L'Art du Greffage des Arbres Fruitiers : Fondements, Techniques et Enjeux

Le greffage est une compétence essentielle qui permet de maîtriser un aspect central de la multiplication des variétés aussi bien fruitières que ornementales. Cette technique ancestrale, dont on dit qu’elle est née en Orient il y a plus de 3000 ans, reste souvent l’unique moyen de préserver et de produire les variétés sélectionnées. L’immense diversité des arbres cultivés, qu’ils soient fruitiers ou ornementaux, va se déployer à partir de cette extraordinaire découverte, transmise au fil des siècles à travers des générations de paysans. Et le jardinier ou l’arboriculteur qui s’y adonne aujourd'hui prennent place au sein d’une très longue lignée par laquelle l'inestimable trésor des variétés fruitières et ornementales sont parvenues jusqu’à nous.

Schéma illustrant les différentes techniques de greffage : en fente, en écusson et en couronne

Les fondamentaux du greffage et la physiologie de l'arbre

Savoir greffer permet d'appréhender le développement, la bio-inspiration, ainsi que la relation entre porte-greffes et greffons. Dans les greffes ordinaires, l’influence du porte-greffe domine celle du greffon. La floraison est plus précoce. En créant de nouvelles combinaisons entre différents porte-greffes et différentes variétés fruitières, l’homme a changé la conduite des arbres fruitiers, leurs tailles et tout cela en fonction de besoins qui facilitent la production de masse, il a aussi modifié leur résistance et leur durée de vie.

Naturellement, l’emploi de remèdes chimiques est venu combler une partie de ces désordres induits, les fragilités mais également les carences. La greffe est susceptible de modifier la durée de vie normale de la plante. D’après ce qu’on sait de certains arbres fruitiers, le greffage tendrait dans ce cas-là à diminuer la durée de vie de la plante. Ce qui n'est pas naturel étant a priori plus fragile que ce qui est naturel, les porte-greffes nanisants durent moins longtemps. Ils chopent d'ailleurs toutes sortes de maladies et de parasites.

Typologie des arbres selon leur mode de greffage

La hauteur de greffe détermine structurellement le développement futur de l'arbre fruitier :

  • Basse-tige : greffe basse au raz du sol, porte-greffe peu vigoureux, développement 2 à 4 mètres environ.
  • Demi-tige : greffe à 1 mètre du sol environ, porte-greffe vigueur moyenne, développement 3 à 5 mètres environ.
  • Haute-tige : greffe à 2 mètres du sol, porte-greffe vigoureux, très grand développement.

Les basses tiges sont plantées pour être taillées sévèrement (palmettes, haies fruitières). Les hautes tiges sont souvent destinées à devenir des arbres de plein vent, pas taillés au-delà d'une taille de formation les premières années. Dans mon imagination, un arbre fruitier de basse ou moyenne tige et doté d’un porte-greffe forcément peu vigoureux va entrer plus vite et plus fortement en production. Ainsi « bridé », notre fruitier sera plus tôt sollicité, par déduction logique il sera plus fragile et donc plus sujet aux maladies et attaques. A contrario, un franc va prendre son temps pour se développer, la nature et les propriétés de son système racinaire restent en harmonie avec sa structure.

Infographie comparant le développement racinaire et aérien selon le type de porte-greffe

Le rôle du "Franc" et la diversité génétique

Le terme « franc » peut s'appliquer à tout plant issu de semis. Pour obtenir une variété résistante et comestible par les croisements, il a fallu soixante ans d’efforts au total. Le simple fait de faire se polliniser un porte-greffe pour en tirer des pépins entraîne de facto une recombinaison génétique. Les pépiniéristes spécialisés dans les porte-greffes ont des arbres mère pour cela. La fécondation est contrôlée, n’importe quel pollen pourrait entraîner des variantes.

Il est conseillé d’acheter des francs issus de sélections qui les rendent plus homogènes et qui peuvent présenter des certificats de bon état sanitaire : Bittenfelder, semis de Rose de Benauge, semis de Reinette du Mans, Clozeau. Le franc de semis a comme avantage de bien résister à de mauvaises conditions de culture et d’être très vigoureux et très productif. Ayez en tête qu’un petit pépin de pomme insignifiant a le pouvoir de faire un arbre qui donnera 10 tonnes de fruit au cours de sa vie.

Pédagogie et pratique au verger

Le greffage sur fruitiers sauvages consiste à greffer des arbres qui ont poussé naturellement sur vos terrains. Le greffage est un outil pour approcher l’état de forêt fruitière, ou forêt jardin. Les stages ont lieu dans un jardin pédagogique comprenant, outre des arbres fruitiers de plein vent, un verger palissé de variétés récentes et un conservatoire variétal d’espèces fruitières bourguignonnes.

Lorsque les bases théoriques sont assurées, on aborde la pratique au verger, d’abord en groupe, pour que chacun gagne de l’assurance, puis chaque stagiaire taille seul des arbres. Si les élèves le souhaitent, ils peuvent apporter des photos de leur jardin et de leurs arbustes fruitiers pour discussion en groupe. Les transferts de compétences reposent sur des situations pédagogiques proches du vécu de chaque stagiaire. L’accent est mis sur la pratique.

La greffe en fente

Matériel et outils pour débuter

Tous les outils nécessaires au bon déroulement de chaque atelier sont mis à disposition le temps de la journée. Si vous souhaitez vous équiper avant la formation, nous vous conseillons d’acquérir un greffoir pour les droitiers ou pour les gauchers. Un greffoir si vous en avez un c'est le top, ou sinon procurez-vous un Opinel N°7 ou N°8 avec lame carbone (idéalement, bien mieux que l'inox) c'est parfait pour débuter. La lame est fine, s'aiguise bien, ça se trouve partout et ça ne coûte pas cher. Évitez surtout les couteaux épais mal aiguisés.

Le matériel comprend l'achat de fournitures et leur livraison pour le bon déroulement du stage (Buddy tape, consommables divers, élastiques de greffage, mastic, etc.). En fonction des stages et des greffons que j'aurai réussi à récupérer, certaines variétés que l'on greffera seront des variétés anciennes et rustiques qui n'existent tout simplement pas chez les grandes surfaces de jardinage et se trouvent uniquement chez certains pépiniéristes spécialisés ou lors de bourses aux greffons de collectionneurs.

La conduite de l'arbre et les enjeux futurs

Depuis que les hommes se sont sédentarisés et mis à l’agriculture, les sélections et les greffes évoluent, c’est une histoire collective de partage et de transmission. Il y a une douzaine d'années, j'ai décidé de me former spécifiquement en arboriculture fruitière. C'est là que j’ai étudié la taille douce, la conception et plantation de vergers, le greffage, etc. Tout un panel allant de la reconnaissance du sol à la transformation des fruits.

En parallèle, j'ai approfondi la physiologie et la lecture et la conduite de l’arbre avec différents experts. Il existe aujourd'hui des sélections qui peuvent tout à fait se passer de greffage et ce dans toutes les catégories commerciales de rosiers, par exemple. Le rosier de bouture présente des avantages novateurs mais ce n’est pas une panacée. La question demeure : peut-on imaginer un travail de pépinière idéal visant une production de bonne qualité et en quantité suffisante pour nourrir tout le monde, tout en préservant la longévité des arbres ? La réponse réside sans doute dans un équilibre entre rusticité, respect des cycles naturels et transmission des savoir-faire ancestraux.

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