L'art du bouturage : Secrets et méthodes naturelles pour multiplier vos végétaux

Le bouturage permet de multiplier des plantes à l'identique, gratuitement, simplement en partant d'un fragment végétal tel qu'une tige, une feuille ou une racine. L'objectif d'une bouture repose sur sa capacité à développer des racines, un processus que l'on appelle la rhizogenèse adventive. Comme chez l'être humain, un équilibre hormonal s'impose pour que la croissance se passe bien, et l'auxine joue un rôle majeur. Les hormones de bouturage (également appelées hormones d'enracinement) sont une méthode ancestrale que les jardiniers utilisent depuis très longtemps pour favoriser la venue des racines lors d'un bouturage. En effet, faire une multiplication par bouturage peut être lent et parfois ne rien donner.

Schéma illustrant le processus de rhizogenèse adventive à la base d'une bouture

Les mécanismes fondamentaux de la rhizogenèse

Le bouturage consiste à provoquer l'apparition de racines adventives sur un fragment végétal (très souvent une tige) qui en est dépourvu. La formation des racines (rhizogénèse adventive) dépend de certains équilibres hormonaux internes et notamment de la présence d'auxines, des phytohormones qui jouent le rôle de régulateurs de croissance. Malheureusement, la présence de cette phytohormone est minime au niveau des tiges. Voilà pourquoi la multiplication par bouturage est parfois lente.

Afin de faciliter le développement des racines sur les boutures, les jardiniers ont pris l'habitude d'utiliser des substances chimiques de synthèse constituées de molécules proches de l'auxine naturelle, et produisant des effets similaires : les hormones de bouturage. Il existe toutefois de vieilles « recettes » permettant de fabriquer soi-même des hormones de bouturage. Utilisées il y a de cela quelques décennies, avant qu'arrivent dans nos jardineries les hormones de synthèse, elles sont réalisées à partir des hormones naturelles produites par les végétaux, sachant que les auxines se forment, entre autres, dans les jeunes graines (la pointe du coléoptile) et dans la pointe des racines.

L'eau de saule : au-delà de l'auxine

Commençons par l'exception : l'eau de saule. En effet, la substance principale qui active la croissance des boutures s'appelle l'acide salicylique, il ne s'agit pas de la molécule d'auxine. L'eau de saule n'est pas à proprement parler une « hormone de bouturage ». Car, contrairement à ce que l'on peut parfois lire, la principale substance entrant en jeu dans l'eau de saule n'est pas l'auxine mais la salicyline, un principe actif qui a la propriété d'inciter les végétaux à fermer les stomates et donc d'empêcher la déshydratation du rameau, et à sécréter des substances anti-pathogènes, favorisant la cicatrisation des plaies de coupe. L'eau de saule ne favorise pas la production de racines mais crée des conditions propices à un bon enracinement.

La recette de l'eau de saule n'a rien de sorcier : prenez des petites branches de saule qui ne sont pas plus épaisses qu'un crayon. Il vous faut suffisamment de rameaux frais pour remplir deux verres moyens. Vous pouvez aussi prélever de l'écorce sur des parties plus vieilles. Découpez les branches ou l'écorce en petits morceaux. Prenez une casserole suffisamment grande pour contenir les morceaux de saule et 4 l d'eau. Versez 4 l d'eau bouillante sur les morceaux. Laissez infuser le mélange pendant au moins 12 heures et, de préférence, 24 heures. Enlevez tous les morceaux de saule et versez le liquide dans des bouteilles en verre propres. Vous pouvez à présent utiliser les hormones de bouturage. Conservez-les au réfrigérateur pendant 2 mois au maximum.

Branches de saule en cours de macération dans un récipient en verre

Les alternatives naturelles : ronce, avoine et fluides

L'infusion de tiges de ronce commune (Rubus fruticosus) contient de l'auxine. Ceux qui se battent contre les ronces savent bien qu'en marcottant, elles développent des petites racines, encore fragiles, toutes blanches. Ce sont elles qui concentrent la plus forte teneur en auxine. La recette consiste à laver et sécher les racines, les hacher finement puis les laisser macérer 24 h dans de l'eau de pluie. Faites ensuite tremper 24h vos boutures dans cette eau concentrée en hormones avant de les mettre en terre.

Durant les premiers jours de la germination, le grain d'avoine, et plus précisément l'apex du coléoptile, produit et diffuse de l'auxine enclenchant le processus de croissance des cellules. La recette : fendez précautionneusement la base des boutures de tige de sorte à pouvoir y insérer un grain d'avoine. Si le grain ne tient pas de lui-même, placez une petite ligature en raphia. En germant, le grain d'avoine produit de l'auxine qui semble profiter aux tissus de croissance de la bouture et favoriser la formation des racines adventives.

L'urine et la salive contiennent également des auxines. Une application sur la base de la bouture de l'un ou de l'autre agit comme une hormone de bouturage. Certains jardiniers avaient l'habitude de mettre la bouture à la bouche, mais celle-ci peut être amère ou toxique. Il est donc préférable de cracher sur vos boutures plutôt que de les mordiller.

Le rôle du miel, de la cannelle et de l'aspirine

Le miel permet de mieux réussir ses boutures, même s'il ne contient pas d'auxine, grâce à ses propriétés antibactériennes, antifongiques, antiseptiques et cicatrisantes. Mélangez une cuillère à café de miel dans deux tasses d'eau bouillante et laissez refroidir. La solution obtenue peut être utilisée pour tremper les boutures.

La cannelle, connue pour ses propriétés antifongiques, s'avère aussi être un agent de bouturage efficace. Elle peut être saupoudrée sur les coupes des boutures pour prévenir les maladies fongiques. Son parfum agréable décourage certains insectes nuisibles. Si vous faites une bouture dans l'eau, il suffit de verser un peu de cannelle en poudre dans l'eau, en renouvelant l'opération à chaque changement d'eau.

On retrouve dans l'aspirine un dérivé de l'acide salicylique, contenu dans les saules, appelé acide acétylsalicylique, qui est la substance active du médicament. Pour l'utiliser, cherchez des cachets sans enrobage. Mettez-les dans un verre rempli d'eau et attendez qu'ils se dissolvent. Puis, trempez vos boutures dans ce verre d'eau pendant quelques heures. L'aspirine peut favoriser la production de racines de la même façon qu'elle aide les fleurs coupées à rester fraîches plus longtemps.

Le vinaigre de cidre et les bonnes pratiques

Il existe de nombreuses façons surprenantes d'utiliser le vinaigre de cidre de pomme dans les jardins, et l'enracinement des plantes avec du vinaigre est l'un des plus populaires. Une petite quantité de vinaigre de cidre de pomme est tout ce dont vous avez besoin pour créer cette hormone d'enracinement organique. Une cuillère à café de vinaigre dans 5 à 6 tasses (1,2-1,4 L) d'eau suffit. Une trop grande quantité peut empêcher l'enracinement.

Realiser le bouturage du buis : La méthode très facile

Quelles sont les plantes qui se bouturent ? Nombreuses sont les plantes qui se multiplient par bouturage : le rosier, le lilas, le forsythia, l’hortensia, le romarin, la lavande, le pommier, le poirier, la vigne… Choisissez un bout de branche saine feuillue, sans tache, sans insectes, sans fleur. Coupez-en un bout d’une bonne dizaine de cm. Otez les feuilles et les jeunes pousses. Plongez la base dans les hormones de bouturage, puis plantez-la dans un terreau spécialement formulé pour les boutures. Faites un bon arrosage et gardez le terreau toujours humide jusqu’à ce que la bouture fasse de nouvelles feuilles.

N'oubliez pas qu'il ne faut jamais abuser des traitements. Les hormones de bouturage sont utiles, mais ne les utilisez que pour des végétaux plus capricieux à développer de nouvelles racines et à reprendre. Appliquez les hormones avec parcimonie. Si vous en utilisez trop, vous pouvez brûler ou étouffer la bouture, former un milieu propice au développement de bactéries et de champignons ou entraver la croissance des racines. Mettez les hormones de bouturage dans un récipient propre chaque fois que vous les utilisez. Versez une petite quantité du produit dans un petit récipient pour chaque groupe de boutures et jetez-le lorsque vous avez terminé. En plus d'hormones de bouturage, le substrat de culture particulier dans lequel vous plantez les boutures est important pour optimiser vos chances de réussite. Choisissez un substrat de culture adapté à votre type de bouture. Certaines plantes aiment les substrats assez acides tandis que d'autres préfèrent les supports basiques. Pour multiplier des plantes, il est souvent inutile d'utiliser des hormones de bouturage. Essayez de prendre quelques boutures et de les propager sans appliquer de traitement pour voir le résultat.

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