Guide complet sur la vie et les risques liés aux organismes dans le compost

Le compostage est devenu une pratique essentielle, voire obligatoire, pour de nombreux particuliers. Pourtant, au cœur de cette transformation naturelle de nos déchets en humus, une question revient fréquemment : que sont ces « vers blancs » que l’on y découvre, et quels sont les risques pour le jardin ou la santé ? Comprendre l'écosystème complexe qui s'active sous nos yeux est la clé pour transformer ses biodéchets en un fertilisant riche et sain.

Schéma simplifié de la biodiversité dans un bac de compostage montrant les différents niveaux de décomposition

La vie invisible : les moteurs du compostage

Faut-il ramener les petites bêtes du compost pour démarrer un premier cycle de compostage ? Non… Champignons, bactéries et moisissures indispensables au compostage sont présentes ou en germe sur les débris végétaux. Les mouches, moucherons et cétoines y pénètrent tout naturellement en volant pour s’y développer. Les bacs de compostage sont posés à même le sol. Les bacs à compost peuvent également être posés sur un sol en stabilisé ou en gravier par exemple. Il est donc inutile de décaisser l’espace de compostage pour ramener de la terre végétale.

Une poignée de compost abrite des millions de micro-organismes dont la majorité est invisible. On trouve plusieurs millions de bactéries dans un gramme de terre. Elles sont essentielles et agissent tout au long du processus de compostage dans le bac, puis se chargent de l’humification et de la minéralisation dans le sol. Elles sécrètent des enzymes et les excrètent à l’extérieur pour attaquer les biodéchets humides et riches en azote. Ces éléments de plus petites tailles profitent également à d’autres bactéries qui les digèrent à leur tour… et ainsi de suite. Une fois nourries, les bactéries se scindent en 2. Elles multiplient ainsi leur population toutes les heures, provoquant la montée en température (70°) au démarrage du compostage. En effet, les bactéries sont aérobies : elles ont besoin d’oxygène.

Les champignons se développent dans les matières sèches carbonées : le bois, les feuilles mortes, les tiges sèches, le broyat. Ce sont donc les champignons, avec leur odeur caractéristique de forêt qui décomposent les végétaux âgés, riches en lignine et en cellulose. Les champignons peuvent être unicellulaires (levures) ou organisés en chaines cellulaires constituant du mycélium qui recouvre souvent d’un feutre blanchâtre les tiges et fragments de broyat. Le stade de développement des champignons dans le compost lui donne un aspect « cendreux ». Les biodéchets sont méconnaissables et le broyat est enrobé d’un feutrage grisâtre. Celui-ci apparaît après la montée en température provoquée par les bactéries. L’action des champignons dans le compost comme dans le sol est complexe. On estime à plusieurs centaines de kilomètres par m2 de terre les filaments de champignons, formant un réseau essentiel pour transporter l’eau et les éléments minéraux. Ce sont des bactéries ramifiées, les actinomycètes, qui dégradent comme les champignons la lignine et la cellulose du bois et des tiges et des feuilles.

Les macro-organismes : les architectes du compost mûr

Lorsque la température passe sous les 30° arrivent les macro-organismes : cloportes, mille-pattes, coléoptères, collemboles, acariens, et donc les fameux vers de fumier. C’est la phase de maturation du compost. Ces macro-organismes digèrent les matières molles qui sont alors réduites en particules de taille de plus en plus petite en passant par le tube digestif puis en étant de nouveau attaquées par les micro-organismes. Puis vient la phase finale, qui est la phase de minéralisation, pendant laquelle les particules sont transformées en substances minérales que les végétaux peuvent absorber.

Les enchytréides sont des petits vers translucides blancs, de 1 à 5 mm, très nombreux dans la litière naturelle de feuilles. On les retrouve aussi dans le compost où ils contribuent à la digestion des matières organiques. Les acariens du compost, minuscules araignées de moins de 2 mm, travaillent efficacement à la décomposition des feuilles et du bois morts. Aucun de ces acariens n’est nocif pour les plantes ou l’homme. Ils se consacrent exclusivement au travail du sol et du compost.

Les collemboles, comme Folsomia candida, apparaissent comme une multitude de petits points blancs qui s’agitent sur des morceaux de broyat. Ils fragmentent sans relâche les résidus organiques. Leurs boulettes fécales minuscules aident à constituer la belle structure grumeleuse du compost. Les cloportes, insectes de la famille des crustacés, fragmentent les débris végétaux riches en cellulose et en lignine. Ils préparent le travail des micro-organismes beaucoup plus petits qui affinent après eux la décomposition. Il est aussi fréquent de croiser des mille-pattes comme les lithobies ou les iules ; ils sont inoffensifs et très utiles pour fragmenter les débris végétaux.

L'écosystème 🌳

Vers rouges et larves : les grands décomposeurs

Les vers rouges, Eisenia foetida, digèrent l’équivalent de leur poids de biodéchets par jour. Ils se reproduisent très rapidement dans de bonnes conditions d’humidité et de température (entre 15 et 25°). Ils apparaissent dans le bac de remplissage dès que celui-ci baisse en température. Lorsque le compost est mûr et digéré, les vers rouges se conservent sous forme de cocons jaunâtres de 2 mm. Les vers de terre de compost ou de fumier sont des vers épigés, ce qui signifie qu’ils vivent dans le premier horizon du sol, entre la surface et les 20 premiers centimètres.

Dès les premières chaleurs de juin, les femelles de la mouche soldat, Hermetia illucens, pondent dans les déchets végétaux en voie de décomposition. Les larves sont très utiles et dévorent les déchets qui se transforment rapidement. Elles deviennent adultes en quelques semaines et s’envolent pour ne revenir que l’année suivante. Les crottes fines des larves donnent un aspect caractéristique de marc de café au compost. Celui-ci est alors très fin et homogène.

Le dilemme des « gros vers blancs » : Cétoine ou Hanneton ?

Il est fréquent de trouver de grosses larves blanches dans son composteur. Il faut savoir que ces grosses larves blanches peuvent être soit des hannetons, soit des cétoines dorées. Le hanneton, un coléoptère, fait partie de la famille des Scarabaeidae. La larve de hanneton vit dans les profondeurs de votre jardin et s’attaque aux racines de vos plantes. Elle est très vorace et particulièrement connue pour faire de gros dégâts dans un potager. Comme la larve de hanneton se nourrit de matière végétale fraîche, elle ne se plaira pas beaucoup dans votre composteur et il est en fait très rare de trouver des larves de hanneton dans un composteur.

À l’inverse, la cétoine dorée est également un coléoptère appartenant à la famille des Scarabeidae, mais qui se différencie du hanneton par sa belle couleur vert métallisé. Elles peuvent très bien choisir votre composteur comme nurserie, d’autant plus que les larves de cétoines dorées se nourrissent uniquement des matières organiques en décomposition (donc aucun risque pour votre potager). Par ailleurs, les cétoines dorées adultes sont très utiles dans le jardin, car ce sont des insectes pollinisateurs.

Infographie comparative entre la larve de cétoine et la larve de hanneton (tête, abdomen, pattes)

Pour les distinguer :

  • La taille de la tête et de l’abdomen : Un dicton tout en finesse dit “cétoine : petite tête, gros cul” et “hanneton : grosse tête, petit cul”.
  • La couleur : La cétoine est légèrement grisâtre, alors que la larve de hanneton est plutôt jaunâtre.
  • Les pattes : La larve de hanneton a des pattes plus longues qui la rendent mobile, tandis que la larve de cétoine a des pattes très courtes qui l’obligent à se mettre sur le dos pour se déplacer.

Si vous identifiez des larves de cétoine dans votre composteur, vous pouvez les laisser tranquillement vivre leur vie. Elles restent environ un an sous cette forme de larve, temps pendant lequel elles se nourrissent de matière organique morte en décomposition. Leurs déjections sont particulièrement bonnes pour affiner le compost. Les larves de hanneton n’apportent strictement aucun bénéfice à votre compost, puisque ces insectes ne se nourrissent que de matières fraîches. Si vous avez une prolifération de larves de hanneton, la meilleure solution reste de les mettre à l’air libre dans votre jardin : elles feront un délicieux repas pour certains oiseaux et pour les hérissons qui en raffolent.

Gestion des moucherons et entretien du compost

Bonnes épluchures sucrées, chaleur, humidité : voilà le cocktail favori des petits moucherons. Pour éviter leur nuée, pensez à recouvrir systématiquement de matières sèches vos épluchures, notamment celles des fruits. Les moucherons n’auront plus accès à leur plat et milieu favoris et ne pourront plus proliférer. Il ne faut pas pour autant gaspiller la matière sèche et respecter au plus près, la règle « 2/3 1/3 ».

De nombreux compostants avertis, pour compléter la matière sèche recouvrent les apports progressifs du bac de remplissage d’un carton ondulé (sans encres…) en guise de couvercle. Cela limite davantage la marge de manœuvre des moucherons. Il en va de même pour le bio-seau dans votre cuisine : il doit toujours avoir un couvercle bien fermé. De plus, les papiers sans encre déchirés apportés régulièrement absorbent les jus et recouvrent les épluchures de fruits et légumes si appétissants pour nos moucherons. Mais n’oublions pas que les larves de moucherons sont très utiles et décomposent la matière organique fraîche du compost.

Un compost plein de lombrics et autres est un bon compost. Le ver de terre est de toute façon indispensable dans nos contrées tempérées, il digère notre sol et le rend fertile et meuble. Un compost sans vie est un compost qui ne pourra pas se décomposer et mûrir. Car toutes ces petites bêtes, vers de terre variés compris, sont les décomposeurs de tous les déchets organiques dans la nature.

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