Guide Complet de la Fertilisation en Maraîchage sur Sol Vivant

Schéma de l'écosystème du sol avec des vers de terre, champignons et racines

La fertilisation en maraîchage, particulièrement dans une approche sur sol vivant, est un pilier fondamental pour garantir la productivité et la résilience des cultures. Contrairement aux méthodes conventionnelles, l'agriculture biologique et sur sol vivant met l'accent sur le principe de « nourrir le sol pour nourrir la plante ». Il est primordial que le sol soit en bon état pour que les racines des plantes se développent et explorent un volume maximal de sol. Un sol sain, riche en matière organique et doté d'une intense activité microbiologique, peut fournir une part significative des nutriments nécessaires aux plantes. Cependant, ces conditions idéales sont rarement atteintes, surtout dans les climats nordiques avec des saisons courtes et une activité biologique ralentie par le froid. Il devient alors nécessaire d'apporter des amendements organiques pour optimiser les rendements. L'objectif n'est pas seulement de nourrir le sol, mais aussi la plante elle-même.

L'Importance Cruciale de la Matière Organique (MO)

Un des fondements du Maraîchage sur Sol Vivant (MSV) est la gestion de la fertilité, qui se traduit principalement par le maintien ou l'augmentation du taux de Matière Organique (MO) du sol et la stimulation de son activité biologique. L'objectif est de réintroduire du carbone dans les sols pour viser le taux de MO d’une prairie naturelle bien pâturée, soit entre 4 et 5 %. Olivier Husson met en évidence la capacité de production du sol en fonction du taux de MO ou du rapport carbone/argile, tandis que Pascal Boivin, chercheur Suisse, établit une relation entre la structure des sols, leur teneur en argiles et leur part de MO. Il existe un seuil à partir duquel le rapport entre la MO et la teneur en argiles n'est plus suffisant pour assurer une bonne porosité du sol, le rendant vulnérable aux intempéries. Par exemple, avec seulement 2 % de MO sur un sol sableux, la structure peut être bonne, alors qu'un sol à 20 % d'argiles (avec un rapport MO/argile de 10 %) aura des difficultés à maintenir une porosité et une structure satisfaisantes par manque de MO.

Les légumes, n'étant pas auto-fertiles et généralement récoltés avant floraison, restituent environ 1 tonne de matière sèche par hectare et par an (t MS/ha/an) au sol via leurs résidus aériens et racinaires. Ce chiffre est loin des 20 t MS/ha nécessaires pour entretenir l'auto-fertilité d'un sol vivant. Il est donc souvent indispensable d'apporter de la MO en fonction des sources exogènes disponibles.

Distinction entre les Amendements Organiques

Il est fréquent de confondre les définitions de Bois Raméal Fragmenté (BRF), broyats de déchets verts et compost de déchets verts. Le BRF est constitué de copeaux de bois (indépendamment de l'âge ou de l'essence du bois coupé). Le broyat est un mélange de copeaux, de feuilles et de tontes de gazon. Le compost est le résultat, six mois après, du broyage et de l'arrosage de tas de déchets verts. Ces distinctions sont importantes pour comprendre leur dynamique de décomposition et leur apport nutritif au sol.

Infographie comparant le BRF, le broyat de déchets verts et le compost

Le Rapport Carbone/Azote (C/N) : Un Indicateur Clé

Le rapport C/N est un indicateur essentiel qui caractérise une matière organique, représentant le ratio entre la quantité de carbone et d'azote qu'elle contient. Ces deux éléments sont fondamentaux dans la dynamique des matières organiques. Plus le C/N est élevé, plus la biodégradation de la MO est lente. Un rapport C/N élevé signifie que la MO nécessite beaucoup d'énergie de la faune du sol pour être dégradée, cette énergie étant principalement l'azote.

Pour un C/N inférieur à 25, la dégradation de la MO est rapide. En revanche, pour un C/N supérieur à 25, la dégradation est plus lente. Le C/N d'un sol et de la biologie des sols avoisine généralement 10. Le processus de dégradation des MO vise à faire descendre leur C/N à 10, produisant ainsi de l'humus et des minéraux disponibles pour les plantes.

La Faim d'Azote

L'apport de MO, bien que bénéfique pour la vie du sol, peut initialement provoquer une "faim d'azote". Les bactéries et champignons responsables de la décomposition s'approprient l'azote présent dans le sol pour leur fonctionnement et développement, mobilisant ainsi le stock d'azote disponible aux dépens des plantes en place. Les cultures peuvent alors subir une carence provisoire, se manifestant par un arrêt de croissance et parfois un jaunissement du feuillage. La durée de cette faim d'azote est très variable, dépendante de facteurs tels que la nature de l'apport, le type de sol, l'intensité de la vie biologique du sol et les conditions météorologiques.

Pour pallier la faim d'azote lors d'un apport massif d'intrants carbonés, il est possible de mélanger la matière carbonée à de la matière azotée comme du gazon, du fumier, des lisiers ou du compost. Plus la MO carbonée a un C/N élevé, plus il faudra la compenser avec une MO azotée pour un démarrage rapide. Un couvert végétal peut également aider à stabiliser l'apport en attendant la fin de la faim d'azote.

Stratégies d'Apport de Matière Organique

Une prairie avec une bonne pousse spontanée possède un sol vivant avec un taux de MO compris entre 4 et 6 %. Dans ce cas, il n'est pas nécessaire d'apporter des matières organiques, le sol étant déjà bien pourvu. La prairie, lors de sa destruction, relargue encore de la MO par la décomposition de son système racinaire et aérien. Dans cette situation, il est possible de commencer directement à cultiver certains légumes après avoir détruit l'enherbement par occultation. Un mois après la pose de la bâche, on peut planter immédiatement tout en désherbant. Il faut compter six mois de bâchage poussant pour détruire les vivaces d'une prairie ou d'une planche enherbée, mais la culture peut démarrer un mois après l'installation de la bâche.

Si le sol est dégradé, il est nécessaire de le "remettre en vie" avant d'entreprendre des itinéraires techniques. Un sol travaillé implique souvent un faible taux de MO, inférieur à 2 %. Le principe de l'intrant massif consiste à incorporer une grande quantité de MO carbonée pour remonter son taux de MO et éviter la compaction liée à une perte de porosité mécanique lors de la transition vers le non-travail du sol. L'objectif est d'apporter en une fois le carbone manquant pour atteindre un taux de MO de 5 %. Cette intervention génère inévitablement une faim d'azote. Si le temps le permet, cette faim d'azote peut être laissée sans intervention, les micro-organismes fixant l'azote atmosphérique et enrichissant le sol gratuitement.

Le tableau ci-dessous illustre les quantités de matières organiques nécessaires pour augmenter le taux de MO :

Matière OrganiqueÉpaisseur pour gagner 1% de MO
BRFEnviron 5 cm
PailleEnviron 30 cm

Sur les sols fragiles, il faut être vigilant face à l'engorgement en eau des matières organiques, qui peut entraîner asphyxie, hydromorphie, compaction et fossilisation. Une approche plus douce consiste à apporter des MO ou des associations de MO avec un rapport C/N entre 20 et 30 sur un sol travaillé, afin de nourrir la plante et l'activité biologique. Des exemples incluent le broyat de déchets verts frais, le fumier de cheval, l'association paille-gazon, le foin vert ou la luzerne. Des stratégies d'apports échelonnés sur plusieurs années peuvent également être envisagées en fonction des objectifs et des moyens disponibles.

Impact de la décomposition des matières organiques sur le stockage de carbone dans les sols

Les Couverts Végétaux ou Engrais Verts : Une Solution Naturelle

Les couverts végétaux, également appelés engrais verts, sont des plantes - souvent annuelles mais parfois vivaces - implantées entre deux cultures. Leur rôle principal est de produire de la biomasse et de la matière organique qui, une fois restituée au sol, l'enrichit et génère de la fertilité. Le couvert, détruit et laissé sur place, se décompose progressivement, apportant au sol sucres et minéraux. Cette technique est largement utilisée en maraîchage sur sol vivant, comme à la Ferme de Cagnolle.

Fonctionnement des Couverts Végétaux en Sol Vivant

Le sol vivant est un écosystème habité par des milliers d'espèces d'insectes, de bactéries, de champignons (micro-faune et micro-flore). Ces habitants du sol le créent (vers de terre), le structurent, décomposent la matière organique morte et apportent aux plantes les nutriments nécessaires. Les techniques de culture sur sol vivant respectent et nourrissent cette vie du sol, qui est essentielle pour la bonne santé des plantes et la fertilité du sol. Nourrir la vie du sol implique de ne pas le labourer et de lui apporter de la matière organique carbonée, son aliment de base.

À la Ferme de Cagnolle, de grandes quantités de broyat de bois fraîchement broyé sont apportées. Ce broyat contient de la lignine, décomposée par des champignons saprophytes. Ces champignons peuvent ensuite former des symbioses avec les racines des plantes (mycorhizes), les aidant à puiser plus profondément l'eau et les minéraux essentiels en échange de sucres produits par la photosynthèse. Les champignons mycorhiziens sont même capables de générer des antibiotiques pour renforcer les défenses immunitaires des plantes.

Les vers de terre, autres acteurs primordiaux, décomposent la matière organique en humus riche en nutriments assimilables. Leur mucus, laissé dans les galeries qu'ils creusent, est également riche en azote ammoniacal (NH4+).

Avantages des Engrais Verts

  1. Production de Matière Organique In Situ : Planter un couvert végétal permet de produire directement sur place la matière organique nécessaire pour nourrir le sol, réduisant ainsi les besoins d'importation. On sème, il pousse, puis on le restitue au sol, entrant dans une logique d'auto-fertilité de chaque parcelle.

  2. Structuration du Sol : Un sol vivant est structuré par la vie qui s'y trouve. Les racines des différentes espèces de plantes composant le couvert végétal (racines pivots, fasciculaires, adventices, traçantes) contribuent à cette structuration en creusant des galeries et des micro-poches, rendant le sol poreux. Cette porosité améliore la rétention d'eau, la circulation des nutriments et facilite l'exploration racinaire.

  3. Nutrition de la Vie du Sol : Grâce à leurs racines, les plantes vivantes envoient des sucres et des exsudats racinaires dans le sol, nourrissant les champignons, bactéries et toute la micro-faune et micro-flore. On estime les besoins de l'activité biologique pour maintenir une fertilité suffisante à 20 tonnes de matière organique sèche par an.

  4. Préservation et Augmentation des Nutriments : Semer un couvert végétal avant une culture légumière permet de conserver les nutriments qui auraient pu être perdus par lessivage ou lixivage. Les racines des plantes de l'engrais vert puisent ces ressources minérales et les incorporent dans leurs tiges carbonées. La décomposition lente du couvert restitue ensuite ces nutriments (carbone, azote, phosphore, potassium) au sol, les rendant disponibles pour la culture suivante.

  5. Fixation de l'Azote Atmosphérique : Les légumineuses, par exemple, sont capables de capter l'azote atmosphérique et de le transformer en azote organique (ions ammonium) directement assimilables par les plantes. L'azote est crucial pour la croissance et la santé des légumes.

  6. Méthode MERCI : Des travaux scientifiques et agronomiques ont développé la méthode MERCI (Méthode d’Estimation des éléments Restitués par les Cultures Intermédiaires). Cette méthode permet de calculer précisément la quantité de chaque élément chimique rapporté au sol et rendu disponible pour la culture suivante en fonction de l'engrais vert implanté, ainsi que la cinétique de leur mise à disposition.

  7. Gain de Temps et d'Énergie : La production d'engrais vert in situ réduit considérablement le temps et l'énergie nécessaires à l'importation, au transport, au stockage et à l'épandage de matière organique brute.

Schéma illustrant le cycle des nutriments avec un couvert végétal

Implantation et Destruction des Couverts

Pour implanter un couvert, il est essentiel de garantir un bon contact sol/graine. Après un semis à la volée (manuel ou avec un épandeur à graines de gazon), les graines doivent être recouvertes, par exemple de compost, de broyat de verdure, de déchets de culture ou de paille. Un broyeur à axe horizontal utilisé après le semis à la volée peut légèrement toucher le sol pour assurer ce contact. Sur un sol nu et pauvre en matière, un léger grattouillage des premiers centimètres peut favoriser la levée du couvert. Un passage de rouleau lisse après semis permet de bien appuyer les graines au sol et d'améliorer leur germination.

La destruction d'un couvert, une fois qu'il a atteint la floraison, consiste à le coucher. On peut utiliser un rouleau Faca, qui assure l'absence de repousses, ou un rouleau Cambridge (rouleau plat) qui fonctionne dans certaines conditions (couvert à floraison ou période de gel sur couvert gélif). Le Roll’n’Sem, encore en phase de test, a montré son efficacité pour détruire une luzerne en deux passages. Le couchage manuel est également une option. Pour une destruction réussie sans risque de repousse, il est préférable de choisir une ou deux espèces maximum qui atteignent ensemble le stade de floraison. En règle générale, il est plus sûr de compléter le roulage par un bâchage de quelques semaines pour éviter les repousses. Une autre technique, bien que coûteuse (environ 90 euros à l’hectare), est le passage de flamme qui fait éclater les cellules et garantit la non-reprise du couvert. Il est important de garantir la propreté du couvert.

Types de Couverts Végétaux et Leurs Caractéristiques

Il existe principalement deux types de couverts : les couverts d'hiver et les couverts d'été. Chacun présente des avantages et des inconvénients.

Couverts d'Hiver

Les couverts d'hiver sont pratiques à implanter car ils poussent durant une saison peu propice à la culture et à la commercialisation de nombreux légumes, souvent la saison creuse du maraîcher. Cependant, leur croissance est lente en raison du froid. Semés à l'automne, il faut généralement attendre le mois de mars pour que leur croissance s'accélère. Détruire le couvert au début du printemps n'est pas optimal car la plante n'a pas encore atteint son potentiel maximum de taille et de production de carbone.

Couverts d'Été

Les couverts d'été sont moins faciles à implanter car ils occupent souvent la place de cultures saisonnières destinées à la commercialisation. Choisir de planter un engrais vert en été signifie se priver délibérément d'une surface de culture utile. En revanche, les engrais verts d'été produisent rapidement une énorme quantité de matière carbonée.

Exemples de Couverts Végétaux Spécifiques :

  • Sorgho : Céréale appréciée pour son développement rapide et son faible besoin en eau.
  • Maïs : Utilisé principalement pour sa forte production de feuillage, ses grosses tiges et ses racines qui structurent le sol. Nécessite beaucoup d'eau pour un bon développement.
  • Radis Daikon (radis fourrager) : Possède la capacité de sécréter par ses racines des éléments détruisant les racines de chiendent ou de liseron, des adventices problématiques pour le maraîcher.

Associations d'Espèces pour des Bénéfices Multiples

Pour maximiser les bénéfices, il est idéal de semer simultanément une légumineuse, une crucifère et une graminée. Les racines des différentes espèces contribuent à structurer le sol dans toutes ses dimensions et à le préparer pour la culture suivante.

  • Légumineuses : Fixent l'azote atmosphérique. Fleurissent tôt, nourrissant les insectes auxiliaires. La féverole, par exemple, attire les pucerons, servant de garde-manger pour les coccinelles.
  • Brassicacées (comme la moutarde) : Font partie des rares espèces non mycorhizées. Elles n'entrent pas en symbiose avec les champignons et ne les nourrissent pas pour les cultures suivantes. Il est donc intéressant de les associer avec des légumineuses et des graminées qui, elles, joueront ce rôle nourricier pour les champignons mycorhiziens.
  • Graminées : Apportent de la biomasse carbonée et structurent le sol.

Exemples de Mélanges Équilibrés :

  • Mélange équilibré avec base de couverts classiques et binôme de légumineuses performantes : Idéal pour les implantations de mi à fin août pour une interculture d'automne et d'hiver.
  • Mélange charpenté, gros producteur de biomasse et d'azote : Peut être semé plus tôt, voire après la récolte d'une paille. Convient parfaitement entre deux pailles ou pour une interculture plus longue. Si le tournesol est présent dans la rotation, il est possible de renforcer le radis et d'intégrer du lin.
  • Couvert avec 5 étages incluant le radis chinois : Occupant la strate "dans le sol", ce biomax est moins haut et avec une biomasse légèrement inférieure, mais très dense, structurant, avec une très bonne fixation d'azote et un retour de fertilité assez rapide.
  • Mélange légèrement surdosé pour interculture hiver-printemps : Implanté en octobre ou novembre, la majorité des plantes passent l'hiver et redémarrent au printemps. La croissance de ces légumineuses consomme de la réserve hydrique pour la culture suivante, mais produit du carbone et augmente la quantité d'azote fixée.
  • Biomax fourrager d'été : À implanter assez tôt après une orge ou un colza.
  • Biomax de légumineuses : Pour une fixation maximale d'azote.
  • Biomax très charpenté avec 10 espèces : Avec ce type d'association et des conditions climatiques favorables, la production de biomasse aérienne peut, après une paille, atteindre ou dépasser 10 t de MS/ha avec 150 à 250 kg de N recyclé et fixé.

N'hésitez pas à créer votre propre Biomax et à partager vos observations et analyses.

Gestion de l'Enherbement Spontané comme Couvert

Pour un débutant en couverts végétaux ou une nouvelle installation, réussir un couvert végétal spontané, c'est-à-dire un enherbement spontané de "mauvaises herbes", peut être plus facile. Ce couvert peut être réalisé à l'échelle du jardin ou d'une planche. Il suffit ensuite de bâcher la zone pour se débarrasser des adventices. Une fois bâchées, ces dernières constituent un apport de matière organique au sol, prêt à accueillir une nouvelle culture.

L'enherbement est un allié s'il est bien géré : il ne doit apparaître que lorsque la culture est bien implantée pour éviter une concurrence excessive. Certains légumes, comme le poireau ou le céleri, tolèrent moins l'enherbement, tandis que d'autres, comme le chou, s'y plaisent davantage.

Didier, à la ferme du Château (14), travaille avec l'enherbement spontané. Sa logique est d'intervenir avec précision et au bon moment sur la flore spontanée pour gérer la concurrence avec les légumes cultivés. Cette stratégie de fertilité suit la logique selon laquelle la biomasse spontanée est la plus à même de répondre aux besoins de fertilité du sol, qui tend toujours à se rééquilibrer. Pour canaliser les plantes spontanées, Didier utilise une bineuse/buteuse tractée qui fauche et incorpore les adventices au sol. Les passe-pieds sont très larges pour permettre une biomasse conséquente et le passage de l'outil. Pour les planches cultivées, une débroussailleuse et des outils manuels comme un taille-bordure sont utilisés avec différents niveaux de précision. Grâce à cette technique de gestion des adventices, la ferme du Château n'a plus eu recours à des apports extérieurs depuis 1999.

Les deux problèmes majeurs induits par la présence encouragée des adventices sont la compétition pour la lumière et la compétition pour l'eau. Sur un terrain humide (zone pluvieuse) comme celui de la ferme du Château, la compétition pour l'eau est moins problématique.

En allant plus loin avec l'idée de la couverture spontanée, il est possible de concevoir des systèmes de passe-pieds enherbés générateurs de fertilité. L'idée est d'enterrer au moins 10 cm de planches de bois le long des cultures pour éviter l'invasion des vivaces (chiendent, liseron, ortie) dans les planches et une concurrence trop forte entre passe-pied et culture. Sans ces barrières physiques, il faut arroser et fertiliser davantage en azote, surtout au démarrage du système. L'entretien d'un passe-pied enherbé peut se faire à la tondeuse ou à la débroussailleuse, en prévoyant une largeur de bande supérieure à celle de l'outil pour éviter de projeter la coupe sur la planche de culture.

Photo d'un champ avec des passe-pieds enherbés et des barrières en bois

La Rotation des Cultures et l'Agroforesterie

En agriculture conventionnelle, la rotation des cultures est essentielle pour maintenir la fertilité du sol, minimiser les risques d'infection des plantes et d'enherbement. En sol vivant, équilibré et sain, les rotations ne sont pas toujours nécessaires, voire judicieuses. Cependant, la rotation sur prairie en MSV est envisagée dans une stratégie globale pour répondre aux principaux défis : la présence des ravageurs, l'enherbement et la bonne répartition des apports carbonés. La rotation peut également permettre de s'approcher de l'autonomie en apport de MO.

Quelles que soient les pratiques utilisées, une culture sans bâche est difficile à maintenir plus de 2-3 ans en raison de l'enherbement. À ce stade, le système atteint un régime de croisière. Pour résumer, la rotation sur prairie est une alternance de deux ans de prairie, suivie d'un an de culture sur bâche et d'un an de culture sous paille ou en semis direct.

Pour atteindre l'autonomie en MO, l'agroforesterie représente une option pertinente. En taillant les haies, il est possible d'apporter une partie de la MO nécessaire aux légumes.

Analyse des Sols et Besoins des Cultures

Pour fertiliser en connaissance de cause, il est indispensable d'analyser l'état des sols et de connaître les besoins spécifiques des espèces maraîchères. Les données disponibles sur les besoins des légumes et des fruits au Québec proviennent du Guide de référence en fertilisation (2e édition actualisée; CRAAQ, 2013) ainsi que de données plus récentes issues d'essais réalisés par Landry et al. (2021, 2022). Ces grilles de référence constituent un point de départ pour déterminer les apports.

Avec une fumure organique, l'azote se libère progressivement, et les fumures précédentes exercent un arrière-effet fertilisant pendant plus d'un an après l'application. Cet arrière-effet est difficile à quantifier car il dépend de la texture et de l'état des sols ainsi que des pratiques culturales. Les calculs proposés sont théoriques, il n'est donc pas toujours nécessaire de combler tous les besoins en azote, phosphore et potassium indiqués dans les tableaux. De plus, les systèmes culturaux intégrant des engrais verts dans la rotation doivent prendre en compte les nutriments mis à disposition par ces derniers et ajuster les apports en fertilisants en conséquence. Une méthode de calcul pour l'azote est expliquée dans le Guide des cultures de couvertures (Vanasse et al., 2022).

En définitive, c'est l'expérience, la connaissance du sol et des amendements utilisés, ainsi que l'observation des plantes qui permettent d'affiner et d'ajuster la fertilisation. Pour approfondir les concepts de base sur les sols, il est recommandé de se référer au document intitulé "Les bases de la production végétale : Tome 1 - Le sol et son amélioration" (Soltner, 2017) et de compléter la lecture de ce chapitre avec "La fertilisation organique des cultures" (Petit et Jobin, 2005).

Humification et Minéralisation : Équilibre Fondamental

L'humification et la minéralisation sont deux réactions complémentaires et indispensables à la construction et à la structuration du sol. L'agriculture conventionnelle, notamment la révolution verte (travail mécanique du sol et engrais minéraux), s'est concentrée sur la minéralisation en oubliant l'humification. Le labour et le retournement de la terre accélèrent l'oxydation de l'humus, rendant les éléments minéraux solubles et directement accessibles aux racines des plantes cultivées. Cependant, ces pratiques agressives tuent également la vie du sol. Les nutriments rendus disponibles d'un coup ne peuvent pas perdurer longtemps dans un sol instable ; la part non consommée par les plantes est lessivée par les pluies ou les arrosages, percolant dans les nappes phréatiques ou retournant à l'état gazeux.

Semer un couvert végétal permet de conserver les nutriments qui auraient pu être perdus. Les racines des plantes de l'engrais vert puisent ces ressources minérales et les utilisent pour produire leur biomasse. La culture de l'engrais vert prolonge ainsi la disponibilité des nutriments en les fixant, puis en les restituant au sol lors de sa destruction. Ils sont alors rendus disponibles lentement au fil de la minéralisation et de l'humification, nourrissant la culture légumière suivante. Cette approche évite le lessivage des éléments en les transformant en une quantité importante de matière organique, qui servira de "ration" pour les micro-organismes et bénéficiera à la culture suivante.

De plus, en fonction des espèces choisies, le couvert végétal peut augmenter la quantité de nutriments disponibles. Les légumineuses, par exemple, captent l'azote atmosphérique et le transforment en azote organique, un élément clé pour la croissance des légumes. La méthode MERCI permet aux maraîchers de calculer précisément les quantités d'éléments minéraux piégés dans les différents types de couverts végétaux et leur cinétique de mise à disposition pour la culture suivante.

Méthodes de Récolte des Couverts Végétaux

En matière d'engrais verts, il existe souvent deux écoles : ceux qui les couchent et ceux qui les broient. Il est important de rappeler qu'un couvert ne s'arrache jamais.

  • Broyage : Couper un couvert à la base des tiges pour les broyer permet d'apporter au sol des morceaux de petite ou moyenne taille, qui se décomposeront plus rapidement que dans le cas d'un couvert couché. La matière organique se minéralise vite, rendant les nutriments rapidement accessibles pour la culture suivante. Pour couper proprement un couvert sans l'arracher, on peut le tondre (avec une tondeuse puissante si le couvert est bien développé), le broyer (avec un broyeur à marteaux) ou le faucher (avec une faucheuse ou une barre de coupe attelée au tracteur).
  • Couchage : Le couchage est une méthode qui consiste à rabattre les plantes sans les couper en petits morceaux. Cela favorise une décomposition plus lente et la formation d'humus stable. Des outils comme le rouleau Faca ou le rouleau Cambridge sont utilisés pour cette opération.

Il faut être attentif au risque de tassement du sol par le passage des engins. Une solution est de travailler sur planche permanente en maraîchage, de sorte que le poids du tracteur ne tasse le sol que dans les passe-pieds.

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