Introduction : Une Pépite Architecturale et un Savoir-Faire Ancestral
La « guitarde », ou lucarne guitarde, est bien plus qu'une simple ouverture dans un toit ; elle est une expression architecturale distinctive qui témoigne d'un savoir-faire exceptionnel en matière de charpenterie. Caractérisée par un toit arrondi et un encorbellement circulaire qui dépasse significativement de la baie, elle confère un cachet unique aux édifices qu'elle orne. Ce type de lucarne, dont la construction complexe requiert une grande maîtrise technique, met en lumière le travail remarquable des compagnons du devoir. La guitarde, particulièrement prisée au XIXe siècle, intègre des pièces de bois courbes, dont l'assemblage apparent sous l'avancée crée un effet esthétique recherché, parfois agrémenté de motifs géométriques tels que les croix de Saint-André. On retrouve ces magnifiques guitardes dans de nombreuses régions françaises, qu'il s'agisse de grandes villes ou de petits villages, attestant de leur popularité et de l'habileté des artisans de l'époque.
La Guitarde de Châteauroux : Un Témoignage Historique
À Châteauroux, dans l'Indre, se dresse une bâtisse qui abrite une véritable pépite architecturale : une lucarne guitarde d'une beauté remarquable. Si le rez-de-chaussée est aujourd'hui occupé par une agence immobilière, le travail qui se déploie à partir du premier étage est absolument admirable. Cette maison, datant de la fin du XIXe siècle, s'inscrit dans le cadre de l'aménagement florissant du quartier de la gare, offrant aux charpentiers l'opportunité d'exposer leur talent.
L'auteur de ces ouvrages exceptionnels se nomme Hyppolite Moreau, compagnon charpentier du Devoir, connu sous le nom de « Berry la conscience, bon drille du tour de France ». Associé à son gendre, Armand Viraux, entrepreneur en travaux publics, cette coterie a laissé libre cours à son inspiration pour créer ces somptueuses lucarnes. Le temps passé à tracer, tailler et lever ces pièces demeure inconnu, et il est probable que d'autres charpentiers aient participé à cette œuvre collective. À cette époque, la réalisation de tels ouvrages était relativement courante, permettant aux artisans de démontrer leur savoir-faire et leurs capacités à leurs pairs et au reste du monde. Plusieurs maisons de la même rue à Châteauroux comportent d'ailleurs des lucarnes similaires, signées de la main de ce même charpentier. En Anjou et en Touraine, il n'est pas rare de croiser ce type de travaux, que ce soit dans les centres urbains ou les hameaux. Bien que l'ensemble puisse paraître un peu « chargé » et ne passe certainement pas inaperçu, on ne peut que s'extasier devant la qualité du travail et la finesse des coupes.

La Guitarde d'Alain Audrerie : Un Chef-d'œuvre Contemporain
La tradition de la guitarde perdure à travers l'artisanat contemporain, comme en témoigne le chef-d'œuvre réalisé par Alain Audrerie, maître-charpentier à Cénac et compagnon du devoir sous le nom de « Périgord, la maîtrise du trait ». La fabrication de cette guitarde, qui couronne la toiture de sa demeure, aura pris sept ans. Traditionnellement, lorsqu'un compagnon s'installait, il construisait une guitarde comme un signe de ralliement. Bien que n'étant pas une œuvre d'entrée en compagnonnage pour Alain Audrerie, qui appartient à l'Union compagnonnique depuis 2004, cette guitarde représente pour lui une immense fierté.

Lors des Journées du patrimoine, Alain a ouvert son atelier pour présenter sa guitarde, réalisée en frêne et en pipo, un bois exotique. Ce type d'ouvrage est rare : seulement trois ou quatre guitardes ont été réalisées en France au XXe siècle. Cette guitarde, un véritable chef-d'œuvre, arbore l'inscription « Honneur aux arts » et les initiales U.V.G.T., pour Union, Valeur, Génie, Travail. Maître Dousset, qui recevait ses clients dans sa demeure (au rez-de-chaussée le cabinet, au premier étage la cuisine, le salon et la bibliothèque, et au deuxième les chambres et la salle de bain), a vu défiler de nombreux destins sous cette guitarde. La jeune femme indique également au public l'emplacement de la plus belle lucarne guitarde du village, un ouvrage en bois installé sur une petite maison en brique près de l'église.
Les Contraintes Mécaniques dans la Charpente : Comprendre les Forces en Jeu
Avant d'aborder les techniques de construction des charpentes, il est essentiel de comprendre les notions physiques qui régissent les assemblages dans la construction bois.
Compression et Traction
La compression est une contrainte mécanique équivalente à l'action d'une force qui exerce une pression à chaque extrémité d'un corps solide. Inversement, la traction, ou tension, est une sollicitation qui consiste à tirer sur une poutre droite. En charpente, la traction axiale linéaire, dans l'absolu, risque de rompre la pièce si elle n'est pas correctement gérée.
Flexion
La flexion, dont les causes sont multiples, entraîne une déformation sensible sur des pièces comme les solives, pannes, chevrons, etc. Un bois sec chargé se déformera moins qu'un bois humide. Par exemple, un solivage posé à sec sur lequel on entrepose des matériaux lourds pendant un an aura tendance à reprendre sa place. En revanche, si ce même solivage était en bois « vert », au bout d'un mois avec la même charge, il garderait une grande partie de la déformation de flexion subie.
Cisaillement et Torsion
L'effet donné par compression ou traction se nomme le cisaillement, linéaire et perpendiculaire aux fibres, comme c'est le cas par exemple dans le moisage lisse, où le travail au cisaillement peut être important et dommageable. La torsion, qui est rare à évaluer sur les bois de conception d'un ouvrage (ex. un arbre de moulin à vent ou de roue hydraulique), se manifeste souvent par une torsion et un gauchissement naturel des pièces. Il est alors crucial d'agencer les bois en tenant compte de ces défauts pour éviter des déformations structurelles ou un affaiblissement des assemblages et des appuis.
Poussées Verticales et Latérales
Les poussées en pression verticales et latérales sont des forces fondamentales à maîtriser dans la conception d'une charpente. Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour les gérer :
- Construire un pignon : Sur lequel repose tout le poids de la couverture, « diluant » ainsi les poussées dans le volume de celui-ci. Cette solution est très efficace mais peut occulter une grande partie de la surface utile au sol.
- Fixer un poteau ou une colonne sous le sommet : Permet efficacement de diriger la poussée verticale directement au sol. Très souvent utilisée, cette solution libère une grande partie de l'espace libre utile, mais peut créer un encombrement gênant.
- Fixer une pièce ou un lien reliant les deux bases des bois : Ce qui annule les poussées obliques par étirement horizontal en opposition, transmettant ainsi la poussée d'origine verticalement sur les murs. Cette triangulation, d'une efficacité remarquable, est autoportante et libère totalement le vide utile au sol.
La poussée verticale de pression au sommet, bien que redirigée en verticale des murs, crée un fléchissement des bois vers le sol, transformant la poussée oblique linéaire annulée par le tirant en pression perpendiculaire, occasionnant un affaissement du sommet. Si cette action n'est pas contrebalancée, il y a des risques de déformations majeures de l'ensemble, d'affaiblissement des assemblages, voire de rupture des pièces. En ajoutant un pilier central sur la triangulation simple, placé sous le sommet et reposant sur l'élément horizontal, le fléchissement des bois obliques est nettement diminué. Même s'il y a diminution des efforts, la compression du pilier redirige la pression verticalement au centre de l'élément horizontal, le faisant fléchir à son tour. Si cette action n'est pas contrebalancée, des déformations préjudiciables à la toiture et aux éléments intérieurs peuvent se produire, mais le risque de rupture est endigué.

Les Fondations de la Charpente : Fermes, Pannes et Chevrons
Une charpente est, par définition, un assemblage ou un appareillage de plusieurs pièces de bois destinées à supporter une toiture, des éléments d'architecture (planchers), des coffrages et moules divers porteurs (maçonnerie et taille de pierre), ainsi que des constructions navales, entre autres. Nous nous concentrerons ici essentiellement sur les bâtis au sol. L'ensemble d'un ouvrage de charpente destiné à couvrir toute la surface d'un bâtiment se nomme généralement comble.
La charpente dite traditionnelle est constituée de fermes, de pannes et de chevrons. Une ferme est composée par l'assemblage de plusieurs pièces de bois massif.
La Ferme : Cœur de la Charpente
L'aboutissement d'une construction pratiquement indéformable est ce que l'on nomme une « ferme », constituée d'un appareillage de bois d'assemblages formant une géométrie pérenne dans le temps. Une ferme est construite à la base d'un entrait sur lequel viennent s'assembler un poinçon vertical et deux arbalétriers, et parfois, lorsque la portée l'exige, des jambes de force ou jambettes. Entre les arbalétriers et le poinçon s'assemblent des contrefiches.
Les novices en charpente font pratiquement tous la même erreur, à savoir fixer les jambes perpendiculairement aux bois obliques et les faire reposer sur le bois de liaison horizontal. En réalité, les jambes de force doivent être placées judicieusement de manière à reporter toutes les forces en traction opposées sur l'élément horizontal. Pour cela, il faut que le poteau central, maintenant appelé « poinçon », soit enserré par assemblages aux bois obliques appelés « arbalétriers » ; ce principe empêche le poinçon de s'affaisser par compression des coupes des arbalétriers sur celui-ci. Les jambes supérieures, désormais appelées « contrefiches », retiennent le fléchissement des arbalétriers en s'appuyant sur le poinçon, créant ainsi un « étirement » bénéfique de celui-ci. Si la portée des arbalétriers est plus grande, on applique des « jambes de force », ou « jambettes » selon les régions, fixées sous ceux-ci et reposant sur le bois horizontal appelé maintenant « entrait ou tirant », dans une position oblique vers l'extérieur, donnant encore ici une logique d'étirement en opposition.

Compte tenu des effets mécaniques et physiques à contrebalancer dans une ferme de charpente, les charpentiers antiques ont rapidement inventé la ferme triangulée (en l'occurrence la ferme latine par les Romains).
Détails au Faîtage et au Pied de Ferme
Au faîtage, on trouve le lien, c'est-à-dire l'assemblage de la ferme perpendiculairement avec les pannes faîtières, qui produit un enchevêtrement de pièces pensées pour une bonne cohésion de l'ensemble. Au pied de ferme, nous découvrons un aperçu des éléments secondaires que l'on trouve sur un travail de charpente, ce sont les travaux de finitions des débords et d'égouts. C'est un vaste champ d'actions qui mérite un chapitre à part entière.
Les Principaux Types de Fermes
La construction de charpentes s'élabore en fonction d'une multitude de critères de toitures différentes.
La Ferme Latine
Ce type de ferme de charpente nous arrive tout droit de l'Antiquité, inventée par les Romains, d'où son appellation. Elle fut l'aboutissement de simplicité et de solidité. En revanche, elle est destinée à des combles « perdus » non aménageables. Composée de triangles qui reprennent toutes les flexions, l'agencement est fait d'un entrait sur lequel s'assemblent un poinçon et deux arbalétriers. Ces derniers enserrent le poinçon au faîtage, lequel reçoit à sa base deux contrefiches reprenant la pression des arbalétriers.
La Ferme Mansardée
Jules Hardouin-Mansart, premier architecte du roi Louis XIV, voulut optimiser les surfaces habitables dans les grandes agglomérations, face à une demande de logements croissante. Ce type de ferme est en fait une ferme latine nommée le « terrasson », montée sur un portique aux poteaux biais nommé « le brisis ». La difficulté réside dans le maintien de la cohésion de l'ensemble sans toutefois dépasser trop en structures assemblées dans l'espace aménageable.
La Ferme Boiteuse
Ce type de ferme se nomme ainsi lorsque les pans de toitures ont des pentes différentes, ou que les murs avant et arrière des bâtis sont de niveaux différents. Par conséquent, les pieds de ferme seront décalés sur des supports différents, ce qui induit d'agencer les bois avec réflexions, les poussées étant asymétriques.
La Ferme en Appentis
Comme son nom l'indique, ce type de ferme ne comporte qu'une pente et ne reçoit qu'un seul pan de toiture. On la retrouve très souvent dans tous types de bâtis, la plupart du temps hangar, atelier, appentis, auvent, etc.

Les Assemblages Traditionnels en Charpente
Les assemblages sont les éléments clés de la solidité et de la durabilité d'une charpente.
Le Tenon Mortaise
C'est l'assemblage ancestral par excellence, omniprésent dans la charpenterie traditionnelle. Il ne doit pas être comparé au tenon/mortaise de menuiserie/ébénisterie, même s'il adopte les mêmes caractéristiques. Il sert surtout de liaison, mais il est flottant et peut être soumis à des contraintes mécaniques sur ses appuis (abouts-arasements). Il fait une épaisseur de 29 mm (tracé à 30 mm, jauge de charpentier, mais usiné avec du jeu) et une longueur de 5 mm de moins que sa mortaise, majoritairement placé dans l'axe du champ de la pièce de bois. Il peut contenir un épaulement central en cas de grande longueur d'arasement. Ses arasements sont soit parallèles à la pièce de bois, soit nantis d'embrèvements pour des raisons de renforcement au ripage. En charpente, le tenon est tracé au piquage avec un désabout de propreté, qui permet d'avoir une arête perpendiculaire de niveau, même si ce tenon se situe sur du bois gauche faisant varier le parallélisme de ses arasements, tout en évitant d'avoir des pointes de bois fragiles. Il peut comporter un petit épaulement à l'arrière, permettant de masquer la mortaise dans des ouvrages vus. Le trou de cheville se percera après le démontage de l'essai à blanc de l'assemblage, et devra être biaisé pour le « chevillage à tire ».
La mortaise, quant à elle, fait 30 mm (jauge de charpentier) d'épaisseur pour une profondeur de 100 mm. Elle est tracée dans l'axe de la pièce, dans sa largeur. Les bords sont souvent verticaux (mortaiseuse), mais on peut aussi biaiser selon la pente de la pièce à assembler. La mortaise de charpente comporte très souvent un embrèvement (à couvert ou découvert selon les cas) qui renforce les contraintes auxquelles elle peut être soumise. Elle est réalisée dans du bois dur (chêne, robinier).
Le Tenon-Mortaise Chevillée
C'est un tenon/mortaise surtout destiné à bloquer l'assemblage quand il est soumis à une traction. Il est plus long à mettre en œuvre.
Le Faux Tenon (ou Pigeon)
Souvent employé dans les maisons à colombage (Alsace, Normandie, …), il est utilisé dans le cadre de bois verticaux coupés par une pièce oblique appelée décharge. En about, on l'utilise généralement pour une pente de toit supérieure à 45° en tête d'arbalétrier.

Les Assemblages par Écart (ou Empattement)
Ils servent généralement à joindre des pièces de bois horizontales passantes (pannes). Ces assemblages doivent être placés en repos (murs, sol, poinçon, etc.) car ils consistent surtout à produire plus de surface aux liaisons de pièces, sauf dans le cas de l'enture à trait de Jupiter qui peut être dans certains cas placée au-dessus du vide.
Le Moisage
Le principe est bien connu en charpente : il consiste à jumeler deux pièces appelées « moises » enserrant une troisième, le tout étant boulonné. Cet appareillage est très résistant et pratiquement toujours utilisé pour les grands entraits, les entraits retroussés et les blochets. Ce principe a révolutionné le domaine de la charpente depuis la fin du XVIIIe siècle avec l'arrivée des sciages mécaniques et de la boulonnerie. Attention, des entailles mal considérées peuvent diminuer la résistance de la pièce.
Le Moisage à Arasement
C'est le même principe que le moisage classique, sauf que les bois passants sont eux-mêmes entaillés, leur attribuant ainsi des arasements qui accentuent un peu plus le contrebalancement des contraintes.
L'Enfourchement
Lorsque cela est nécessaire et possible, le principe veut que toute la surface de coupe d'un arbalétrier puisse reposer sur un mur, tout en conservant une entaille en désabout et la possibilité d'un double boulonnage.
Les Ferronneries et Renforts Métalliques
Il s'agit de tous les éléments bois ou métalliques visant à renforcer les assemblages ou faisant obstacle aux assemblages de pièces parallèles en friction. Certains sont dévolus à la restauration ou à la modification de charpentes. Pour en citer quelques-uns : les étriers, les boulons (de charpentes), les flasques (moises ou fers plats), les crampons (clefs en bois traversantes), les brides, les équerres entaillées, etc. Ils sont solides et résistants s'ils sont bien considérés pour leurs usages, et à condition que les supports auxquels ils sont fixés soient porteurs, bien évidemment.
Fabrication d'une charpente traditionnelle
La Construction des Poteaux : Des Éléments Essentiels
Les poteaux et éléments assimilés sont très peu abordés dans les recherches sur le web, car il s'avère que c'est une partie très complexe que peu osent aborder.
Les Poteaux de Façade
Ce sont les plus connus, ils sont présents dans tous les travaux de charpentes donnant sur l'extérieur « au vent » (halles, lavoirs, auvents, car-ports préaux, appentis, etc.). Ces poteaux doivent affronter les intempéries, c'est pourquoi on cherche toujours à les isoler du contact avec le sol, et il est préférable de les façonner en chêne. Ils sont toujours assemblés avec les fermes dont ils reprennent les charges, et avec les sablières passantes, le tout généralement contreventé.
Les Poteaux Intérieurs
On les trouve généralement au centre des fermes de grandes portées, servant même parfois de poinçon. Leurs fonctions sont surtout de soulager l'entrait de ferme lorsqu'il doit supporter un solivage important (granges, bâtiments industriels ou collectifs, etc.).
Tracer et Tailler la Guitarde : Un Processus Complexe
Le traçage et la taille d'une guitarde sont des opérations d'une grande complexité, nécessitant une précision extrême et une connaissance approfondie de la géométrie descriptive.
Le Tracé de la Courbe et des Adoucissements
On commence par tracer, sur un plan horizontal (le plan de terre BCD), l'épaisseur du lien-guitarde. On figure également l'épaisseur des vitraux et les poteaux vus de bout. Ensuite, sur un plan vertical passant par B' B'', on élève B' B'', E T', A' A'', F D' D'' d'équerre à B' D'. On décrit les vitraux E AILF. On tire E' de tout élevé, et B'' D'' au-dessus du chapeau, parallèle au 11, en divisant l'arc FA'' en un nombre de lignes d'adoucissement, telles que 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 ; on tire ces lignes parallèles à B' D', jusqu'à ce qu'elles rencontrent D' D', comme en 2 en 2', 3 3', 4 4', 5 5', 6 6', 7 en 7', 8 par 8', et A'' en A'. Sur un plan vertical passant par D C', on élève le poteau D' D''' d'équerre à D C'. On commence au point D' comme centre, on fait tourner 1' 1'', 2' 2'', 3' 3'', 4 4'', 5'', 6' 6'', 7' 7'', 8' 8'', A'' ATC, le bas et le haut du chapeau D'' D''' ; on porte au-dessus du chapeau D''', les dessins et les lignes d'adoucissement parallèles à D C' ou de niveau. On fixe dans le plan G, le point désiré ; on élève G G, C en parallèle Cu D' D'' ; un cercle passant par les trois points D G' comme il a été dit. On descend H' H, I' I, I' J et K' K, L L, M' M, N' N O' O, jonctions des lignes courbes et parallèles d'adoucissement D' D''', à la rencontre de IH, I 2, J 3, 4 K, 5 L, 6 M, N 7, 8 O parallèles à A' A' ; on joint XII I J K L M N O G par une règle flexible ; de même pour l'autre arêtier. On prolonge le point C comme centre, jusqu'à la face des liens-guitardes, après les avoir dévoyés, comme on le voit sur l'épure. On remplit ensuite comme jugé nécessaire, et ainsi, autant que possible, afin que ces remplissages partagent le vide en deux parties égales et qu'ils se rejoignent au pied de déjouter les galettes, comme on le voit sur l'épure.

L'Élévation et la Taille du Lien-Guitarde
Pour élever le lien-guitarde B C, on tire une ligne P Q, faces d'extrémité, puis P P'', Q Q'', C C''' d'équerre à P Q ; on tire P' Q', pour éviter la confusion des lignes, parallèle à P Q. On prend sur la ligne D' D''' les lignes d'adoucissement, et on les porte sur P' P''. On tire ces lignes parallèles à P' Q', c'est-à-dire de niveau. La guitarde est faite. On cherche donc une poutre en bois de la largeur représentée en élévation et l'épaisseur V V' en plan. On publie sur ladite pièce de bois une ligne de trait presque sur le bord d'un côté, de manière qu'au levage elle tombe sur P Q. Ainsi on met le lien sur son niveau d'élévation et on le penche le long de la ligne de trait ; une fois ce lien en ligne, on le fait paraître adoucir les lignes et les traits ramènerets. Ces lignes sont publiées et rembarrées, c'est le bâton de quartier, et au-dessus et en dessous est tracé comme si le lien B V' C en plan était une courbe. Une fois le lien scié et travaillé, on fait réapparaître en dehors et en dedans les lignes d'adoucissement et les traits ramènerets. Les lignes d'adoucissement en araignée en dehors et en dedans, jointes par une règle flexible, donnent le délardement en enlevant le bois d'une ligne courbe à l'autre. En rembarrant le trait ramèneret B' B'' de l'extérieur par P' P'' en lui, on a le pied de coupe dans le poteau ; en rembarrant C en C le trait ramèneret Q'' Q'' on a le déjoutement d'un lien-guitarde contre l'autre : la hauteur hachée en plus de P'' Q'' est l'embrèvement dans la sablière. On peut couper le lien d'équerre sur B'''. Le même procédé pour l'autre lien D C.
L'Élévation du Faîtage et des Arêtiers
Pour l'élévation de l'arêtier XGY du lien GX, on joint par une ligne droite. On élève XX' YY' d'équerre à XG ; on prend X' Y' pour éviter la confusion des lignes, parallèle à X G. On prend D' D''' les lignes d'adoucissement, et sur la porte X X'' on les conduit en parallèle à X' Y', puis jusqu'au sol ENPLAN H II'', I r, JJ'', KK'', MM'' NN'', 0,'' GG'', le long des lignes d'adoucissement et de la jointure YY'', on joint par une règle flexible X' H'' I'' J'' K'' L'' M'' N'' 0'' G'', etc., Y'', et on. Pour le bord du lien d'arête ou lien-tenaille (dit tenaille à cause de la forme). On procède même pour le délardement à redescendre le plan sur son élévation, comme on le voit sur l'épure. Les traits ramènerets du pied et de la tête indiquent les deux premiers, l'enfourchement dans le poteau ; les deux derniers, la coupe à plomb dans la sablière. Les quatre traits ramènerets, dans le milieu, indiquent pour entailler les deux liens d'arête l'un dans l'autre ; on enlève entre les quatre traits ramènerets la moitié de l'épaisseur du bois et on l'enlève d'un côté pour le laisser à l'autre, de manière que les deux liens affleurent en dessous et en dessus, comme on le voit figuré. On peut établir un autre lien d'arête sur le même croquis. Pour élever le lien de remplissage EZ, on opère comme d'habitude (Figure Ire) ; de même pour le petit remplissage, comme indiqué (Figure 2) en se rappelant seulement que, comme on le voit figuré, les remplissages, y compris ceux de l'arête des hanches XGP, les liens vers E s'inclineront et suivront la courbe délardent Vant EA''F, et y compris ceux de la même arête des liens XGP vers BC I) et s'inclineront.
Le Bois dans la Lutherie : Une Perspective Contrastée
Si le terme "guitarde" évoque l'architecture et la charpente, il est intéressant de noter que la "guitare" en tant qu'instrument de musique partage des préoccupations similaires concernant le choix des matériaux et la conception pour optimiser la résonance et la solidité. Bien que distincts dans leur application, l'art de la charpente et de la lutherie reposent tous deux sur une compréhension profonde des propriétés du bois.
L'Évolution de la Facture de la Guitare
La guitare est un instrument dont la facture est toujours en évolution. Si de nombreuses expérimentations ont été réalisées sur le barrage de la table depuis le début du 20ème siècle, le fond est presque toujours structuré de 3 ou 4 barres transversales. À la fois réflecteur et résonateur, le fond réfléchit l'onde sonore produite par la table et renforce certaines fréquences par sa vibration propre.
Si de nombreux essais ont été réalisés depuis la fin du 19ème avec l'érable, le citronnier ou encore avec l'acajou par les plus célèbres luthiers espagnols tels qu'Antonio de Torres, Francisco Simplicio, Santos Hernandez et d'autres, le palissandre s'est imposé pour la construction du fond et des éclisses. De nombreuses variétés existent dans le monde. Les plus employés sont le palissandre des Indes, de Madagascar, le Cocobolo d'Amérique Centrale, le palissandre d'Amazonie et celui du Honduras. Le plus recherché et précieux de par sa rareté est le palissandre de Rio ; néanmoins tous les palissandres donnent à la guitare classique son caractère, un timbre riche. Une étude récente menée par l'organisation LGRP comparant 16 guitares construites pour moitié avec des bois non tropicaux semble cependant démontrer que le palissandre a d'autres alternatives de choix, mais je ne suis personnellement pas convaincu.
Le Rôle du Fond dans la Sonorité de la Guitare
Dans la lutherie traditionnelle, le fond est vibrant et contribue à la sonorité de la guitare. Il se comporte comme un résonateur multiple où chaque zone ou partie vibre à une fréquence donnée. Un fond mince et peu barré donnera des basses bien présentes, de l'épaisseur mais un son assez court. Si le fond est plus épais et plus fortement barré, ses modes vibratoires seront plus élevés. Il favorisera alors naturellement les fréquences aiguës et les basses seront plus modérées. Plus lourd et rigide, il contribuera à plus de longueur de son et la projection sera meilleure étant donné que l'énergie apportée par la vibration des cordes ne sera pas dissipée dans de fortes amplitudes, propres aux fréquences basses.
Dans la lutherie moderne, on peut observer des fonds sans barrage. Ils ne sont alors pas massifs mais contreplaqués, constitués de plusieurs couches de plaquages de bois. Très lourds et rigides, ils ne sont pas conçus pour contribuer au son de la guitare en vibrant mais agissent principalement comme réflecteur. Ils sont par ailleurs bombés afin de concentrer l'onde sonore vers la bouche. Lorsque la corde est mise en vibration, la table émet une série de compressions à l'origine de l'onde sonore. Si la surface du fond est vernie ou polie et si aucun barrage n'entrave sa propagation, l'onde est naturellement mieux acheminée vers la bouche de la guitare.
Bien sûr, ces éléments de compréhension sont d'ordre général. Il n'est dans la réalité pas possible d'analyser le fonctionnement d'une guitare sans prendre en considération ses autres composantes. La table, le fond, les éclisses, le manche, tout est en interaction. Il est possible d'obtenir de l'homogénéité entre grave et aigu par différents moyens, tout est une question d'équilibre. Les choix du luthier s'affinent avec le temps et reposent sur l'observation et l'expérimentation.
Les Étapes de Fabrication du Fond d'une Guitare
Le processus de fabrication du fond d'une guitare est méticuleux :
- Calibrage du fond : Les 3 parties du fond sont calibrées à une même épaisseur. On enlève ici les traces de sciage et les irrégularités.
- Calibrage des filets de fond : Deux filets d'érable, prélevés dans une feuille de plaquage de 0,6 mm d'épaisseur, sont réduits jusqu'à 0,4 mm avec la filière. Un ajustement micrométrique permet d'atteindre l'épaisseur progressivement.
- Jointage du fond : Une demi-varlope (grand rabot) permet de jointer précisément le fond. Les éléments du fond sont fixés tour à tour sur une planche à jointer. Les chants doivent être parfaitement perpendiculaires aux faces du fond.
- Collage du fond en 3 parties : Les 3 pièces de palissandre des Indes constituant le fond sont collées avec un cadre rigide maintenant l'ensemble à plat. Les cordes tendues par 3 cales triangulaires assurent une tension suffisante et resserrent le collage. Les filets décorent de façon sobre et élégante le fond en s'intercalant entre chaque pièce de palissandre.
- Raclage du fond : L'excédent de colle est raclé ici avec une vastringue à semelle plate ou un racloir. Le fond est ensuite raboté à l'épaisseur finale.
- Découpe du fond : Le fond est découpé avec une petite scie à ruban. On veille à préserver un excédent de 5 mm sur tout le périmètre. Le fond sera ajusté précisément après le collage sur la couronne d'éclisses.
- Découpe du barrage : Le barrage est déligné avec la scie à ruban. L'acajou du Honduras est sélectionné pour sa rigidité et sa stabilité. Les barres sont découpées sur quartier, c'est-à-dire à partir d'une planchette prélevée dans l'axe diamétral de l'arbre.
- Préparation des barres de fond : Les barres sont travaillées selon la courbure du fond qui est en effet cintré longitudinalement et transversalement. La hauteur de voûte est de 5 mm au centre du grand lobe. La courbure du fond lui donne une plus grande rigidité, une plus grande résistance lorsque l'hygrométrie est faible (la voûte diminue lorsqu'il fait plus sec, à mesure du retrait du fond).
- Préparation des collages : Les collages sont dégraissés et texturés. En augmentant les surfaces en contact et en améliorant la pénétration de la colle dans les bois durs, les collages sont plus résistants et durables dans le temps.
- Encollage des barres : Une colle chaude est employée pour le collage du barrage. Mélange de colle d'os et de nerf, les colles animales présentent de nombreux avantages en lutherie. Elles sont réversibles et sont donc idéales pour la conservation de l'instrument. Elles deviennent plus dures que les colles modernes en durcissant et représentent donc un atout pour la transmission de la vibration.
- Collage sous vide d'air : Le fond est placé sur un moule concave dans une presse à vide. En faisant le vide d'air, la membrane plaque le barrage fermement et de manière uniforme sur le fond.
- Ajustement des barres transversales.
