L’horticulture, terme apparu dans la langue française vers 1824, est souvent réduite, à tort, à sa seule dimension ornementale. Pourtant, elle constitue une discipline vaste, englobant la culture des jardins, qu’elle soit vivrière ou décorative. Le jardinage, plus ancienne forme de culture des végétaux, se caractérise par des méthodes spécifiques : le sol est ameublé simplement par bêchage, binage et ratissage, puis ensemencé et sarclé. Historiquement, le terme d’horticulture s’est imposé vers 1850, parallèlement à l'émergence d'exploitations spécialisées pratiquant les cultures sous serres ou en champs ouverts, diversifiant ainsi le métier de jardinier en arboriculteur, maraîcher, fleuriste ou pépiniériste.

Les racines institutionnelles : L'exemple de la Touraine
L’histoire de l’horticulture française est indissociable de la création de sociétés savantes qui ont structuré le savoir et la pratique. La Société d’agriculture, sciences, arts et belles lettres du département d’Indre-et-Loire, fondée le 24 février 1761, en est un témoin privilégié. Au fil des années, une section d’Horticulture et de Pomologie s’est mise en place du fait de l’importance de ces secteurs dans le département. En 1866, cette section est très active, sous l’impulsion de figures telles que Robert David Barnsby, directeur du Jardin botanique de Tours, et Antoine Belle, futur maire et sénateur, qui en deviendra président de 1869 à 1912.
Le 7 mars 1869, Antoine Belle réunit les membres, dont 41 signent une lettre souhaitant instituer la Société tourangelle d’horticulture. Le 2 avril 1869, la société est officiellement créée, puis approuvée par arrêté préfectoral le 17 décembre 1869. Cette structure avait pour mission de propager et vulgariser les techniques horticoles auprès de l’ensemble de la population et d’enrichir l’horticulture en nouvelles variétés de fleurs et de fruits. À cette époque, elle rassemblait des propriétaires de maisons bourgeoises, de châteaux tourangeaux, leurs jardiniers, ainsi que la majorité des horticulteurs de Touraine.

Progrès technique et révolution des transports au XIXe siècle
Au lendemain de la Révolution française, l’évolution de l’art des jardins est si protéiforme et tentaculaire que certains y ont parfois vu un éclectisme peu convaincant. Pourtant, des auteurs comme John-Claudius Loudon, dans son Encyclopedia of gardening (1822), ont défini cette période comme une étape marquante en raison du savoir botanique et scientifique accru, ainsi que de la diffusion des agréments du jardin sur l’ensemble de la société.
Encore marginal au début du XIXe siècle, le commerce des fleurs coupées prend un essor considérable dans les années 1860-1900, dans le sillage de la révolution des transports et de l’avènement du chemin de fer. Approvisionnés par les champs de fleurs du Val de Loire, de la Brie et surtout du Midi, les vendeurs des Halles centrales de Paris dégagent des bénéfices importants. L’avènement du chemin de fer permet de réduire considérablement les temps de trajet : quarante-huit heures en 1860 pour le trajet Nice-Paris, vingt-et-une heures seulement en 1890. Le pépiniériste Philippe de Vilmorin se félicite en 1892 de cette « prodigieuse rapidité des transports ».
L'innovation au cœur de la pratique horticole
Le forçage, décrit pour la première fois en France en 1772, consiste à provoquer la floraison d’une fleur à contre-saison, en la plaçant dans une serre chauffée. Cette pratique connaît un développement remarquable au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Floriculteurs et artisans spécialisés s’emploient à proposer de nouveaux modèles sans cesse plus aboutis de châssis et de serres, ainsi que des appareils destinés à mesurer le taux d’humidité.
La sélection ou hybridation variétale consiste à croiser deux variétés de fleurs possédant des caractéristiques recherchées. Sous l’impulsion des floriculteurs, la pratique connaît un essor considérable entre 1850 et 1900. Dans les colonnes de la Revue horticole de 1906, l’horticulteur Luther Burbank s’enorgueillit des progrès réalisés dans l'amélioration et la création des végétaux cultivés. De fait, les expériences d’hybridation se multiplient et le procédé est rapidement industrialisé.
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De la transmission du savoir à la modernité critique
La Société tourangelle d’horticulture, devenue Société d’horticulture de Touraine (SHOT) en 1989, illustre la pérennité de ces structures. En 2019, la SHOT compte 380 adhérents, dont les trois quarts sont des amateurs passionnés. Elle assure une veille technique et une transmission des savoirs, notamment via le « Jardin des idées » au potager de la Gloriette, où des ateliers vulgarisent les nouveaux concepts du jardinage.
Toutefois, le rapport des horticulteurs au progrès n'a pas toujours été univoque. À partir des années 1890, semble apparaître une certaine inquiétude à l’égard des conséquences du progrès jugées délétères. Dans le discours des floriculteurs, la crainte se cristallise sur une supposée uniformisation du monde engendrée par l’industrialisation et ses effets sur les classes populaires. Vilmorin, dans Les Fleurs à Paris (1892), évoque « un instinct qui nous pousse à ne nous pas laisser absorber par la vie surchauffée toute matérielle et artificielle qui nous entoure ».
Structures actuelles et enjeux de la filière
Aujourd'hui, définir le mot horticulture est une nécessité car il est fédérateur pour un ensemble de professions liées à la culture des plantes non agricoles et non forestières, ainsi qu’à tous les jardiniers amateurs. La filière compte 53 000 entreprises spécialisées et emploie 170 000 personnes en France, tous secteurs confondus. Pour la production, en 2019, les 2 926 horticulteurs et pépiniéristes recensés en France métropolitaine ont généré 16 581 emplois directs sur 16 152 hectares.

Les produits de l’horticulture comprennent les plantes fruitières pérennes, les légumes, les plantes aromatiques et médicinales, les plantes ornementales, ainsi que les champignons cultivés. L'International Society for Horticultural Science (ISHS) justifie l’extension de la définition aux produits transformés par la nécessaire traçabilité « de la fourche à la fourchette ». Le secteur des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) travaille sur plus de 120 plantes cultivées, illustrant la diversité des débouchés, de la cosmétique naturelle et bio aux compléments alimentaires.
L'organisation contemporaine du fleurissement
Depuis 2006, le Conseil départemental d’Indre-et-Loire a souhaité donner, par délégation, mission à la SHOT d’organiser l’ensemble des fonctions pour le label « Fleurir la France ». En 2011, un comité dénommé « Embellissons la Touraine », composé de 15 à 18 membres experts, a été mis en place. Réuni trois à quatre fois par an, ce comité a pour rôle l’organisation générale du label et des concours visant à valoriser l’image du département.
L’activité du comité est intense et commence dès janvier par une rencontre entre la SHOT et le Conseil départemental pour un bilan de l’année précédente. Les concurrents au label des Villes et villages fleuris doivent déposer leur dossier avant le 15 mai, et les candidats au concours départemental des maisons fleuries et aux prix spéciaux avant le 30 juin. Ce travail de terrain, entrepris dès les années 1880 par la Société d’horticulture, demeure un pilier de la valorisation du patrimoine végétal français.

Les défis de la mondialisation
Dès la fin du XXe siècle, la globalisation du commerce et le faible coût du fret aérien ont soumis l’horticulture à une rude concurrence. Cette branche subit une évolution rapide, marquée par la suppression, au nom du libre-échange, de mesures protectionnistes telles que les contingents d’importation et la protection douanière. Malgré ces contraintes, les sociétés d’horticulture, par leur capacité à transmettre le savoir-faire et à initier les nouvelles générations au végétal, restent des acteurs fondamentaux dans le paysage français, faisant le pont entre la tradition maraîchère et les exigences contemporaines d'une production durable.