Les neuf plantes compagnes du framboisier selon Hervé Coves : Une approche systémique de la culture

L’agriculture contemporaine, marquée par une quête effrénée de rendement, a longtemps cherché à dompter la nature par le biais de produits phytosanitaires coûteux, forçant les exploitants à se concentrer sur des molécules uniques. Cette vision réductionniste a toutefois montré ses limites, tant sur le plan économique que biologique. L'homologation des produits phytosanitaires était très chère, alors il eût fallu se concentrer sur quelques molécules uniquement. Des solutions biologiques, au sens primaire du terme, ont été développées, mais leur commercialisation restait onéreuse. Aujourd'hui, une transition s'opère : on commence à comprendre qu’il faut arrêter de lutter contre la nature, mais « faire avec ». Cette philosophie, portée par des experts comme Hervé Coves, remet la biodiversité au cœur des parcelles, notamment pour la culture du framboisier.

Schéma illustrant la biodiversité dans un écosystème de verger

De la compréhension de l’écosystème à la culture du framboisier

Pour réussir la culture du framboisier, il est essentiel de s'inscrire dans une dynamique de colonisation naturelle. À partir d’une terre sans vie, ce sont les premières interactions - un merle qui fait tomber un vers, un sanglier qui dépose des invertébrés, des spores dans une fiente d’oiseau - qui donnent le feu de départ de l’implantation de la vie. Hervé Coves souligne que nous devons commencer par trouver la zone de vie la plus proche et l’inspecter pour établir un pont qui amènera la biodiversité sur notre parcelle via une haie.

Dans le cadre de ses expérimentations, Hervé Coves a été confronté à des problématiques de ravageurs sur ses framboisiers, notamment les thrips et les pucerons. Ces défis ont été l'occasion de tester des solutions basées sur les interactions entre les espèces. Dans une serre envahie par les thrips, il a utilisé une tisane de feuilles de fraises des bois (plants extérieurs) pour pulvériser les framboisiers. Dès le lendemain, les prédateurs naturels étaient présents, rétablissant l'équilibre. Concernant les pucerons, l'utilisation de purins malodorants a attiré des mille-pattes qui, en se déplaçant sur les tiges, ont mécaniquement éliminé les pucerons par leurs coups de forcipules.

Les neuf plantes compagnes : Vers une résilience cultivée

Bien que la notion de "neuf plantes compagnes" serve de guide, il est crucial de comprendre que la réussite repose sur la communication inter-espèces, médiée par les champignons mycorhiziens. Une plante mycorhizée possède des facteurs de transcription (MYC) qui lui permettent de communiquer. Lorsqu'une plante est malade, elle produit des molécules de défense en excès (1 000 fois plus que nécessaire) et les transmet via les racines et les champignons aux autres plantes. Ainsi, une plante peut en sauver mille autres.

Parmi les plantes compagnes, certaines jouent un rôle « civilisateur » ou structurant, à l'image de la vigne ou du lierre. Si l'on s'interroge sur le choix des compagnes pour le framboisier, il faut regarder vers la strate forestière et la lisière. La lisière est un espace de communication intense. Les plantes lianescentes, comme la vigne et le lierre, sont capables de communiquer avec tous les étages de la végétation. Le lierre, en particulier, favorise la condensation de l’eau par la création de courants d'air dus aux différences de température sous son feuillage.

Tout sur la symbiose entre les arbres et les champignons

Le rôle des strates et de la biodiversité associée

Chaque plante ajoutée dans le système doit répondre à une fonction hydrologique ou biologique. L'implantation d'une haie, idéalement en biais par rapport aux vents dominants et à l'hydrologie du terrain, est une clé majeure. Il est important de noter que tous les siècles, un arbre augmente de 30% la diversité en insectes qu’il héberge, d’où l’importance capitale des vieux arbres.

Pour améliorer la qualité du sol autour du framboisier, on peut s'inspirer de la technique du 70-25-5. Si vous avez un problème de limaces, il est possible de les habituer à manger autre chose en plantant des Crucifères, du brocoli et du colza. Si vous êtes gênés par des genêts scorpions, il vous faut planter des arbres. L'objectif est de créer un écosystème où chaque plante compagne remplit un rôle précis :

  1. Le Fraisier des bois : Pour attirer les prédateurs de thrips via les signaux chimiques.
  2. Le Lierre : Pour la condensation de l'eau et le maintien du microclimat hivernal.
  3. La Vigne : Plante civilisatrice, elle améliore la circulation des informations entre les strates.
  4. Les Crucifères (Brocoli, Colza) : Pour détourner l'appétit des limaces.
  5. **Les arbres

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