalablement la fente avec la ficelle, rendant l’opération plus facile.
  • On peut à ce stade pratiquer une double greffe (si le diamètre du tronc le permet) avec un greffon inséré à chaque extrémité de la fente, mais les greffons ne faisant jamais exactement la même épaisseur, la jonction des tissus risque d’être moins bonne sur une des deux greffes. Le meilleur côté à greffer se distingue souvent par des pleurs plus abondants de ce côté.

Matériel de greffage et greffon préparé

Protection et soins post-greffage

Une fois la greffe réalisée, sa protection est essentielle. Utilisez du mastic ou de la paraffine pour préserver vos greffes des intempéries et du dessèchement. Ces barrières protectrices favoriseront une cicatrisation optimale. Le trempage est réalisé : la paraffine recouvre totalement le greffon et le point de greffe.

Après la pose des greffons, débutent de gros travaux d’entretien. Les soins post-greffage déterminent le taux de réussite de l’opération. Il faut éviter la déshydratation et l’infection du point de greffe.

  • Installer le tuteur, l’attacher au fil porteur.
  • Faire une butte autour de la greffe. La terre doit recouvrir entièrement le greffon de façon à le protéger du froid et à maintenir une humidité favorable à la soudure des tissus. On peut aussi entourer le pied d'un manchon et le remplir de sable pour recouvrir la greffe.
  • Les jours qui suivent le chantier de surgreffage sont consacrés à la décapitation des pieds surgreffés : on élimine ainsi la concurrence de l’ancienne végétation pour la croissance du greffon. Néanmoins, il est important de conserver un rameau porteur qui sert de tire-sève et maintient la vitalité du cep.
  • L’épamprage des ceps doit être soigné, afin que le greffage prenne bien.
  • Fin mai- début juin, défaire les buttes. Au fil de la pousse, sélectionner le plus beau rameau et l’attacher. Ébourgeonner le reste. Dans la mesure du possible, conserver le rameau situé dans le flux de sève qui est normalement celui du bas, situé sur l’extérieur.
  • Le greffon est fragile les premières années : attention au travail du sol. On peut sécuriser l’installation en installant un double tuteur.

Suivi et entretien des vignes greffées

Le travail ne s’arrête pas à la greffe elle-même. Un suivi régulier de l’évolution de vos greffes est nécessaire. Tout au long du processus de greffe, on surveille intensément les plants. Il ne faut pas que le plant forme un gros bourrelet.

L’entretien des vignes greffées comprend plusieurs interventions spécifiques. L’épamprage élimine les pousses indésirables, tandis que l’arrosage maintient une humidité suffisante. La surveillance phytosanitaire s’intensifie après les travaux de greffage. Les traitements préventifs à base de bouillie bordelaise ou de soufre protègent contre les principales maladies fongiques. Au niveau phytosanitaire, seul le mildiou peut poser problème.

La production de plants en pépinière suit des normes strictes garantissant l’identité génétique et l’état sanitaire.

Questions fréquentes sur le greffage de vigne

  • Quel est le meilleur moment pour greffer la vigne ?Le moment idéal dépend de la technique utilisée, mais généralement entre février et juin, en évitant les périodes de gel. La période de greffage s’étend de février à août selon la technique choisie.
  • Comment faire une greffe de vigne ?Il existe plusieurs méthodes, dont la greffe en fente, à l’anglaise et en écusson. Choisissez la technique la plus adaptée à votre situation et suivez les étapes détaillées dans cet article.
  • Quand greffer à l’anglaise ?La greffe à l’anglaise se pratique généralement en février-mars, avant le débourrement de la vigne.
  • Comment greffer un pied de vigne ?Pour greffer un pied de vigne existant, la technique de surgreffage en fente ou en chip-budding est souvent utilisée.
  • Quel est le taux de réussite du regreffage en fente ?Le taux de réussite du regreffage en fente varie de 60 à 80%, pouvant atteindre 90% dans des conditions optimales.
  • Combien coûte le surgreffage de la vigne ?Le surgreffage en prestation coûte entre 1,35 et 2,05 euros par pied, hors préparation et entretien.
  • Pourquoi greffer la vigne sur porte-greffe américain ?Le greffage sur porte-greffe américain protège contre le phylloxéra, insecte qui a détruit 70% de la production viticole française vers 1880.

Carte de la propagation du phylloxéra en Europe au 19ème siècle

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