
Depuis plusieurs années, une tendance inquiétante, venue d'Allemagne, s'est propagée dans le nord de la France : le vol d'hortensias. Ces arbustes, habituellement appréciés pour la beauté de leurs fleurs, sont désormais la cible d'individus qui cherchent à fumer leurs pétales et feuilles séchées, espérant en tirer des effets euphorisants, voire psychotropes, similaires à ceux du cannabis. Le phénomène, qui a déjà fait des ravages dans les jardins publics allemands, notamment en Bavière, s'est exporté en France, où des plaintes pour vol massif d'hortensias ont été déposées dans le Pas-de-Calais. Mais derrière cette mode se cachent des dangers potentiels pour la santé, encore difficiles à évaluer pleinement.
Une Nouvelle Tendance Venue d'Outre-Rhin
La rumeur selon laquelle les feuilles séchées d'hortensia auraient des propriétés hallucinogènes, une fois fumées, s'est rapidement répandue. Le phénomène est parti d'Allemagne, où des adolescents volent des hortensias pour fumer les pétales sous forme de joints. Cette tendance est déjà répandue en Allemagne, où des adolescents volent des hortensias pour fumer les pétales sous forme de joints. Depuis quelques semaines, les vols d'hortensia se multiplient dans le département du Pas-de-Calais. Plus précisément, à Hucqueliers, dans le Pas-de-Calais, deux plaintes ont été déposées pour vol et une enquête de gendarmerie est en cours pour trouver les pilleurs qui ont ravagé les massifs d'hortensia dans les jardins. Les jeunes récoltent les pétales roses, rouges ou violets de ces fleurs, ainsi que leurs feuilles. Ils les font sécher, les mélangent avec du tabac, puis les roulent en joints.
DÉCOUVERTE D'HORTENSIAS et HYDRANGÉAS DE TOUTES COULEURS EN BRETAGNE
Cette alternative à la marijuana est perçue par certains comme une solution légale et moins coûteuse que les produits synthétiques, d'autant plus avec la crise économique. Le capitaine Frédéric Evrard, responsable de la cellule communication de la région Nord-Pas-de-Calais, explique au Figaro que si ces vols sont destinés à la consommation de stupéfiants, ils s'inscriraient dans le mouvement des champignons hallucinogènes, ramassés dans la nature. Sur la Toile, des blogs entiers sont consacrés à la fumette végétale, considérée comme une médecine alternative, évoquant des feuilles de plantes qu'on trouve facilement dans les jardins, comme celles de la menthe ou du framboisier. Cependant, ces sites ne préviennent pas des risques réels encourus.
L'Hortensia : Une Plante Toxique à Ne Pas Sous-Estimer
L'arbuste qui fait la joie des jardiniers peut se révéler dangereux. L'hortensia est beaucoup plus dangereux que le cannabis. La plante contient des produits toxiques comme l'acide cyanhydrique, détaille le pharmacien Maurice Dumez dans un reportage de France 3. En effet, dans les feuilles et les fleurs de l'hortensia coule, en infime quantité, de l'acide cyanhydrique. Autrement dit du cyanure très dilué, un poison connu et mortel s'il est administré en grande quantité. Il était le principe actif du Zyclon B, le produit utilisé par les nazis dans les chambres à gaz pour exterminer les prisonniers des camps de concentration.

Kurt Hostettmann, professeur honoraire de pharmacologie aux Universités de Lausanne et de Genève, est très alarmiste. Il assure dans une interview au journal suisse Le Matin qu'il est strictement déconseillé de fumer les parties aériennes séchées de cette plante. Ses effets secondaires sont très néfastes pour la santé : troubles gastro-intestinaux, problèmes respiratoires, accélération du rythme cardiaque, étourdissements. En outre, à dose élevée, la consommation se révèle mortelle. Fumées à dose élevée, les substances qui se trouvent dans la plante se transforment en acide cyanhydrique, plus connu sous le nom de Zyklon B, qu'utilisaient les nazis dans les chambres à gaz. Conséquence : une mort rapide par étouffement, précise Kurt Hostettmann.
Les feuilles et les pétales, quelles que soient leurs couleurs, séchés et mélangés à du tabac donneraient les mêmes sensations qu'un joint. Seulement les effets secondaires sont nombreux : accélération du rythme cardiaque, trouble digestif, destruction du système nerveux central, étourdissement. Les effets secondaires de cette fumette sont très néfastes pour la santé : troubles gastro-intestinaux, problèmes respiratoires, accélération du rythme cardiaque, étourdissements, destruction du système nerveux central… Ou pire encore.
Des Effets Psychoactifs Incertains et un Danger Difficile à Établir
Malgré les avertissements, la communauté scientifique reste prudente quant à l'ampleur réelle du danger lié à la consommation d'hortensia. Le professeur Nicolas Authier rappelle qu'on ignore dans quelle mesure le consommateur est exposé à cet acide et la quantité qui passe dans le sang lors de la combustion. De plus, il y a de l'acide cyanhydrique dans les cigarettes et même ceux qui en consomment entre 20 et 30 par jour ne tombent pas à la fin de la journée, tout dépend donc des quantités contenues dans l'hortensia, développe le professeur.
Actuellement, il n'y a rien de particulier qui circule sur le réseau national d'addictovigilance, assure à Europe1.fr Nicolas Authier. Et aucune publication scientifique sérieuse ne fait mention de risques avérés liés à la consommation d'hortensia. Les centres anti-poison du Rhône et du Nord Pas-de-Calais, joints par Europe1.fr, n'ont pas enregistré de cas d'empoisonnement ou d'intoxication liés à cette plante. Des sources médicales du CHRU de Lille assurent également qu'aucun cas d'intoxication par l'hortensia n'a jamais été enregistré.
Cependant, il est important de noter qu'un cas clinique a été publié dans une revue médicale et concernait un jeune patient allemand présentant des troubles du comportement à type de rires immotivés et déclarant fumer régulièrement de l'Hortensia. Au niveau du réseau national des Centres d'Addictovigilance, un seul cas de consommation de ce type a été notifié récemment au CEIP de Marseille. Il s'agissait d'un patient fumeur régulier de cannabis qui avait fumé du cannabis et des fleurs d'Hortensia. 24 heures plus tard, il a été reçu aux urgences en raison d'un vertige persistant et d'une légère désorientation. L'évolution était favorable. Si l'inhalation de feuilles et de fleurs d'Hortensia à visée toxicomaniaque est décrite depuis plusieurs années en Allemagne, nous n'avons cependant pas retrouvé de publications scientifiques décrivant ce type de consommation ou étayant des effets psychoactifs.

En revanche, selon un article paru en 2012 dans la revue Molecules et selon le Poisindex (base de données de référence des Centres Anti-Poison), des composés cyanogéniques seraient effectivement présents dans les feuilles et les bourgeons des Hortensias (Hydrangea macrophylla). Ces composés cyanogéniques auraient la propriété de libérer des cyanures après passage dans le tube digestif. En Toxicologie Clinique, cependant, les intoxications rapportées après ingestion de feuilles ou de fleurs d'Hortensias sont très rares et se caractérisent par la survenue de simples troubles digestifs à type de gastro-entérite et de nausées.
Un Mythe Urbain ou un Effet Placebo ?
Selon Thierry Buclin, pharmacologue au Centre hospitalier universitaire vaudois, cette mode n'est pas destinée à un succès prolongé. De manière cyclique, de nouvelles drogues apparaîtraient. Les pelures de bananes séchées, la sauge, les clous de girofle etc. font partie des plantes légales qui procureraient des effets similaires à des drogues synthétiques. Ce type de pratique est chronique et fonctionne grâce au bouche-à-oreille, ça s'apparente aux légendes urbaines et il y a certainement un effet placebo dans sa consommation, explique l'addictologue.
Sur les forums spécialisés, il apparaît effectivement que le miracle n'opère pas vraiment en France, où le phénomène semble encore très restreint. Le site de référence pour les drogues psychoactives erowid mentionne bien l'Hydrangea, utilisé pour son effet similaire au joint. Ce n'est qu'en cherchant sur d'autres forums spécialisés, que l'on peut trouver quelques récits de consommateurs. Sur schroomery, KGB1977 raconte ainsi avoir fumé de l'hortensia : j'ai d'abord remarqué que j'étais très détendu, j'ai donc continué à fumer. J'étais ensuite tellement défoncé que j'ai dû m'allonger (…) Pour ce que ça vaut, je ne le recommanderais pas. D'autres amateurs racontent s'être sentis détendus, mais sans plus, ou un peu flapi.
Le médecin addictologue Philippe Arvers rappelle en outre que les fumeurs de cannabis, comme les consommateurs d'alcool, peuvent être très sensibles à l'effet placebo : quand on croit avoir consommé une substance ou son équivalent, et plus on connaît les effets, plus on les ressent, nous explique le médecin. On pourrait tout aussi bien fumer la lavande de mémé, cela ferait peut-être aussi son petit effet. Le discours social sur les drogues avec son cortège d'avertissements, de drames, d'interdits a pour résultat de d'accorder un énorme pouvoir à ces produits, encore bien plus important que leurs effets réels.
La Substitution de Produits et ses Implications
Un phénomène de substitution d'un produit illégal (donc cher) par un produit légal (pas cher, facile à trouver et sans risques légaux) existe. Même si le produit légal est beaucoup plus dangereux. Ainsi, pour certains consommateurs l'hortensia peut remplacer le cannabis et le GBL (un solvant très toxique) remplacera le GHB. À Infor-Drogues, on ne connaît malheureusement pas les effets potentiellement psychotropes (sur le cerveau) et toxiques de toutes les plantes que certains auraient envie de fumer à la place (ou pas) du cannabis. Il y en a trop. De même pour tous les produits industriels que nos magasins proposent en libre service et qui sont occasionnellement utilisés comme substitut (ou pas) des drogues. Il existe des milliers de produits de ce genre : essences, solvants, colles, éther, vernis, plastiques, etc. Rappelons le célèbre cas du Tipp-ex par exemple.
La logique de l'interdiction systématique des produits au nom de la santé publique ne devient-elle pas un serpent qui se mord la queue ? Comme ce type de discours est tenu dans une société qui sur-valorise les sensations et particulièrement les sensations fortes et immédiates, la puissance des drogues (interdites ou pas) sera inévitablement attractive pour certains. En toute logique, cela aboutira a l'interdiction de nouvelles substances, etcetera, etcetera. Pour sortir de ce véritable cercle vicieux, ne faudrait-il pas changer radicalement de stratégie préventive ? Enfin miser sur l'éducation et l'émancipation des jeunes plutôt que sur leur soumission à des règles et des contrôles de plus en plus permanents ? Partir des questions telles que que faire de sa vie ?, que se joue-t-il quand on prend des drogues (alcool compris) ?
Suivi et Veille en Addictovigilance
Les Centres d'Addictovigilance et les Centres d'Évaluation et d'Information sur la Pharmacodépendance (CEIP) jouent un rôle crucial dans la surveillance de ces nouvelles tendances. Les notifications spontanées (NOT'S) de cas d'abus, de mésusage ou de dépendance à une substance psycho-active, provenant des professionnels de santé ou des patients, sont des outils indispensables permettant d'obtenir des signaux précoces. La notification spontanée présente cependant des limites : d'une part, les notifications sont peu nombreuses car le réseau d'Addictovigilance est actuellement assez peu connu, d'autre part, elles concernent majoritairement des patients ayant intégré un parcours de soin et/ou consommant des substances psycho-actives médicamenteuses. Elles nous donnent peu d'indications sur les autres types de consommations (substances illicites…).
L'enquête annuelle OSIAP (Ordonnances Suspectes, Indicateurs d'Abus Possible) permet d'avoir des données sur les falsifications d'ordonnances : types de médicaments concernés, mode opératoire des fraudeurs (vol, photocopie d'ordonnance…). Dans notre région, plus de 300 officines sont sollicitées chaque année. OPPIDUM (Observation des Produits Psychotropes Illicites ou Détournés de leur Utilisation Médicamenteuse) est menée avec la collaboration des Centres de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) et des Centres d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction des Risques des Usagers de Drogues (CAARUD).
Les médecins généralistes ont la possibilité de participer à l'étude OPEMA (Observation des Pharmacodépendances en Médecine Ambulatoire). Les laboratoires de Toxicologie et les médecins légistes sont des partenaires indispensables des CEIP-A dans la réalisation de l'enquête DRAMES (Décès en Relation avec l'Abus de Médicaments Et de Substances) qui recueille les cas de décès survenant chez les toxicomanes. Enfin l'enquête nationale sur les soumissions chimiques permet de recenser les cas d'administration à des fins criminelles ou délictuelles d'une substance psycho-active à l'insu de la victime ou sous la menace. Ces études épidémiologiques fournissent ainsi aux CEIP-A une vision d'ensemble des problèmes liés aux substances psycho-actives parmi des populations différentes.

Une enquête menée par le CEIP-A de Toulouse sur l'ensemble des NOT'S recueillies par les 13 CEIP-A sur la période 2006-2010, a dénombré 35 cas de complications cardio-vasculaires liés au cannabis. Les patients étaient majoritairement des hommes (86% des cas) et étaient jeunes (âge moyen : 34 ans (les âges allant de 17 à 57 ans)). Le tabac était associé au cannabis dans 21 cas sur 35 et l'alcool dans 6 cas. Ces 35 cas de complications cardio-vasculaires étaient des complications cardiaques (20 cas de syndrome coronarien aigu, 2 cas de troubles du rythme), des complications artérielles cérébrales (3 cas) ou des complications périphériques à type d'ischémie des membres (10 cas).
Les mécanismes physiopathologiques restent mal connus et plusieurs hypothèses sont proposées dans la littérature. Un des effets aigus du cannabis fumé consiste en une activation du système sympathique avec blocage du système para-sympathique. Ceci entraîne une augmentation de la fréquence cardiaque dans les 10 mn suivant l'inhalation. Il s'ensuit une nette augmentation de la demande myocardique en oxygène associée à une diminution de l'apport (due à une augmentation de la carboxyhémoglobine). D'autre part, une hypotension orthostatique due à une diminution des résistances vasculaires périphériques (un effet sur les récepteurs aux cannabinoïdes CB1 vasculaires est proposé) peut survenir pouvant conduire à une syncope. Lors des expositions chroniques, une tolérance s'installe en quelques semaines vis-à-vis de ces deux effets (tachycardie et hypotension orthostatique) qui finissent par disparaître. Un vasospasme artériel a été suggéré pour expliquer les cas d'ischémie coronaire ou cérébrale survenus chez des patients sans facteurs de risque particuliers.
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