Dynamiques de peuplement et indicateurs de progrès : une analyse multidimensionnelle

La question du peuplement, qu’il s’agisse de l’évolution démographique locale, nationale ou mondiale, ne peut plus être appréhendée par le seul prisme des chiffres bruts. Si la croissance des populations - qu’elle soit observée dans le département du Var ou à l’échelle de la planète - demeure un indicateur clé pour les politiques publiques, elle se heurte désormais à la nécessité de repenser nos outils de mesure du bien-être et de la sécurité. Cette analyse croise les enjeux de la démographie territoriale, les nouvelles méthodes d’évaluation du progrès humain et les comportements sociétaux, à l’instar de la pratique de l’escalade.

carte de la densité de population urbaine et rurale

Les dynamiques démographiques locales : le cas du Var

Localement, dans le 83, on note un gain de 5,5% d’habitants sur la période observée. On recensait alors 1,12 million de Varois. Parmi les villes les plus peuplées, elles sont une majorité à afficher une courbe ascendante, à l’image de Toulon. De 2017 à 2023, le nombre de Toulonnais et de Toulonnaises a grimpé de 172.000 à 179.000. Ce qui représente une augmentation de 4%.

D’autres communes illustrent cette forte attractivité : Fréjus, par exemple, est passée de 52.600 âmes en 2017 à 59.700 (+9,7%). La hausse est encore plus prégnante à Six-Fours-les-Plages (+13%) et à Sanary-sur-Mer, où la variation est de +11,64%. Saint-Maximin-la-Sainte-Baume n’est pas en reste (+9%), ainsi que Roquebrune-sur-Argens (+8,4%) et Ollioules (+6,3%). Mais la plus forte progression est à mettre à l’actif de Cuers. La commune comptait presque 2.000 résidents de plus sur ce laps de temps (+16,1%). Il nous faut aussi souligner que peu des principales localités du département ont perdu des citoyens. Elles ne sont que deux en réalité, à savoir La Seyne-sur-Mer (-0,4%) et La Valette-du-Var (-0,8%).

Au-delà du PIB : vers une mesure holistique du progrès

Même les personnes n'ayant aucune notion ni aucun intérêt pour l'actualité économique ont probablement déjà entendu parler du PIB, fréquemment cité dans les grands médias comme l'indicateur du progrès. En termes simples, le PIB représente la somme de tout ce qu'un pays produit et vend ; toutefois, les économistes savent depuis des années qu'il ne permet pas de brosser un tableau complet de la réalité. Par exemple, le travail non rémunéré - tel que la prise en charge d'enfants ou de membres de la famille en situation de handicap - n'est pas comptabilisé comme un facteur positif. Les indicateurs d'inégalité ne sont pas pris en compte, pas plus que le coût de la pollution ou de l'exploitation des ressources.

Cette situation est problématique, car elle génère des incitations et des objectifs inadaptés pour l'élaboration des politiques publiques. L'absence d'indicateurs plus nuancés pour mesurer le progrès figure depuis longtemps parmi les préoccupations de la communauté internationale ; cette question a été relancée il y a un an, lorsque le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a lancé son Groupe d'experts de haut niveau sur l'initiative « Au-delà du PIB ». Ce document propose la première feuille de route mondiale émanant des Nations Unies pour dépasser l'indicateur limité qu'est le PIB ; il présente des arguments convaincants en faveur de l'utilisation d'un ensemble d'indicateurs plus large pour orienter l'élaboration des politiques et la prise de décisions.

schéma comparatif entre PIB et indicateurs de bien-être

Les enjeux du vieillissement et des flux migratoires

À une échelle plus large, la population mondiale croît au rythme le plus lent depuis 1950. Les pays développés connaissent une chute importante du taux de fécondité. A l'échelle mondiale, il s'établit à 2,3 enfants par femme. Le vieillissement de la population et la diminution de la natalité sont bien documents depuis plusieurs années - même si cette dernière accélère notablement ces dernières années, en particulier parce que le dérèglement climatique et les menaces de guerre dissuadent un nombre croissant de jeunes couples à faire des enfants.

Les magistrats financiers font ce constat : le seuil de fécondité, aujourd’hui à 1,62 enfant par femme, plaçant la France « sous le seuil de renouvellement des générations ». Par ailleurs l’arrivée à l’âge de la retraite des « baby-boomers » et l’allongement de l’espérance de vie font grimper de façon mécanique la part des séniors dans la population. Cette situation a - et aura - de multiples conséquences économiques, avec un poids accru de la part de non-actifs dans la société. Le deuxième impact concerne les finances publiques : une moindre population active implique moins de rentrées de cotisations sociales.

Sociologie des nouvelles pratiques : l’exemple de l’escalade

L'étude géographique de la population n'est pas réductible à son approche démographique. Elle s'exprime aussi par les dynamiques culturelles et sportives. Avec la multiplication de l’offre de salles d'escalade, apparaît une population de néo-grimpeurs citadins. Cette évolution fait débat dans le milieu. L’escalade, en voie de gentrification ? Jusqu’en 2010, on comptait une centaine de salles sur le territoire environ, c’était plutôt des petits clubs, des associations de passionnés… Depuis le sport a été introduit aux JO de 2020, mais surtout des chaînes de salles privées sont arrivées en France et avec elles une urbanisation et une massification de la pratique.

Pratiquer le bloc, cela ne renvoie pas tout à fait les mêmes signaux que d’aller à la muscu ou de faire du pilate. Il y a un petit côté chic et décalé. La grimpe renvoie à tout une légende libertaire et anticonformiste, celle du grimpeur qui dort dans son van et enchaîne les parois en free solo. En fait, l’escalade ça n’est pas vraiment un sport de riches, c’est plutôt la discipline de ceux qui ont un fort capital culturel.

À 60 ans, Alain Robert grimpe sans corde dans le Verdon

Sécurité et comportements : une étude scientifique

En ce début d’année, la FFME (Fédération française de la montagne et de l’escalade) a mis en ligne l’une des études les plus poussées qui soient sur les pratiques sécuritaires des grimpeurs, en salle ou en falaise. Réalisée en collaboration avec l’université d’Aix-Marseille, ECORE (Étude des Comportements à Risque en Escalade Sportive) est donc basée sur le décryptage des habitudes concernant les manips de base tout en identifiant ensuite le processus de raisonnement qui a amené à certaines prises de décisions peu pertinentes : pas de noeud d’arrêt, pas de vérifications, saut d’un point de mousquetonnage, pas de port du casque…

Il ressort que les variations en matière de sécurité ne sont quasiment pas influencées par le sexe des grimpeurs, tandis que précaution et vigilance diminuent au fur et à mesure que le niveau en escalade augmente. « 3,4 % des grimpeurs qui s’encordent avec un noeud de chaise ne font pas de noeud d’arrêt ! 29 % le jugent inutile ! ». D’une manière générale, il est constaté que l’escalade demeure un « sport à risques », toutes proportions gardées, se soldant au maximum - dans cet échantillon - par une fracture ou une entorse, et qu’il est relativement courant d’avoir un souci au cours d’une carrière un peu longue (entre 8 et 60 ans de pratique, 40 % des grimpeurs ont été victimes d’un accident), et cela quel que soit son niveau.

Vers une gestion globale des défis de population

La gestion des populations impose une vision intégrée, allant de l’aménagement du territoire local à la compréhension des flux migratoires mondiaux, en passant par l'analyse des comportements citoyens. Si les décideurs politiques ne sont pas encore totalement organisés pour traiter de façon globale la question démographique, l'adoption de nouveaux indicateurs, comme le suggère l'initiative « Au-delà du PIB », constitue une étape nécessaire.

La croissance démographique localisée, comme celle observée dans le Var, montre que les dynamiques ne sont pas uniformes. Elles nécessitent des réponses adaptées, qu'il s'agisse d'infrastructures pour les nouveaux arrivants ou de politiques de santé et de sécurité pour une population dont les habitudes de vie, comme le montre l'étude ECORE, évoluent rapidement sous l'influence de l'urbanisation et de nouvelles aspirations sociales. L'articulation entre ces données chiffrées et la réalité vécue par les citoyens reste le défi majeur des années à venir.

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