Le greffage est une pratique ancestrale qui consiste à assembler deux plantes complémentaires afin d’obtenir un nouvel individu combinant leurs qualités respectives. Cette technique de multiplication végétative permet notamment d'adapter des arbustes à des conditions de sols différentes, d’obtenir des récoltes plus précoces et de conserver des variétés fruitières. En effet, lorsque l'on greffe, on clone un végétal, préservant ainsi la génétique d'un arbre dont on apprécie les fruits, à l'inverse du semis qui verra naître un arbre aux caractéristiques génétiques différentes.
La plante hôte est appelée le "porte-greffe". C’est la plante la mieux adaptée au terroir, celle qui plonge ses racines dans le sol. On choisit un porte-greffe en fonction de son adaptabilité à un sol donné et/ou pour la qualité de son système racinaire. Le greffon, quant à lui, contient le patrimoine génétique de l’arbre sur lequel il a été prélevé et est sélectionné pour son fruit. Ainsi, sur le merisier sauvage du fond du jardin, il devient possible de récolter des cerises burlat !
Pourquoi Greffer ? Les Avantages du Greffage
La greffe offre de nombreux avantages pour les jardiniers souhaitant optimiser leurs cultures fruitières et ornementales.
Préserver et Multiplier les Variétés
Le greffage permet de cultiver rapidement une variété rare ou patrimoniale dont on souhaite conserver les caractéristiques (goût, résistance, floraison, etc.). Si votre voisin possède une variété de pommier que vous adorez, vous pouvez en récupérer des branches l’hiver pour les greffer sur un pommier de votre verger ! Il est vrai que vous auriez pu récupérer les graines des fruits pour les semer, mais c’est très long, et le résultat (dans dix ans…) pourrait être un hybride entre la fameuse variété du voisin et le pommier sauvage de la haie d’à côté ! Alors que la greffe vous assure de récolter la fameuse variété du voisin !
Adapter un Arbre à son Sol ou son Climat
Le porte-greffe (la partie qui fournit le système racinaire) est choisi pour sa résistance à certaines maladies, sa tolérance à un type de sol ou sa rusticité. Ainsi, même un arbre fruitier délicat peut s’épanouir si l’on utilise un porte-greffe adapté aux conditions locales (sol calcaire, climat froid, etc.). Donc, si sur votre terrain il y a des pêchers sauvages qui se ressèment depuis des lustres, cette variété sauvage (qui est très bien adaptée à votre terrain) est le candidat idéal pour accueillir des greffons d’abricotier ou d’une superbe variété de pêches.
Gagner du Temps et Obtenir des Fruits plus Rapidement
Un arbre greffé entre plus vite en production qu’un arbre issu de semis. Cela permet de gagner plusieurs années : si on prend l’exemple d’un châtaignier, à partir d’un semis, il faudrait attendre entre 10 et 20 ans avant d’en récolter les fruits. Si on part d’une greffe sur un arbre existant, il faut entre 3 et 5 ans pour pouvoir récolter les fruits. Les poiriers greffés sur aubépine produisent généralement leurs premières poires trois à cinq ans après la greffe.
Maîtriser la Vigueur et la Taille de l’Arbre
Selon le choix du porte-greffe (nanisant, semi-nanisant, vigoureux, etc.), on peut influer sur la taille, la forme et la productivité de l’arbre. Cela facilite l’entretien et la récolte.
Une Pratique Accessible
Le greffage peut sembler impressionnant, mais il existe plusieurs méthodes et types de greffage, toutes accessibles aux jardiniers qui souhaitent expérimenter cette méthode de multiplication passionnante et peu coûteuse. En respectant certaines règles (dates, compatibilité des essences, hygiène et protection des greffes), il est tout à fait possible d’y arriver. Pour notre part, nous avons commencé à greffer des châtaigniers en couronne (en 2023), et alors que c’était la première fois que nous greffions, nous avons obtenu un taux de réussite de plus de 50 %. Multiplier les expériences permet de se faire la main et d’augmenter ses chances de réussite. Aussi, se faire accompagner par une personne qui l’a déjà fait peut être intéressant et apporter un soutien !

Les Fondamentaux du Greffage
Trois principes de base régissent tous les types de greffe : respecter la bonne période ; mettre en contact les cambiums* du porte-greffe et du greffon pour assurer la circulation de la sève entre les deux végétaux ; greffer deux plantes compatibles, généralement faisant partie du même genre botanique (il existe cependant des cas particuliers). Un préalable : prélever un greffon sur une plante productive et saine, exempte de maladies.
Le cambium est un tissu végétal entre le bois et l'écorce, correspondant à une zone de multiplication cellulaire. L'alignement parfait des tissus conducteurs (le cambium) du greffon et du porte-greffe est la clé du succès d’une greffe.
Compatibilité des Essences et Choix du Porte-Greffe
Le porte-greffe et le greffon doivent être des espèces végétales apparentées pour que la greffe fonctionne. En général, on greffe au sein d’un même genre (ex. Malus sur Malus) ou d’une même famille proche (ex. poirier sur cognassier, tous deux dans la famille des Rosacées, genre Pyrus vs Cydonia).
Les porte greffes
La Greffe du Prunier sur Aubépine : Un Cas Spécifique
Transformer un prunellier en prunier est une démarche qui illustre parfaitement la permaculture : observer ce que le terrain offre déjà, et l’orienter vers plus d’abondance sans rien détruire. L’aubépine sauvage (aubépine blanche) est un porte-greffe rustique que les agriculteurs et jardiniers du coin considèrent trop souvent comme de la végétation à éliminer. Transformer une aubépine en poirier ou un prunellier en prunier, c’est bénéficier d’un système racinaire déjà parfaitement établi dans votre sol local, adapté à votre pH, à votre pluviométrie, à vos hivers namurois. Un arbre greffé sur sauvageon local est infiniment plus résilient qu’un fruitier acheté en pépinière sur porte-greffe standardisé.
Cependant, il est important de noter que certaines variétés de poires ont une mauvaise affinité avec le cognassier et l’aubépine, comme la Williams. L’incompatibilité se manifeste en pépinière ou plus tard en verger. Dans ce dernier cas, le diamètre du tronc de la variété est supérieur à celui du porte-greffe, et l’arbre présente une faible densité de ramifications. Des essais de greffages sur aubépines en 2013, qui avaient pourtant bien démarré et bien poussé, ont stagné en 2014 après la replantation, ce qui prouve que la Williams est incompatible avec l’aubépine, comme le cognassier.
Il y a une dizaine d’années, j’ai greffé de la poire sur une aubépine pour tester les dires des anciens. Le résultat : la variété inconnue pousse mieux que les demi-tiges greffés sur franc que j’avais achetés. Je pense pouvoir avoir d'aussi bons résultats avec mes greffes de poiriers sur aubépine. J'en tiendrai compte cet été et tâcherai d'écussonner la plupart des aubépines avec du Beurré Hardy ou Lebrun.
Autres Essences et Leurs Porte-Greffes Recommandés
Voici un large tour d’horizon des principales essences d’arbres et arbustes que l’on greffe couramment, accompagné des porte-greffes les plus utilisés ou recommandés, en se concentrant sur les fruitiers et les ornementaux ligneux.
Pommier (Malus domestica)
- Porte-greffes courants : Pommier franc (semis de pommier), Cotoneaster (effet nanisant), Certains pommiers ornementaux (Malus sylvestris, Malus Evereste) pour plus de rusticité.
- Types de greffes conseillés : Greffe en fente (pour jeunes porte-greffes ou branches de petit diamètre), Greffe à l’anglaise (simple ou compliquée, sur diamètres proches), Greffe en écusson (notamment en été, sur jeunes sujets), Greffe en couronne (pour gros diamètres ou pour changer de variété).
Poirier (Pyrus communis)
- Porte-greffes courants : Poirier franc (semis de Pyrus communis), Cognassier (Cydonia oblonga) pour des formes plus compactes. Le cognassier offre l’avantage par rapport au franc de conférer aux variétés des formes plus réduites à la mise à fruit plus rapide. L’aubépine (Crataegus monogyna) est possible dans certains cas (compatibilité parfois partielle). Comme la poire Williams est incompatible avec le cognassier, on utilise généralement ‘Doyenné du Comice’ en porte-greffe intermédiaire.

Les Différents Types de Greffes
Il existe plusieurs méthodes de greffage, qui diffèrent selon plusieurs critères : le type d’essence à greffer, l’âge du porte-greffe, les conditions climatiques (risques de vents, de pluie, etc.) et aussi les habitudes du greffeur.
Les Greffes d'Été (à œil dormant)
Contrairement aux greffes de printemps, qui se font à œil poussant* et dont la croissance est rapide, les greffes d’été sont effectuées à œil dormant. Le greffon est prélevé juste avant le greffage. La soudure s'effectue rapidement, tandis que l’œil attend le printemps suivant pour repartir en végétation et se développer. En attendant, il dort, d'où le nom !
La Greffe en Écusson (ou en T)
La greffe la plus utilisée au cours des mois de juillet et août est celle en écusson. Elle possède deux avantages : elle limite les gaspillages de greffons (un seul œil est suffisant pour réaliser le greffage) et au bout de deux semaines, vous pouvez savoir si la greffe a pris.
Mode d'emploi :
- Préparation du porte-greffe : Arrosez-le régulièrement durant les deux semaines qui précèdent le greffage, puis supprimez rameaux et feuilles se trouvant sur la zone à greffer.
- Entaille en T : À l’aide d’un greffoir, effectuez sur la partie nettoyée, une entaille en forme de T. Pour cela, enfoncez la lame jusqu’à ce que vous sentiez une résistance (le bois du porte-greffe). Écartez délicatement l’écorce. Celle-ci doit se décoller sans aucune difficulté ; si ce n’est pas le cas, cela signifie que le porte-greffe n’est pas suffisamment en sève. La greffe ne prendra pas.
- Prélèvement de l'écusson : Sur un rameau de l’année du sujet à multiplier, choisissez un œil développé, situé à l’aisselle d’une feuille. Supprimez la feuille en laissant une partie du pétiole puis, à l’aide du greffoir, découpez l’écorce tout autour de l’œil, sur une longueur d’environ trois centimètres. L’idéal est de ne pas prélever le bois (cœur de la tige), tout en prenant soin de ne pas évider l’arrière de l’œil.
- Insertion de l'écusson : À l’aide de la spatule du greffoir, soulevez les bords de l’incision en T puis insérez l’écusson. Si, après l’avoir bien enfoncée, la partie haute de l’écusson dépasse de la barre horizontale du T, coupez-la.
- Ligature et observation : Finissez la greffe en la ligaturant avec du raphia ou des bandelettes spéciales en caoutchouc. Observez le pétiole ; si au bout de 15 jours, le pétiole tombe en laissant une cicatrice verte sur l’écusson, la greffe a pris.
- Développement au printemps : Au printemps suivant, l’œil va se développer. Lorsque le nouveau rameau atteint une trentaine de centimètres, rabattez le porte-greffe à environ 10 cm au-dessus de la greffe.
La greffe en écusson est utilisée durant l’été, sur la plupart des arbres fruitiers ou ornementaux, et particulièrement sur les rosiers. Fruitiers : Abricotier, amandier, cerisier, châtaignier, cognassier, kaki, kiwi, néflier, olivier, oranger, pêcher, pommier, poirier, prunier… Ornementaux : Alisier, amélanchier, aubépine, charme, cognassier du Japon, cotonéaster, lilas, rosier.

Greffe en Fente
Le greffage en fente est l’une des méthodes les plus utilisées pour multiplier les arbres et arbustes à feuilles caduques. On pratique une entaille dans le sujet (souvent étêté juste avant l’opération) afin d’y insérer un greffon taillé en biseau sur deux faces, en forme de coin. Le greffon, généralement muni de deux ou trois yeux, s’ajuste ainsi au plus près des tissus du porte-greffe. Si la branche du sujet est de taille moyenne, on ne place qu’un seul greffon ; pour de plus fortes sections, on peut en insérer plusieurs autour de la coupe.
Les périodes de prédilection sont le printemps (de mars à avril dans la plupart des régions, plus tôt dans le sud) et la fin de l’été ou l’automne (d’août à octobre), lorsque la sève se ralentit et que le greffon reste dormant jusqu’au retour de la végétation. Il est essentiel de préparer des greffons frais : pour les espèces délicates, on les prélève au dernier moment, en veillant à bien les conserver (eau, sable humide ou protection paraffinée). Après la mise en place, on protège la greffe du dessèchement (mastic, papier, mousse) et on évite toute pousse prématurée en fin de saison, car un jeune rameau trop tendre risque de geler durant l’hiver.
J’ai repéré deux pieds d’aubépine monogyne qui poussaient dans la zone semi-sauvage au nord de mon terrain. En janvier, j’ai prélevé des greffons de poirier Conférence sur le vieux poirier du voisin. Mi-avril, quand les premières feuilles de l’aubépine ont pointé, j’ai réalisé deux greffes en fente. Sur la première aubépine, j’ai glissé deux greffons. Sur la seconde, deux également. Début mai, j’ai vu les premiers bourgeons des greffons s’ouvrir sur les deux porte-greffes. Quatre greffons sur quatre avaient repris. J’ai sélectionné le greffon le plus vigoureux sur chaque aubépine, supprimé l’autre, et éliminé tous les rejets sous le point de greffe.

Greffe à l’Anglaise (Simple ou Compliquée)
La greffe à l’anglaise consiste à assembler un sujet et un greffon de même diamètre, taillés chacun en biseau sous le même angle. On maximise la zone de contact en ajoutant des languettes ou des encoches qui s’imbriquent l’une dans l’autre. Une fois liés, il est conseillé de tuteurer l’ensemble, surtout si le sujet est jeune et vigoureux. On desserre la ligature dès que la soudure est assurée, afin d’éviter tout étranglement.
Le moment idéal se situe au printemps (mars-avril), mais on peut également greffer en fin d’été (août-septembre) quand la sève ralentit. En général, on étête le sujet pour y insérer un seul greffon (de deux à quatre yeux), bien que les porte-greffes plus robustes puissent en recevoir plusieurs. Cette technique, appelée “copulation”, est très polyvalente et largement utilisée, notamment en Angleterre, d’où son nom.
Les porte greffes
Greffe en Couronne
La greffe en couronne est idéale pour rajeunir ou changer la variété de gros troncs, au moment où l’écorce se décolle facilement (printemps, dès que la sève monte). On coupe le sujet en amont (quelques semaines ou à l’automne précédent) pour favoriser la reprise. Le greffon, prélevé en hiver et conservé au frais, doit être prêt à l’emploi (écorce vive, sans débourrer).
On retaille la plaie du sujet juste avant de glisser le greffon entre l’écorce et l’aubier (sans forcer : l’écorce se soulève d’elle-même grâce à la sève). Le pied du greffon est taillé en biseau (type “pied-de-biche”), débarrassé de sa moelle pour mieux s’ajuster. En cas de gros troncs, on dispose plusieurs greffons en laissant un intervalle d’au moins cinq centimètres. Après insertion, on effectue une ligature modérée et on protège l’ensemble avec un mastic (ou onguent) pour éviter dessèchement et déchirures. Sur un tronc ras du sol, on peut butter jusqu’aux bourgeons supérieurs du greffon pour limiter le dessèchement et parfois stimuler l’apparition de racines. Enfin, si le climat est froid, une greffe en couronne tardive (juillet-août) reste envisageable, à condition d’utiliser des greffons suffisamment lignifiés ou bien conservés.
Par chez nous, les discussions tournent autour des greffes du châtaignier, et tout le monde s’accorde à dire que la greffe en couronne est la plus adaptée à nos vieux vergers à restaurer.

Greffe par Approche
Le greffage par approche est l’une des plus anciennes méthodes, décrite dès l’Antiquité et observable naturellement lorsque deux branches se soudent en forêt. Au lieu de séparer le greffon de son arbre-mère, on rapproche simplement deux tiges ou branches, qu’on incise sur une surface identique (même étendue de bois et d’écorce) afin de favoriser leur contact. Maintenues ensemble par une ligature, elles continuent chacune de se nourrir via leurs racines ou leur branche-mère, sans être effeuillées. Après une saison de soudure, on sectionne le lien du greffon avec sa plante d’origine (le « sevrage »), et celui-ci vit alors de ses propres racines ou de celles du sujet.
Cette technique se pratique de mars à septembre, sur des végétaux ligneux ou encore herbacés. On peut ainsi “réparer” un arbre mal formé ou garnir des zones dénudées (pêchers, érables, etc.). Selon les cas, on adapte la forme de l’entaille (en placage, en incrustation, à l’anglaise). Que l’on travaille sur deux arbres distincts ou sur une branche du même arbre (arc-boutant), le principe reste le même : le greffon conserve sa ramure au-dessus de la greffe et n’est séparé de sa base d’origine qu’une fois la soudure confirmée.
Récolte et Conservation des Greffons
Le succès de la greffe dépend en grande partie de la qualité et de la bonne conservation des greffons.
Quand et Comment Prélever ses Greffons ?
Pour la plupart des fruitiers à pépins (pommiers, poiriers) : on prélève les greffons en plein hiver (décembre à février) lorsqu’ils sont en dormance. Pour les fruitiers à noyaux (pêcher, abricotier, prunier, cerisier) : la récolte se fait souvent à la fin de l’hiver, juste avant le débourrement, voire en tout début de printemps. Pour les agrumes : la période varie selon le climat, mais on cible souvent la période où la plante est en repos relatif. Pour le rosier : prélèvement de bourgeons en juillet-août si on pratique la greffe en écusson, ou en hiver pour d’autres techniques.
La sélection du bois est cruciale : il faut choisir des rameaux de l’année précédente, bien aoûtés (mûrs), avec des bourgeons sains. Éviter les bois trop frêles ou trop vigoureux. Les greffons doivent être prélevés sur un arbre en dormance, au cœur de l'hiver (janvier/début février). Pour cela, choisissez un arbre productif et en bonne santé, et surtout un arbre dont vous appréciez les fruits. Les greffons se récupèrent lors des tailles hivernales chez les voisins, dans les vergers conservatoires, lors des trocs de greffons organisés par Natagora ou les associations d’arboriculteurs amateurs belges.

Conservation des Greffons
Après la coupe, on retire les feuilles éventuelles et on étiquette chaque variété. On enroule les greffons dans un linge légèrement humide ou de la mousse, puis on place le tout dans un sac plastique hermétique. On peut les stocker dans le bac à légumes du réfrigérateur (entre 2 °C et 5 °C), en veillant à ce qu’ils ne dessèchent pas et ne pourrissent pas. Certains jardiniers conservent leurs greffons en jauge (enterrés verticalement) dans un sable humide, dans un endroit frais (cave, garage). Une fois les greffons récoltés, il est important de bien les étiqueter et de les conserver dans un lieu frais et humide en attendant le greffage en mars-avril.
Calendrier de Prélèvement des Greffons (exemples indicatifs)
- Pommiers/Poiriers : décembre à février
- Cerisiers/Pruniers : janvier à mars
- Pêchers/Abricotiers : janvier à février (mais parfois juste avant le débourrement)
- Rosiers : juillet-août (bourgeons pour écusson) ou en hiver selon la méthode
- Agrumes : souvent fin de l’hiver dans les régions méditerranéennes, sinon adapter selon le climat
- Vigne : en hiver (quand les sarments sont au repos)
Ces dates varient en fonction du climat local. Au sud de la France, on peut parfois prélever plus tôt qu’au nord. Adaptez-vous au débourrement (moment où les bourgeons commencent à gonfler) pour avoir un bois bien dormant.
Matériel et Hygiène
La greffe ne nécessite pas d’outillage professionnel coûteux. Le sécateur est un outil indispensable, pour le jardinier, l’arboriculteur, le viticulteur, etc. Gardez vos outils de taille affûtés, pour assurer une santé parfaite aux végétaux. Le couteau à greffer est l’unique outil indispensable qui doit être acheté neuf ou d’occasion en bon état. Une lame parfaitement affûtée est non négociable : une coupe nette cicatrise bien, une coupe déchirée ouvre la voie aux maladies.

Le raphia naturel - pour ligaturer les greffes. J’utilise du raphia de récupération, issu de vieux liens de jardin. Le raphia de récupération, issu de vieux liens de jardin ou de bottes de paille, remplace parfaitement le raphia neuf. Le mastic de greffe à l’eau - en petite quantité, pour protéger les surfaces de coupe de la dessiccation. Utilisez un couteau de greffage bien aiguisé, toujours désinfecté entre deux opérations, afin de limiter les contaminations. Après avoir inséré le greffon, on ligature avec du raphia, du ruban adhésif de greffage ou un élastique spécial, puis on protège éventuellement avec du mastic à greffer pour éviter le dessèchement ou l’intrusion d’eau.
Erreurs Courantes à Éviter lors du Greffage
Le succès d'une greffe repose sur la précision et le respect de certaines règles. Voici les erreurs les plus fréquentes qu'il faut absolument éviter :
Greffer Trop Tôt, avant la Montée de Sève
Une greffe réalisée en mars sur un porte-greffe encore en dormance a peu de chances de reprendre. La sève doit circuler activement pour que le cambium soit réceptif.
Utiliser un Couteau Mal Affûté
Une lame qui déchire les fibres au lieu de les couper net produit des surfaces irrégulières où le contact cambial est insuffisant, compromettant la soudure.
Ne Pas Aligner les Cambiums
C’est l’erreur technique la plus fréquente chez les débutants. Le cambium est une couche de quelques millimètres seulement. Si l’écorce du greffon est légèrement décalée vers l’intérieur du porte-greffe, le contact est nul et la greffe échoue.
Laisser les Rejets sous le Point de Greffe
Un rejet oublié sur le porte-greffe peut devenir une grande branche en quelques semaines et priver le greffon de la sève montante. Ce point est capital : si un rejet de l’aubépine ou du prunellier est laissé en place, il peut prendre le dessus sur le greffon et l’étouffer progressivement. Surveillez et entretenez : une fois la greffe réalisée, surveillez régulièrement la soudure. Si des rejets apparaissent sur le porte-greffe en dessous du point de greffe, supprimez-les pour ne pas concurrencer le greffon.

Négliger la Protection Contre le Vent
Les greffes fraîches sont vulnérables au vent pendant les premières semaines. Un mouvement répété du greffon rompt le callus en formation. Les versants nord du Condroz, exposés aux vents dominants de nord-est, présentent des conditions plus difficiles pour les greffes : dessiccation plus rapide, gelées plus tardives.
Greffer sur des Porte-Greffes Malades ou Stressés
Une aubépine envahie par des pucerons ou affaiblie par la sécheresse n’a pas l’énergie nécessaire pour nourrir un greffon. Le porte-greffe doit être en bonne santé pour assurer la réussite de la greffe.
Oublier de Sélectionner un Seul Greffon quand les Deux Reprennent
Laisser deux greffons se développer simultanément crée une fourche faible au point de greffe. Cette structure est fragile sous le poids des fruits et cassera inévitablement après quelques années. Dès que je constate la reprise des deux greffons, je sélectionne le plus vigoureux et je supprime l’autre.
Les porte greffes
Greffer sur des Sauvageons Existants
Les haies bocagères namuroises regorgent d’aubépines monogyne et épineuse, de prunelliers, d’alisiers - autant de porte-greffes rustiques que les agriculteurs et jardiniers du coin considèrent trop souvent comme de la végétation à éliminer. Greffer sur une aubépine existante ne coûte rien si vous récupérez vos greffons sur un fruitier voisin - ce que font volontiers la plupart des jardiniers expérimentés autour d’Havelange. Sur dix greffes réalisées, six à sept reprennent en moyenne avec une technique correcte. L’économie est également significative. Un poirier en pépinière coûte entre 25 et 60 euros selon la taille et la variété.
Je sélectionne des aubépines ou prunelliers dont le tronc principal mesure entre 1 et 3 cm de diamètre au point de greffe envisagé. Trop fin, le porte-greffe est fragile. Je coupe net le tronc à la hauteur souhaitée - dans mon cas, entre 1,20 m et 1,50 m du sol pour passer au-dessus du niveau de broutage des chevreuils. Une observation importante pour le Condroz : les chevreuils sont nombreux dans nos zones semi-bocagères. Ils broutent systématiquement les jeunes fruitiers à une hauteur précise - entre 80 cm et 1,20 m du sol.
Dans mon design, les fruitiers greffés sur sauvageons occupent la strate arborée haute (4 à 8 m à maturité) et la strate arborée basse (2 à 4 m). Les aubépines non greffées de la haie constituent la strate arbustive dense qui abrite la faune auxiliaire : mésanges, rouges-gorges, hérissons.

Balcon ou terrasse : La greffe sur sauvageon n’est pas applicable en pot. Grand terrain avec haies bocagères : Le potentiel est immense.