Le bouturage permet de multiplier des plantes à l'identique, gratuitement, simplement en partant d'un fragment végétal tel qu'une tige, une feuille ou une racine. L'objectif d'une bouture repose sur sa capacité à développer des racines, un processus que l'on appelle la rhizogenèse adventive. Comme chez l'être humain, un équilibre hormonal s'impose pour que la croissance se passe bien, et l'auxine joue un rôle majeur. L'auxine est une hormone végétale, appelée phytohormone sur le marché de l’horticulture, présente dans l'ensemble du règne végétal. Elle intervient dans les tropismes en réponse à la gravité appelé gravitropisme ou à la lumière nommé phototropisme. Ces multiples effets à l'échelle de la plante résultent du contrôle qu'elle exerce sur la division cellulaire, l'élongation cellulaire et certaines étapes de différenciation.

Comprendre le rôle des hormones dans le bouturage
Les plantes sont des êtres vivants dont le développement est régulé par de nombreuses hormones. La formation des racines dépend de certains équilibres hormonaux internes et notamment de la présence d'auxines. L'auxine est primordiale pour les végétaux supérieurs ; la forme majoritaire est l'acide 3-indole-acétique, mais d'autres molécules naturelles présentent également une activité auxinique. Les actions de l'hormone de bouturage favorisent l'émission de racines. Cependant, la présence de cette phytohormone est minime au niveau des tiges, voilà pourquoi la multiplication par bouturage est parfois lente.
Ces dernières années, pour faire simple et aller vite, les jardiniers ont pris l'habitude d'utiliser des substances chimiques de synthèse constituées de molécules proches de l'auxine naturelle, comme l'acide b-indole butyrique (AIB). Bien qu’elles soient efficaces, ces hormones de synthèse ne sont pas sans conséquence sur l’environnement et ont progressivement disparu des rayons. Aujourd’hui, on se tourne vers des solutions plus naturelles, économiques et respectueuses de l'écosystème.
L'eau de saule : une référence ancestrale
Commençons par l'exception : l'eau de saule. En effet, la substance principale qui active la croissance des boutures n'est pas l'auxine, mais l'acide salicylique. Il convient de préciser que l'eau de saule n'est pas à proprement parler une « hormone de bouturage ». La substance active, un dérivé appelé salicyline ou acide acétylsalicylique, possède des propriétés remarquables : elle incite les végétaux à fermer les stomates pour empêcher la déshydratation du rameau et à sécréter des substances anti-pathogènes, favorisant la cicatrisation des plaies de coupe.
L'eau de saule : préparation pour les futurs boutures.
Pour fabriquer cette préparation, il suffit de se procurer une branche de saule, plutôt jeune, d'un diamètre semblable à celui d'un stylo. Toutes les variétés de saules peuvent être employées. La meilleure méthode consiste à plonger de grosses boutures de saule dans une bassine d'eau pendant 2 à 3 semaines jusqu'à obtenir un liquide visqueux, presque comme un gel. Après macération, les boutures devront y tremper une nuit, idéalement, avant d'être mises dans le substrat. Attention, ces propriétés ne sont actives que pendant environ 48 heures une fois le liquide prêt, mais vous pouvez le conserver au congélateur dans des bacs à glaçons.
Le potentiel des ressources végétales : la ronce et l'avoine
L'infusion de tiges de ronce commune (Rubus fruticosus) contient de l'auxine. Ceux qui se battent contre les ronces qui n'ont de cesse de les envahir savent bien qu'en marcottant, elles développent des petites racines, encore fragiles. Ce sont elles qui concentrent la plus forte teneur en auxine. Pour préparer cette solution, lavez et séchez les racines, hachez-les finement puis laissez-les macérer 24 heures dans de l'eau de pluie. Prenez soin de bien rincer les fragments afin que l'eau de ronce ne soit pas terreuse.
Une autre méthode, souvent oubliée, utilise le grain d'avoine. Durant les premiers jours de la germination, l'apex du coléoptile produit et diffuse de l'auxine. La recette consiste à fendre précautionneusement la base des boutures de tige de sorte à pouvoir y insérer un grain d'avoine. Si le grain ne tient pas de lui-même, placez une petite ligature en raphia. En germant, le grain produit de l'auxine qui profite aux tissus de croissance de la bouture et favorise la formation des racines adventives.
Astuces de jardinier : miel, cannelle et aspirine
Le miel permet de mieux réussir ses boutures grâce à ses propriétés antibactériennes, antifongiques, antiseptiques et cicatrisantes. Bien qu'il ne contienne pas d'auxine, il protège la plaie de coupe contre les agents pathogènes. De même, la cannelle, relativement riche en nutriments et en vitamines, facilite l'enracinement : il suffit de tremper la partie basse du fragment dans la poudre avant la mise en terre.

Quant à l'aspirine, on retrouve dans ce médicament un dérivé de l'acide salicylique contenu dans les saules : l'acide acétylsalicylique. Pour obtenir une matière pâteuse, il convient d'écraser des cachets d'aspirine (sans enrobage) en les mélangeant avec un peu d'eau. Trempez vos boutures dans cette solution pendant quelques heures pour qu'elles puissent absorber le liquide. Cette méthode reproduit, de manière synthétique, l'effet protecteur et stimulant de l'eau de saule.
L'apport des substances organiques : urine et salive
Votre urine s'avère être un bon engrais naturel riche en azote, mais ce n'est pas tout : elle contient aussi des auxines. Une application sur la base de la bouture agit comme une hormone naturelle. De même, la salive contient des auxines. Certains jardiniers avaient l'habitude de mettre la bouture à la bouche, mais celle-ci peut être amère ou toxique. Il est donc préférable de cracher sur vos boutures plutôt que de les mordiller. Ces méthodes, bien qu'étonnantes, s'appuient sur la présence réelle de régulateurs de croissance dans les effluents organiques.
Mise en pratique et bonnes conditions de culture
Peu importe la méthode choisie, le succès du bouturage dépend aussi du substrat. Il est recommandé d'utiliser un terreau spécial semis et bouturage, sans engrais et désinfecté, ce qui limite les risques de brûlure des jeunes racines. Si vous faites une bouture dans l'eau, il suffit de verser un peu de cannelle en poudre dans l'eau, en renouvelant l'opération à chaque changement.

Pour les boutures en terre, insérez la tige dans un trou pré-formé pour ne pas perdre la matière active par frottement. Enfin, n'abusez jamais des traitements. Ces alternatives ne sont pas des produits miracles ; elles ne feront que faciliter le bouturage à la condition que tout soit réalisé selon les « règles de l'art ». Les hormones de bouturage, qu'elles soient naturelles ou de synthèse, ne doivent être utilisées que pour des végétaux plus capricieux à développer de nouvelles racines et à reprendre. En choisissant ces méthodes, vous faites un choix gagnant pour l'écologie, minimisant votre empreinte environnementale tout en vous rapprochant d'un jardinage durable et respectueux de la nature.
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